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Dialogue entre le corps humain, les objets d’art et les sciences

Jeudi 22 septembre 2011

EDF-FondationCela ne sert à rien de se “prendre la tête” ni d’être de “mauvais poil”, ni de se “mettre la rate au court bouillon” face à quelqu’un qui est “bête comme ses pieds” ; on risque, sinon, de ne pas “faire de vieux os” … On peut multiplier à l’infini les dictons qui font appel au corps. L’exposition Morceaux exquis, qui se tient à Paris à l’Espace Fondation EDF, propose un voyage – en 27 langues – dans le corps humain au gré des dictons populaires. Chaque culture, des Inuits du grand Nord aux Perses en passant par les berbères, a ses propres symboles et son propre langage pour décrire le corps. Le regard porté sur lui est toujours pertinent, parfois émouvant et souvent drôle. Plus de 300 objets d’art et traditions populaires, parmi lesquels de nombreux bijoux, illustrent le propos. Ils proviennent essentiellement des collections du MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) qui ouvrira ses portes au public à Marseille en 2013.

Sorties-culturelles

A gauche : Espace Fondation EDF, A droite : Scénographie de l'exposition © Photos Notes Précieuses

Le visiteur est d’abord confronté au cœur, l’organe qui en Europe attire certainement le plus les métaphores. Symbole de vie, il est le siège des sentiments, de l’amour en particulier. Un pendentif portugais du XXème siècle réunit amour sacré et profane : ce bijou cérémoniel est devenu le porte-bonheur traditionnel des mariées. La couleur rouge qui lui est associée lie le cœur au sang et parle donc lignage (“sang bleu”), ardeur, douleur … “Avoir bon cœur” c’est “avoir le cœur sur la main”, il est donc aussi question de générosité.

Bijou-coeur

A gauche : Collier à 3 rangs de perles de verre imitant le corail en verre, bois doré et métal - XXème siècle - Volendam, Pays-Bas - MuCEM, dépôt du Musée de l'Homme, Paris © Photo Notes Précieuses, Au centre : Pendentif "Coeur de Viana" en argent doré filigrané - XXe siècle ? - Minho, Portugal, Coll. MuCEM, Paris/Marseille © MuCEM, photo Christophe Fouin, A droite : "Cuore" en plexiglas, verre double vitrage, carton - Maurizio Cattelan, , 1990 - Collection particulière © Photo Michel Coen

Parce qu’ils sont les parties inférieures du corps, les pieds sont associés à la vilenie et à la bêtise. Lorsqu’on évoque la cheville ou la cuisse, en revanche, on aborde le domaine de l’érotisme et de la sexualité. L’œil quant à lui est à la fois instrument de connaissance et miroir de l’âme. De nombreux dictons mettent en garde : c’est par l’œil qu’on jette un sort. D’où la nécessité de se protéger du “mauvais œil” par une amulette telle cette broche épingle de nourrice retenant une médaille et un œil bleu qui était agrafée sur les vêtements des nouveaux-nés en Grèce.

Collier-d-ambre

A gauche : Broche-amulette avec oeil Ioannina en métal et matière plastique - 2ème moitié du XXème siècle - Epire, Grèce - Coll. MuCEM, Paris/Marseille, dépôt du musée de l'Homme © MuCEM, photo Christophe Fouin, Au centre : Masque de femme nikab en toile de coton, soie crème, fil de coton, fil et paillettes métalliques dorés, cordelettes tressées - 1ère moitié du XXe siècle - Iran - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © MuCEM, photo Christophe Fouin, A droite : Collier d'ambre et jugulaire en ambre, plaques de coton avec perles, cuivre argenté, fermoir en argent - Lindshort (Allemagne), Thessalie (Grèce) - MuCEM Paris © Photo Notes Précieuses

En raison de sa proéminence, et de sa forme, le nez fait souvent l’objet de remarques, voire d’insultes d’ordre racial. La culture populaire veut parfois aussi que le nez d’un homme soit à l’image de son phallus … Le mot oreille décrit à la fois un sens et une partie du corps. Percer le lobe n’est pas seulement un choix de parure mais souvent aussi un acte prophylactique. Dans de nombreuses civilisations, il est coutume de percer les oreilles des fillettes dès la naissance pour préparer le corps à la maturité menstruelle et la défloration. En Croatie, la taille des boucles d’oreille change et leur décor se charge avec l’âge, passant de simples “boccole” à des pendants plus élaborés. On a aussi longtemps percé les oreilles des garçonnets pour, croyait-on, stimuler leur acuité visuelle. De l’extérieur, le ventre est délimité par la taille, elle-même souvent soulignée par une ceinture ou un corselet qui maintient les organes internes et contient les désirs. Se dégrafer, c’est ouvrir le corps au plaisir. La large et riche ceinture roumaine (Chimir) confectionnée pour le mariage permet de protéger les reins mais façonne surtout la silhouette du marié.

Ceinture-cuir

A gauche : Ex Voto en argent - XXème siècle - Italie - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © photo Christophe Fouin, Au centre : Pendants d'oreille en filigrane d'argent doré - XVIII siècle - Dalmatie, Croatie - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © Photo Christophe Fouin, A droite : Ceinture d'homme dite "chimir" en cuir, broderie de cuir, fer nickelé - XXème siècle - Roumanie - Collection MuCEM, Paris/Marseille © Photo Christophe Fouin

Le dos est la charpente de l’homme. On y voit sa capacité à résister aux difficultés de la vie : il y a ceux qui ont “le dos large” et ceux qui “tournent le dos à leurs responsabilités”. La bouche est une entité multiple qui indique à la fois la cavité buccale, les dents, la langue mais aussi le sens du goût et la musicalité de la voix.

Pomander

A gauche : Amulette dite "Dents de Cologne" en dents et argent - XIXème siècle - Allemagne - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © Photo Christophe Fouin, Au centre : Bijou pendentif cure dent - cure oreille avec chaînette de suspension en filigrane d'argent, corail et perles bleues - XIXème siècle - Nuoro, Sardaigne, Italie - MuCEM (Paris-Marseille) dépôt du Musée de l'Homme (Paris) © Photo Christophe Fouin, A droite : Grand pomander avec son étui en vermeil, chagrin et velours - France - Château de Chamerolles, Conseil Général du Loiret © Photo Notes Précieuses

Les seins sont à la fois érotiques et nourriciers. La Pupazza – figure féminine à trois seins – symbolise la légende d’une nourrice qui calmait les pleurs des enfants avec une fausse mamelle remplie de lait. Etre “mal dans sa peau” se traduit souvent par le désir de “faire peau neuve”. Frontière entre l’individu et le monde, la peau porte les marques du temps. Elle peut être utilisée pour y afficher son identité et son histoire à l’image de ces bagnards de Cayenne aux multiples tatouages.

Vanite-art

A gauche : Marionnette à tringle en bois, verre, métal -Fin du XIXème siècle - France - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © Photo Christophe Fouin, Au centre : Vanité en organdi, brodé - Angélique Lefèvre, 2007 - Coll. particulière © ADAGP, Paris 2011, A droite : Babioles en forme de crâne ou de squelette vendues lors de fêtes populaires en matière plastique, billes de verre - Espagne, Italie - MuCEM, dépôt du Musée de l'Homme, Paris © Photo Notes Précieuses

La Tête est à la fois cervelle, crâne et visage. Jusqu’au XIXe siècle, le cerveau fut absent des dictons populaires ; on a “perdu la tête” avant d’être “écervelé”.

Bijou-cheveux

A gauche : Médaillon et coffret en argent, verre, cheveux - XIXème siècle - Russie - Coll. MuCEM, Paris/Marseille - Dépôt du Musée de l'Homme, Paris © Photo Christophe Fouin, Au centre : Parure de tête "guazz"en épingles argent, ruban de satin - XIXème siècle - Lac de Côme, Italie - Coll. MuCEM, Paris/Marseille © Photo Christophe Fouin, A droite : Diadème "kapice" à cabochons et frontal en argent filigrané, cabochons, alliages cuivre argent, tissage, plaquettes d'argent - Albanie, Bosnie-Herzégovine - Finlande - MuCEM Paris © Photo Notes Précieuses

Poils et cheveux quant à eux, s’exhibent ou se cachent, parlent de force, de séduction et de pudeur. La culture populaire a aussi construit des notions plus psychologisantes : “Couper les cheveux en quatre” dénonce une minutie maladive tandis que “s’arracher les cheveux”, renvoie à une situation sans issue.

Bague-maison

A gauche : Amulette "mano in fica" en corail, turquoise, cuivre - XIXe siècle - Sicile, Italie - Coll. MuCEM, Paris/Marseille, dépôt du Musée de l'Homme © MuCEM, photo Christophe Fouin, A droite 1 : Bague de mariage en forme de maison avec "Mazel Tov" inscrit sur le toit en or et filigrane d'or - XVIIème siècle - Italie - Paris, Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, A gauche 2 : Châtelaine avec main et bague en or - Paris, Les Arts décoratifs, Musée des Arts décoratifs, A droite 2 : Bague avec cachet en argent - XIXème siècle - Gornjo Dolencie (Macédoine) - MuCEM, dépôt du Musée de l'Homme, Paris et Main de géant en cire - Paris, Muséum National d'Histoire Naturelle © Photos Notes Précieuses

Très riche et très savante, l’exposition Morceaux exquis, montée en collaboration avec le CNRS, révèle toute la richesse, l’originalité et la diversité des savoirs populaires et la complexité de leurs relations avec médecine, art ou littérature, domaines relevant de la culture savante. On peut y mesurer aussi les changements dans le comportement et la définition du domaine de l’intime : avant la deuxième guerre mondiale, par exemple, les Sardes arboraient fièrement en pendentif leur cure dent – cure oreille … Les dictons peuvent montrer un sens certain du compromis, voire une volonté d’union européenne, telle cette définition de la jolie femme qui serait “anglaise par la tête, hollandaise par le corsage et française par la ceinture”.

  • Exposition Morceaux exquis, Il y a un corps entre nous – Espace Fondation EDF – 6, rue Récamier – 75007 Paris
  • Du 27 mai au 25 septembre 2011, entrée libre

Bijoux et Vanités

Mercredi 3 février 2010

affiche-vanites“Vanité des vanités, tout est vanité” … Au IIIème siècle avant Jésus Christ, les textes de l’Ecclésiaste mettaient en balance l’oeuvre dérisoire de l’Homme face à la mort. Ensuite, c’est l’Art qui a pris le relais dans ce rappel à l’humilité. A travers 150 pièces originales, le Musée Maillol met aujourd’hui en perspective les différentes approches de la mort selon les époques et les artistes. En remontant le fil du temps, l’exposition “C’est la vie ! Vanités, de Caravage à Damien Hirst” nous convie à un véritable parcours initiatique où le bijou tient une place non négligeable.

Le visiteur commence par découvrir les vanités contemporaines. D’emblée, des oeuvres fortes l’interpellent. La sérigraphie du crâne en poussières de diamants de Damien Hirst “For the love of God, Laught” par exemple, voisine avec un crâne en mouches du même auteur “The fear of death (Half Skull)”. À se demander si le chef de file de la YBA Generation, parvient à choisir entre le beau et le réaliste pour représenter la mort.

Une chose en tous cas est certaine, depuis la fin du XXème siècle, la représentation de la mort est foisonnante dans l’art et déborde largement de son champ. Crânes et ossements ont également envahi notre quotidien et s’affichent sur les vêtements et les pochettes de CD … Les créations morbides ont évolué selon les époques. Les vanités médiévales soulignaient la brièveté de la vie et l’inutilité des biens terrestres ; les vanités actuelles sont plus agressives et évoquent les totalitarismes et l’évolution pernicieuse de la société moderne.

Bague en or et émail représentant un crâne traversé par un serpent - Création Codognato - Collection particulière © Andrea Melfi

Bague "Alchimie" en or et émail, représentant un crâne traversé par un serpent - Codognato - Collection particulière © Andrea Melfi

L’exposition “Les Vanités” consacre une large place aux oeuvres picturales et met en perspective les approches de la mort selon Le Caravage, Géricault, Cézanne, Braque, Ernst ou Picasso, mais aussi selon Warhol, Uklanski ou Hirst pour ne citer que ceux là. Mais, parce qu’en occident, les bijoux sont eux aussi le reflet des mentalités et des angoisses, ils ont ici une place importante. Du Moyen Age à l’époque contemporaine, les sentiments mortifères se sont aussi largement exprimés par les bagues, colliers et bracelets.

Bague "Culte" en or, émail blanc et diamants - Création Codognato - Collection particulière © Andrea Melfi

De gauche à droite : Bague "Culte" en or, émail blanc et diamants - Boucles d’oreilles à pendants "Tempus fugit" composées de deux miniatures sur argent représentant des vanitas en or et diamants - Codognato - Collection particulière © Andrea Melfi

Pour la première fois sont exposées en France de très nombreuses pièces créés par la dynastie des Codognato. Depuis 1866, ces joaillers vénitiens ont produit, dans la plus grande discrétion, des bijoux chargés de symboles mortuaires. Les pendentifs, colliers et bagues en forme de crânes et d’ossements sont entourés d’or, d’émail, de pierres précieuses. S’inspirant parfois des peintres du Grand Siècle ou plus récemment de surréalistes tel Magritte, les Codognato ont su fasciner des acheteurs aussi prestigieux que d’Annunzio, Visconti, Onassis, Cocteau, Hemingway, Diaghilev, Manet, Wharol ou Elton John.

De gauche à droite : Bagues en argent : bague au cercueil ouvert, Bague avec personnage de la mort armé de la faux, bague au crâne fleuri - Suzanne Gulliver pour les Hells Angels - États-Unis, vers 1960 © Jean Alex Brunelle/Galerie Yves Gastou

De gauche à droite : Bagues en argent : bague au cercueil ouvert, bague avec personnage de la mort armé de la faux, bague au crâne fleuri - Suzanne Gulliver pour les Hells Angels - États-Unis, vers 1960 © Jean Alex Brunelle - Galerie Yves Gastou

D’autres bijoux, prêtés par le galeriste et collectionneur parisien Yves Gastou, sont davantage liés aux phénomènes sociaux contemporains. Délaissant les bagues Renaissance, censées rappeler à chacun qu’il va mourir ou les bagues de deuil du XIXème siècle, Yves Gastou s’est concentré sur les bijoux où la mort devient symbole agressif de contestation et d’anarchie. On peut ainsi redécouvrir les bagues viriles et barbares réalisées par Suzanne Gulliver pour les Hells Angels dans les années 1950. On peut admirer également les créations fantastiques plus récentes du hollandais André Lassen. On notera encore, pour l’anecdote, que les grands joaillers parisiens ne sont pas totalement absents de l’exposition. Helmut Newton “Shakespeare – Crâne et collier de diamants” a photographié aux rayons X un modèle qui porte un collier de diamants Van Cleef and Arpels.

De gauche à droite : Bague en or et quartz fumé et anneau en or jaune représentant une ronde de squelettes - Marc Gassier, vers 1980 © Jean Alex Brunelle - Galerie Yves Gastou

De gauche à droite : Bague en or et quartz fumé et anneau en or jaune représentant une ronde de squelettes - Marc Gassier, vers 1980 © Jean Alex Brunelle - Galerie Yves Gastou

  • Exposition C’est la vie ! Vanités, de Caravage à Damien Hirst – Fondation Dina Vierny, Musée Maillol – 61, rue de Grenelle – 75007 Paris
  • Du 3 février au 28 juin 2010