Beaux bijoux de théâtre au Palais Garnier

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Musee-opera-garnierL’Opéra National de Paris et la Bibliothèque Nationale de France se sont associés pour rendre hommage aux tragédiennes qui ont incarné les plus grands personnages de l’art lyrique sur la scène de l’Opéra. L’exposition se tient au fastueux Palais Garnier dont la construction au cœur de Paris en 1875 soulignait l’importance et le prestige dont bénéficiait l’opéra à cette époque. Grâce à des photographies, des maquettes de costumes et bien sûr des bijoux de scène, cette exposition évoque ces femmes d’exception qui ont eu leur heure de gloire entre 1875 et 1939 : entre autres Rose Caron, Gabrielle Krauss, Sybil Sanderson, Lucienne Bréval …

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Opéra National de Paris © Photos Notes Précieuses

Pour le Magazine Notes Précieuses, Mathias Auclair, Conservateur de la bibliothèque Musée Opéra, Commissaire de l’exposition avec Pierre Grivel et Christian Ghristi, a bien voulu révéler le secret des bijoux exposés.

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A gauche : Photo de Ketty Lapeyrette dans le rôle titre de « Padmavati » de Roussel, Palais Garnier, 1923 – Sabourin © BNF/BMO, photo Notes Précieuses, Au centre : Photo de Lucienne Bréval dans le rôle titre de « Salammbô » de Reyer , Palais Garnier 1899 – Bary Benque Gauthier © BNF/BMO, photo Notes Précieuses, A droite : Photo de Lina Cavalieri dans le rôle titre de « Thaïs » de Massenet, Palais Garnier, 1907 © Photo BNF/BMO

Notes Précieuses : D’où proviennent les bijoux exposés ?

Mathias Auclair : La plupart viennent du théâtre de l’Opéra. Ils ont été fabriqués dans ses ateliers. Après les représentations auxquelles ils étaient destinés, ils se sont retrouvés dans les collections de la Bibliothèque du musée de l’Opéra.

Quelques pièces également ont été données au théâtre directement par les artistes eux mêmes ou par des personnes auxquelles les artistes les avaient confiées.

NP : Le musée doit comporter un nombre important de bijoux …

MA : Effectivement, il compte plusieurs milliers de pièces allant des plus solennelles et des mieux identifiées, aux plus humbles et moins bien identifiées.

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A gauche : Maquette de costume (encre, aquarelle et gouache) de Rose Caron dans le rôle titre de « Salammbô » de Reyer, Palais Garnier, 1892 – Eugène Lacoste – BNF/BMO, photo Notes Précieuses, Au centre : Estampe représentant Geneviève Vix dans le rôle titre de « Salomé » de Strauss, Palais Garnier, 1926 – P. Godard © Photo BNF/BMO, A droite : Coiffe dans « L’Africaine » de Meyerbeer – Palais Garnier, 1877 © Photo Notes Précieuses

NP : Comment s’est opérée la sélection ?

MA : Il fallait choisir les plus beaux bijoux et ceux qui avaient été portés par les artistes les plus emblématiques. Christophe Ghristi, (Opéra National de Paris) a d’abord sélectionné les cantatrices, puis nous sommes partis à la pêche aux objets.

Seuls quelques bijoux présentés ici n’ont pas été portés par des premiers rôles, mais par des figurants : dans « l’Africaine », par exemple. Ils ont le mérite de situer le contexte de l’œuvre lyrique.

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Diadème de Suzanne Balguerie (Melissinde) dans « La princesse lointaine » de Witkowski – Copie du bijou conçu par Lalique pour Sarah Bernhardt dans la pièce d’Edmond Rostand « La princesse lointaine »

NP : Les bijoux sont-ils toujours des originaux ?

MA : Oui. Même s’il s’agit parfois de répliques. Ainsi, on a longtemps cru que le Diadème de la « Princesse lointaine » était celui qui avait été porté par Sarah Bernardt.

Or, le bijou exposé ici a été fabriqué par les ateliers de costumes de l’Opéra. Il a sans doute paru légitime au costumier que l’interprète du rôle à l’Opéra porte le même bijou que celui qui avait été porté au théâtre.

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A gauche : Manteau et coiffe de Geneviève Vix dans le rôle titre de « Salomé » de Strauss – Palais Garnier, 1926, Au centre : Coiffe de Rose Caron dans le rôle titre de « Salammbô » de Reyer – Palais Garnier, 1892, A droite : Photo de Lucienne Bréval dans le rôle titre de Salammbô de Reyer , Palais Garnier 1899 – Bary Benque Gauthier © BNF/BMO, photo Notes Précieuses

NP : Un bijou peut il être attaché à une seule tragédienne ?

MA : Attaché à un rôle plutôt, quand l’ouvrage lyrique est repris d’année en année. Par exemple, la coiffe de Salammbô a été portée successivement par Rose Caron, qui a créé le rôle à Paris, puis par Lucienne Bréval.

D’autres bijoux évoluent. Ils sont transformés et réutilisés d’une pièce à l’autre. Par exemple, le scarabée exposé ici est monté sur une coiffe alors qu’il était auparavant boucle de ceinture.

Pour l’exposition, nous avons dû nous livrer au petit jeu de la comparaison de l’iconographie et des bijoux.

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A gauche : Coiffe attribuée à Marcelle Demougeot dans le rôle titre de « Déjanire » de Saint-Saëns – Palais Garnier, 1913, Au centre : Casque de la Pêtresse dans « Le fils de l’étoile » d’Erlanger – Palais Garnier, 1904, A droite : Détail huile sur toile représentant Blanche Deschamps-Jehin dans Samson et Dalila » de Saint Saëns – Marie Fournes Vernaud BNF/BMO © Photos Notes Précieuses

NP : Y a t-il dans vos collections des bijoux privés appartenant en propre aux cantatrices ?

MA : Non, c’est plus à l’époque romantique que costumes et accessoires provenaient de la garde robe personnelle des cantatrices.

A l’époque illustrée par l’exposition, les bijoux portés durant les représentations n’appartenaient plus aux chanteuses. Les bijoux de scène ont été créés pour des productions importantes et fastueuses.

Costumes et accessoires étaient suffisamment somptueux pour que les cantatrices n’aient pas envie d’y ajouter un collier de perles ou un pendentif.

NP : Y a t-il une spécificité des bijoux de théâtre ?

MA : Les bijoux de théâtre sont spécifiquement destinés à la scène. Ils doivent se voir de loin. Leur objectif est de donner l’illusion du précieux sans utiliser ni l’or ni les pierres précieuses.

Utiliser ces matériaux précieux au théâtre coûterait trop cher et cela n’aurait aucun sens.

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A gauche : Coiffe portée par Rose Caron (1892) puis Lucienne Bréval (1899) dans le rôle titre de « Salammbô » de Reyer, Palais Garnier, 1892, Au centre : Couronne de Rose caron (Elisabeth) dans « Tannhäuser » de Wagner – Palais Garnier, 1895, A droite : Coiffe de Rose Caron dans le rôle titre de « Djelma » de Lefebvre – Palais Garnier, 1894 © Photos Notes Précieuses

NP : Ce ne sont pas pour autant des bijoux au rabais …

MA : Fausses pierres et laiton, certes, mais on a affaire a un vrai travail d’orfèvre ; le soin mis pour fabriquer ces bijoux est remarquable.

NP : Les bijoux de théâtre ont-ils une influence sur les bijoux de la rue ?

MA : L’histoire du goût et des arts montre qu’il y a toujours eu un rapport entre le théâtre et ce qui se passe dans le domaine des arts et de la mode. Même si on ne sait pas précisément qui influence qui, il y a indéniablement écho entre les bijoux portés au théâtre à une certaine époque et ceux qu’on porte à la ville, dans les bals, les réceptions mondaines … à la même époque.

On sait que le théâtre a longtemps été une source d’inspiration pour les artistes, comme peut l’être la télévision aujourd’hui, mais les études poussées sur le sujet restent à faire. Les influences croisées art-théâtre commencent seulement à intéresser les historiens d’art.

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A gauche : Coiffe dans « L’Africaine » de Meyerbeer – Palais Garnier, 1877, Au centre : Coiffe de Lucienne Bréval (Hilda) dans « La burgonde » de Vidal – Palais Garnier, 1898, A droite : Coiffe d’une Magdaléenne dans « L’Africaine » de Meyerbeer – Palais Garnier, 1877 © Photos Notes Précieuses

NP : Y a t il influence du point de vue des techniques et matériaux ?

MA : Concernant les matériaux, c’est plus difficile à apprécier. Il faudrait savoir ce qui se passait exactement dans les ateliers.

On a longtemps cru qu’au XIXème siècle, les ateliers de théâtre étaient des milieux fermés, auto entretenus et qu’ils ne parlaient pas avec l’extérieur. Il apparait aujourd’hui qu’il y avait peut être eu plus de perméabilité qu’on ne le croyait.

En plus l’Opéra de Paris au début du XXème siècle a commencé à travailler avec des maisons extérieures pour certains types de prestation. On peut penser qu’il y a eu des échanges de techniques à ces occasions. Pourquoi pas aussi avec des bijoutiers …

NP : Qui créait les bijoux d’Opéra ?

MA : Les bijoux étaient toujours dessinés et créés dans les ateliers.

Aujourd’hui, à l’Opéra, ces ateliers s’appellent « décoration costumes ». Au théâtre, le bijou est un accessoire complémentaire du costume.

D’ailleurs quand on regarde les maquettes de costumes de la plupart des grandes « productions bijoutées » telles que l’Africaine, Bacchus, Salammbô, on voit que tout est prévu par les costumiers, y compris les bijoux.

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A gauche : Casque de Lucienne Bréval (Ariane) dans « Bacchus » de Massenet – Palais Garnier, 1909, A droite : Coiffe de la Javanaise das « La Burgonde » de Vidal – palais Garnier, 1898 © Photos Notes Précieuses

NP : Cela demandait parfois des recherches importantes, notamment pour les rôles historiques …

MA : Effectivement, les costumiers utilisaient les collections de la bibliothèque du musée de l’Opéra et des grands musées, voire parfois effectuaient des voyages d’étude dans le pays où se déroulait l’action.

Ils réalisaient alors des répliques des costumes et bijoux locaux ou réinterprétaient les choses car heureusement dans le théâtre, tout n’est pas que copie ! Il faut préserver la partie rêvée.

NP : Des bijoutiers de renom ont-t-ils travaillé pour l’Opéra ?

MA : A l’Opéra de Paris, nous ne possédons pas de pièces provenant de bijoutiers de renom. D’abord, comme je l’ai dit, parce que les bijoux étaient dessinés le plus souvent par les costumiers.

Puis on peut comprendre que lorsqu’un bijoutier commençait à travailler, son ambition était de réaliser des bijoux en or et pierres précieuses et non en laiton et en métal doré …

NP : La cantatrice avait-elle son mot à dire concernant les bijoux de son rôle ?

MA : On a peu de traces sur ce point car la relation tragédienne-costumier se faisait par oral. C’est lorsqu’il y avait un problème que la cantatrice écrivait au directeur de l’Opéra.

Si l’on constate des phrases du type « C’est impossible, je ne veux pas porter tel ou tel costume… », l’étude de ce courrier atteste qu’en général, les récriminations ne portaient pas sur le bijou.

  • Interview réalisée le 6 juin 2011
  • Exposition Tragédiennes de l’Opéra 1875-1939 – Palais Garnier, Bibliothèque Musée de l’Opéra – Place de l’Opéra – 75009 Paris
  • Du 7 juin au 25 septembre 2011

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