Le Grimaldi Forum de Monaco consacre cette année son exposition d’été aux Fastes et Grandeur des Cours en Europe. Les quelque sept cents œuvres exposées témoignent de la vie, du rôle et des passions des figures impériales, royales et princières qui ont marqué l’Histoire européenne du XVIIème au XXème siècle. Outre de nombreux portraits et tableaux, les visiteurs découvrent des objets d’art ainsi que des costumes, des meubles et des bijoux révélateurs d’une époque et de la personnalité des souverains auxquels ils ont appartenu. Chaque Cour se voit dédier une salle ; ce qui permet de respecter l’identité, l’histoire et la culture de chacune des maisons souveraines.

A gauche : Adélaïde-Marie (1833-1916), seconde épouse du grand-duc Adolphe, huile sur toile - Carl Ferdinand Sohn CARL, 1855 © Cour Grand-Ducale de Luxembourg, Imedia, droite : Grand diadème de la Maison de Nassau - Premier tiers XIXè siècle. Le plus grand et le plus ancien diadème de la collection grand-ducale - Collection Cour Grand-Ducale © Imedia
L’exposition Fastes et Grandeur des Cours en Europe montre combien, dans une Europe aux frontières fluctuantes, les destins se sont croisés au gré des mariages et des alliances. Le voyage à travers les siècles auquel elle nous convie permet également d’entrer dans l’intimité de personnages et de couples célèbres, voire mythiques. On y découvre aussi l’importance des “cadeaux officiels” qui permettaient aux Etats de se mesurer les uns aux autres avec des moyens autres que la guerre. L’ambre de la Baltique est particulièrement significatif à cet égard. On peut dire que si la Prusse fut définitivement reconnue en tant que duché souverain, c’est largement grâce aux somptueux cadeaux d’ambre faits aux monarques européens. Par ailleurs, privilège royal, l’ambre était devenu rapidement la principale ressource de l’Etat prussien et avait fait la richesse du pays, au départ grâce aux immenses commandes de la Perse.

A gauche : Miniature de Christian IX et Louise du Danemark © The Danish Royal Collection, Amalienborg, A droite : Epée "au dragon" © The Danish Royal Collection, Rosenborg
Charles de Bourbon, roi de Naples, surtout célèbre pour avoir lancé les fouilles archéologiques d’Herculanum et de Pompéi, contribua à la création de la fabrique de porcelaines de Capodimonte. Il créa également une manufacture de soie et de pierres dures ainsi qu’une manufacture de tapisserie dont les produits étaient recherchés et lui servaient parfois de monnaie d’échange avec les autres monarques. La porcelaine joua également un rôle important à la cour de Saxe. Auguste Le Fort lui vouait une véritable passion, au point d’échanger avec le roi de Prusse un régiment complet de soldats-dragons contre une centaine de porcelaines de Chine … C’est aussi sous son règne et sous son impulsion que fut découvert le secret de la porcelaine dure qui devint le véritable “or blanc de la Saxe”.

A gauche : Collier en or, argent, diamants, diamants roses - Estevão de Sousa, XIXème siècle © Palácio Nacional da Ajuda, Luisa Oliveira, Divisão de Documentação Fotográfica, Instituto dos museus e da conservação, A droite : Ordre de la Toison d’or en rubis - Atelier de Johann Melchior Dinglinger, 1772 - Dresde, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Grünes Gewölbe © Grünes Gewölbe, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, Jürgen Karpinski
L’exposition montre aussi comment, afin de présenter ses riches collections, Auguste le Fort réaménagea une partie de son palais pour en faire le premier musée ouvert au public. Les salles d’exposition, qui avaient reçu le nom de “Voûte verte“, recelaient un véritable trésor composé de parures de diamants, de rubis, de saphirs, d’émeraudes et de pièces d’orfèvrerie-joaillerie dues au talent de Johann Melchior Dinglinger.

A gauche : Détail du portrait en pied de l’impératrice Joséphine - Henri-François Riesener (1767-1828) - Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau © RMN, Daniel Arnaudet, A droite : Boîte de présent avec le portrait de l'impératrice Joséphine - Paris, Fondation Napoléon © Fondation Napoléon, photo Patrice Maurin-Berthier
Lorsqu’on évoque la France, on ne peut ignorer Joséphine de Beauharnais, célèbre pour ses très nombreux bijoux, parures de diamants, perles, émeraudes et saphirs, et pour ses centaines de robes, souvent représentés sur ses nombreux portraits.

A gauche : Diadème de l'Impératrice Joséphine - Musée d'Art et d'Histoire, Palais Masséna, Nice © Photo Musée Masséna, ville de Nice, Claude Germain, A droite : Parure de malachite Paris, Fondation Napoléon © Fondation Napoléon, photo Patrice Maurin-Berthier
L’exposition révèle aussi combien, sous le règne d’Alexandre II, le séjour des Russes sur la Côte d’Azur fut profitable à la Région au plan du développement touristique et économique. Les grandes maisons de la Place Vendôme, profitèrent également des haltes dans la capitale des souveraines russes en route vers la Riviera française. En 1859, l’impératrice Alexandre, puis en 1864 l’impératrice Marie Alexandrovna se sont ainsi rendues chez Mellerio dits Meller et en 1880, pour son dernier voyage sur la Côte d’Azur, l’impératrice a passé commande chez Boucheron. Une salle est consacrée à la famille Esterhazy qui, depuis le XVIIème siècle, investissait dans l’art et les bijoux. Lorsqu’en 1867 les bijoux des Esterhazy furent vendus aux enchères, le marché du diamant menaça de s’écrouler … Les pierres précieuses furent acquises par Charles Lewis Tiffany, qui procéda à de nouveaux montages.

A gauche : Portrait en buste de la reine Sophie Magdalena de Danemark - Pasch © Hans Thorwid, Nationalmuseum, Stockholm, Au centre : Robe du soir "Arlésienne" en soie recouverte de tulle, broderies de perles blanches, noires et argentées, collection hiver 1912-1913 - Worth (Paris/Londres), 1912 - Oslo, The National Museum of Art, Architecture and Design © Nasjonalmuseet for kunst, arkitektur og design, Stiftelsen Kunstindustrimuseet i Oslo, photo Teigens Fotoatelier AS, A droite : Charles III (1818-1889), Huile sur toile - Karl Wilhelm Friedrich Bauerle, 1868 - Collection du Palais princier de Monaco © Archives du Palais Princier, G. Luci La
En ce qui concerne le Portugal, les extraordinaires pièces d’orfèvrerie française illustrent la récente richesse du pays au milieu du XVIIIe siècle. Joseph Ier avait passé à François-Thomas Germain, orfèvre de Louis XV, une très importante commande dont un ensemble de quatre services d’argent décorés de ses armoiries. Ces pièces sont toujours présentes dans les collections du Portugal.

A gauche : L’impératrice Elisabeth en costume d’apparat, détail de l'huile sur toile - Georg Raab, 1879 - Hofburg Wien, Sisi-Museum © Bundesmobilienverwaltung, photo Tina King, A droite : Portrait d'Elisabeth jeune mariée, huile sur toile - Franz Russ, 1856 - Fondation privée © Esterhazy Esterházy Privatstiftung, Schloss Eisenstadt, photo Gerhard Wasserbauer, Wien
L’impératrice Elisabeth d’Autriche, plus connue sous le nom de “Sissi“, est également présente à l’exposition. En 1879, les noces d’argent de l’empereur François Joseph et de l’impératrice furent l’occasion de redonner une image publique du couple impérial. C’est la dernière fois où elle posa pour un portrait officiel. A la soirée célébrant l’événement, l’impératrice, portait les joyaux que l’empereur lui avait offert en cadeau de mariage. Composée d’un diadème, d’un collier, d’un corsage et de boucles d’oreilles, cette somptueuse parure de rubis provenait de l’héritage de Marie-Antoinette. Cet ensemble, dont la trace s’est perdue depuis 1918 faisait partie des bijoux privés des Habsbourg.

A gauche : La Reine Thérèse de Bavière (1792-1854), épouse du roi de Bavière, Louis Ier, huile sur toile - Pino Bauer d’après Joseph-Karl Stieler, 1833 - Munich, Bayerisches Nationalmuseum © Bastian Krack, Bayerisches Nationalmuseum München, A droite : Louis Ier (1786-1868), roi de Bavière de 1825 à 1848, huile sur toile - Atelier de Joseph Karl Stieler, après 1826 - Munich, Bayerische Verwaltung der staatlichen Schlösser, Gärten und Seen © Propriété du Wittelsbacher Ausgleichsfond, résidence Munich, photo Bayerische Schlösserverwaltung, München
Des films – documentaires et fiction – éclairent l’exposition ainsi que le catalogue illustré au sein duquel on remarque les contributions de Wilfried Zeilser, Hans Ottomeyer, Dirk Syndram, Ilsebill Barta et Stephan Körner.
- Exposition Fastes et grandeur des Cours en Europe – Grimaldi Forum Monaco, Espace Ravel – 10, avenue princesse Grace – 98000 Monaco
- Du 11 juillet au 11 septembre 2011
- Catalogue de l’exposition – Co-édition Grimaldi Forum Monaco/ESFP (Editions Skira Flammarion Paris)