Le Musée Maillol accueille actuellement le “Trésor des Médicis“. Les quelque 160 pièces sélectionnées ponctuent les principales étapes de l’histoire d’une famille qui, du XVe au XVIIIe siècle, a collectionné et initié de nombreux chefs-d’œuvre du patrimoine mondial. Ce sont les Médicis qui ont encouragé et soutenu Fra Angelico, Botticelli, Michel-Ange ou encore Raphaël … Ils ont également porté les arts mineurs à leur apothéose. L’exposition du Musée Maillol est l’occasion pour les Parisiens – aidés par l’imposant, mais nécessaire, arbre généalogique situé dès l’entrée – de pénétrer au cœur même de la plus célèbre des dynasties florentines et de mesurer combien ses représentants ont su efficacement mettre l’art au service du pouvoir politique. Le bijou, bien entendu, n’est pas absent de ce panorama. Il est particulièrement présent lorsqu’on évoque les deux reines de France – Catherine et Marie de Médicis - et Anne Marie Louise, dernière représentante de la lignée à qui l’on doit la conservation de ce trésor.

A gauche : Huile sur toile représentant le portrait de Tommaso Inghirami dit Fedra Inghirami - Raphaël, 1510 - Florence, Palazzo Pitti, Galleria Palatina, A droite : Détrempe sur panneau représentant la sépulture des Saints Côme et Damien et de leurs trois frères - Fra Angelico, vers 1438/1440 - Florence, Museo di San Marco © Photos : Archivio Fotografico della Soprintendenza per il Polo Museale Fiorentino
Ayant amassé une immense fortune, les Médicis ont régné sur Florence du début du XVème siècle jusqu’à l’extinction de leur dynastie, à la mort du grand-duc Jean-Gaston en 1737. Durant trois siècles, le clan familial n’a cessé de s’entourer d’artistes, de peintres, de sculpteurs, d’orfèvres, de musiciens, de poètes et de savants. Cette ouverture sur l’art et la science fut un atout politique considérable.

A gauche : Détrempe sur bois représentant l'adoration des Mages - Sandro Botticelli, 1475/1476 - Florence, Galleria degli Uffizi © Photo : Archivio fotografico della soprintendenza di Firenze, A droite : Marbre représentant Apollon David - Michel Ange, 1525/1530 - Florence, Museo del Bargello © Photo Scala, 2010, Florence, courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali
Cosme, véritable fondateur de la dynastie, se plaisait déjà à dire qu’il n’avait pas de meilleurs ambassadeurs dans les cours européennes que ses artistes et ses objets d’art. Son petit-fils, Laurent le Magnifique, qui revendiquait sa passion pour les camées antiques et achetait des vases de pierre dures pour des sommes colossales, a consacré cette “République des arts“. Esthète et érudit, Jean, second fils de Laurent, devenu Pape, a donné une nouvelle ampleur au mécénat familial, relayé par Jules, fils illégitime du frère de Laurent.

A gauche : Verseuse en nacre et vermeil gravé - Manufacture chinoise et flamande, XVIe siècle - Florence, Museo degli Argenti © Photo: Archivio Fotografico della Soprintendenza per il Polo Museale Fiorentino, A droite : Scénographie de l'exposition représentant le Cabinet des merveilles. On y trouve notamment : la verseuse en nacre et vermeil citée précédemment, un collier composé de 70 coquillages sur cordelette végétale - 16ème siècle - St Domingue, culture Taïno, un pendentif avec une sirène en or, émaux, 5 diamants, 26 rubis et 7 perles (V.1570-1580) - Orfèvre flamand © Photo musée Maillol
Devenu Pape à son tour sous le nom de Clément VII, Jules est passé à la postérité pour avoir mené Catherine de Médicis au trône de France. L’élection de Cosme Ier en tant que duc de Florence a ouvert une nouvelle ère de mécénat intense. Il a repris la collection de médailles anciennes de Laurent le Magnifique et rassemblé dans son cabinet de Calliope de curieuses collections, allant des pierres naturelles aux bijoux de Cellini. Le Grand-Duc François a, quant à lui, rassemblé “… un bel écrin de choses rares et précieuses par la valeur et la facture” : ambre, perles, coquillages, vases en cristal de roches et lapis-lazuli, porcelaines … Anne Marie Louise, dernière représentante de l’illustre famille après la disparition de son frère Jean-Gaston, a consacré les dernières années de son existence à la charité et au mécénat constituant une ultime collection d’objet précieux. Celle qui fut connue également sous l’appellation d’Electrice Palatine a fait en sorte qu’après sa mort, tous les trésors des Médicis restent à Florence, “à la disposition de toutes les nations”.

Huile sur bois représentant le portait d’Eléonore de Tolède - Agnolo Bronzino, 1543 - Prague, Narodni Galerie v Praze © Photo : Narodni Galerie, Prague, Czech Republic, Giraudon, The Bridgeman Art Library Nationality. Eléonore de Tolède tenait particulièrement à une bague, représentée ici à son auriculaire. Cette bague, exposée à Maillol, est en onyx, or et traces d'émail (1 et 2ème siècle après JC) - Art romain (l'intaille), orfèvre florentin (la monture), vers 1539-1543
Placée sous la protection de Clément VII, Catherine de Médicis (1519-1589) a épousé le futur roi Henri II. Elle a apporté avec elle une dot de 28 000 écus de bijoux et de nombreux objets créés pour la circonstance telle une cassette en cristal de roche réalisée par Valerio Belli. Les bijoux qu’elle portait avaient pour objet de mettre en valeur sa jeunesse, tel un camée monté sur un cadre d’or enrichi de vingt-neuf rubis. Ils devaient aussi asseoir son statut : la jeune femme veillait en effet à se montrer toujours parée de vêtements et de joyaux à la hauteur de son rang. Les 7 perles rares offertes par Clément VII se retrouvent dans le portrait attribué à Germain Le Mannier. Transmises à Marie Stuart, ces perles attireront la convoitise d’Elizabeth d’Angleterre, qui les confisquera à son profit.

Huile sur toile représentant le portrait de Marie de Médicis - Frans Pourbus, 1611 - Florence, Palazzo Pitti, Galleria Palatina © Photo : Archivio Fotografico della Soprintendenza per il Polo Museale Fiorentino
Passionnée de bijoux et disposant elle aussi d’une dot importante, Marie de Médicis (1573-1642), fille de François Ier grand-duc de Toscane, a épousé le roi de France Henri IV en 1600. Dès son arrivée à la cour, elle s’efforça de faire élaborer une iconographie pour légitimer son rôle de reine et de mère du Dauphin. Les portraits qui la représentent en habits royaux la montrent vêtue de robes constellées de bijoux et de perles. Dans le portrait en pied brossé par Frans Pourbus, elle arbore 300 grosses perles et diamants taillés en plaque. Son rôle de reine est symbolisé, sur sa couronne, par le diamant Sancy, une pierre indienne de quarante-cinq carats qu’elle avait elle même acquise en 1604.

A gauche : Camée en onyx et sardonyx représentant Poséidon et Athéna luttant pour la domination de l'Attique- Art romain (?), milieu du Ier siècle avant JC © Photo : Soprintendenza speciale per i Beni archeologico di Napoli e Pompei, A droite : Bijou berceau au nouveau né en filigranes d’or, émaux, diamants, perles et soie - Orfèvre hollandais (Amsterdam), vers 1695 - Florence, Palazzo Pitti, Museo degli Argenti © Photo : Archivio fotografico della soprintendenza di Firenze
Bien que fort dévote, Anne Marie Louise affectionnait également beaucoup les bijoux. L’œuvre présentée à l’exposition, à laquelle elle portait une particulière affection, va bien au delà de la simple recherche d’apparat. Ce bijou hollandais de la fin du XVIIème siècle, en perles, pierres et émaux, lui fut offerte par son mari. Il s’agissait de conjurer la stérilité familiale qui la frappait. Mais ce berceau contenant une perle gravée n’eut pas l’effet bénéfique escompté : l’union d’Anne Marie Louise demeura stérile. Ainsi s’est éteinte la dynastie des Médicis.
- Exposition Trésor des Médicis – Musée Maillol – 61, rue de Grenelle – 75007 Paris
- Du 29 septembre 2010 et prolongation jusqu’au 13 février 2011