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Pierres fines, pierres précieuses, minéraux et fossiles au Salon International de Minéralogie de Paris

Mercredi 30 mars 2011

Acheter-bijoux-pierres-precieusesLes amateurs de pierres fines, pierres précieuses, minéraux et fossiles se donnent rendez-vous les trois premiers jours d’avril à l’exposition vente qui leur est consacrée à l’Hôtel Marriott à Paris. Comme chaque année, le Salon International de Minéralogie et de Bijouterie de Paris est ouvert à un très large public. Le passionné à la recherche de la pièce rare qui complètera sa collection y côtoie la femme qui cherche des bijoux originaux en pierre semi précieuse ou en pierre naturelle, qu’elle aimera porter ou tout simplement le curieux qui vient rêver devant la beauté et la richesse de la nature.

Pierres-naturelles

A gauche : Améthyste © Salon International de Minéralogie Paris

La vocation de ce salon est de faire découvrir la minéralogie à un large public tout en décrivant le chemin qui mène de la pierre brute arrachée à la terre à la gemme taillée par le lapidaire pour finir montée sur une bague, une boucle d’oreille, un collier ou toute autre pièce de joaillerie. Il y en a pour tous les goûts tant le champ est immense : plus de 4000 variétés de pierres naturelles se distinguent par leur provenance, leur couleur ou leur cristallisation. Les pierres précieuses et semi-précieuses quant à elles sont évaluées en fonction de la couleur, la masse, la pureté, la taille, le reflet … C’est pour magnifier leur couleur et leur reflet que les lapidaires les taillent en facettes.

Pierres-fines

A gauche : Améthystes et citrines © Salon International de Minéralogie Paris

Le salon regroupe de nombreux exposants, représentant pierres et minéraux du monde entier : d’Allemagne et de Belgique, d’Ukraine et de Russie, mais aussi de Madagascar, d’Australie, de Chine ou du Sri Lanka pour ne citer que ces pays parmi la vingtaine qui sont représentés. Vous pouvez y acheter bijoux et pierres précieuses. Si la bijouterie est l’art de mettre en valeur les pierres précieuses (diamant, rubis, saphir, émeraude), les pierres fines (aigue marine, grenat, améthyste …), pierres ornementales (agate, quartz, onyx …) ou pierres gemmes organiques (corail, ambre, perles de culture, nacre …), toutes les pièces exposées au salon ne sont pas uniquement destinées au plaisir des yeux. Certaines sont avant tout le témoin de l’histoire géologique de la planète ; d’autres – les fossiles – sont les empreintes d’êtres vivants qui ont peuplé la terre, il y a de cela parfois plusieurs millions d’années.

Pierres-precieuses

A gauche : Opales © Salon International de Minéralogie Paris

Certains stands dédiés à des écoles, des revues spécialisées, des instituts de recherche … , ont pour objectif de mieux faire connaître au public ce qui concerne la pierre sous tous ses aspects.

  • Salon International de Minéralogie et Bijouterie de Paris, exposition et vente – Hôtel Marriott, Paris Rive Gauche – 17, bd Saint Jacques – 75014 Paris
  • Du 1er au 3 avril 2011 – 1er avril, de 12h à 19h et 2/3 avril de 10h à 19h – Entrée : 8 €,  enfant : 5 €

Les bijoutiers créateurs de Lorraine exposent à Nancy

Vendredi 26 novembre 2010

Week end bijoutiers créateursNancy accueille le premier  week‐end des bijoutiers créateurs de Lorraine. Une dizaine de créateurs de bijoux invite le public à partager leur univers en découvrant leur travail. Cette manifestation est organisée, en partenariat avec la Ville de Nancy, par Label Parure, association créée en novembre 2009 pour tracer les voies de l’innovation des métiers créatifs en Lorraine, région particulièrement riche au plan artistique.

Bijoutiers-joailliers

A gauche : Broche "Ginkgo" en or - Jacky Schwartz © Jacky Schwartz, Au milieu : Bagues en argent et pierres fines - Kathrin Krueckemier © Kathrin Krueckemier, A droite : Bague en opale et or - Laurent Louis © Laurent Louis

Cette manifestation qui se tient dans la galerie des thermes à Nancy réunit les bijoutiers joailliers Laurent Louis, Jacky Schwartz, Nadine Garette, Kathrin Krueckemier, Yiri Ledecky, ainsi que les créateurs de bijoux Emmanuel Sztuka, Marie Chabrol, Geneviève Cailleteau et Anna Tabakhova.

Gemmes

De gauche à droite : Photos d'agate, de météorite et de malachite - Bruno Cupillard © Photos, propriété Bruno Cupillard

Pour faire découvrir aux visiteurs le chemin d’une gemme, les organisateurs de l’exposition ont également fait appel à l’Association Lorraine des Amis des Sciences de la Terre (ALAST) et à plusieurs créateurs de bijoux gemmologues ainsi qu’au photographe Bruno Cupillard, spécialiste en gemmes et gemmologue.

Bijoux-de-créateurs-de-Lorraine

A gauche : Collier - Geneviève Cailleteau © Geneviève Cailleteau, Au milieu : Collier avec pendentif en météorite et saphir noir étoilé - Anna Tabakhova © Anna Tabakhova, A droite : Collier - Marie Chabrol © Marie Chabrol

Le Pôle bijou de Baccarat qui entretient des liens privilégiés avec Label Parure est également présent. C’est en effet, lorsqu’ils étaient invités par la Communauté de Commune du Cristal à participer et à réfléchir sur le projet Pôle Bijou que les professionnels lorrains du bijou ont eu l’idée de  l’association “Label Parure”.

  • Week-end des bijoutiers créateurs de Lorraine et d’ailleurs – Galerie des Thermes, Nancy Thermal – 43, rue du Sergent Blandan – 54000 Nancy – Du 26 au 28 novembre 2010 – 26 novembre, de 14h à 18h et 27 et 28 novembre, de 10h à 18h
  • Label Parure – Association des talents créatifs du bijou et de la parure en Lorraine – 18 rue Emile Gébhart – 54000 Nancy – Renseignements : Laurent Louis : 03 83 32 86 13, label.parure@hotmail.fr

Art lapidaire et concours pour enfants au Pôle Bijou de Baccarat

Mercredi 27 octobre 2010

Le Pôle Bijou Baccarat déploie une activité intense pour le deuxième semestre 2010 : expositions, initiations et formations, sensibilisation des jeunes enfants à tout ce qui a trait au bijou. L’exposition “L’art lapidaire” (nous en avons déjà parlé ici), installée à la galerie temporaire, permet de découvrir des centaines de pierres fines et pierres précieuses. Le visiteur se familiarise également avec la glyptique, le travail de facetage des pierres …

Formation-lapidaire

Elèves du stage amateur Taille lapidaire d'octobre dernier © Pôle Bijou Baccarat

Daniel Koch, bijoutier lapidaire, anime, par ailleurs, des stages d’initiation, permettant de découvrir le travail sur les pierres fines et la transformation d’une gemme brute en une pierre facetée. Début octobre, il a commencé par une initiation à la minéralogie. Les stages suivants, les 20 et 21 novembre (niveau 2), permettront de réviser la gemmologie et le perfectionnement du sciage puis de tailler une sphère à main levée. Les 4 et 5 décembre (niveau 3), les stagiaires apprendront la gemmologie spécifique au facetage pour réaliser la taille d’un brillant et d’une émeraude. A la fin de chaque stage, les participants repartiront avec les pierres qu’ils auront travaillées.

Formation-bijouterie

Niveau 1 du stage Taille lapidaire de Daniel Koch © Pôle Bijou Baccarat

D’autres stages, comme “l’Emaillage sur métal” animé par Salomé Sloan, auront pour objectif de faire connaître les différentes techniques d’émaillage sur cuivre (du 11 au 14 novembre) et les “Techniques de base de perçage – fraisage” (animé par Joseph François, les 6 et 7 novembre).

Concours-mon-caillou-bijou

Les dessins gagnants du concours Mon caillou bijou. A gauche : Collier de Clémence Berné (GS-CP). Commentaires sur le dessin : "Ruban rose, caillou peint en doré, fil de laiton", Au milieu : Boucles d'oreilles de Cindy Jacquel (CE1-CE2). Cindy nous explique : "Matériel : un caillou, du métal, du caoutchouc, deux tiges en métal, des morceaux de plaqué or, du fer. Fabrication : Placez le caillou au centre du métal. Ajoutez-y le caoutchouc (un petit rond). Courbez les deux tiges pour bien faire la forme des boucles d'oreilles. Collez les bouts de plaqué or pour faire des points noirs et gris. Incorporez à l'ensemble les bâtons gris", A droite : Collier de Léa Schwartz (CM1-CM2)

Le Pôle Bijou, dans sa démarche d’éducation pédagogique auprès des scolaires, a également organisé le concours “Mon caillou bijou” auprès des enfants de la région. Il s’agissait pour eux de chercher un caillou qui leur plaisait et d’imaginer et dessiner un bijou à partir de celui-ci. Le 23 octobre dernier, le jury a élu les dessins gagnants, respectivement dans les cycles CP, CE, CM :   Léa Schwartz (école du Centre de Baccarat), Cindy Jacquel (école de Thiaville), Clémence Berné (école d’Azerailles). Jusqu’au 31 octobre, l’espace d’accueil de la galerie du Pôle Bijou expose tous les dessins du concours en libre accès.

  • Exposition L’Art lapidaire – Galerie Temporaire Pôle Bijou de Baccarat – 13, rue du Port – 54120 Baccarat – Du 6 septembre au 31 octobre 2010
  • Stage Taille lapidaire – Daniel Koch : 20 et 21 novembre 2010 (niveau 2), 180 €, maximum 6 personnes et 4 et 5 décembre 2010 (niveau 3), 200 €, maximum 4 personnes – Déroulements des stages : Pôle Bijou Taillerie – 53, rue des Cristalleries – 54120 Baccarat
  • Stage Emaillage sur métal – Salomé Sloan – Du 11 au 14 novembre 2010 – 250 €
  • Stage Technique de base de perçage fraisage – Joseph François – 6 et 7 novembre 2010 – 70 € – Renseignements et inscription pour tous les stages : Pôle Bijou – Communauté des Communes des vallées du Cristal – 54120 Baccarat – Tél : 03. 83. 76. 06. 99. ou 06. 73. 48. 14. 72.
  • Exposition des dessins du concours Mon caillou bijou – Espace accueil – Du 16 au 31 octobre 2010 – Accès libre

Agate, quartz, aigue marine et autres pierres gemmes au musée de minéralogie de l’école des Mines

Samedi 31 juillet 2010

L’exposition “Notre terre, ce joyau” qui se tient actuellement au Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech présente, pour la première fois à Paris, un ensemble d’une centaine de pièces issues des plus grandes collections privées et publiques européennes. Il s’agit à la fois de pierres brutes, véritables chefs d’œuvre de la nature, et de minéraux mis en valeur par des lapidaires.

Le visiteur peut ainsi découvrir des agates, ferites, quartz alpins, pegmatites … Ces pierres ont été trouvées en l’état, dans leur milieu naturel. Il peut aussi admirer des objets artistiques nés de la main de l’Homme. Le catalogue qui complète l’exposition nous confirme que, déjà, nos ancêtres du néolitique façonnaient des bijoux à partir de minéraux dont ils appréciaient la dureté, l’inaltérabilité, la couleur, la transparence, la brillance … Ils conféraient bien souvent un caractère surnaturel à ces pierres rares, si différentes des cailloux ordinaires. Cette incapacité à admettre une origine naturelle aux pierres précieuses a perduré des millénaires, dans toutes les civilisations et sur tous les continents.

Dom Pedro

"Dom Pedro" Omdas Maritimas Aigue Marine Design: Bernd Munsteiner © Henn GmbH

L’exposition comporte des pierres gemmes taillées et des sculptures sur minéraux précieux présentés par la firme Henn d’Idar-Oberstein en Allemagne. Au premier rang de ces pièces se trouve le Dom Pedro III. C’est une pierre pyramidale d’une hauteur de 36 cm et d’une base carrée de près de 10 cm de côté, pesant le poids exceptionnel de 10 395 carats ! Cette aigue marine, d’une teinte et d’une pureté parfaite, a été sculptée en l’honneur des deux empereurs qui ont créé le Brésil moderne : Dom Pedro I et II. Elle est le fruit d’une complicité entre Axel Henn, qui a découvert le cristal au Brésil à la fin des années 80, et Berndt Munsteiner qui l’a sculpté. C’est la plus belle aigue marine jamais traitée par ce dernier.

Bagues or et émail

A gauche : Bague en or 18 carats et émail, diamants poire tanzanite, tourmaline coussin, poire aquamarine et saphir bleu coussin, A droite : Bagues en or 18 carats et émail, cabochons en rubellite tourmaline et grenat mandarin - Photos : Courtesy of Henn of London Ltd. Londres, Angleterre © Henn of London Ltd -Photographie Dom Pedro : Courtesy of Henn GmbH, Idar-Oberstein, Allemagne © Henn GmbH - Photographies (y compris le Dom Pedro) : Lichtblick Fotodesign - Hiltrud & Jürgen Cullmann Schwollen

MédaillonsPar ailleurs, cinq écrins contiennent des parures en graphite ciselé faisant partie du trophée offert au Conservatoire des Arts et Métiers par Jean-Pierre Alibert (1820-1905), découvreur du graphite et des jades de Sibérie. Ornés de néphrite et de diverses pierres dures, ces camées, broches, boucles d’oreilles, décorations et ornements sont l’œuvre de ciseleurs et monteurs d’une particulière habileté. A l’époque où ces pièces ont été réalisées, à la fin du XIXème siècle, Carl Fabergé avait fait de la “néphrite de Sibérie” l’une des pierres favorites des cours européennes.

Boucles d'oreilles en graphite

Boucles d'oreilles, broches, camées, médaillons en graphite - Collection JP Alibert - Photographies : © Musée des Arts et Métiers

On peut voir aussi des acquisitions récentes d’un grand collectionneur italien, Adalberto Giazotto, montrant des créations actuelles de la “minéralogie artistique” ainsi que des ambres du Musée de la Terre à Varsovie. La collection de minéraux du Musée, l’une des plus importantes au monde, reste bien sûr accessible pendant l’exposition.

  • Exposition Notre terre, ce joyau – Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech – 60, boulevard Saint-Michel – 75006 Paris
  • Du 4 mai au 27 août 2010
  • Catalogue Notre terre, ce joyau, à la découverte de la beauté minérale – Editions de l’Analogie

L’Institut du Grenat préserve et valorise la bijouterie roussillonnaise

Mercredi 12 mai 2010

Bague Grenat de Perpignan

Bague contemporaine © Le Grenat de Perpignan

En février 2009, l’Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (APHPO) a créé l’Institut du Grenat, en développant une collaboration avec le Syndicat Artisanal des Bijoutiers des Pyrénées-Orientales. Cet Institut est animé par l’historien Laurent Fonquernie, par ailleurs auteur de “Grenats de Perpignan, bijoux du Roussillon“. Pour le Magazine Notes Précieuses, il définit les ambitions de l’Institut.

Notes Précieuses : Pourquoi un Institut du Grenat ?

Laurent Fonquernie : Cet Institut a été créé pour permettre la reconnaissance et la valorisation de la bijouterie traditionnelle roussillonnaise qui est un élément fort du patrimoine culturel local. Délibérément artisanale, cette bijouterie est menacée par les pratiques industrielles mises en oeuvre aujourd’hui et les lois économiques qui privilégient le bon marché au détriment de la qualité.

Collier en grenat de Perpigan

A gauche : Collier en grenats de Perpignan Art Déco, A droite : Collier avec pendentif corbeille de fleurs présenté à l'Exposition Internationale de Paris en 1937 © Institut du Grenat

NP : Qu’appelle-t-on bijouterie roussillonnaise ?

LF : Fondamentalement, c’est l’alliage de deux matériaux nobles : l’or jaune et le grenat rouge (grenat Almandin ou grenat Pyrope). Le grenat rouge - il existe des grenats de toutes les couleurs – est taillé selon certaines caractéristiques : “taille rose” dite aussi “taille de Perpignan“. La pierre est sertie à la main dans des chatons à fonds emboutis. Cette petite cuvette de métal, tapissée d’un paillon d’argent, renforce la réflexion de la lumière à travers les facettes de la pierre. Cette pratique d’estampage et de serti clos – pratique, répétons le, totalement manuelle – a disparu partout ailleurs qu’à Perpignan au profit des procédés de fontes. La réalisation du serti clos et paillon dans le bijou de Perpignan peut être de style traditionnel, Art Déco ou contemporain.

Grenat

Grenats de taille Perpignan du début du XXème siècle © Institut du Grenat

NP : A quand remontent ces techniques ?

LF : Ce sont les techniques de la bijouterie du XVIIIème siècle. A cette époque, les pierres fines transparentesgrenats, rubis, saphirs, topazes … – sont largement employées en joaillerie et montées de la sorte pour former des bijoux de toutes les couleurs. Il faut attendre l’Empire et la Restauration en Roussillon, pour qu’une seule couleur soit privilégiée dans une même parure. Le grenat est alors monté autant que la citrine et les doublets de différentes couleurs. C’est après 1870 que le bijou grenat devient la spécialité de Perpignan et que les bijoutiers locaux se spécialisent dans le montage des grenats en serti clos.

NP : Pourquoi le grenat ?

LF : Le grenat était très répandu autour du massif du Canigou et aux environs d’Estagel. A la fin du XIXème siècle, les bijoutiers de Perpignan ont aussi choisi de créer une ligne de bijoux qui symbolise les racines catalanes. Avec la force du mouvement régionaliste, le bijou en grenats s’est imposé comme le symbole du Roussillon.

NP : Qui achète ces bijoux actuellement ?

LF : Actuellement, la clientèle essentiellement régionale (et militante) cherche à valoriser ou revendiquer l’identité catalane. Les catalanes arborent bagues, boucles d’oreilles, broches, bracelets …  aux couleurs “sang et or” du drapeau catalan. Les bijoutiers profitent également de cette vogue identitaire. Le bijou dit de Perpignan est aussi un élément de la parure provençale dans sa ligne traditionnelle : boucles d’oreilles à pendeloques ou croix Badine d’inspiration XVIIème et XVIIIème siècle. Nombre d’entre eux sont revendus en Arles par exemple.

Croix Badine

Croix Badine du XIXème siècle sur correspondance d'un bijoutier de Perpignan - Collection Calvet, Prades © Institut du Grenat

NP : L’Institut a donc une fonction de préservation de l’identité culturelle locale …

LF : Oui, et une fonction de mémoire. Une de nos ambitions premières est de créer un centre de documentation pour archiver tout ce qui a été et sera découvert sur le sujet. Un véritable travail d’enquête s’impose, notamment pour prendre en charge la mémoire du geste car cette transmission ne se fait pas toujours d’un atelier à un autre. Un groupe de travail a été créé avec l’Université de Perpignan (Département d’Etude Catalanes, Histoire et histoire de l’Art, sociologie) pour définir les notions de tradition, de geste et de savoir-faire.

Sertissage grenat

A gauche : Bijoutier sertissant un grenat sur une boucle d'oreille en cours de fabrication A droite : Croix et boucles d'oreilles en grenat de Perpignan © Au Grenat Laviose

NP : Mais la Catalogne ce n’est pas uniquement de ce côté-ci de la frontière.

LF : Nous avons aussi des projets transfrontaliers et européens, par exemple : créer un véritable pont entre Barcelone et Perpignan et prolonger cet axe via le Pôle Bijou de Baccarat. Bien que notre bijouterie soit fortement liée à la Catalogne, nous souhaitons affirmer son appartenance à la joaillerie française de par son savoir faire et sa qualité. Un programme de formation est aussi à l’étude en collaboration avec l’Escola Massana, école d’Art Appliqué et de Design de Barcelone.

NP : Il y a aussi le côté pratique de la transmission du savoir faire …

LF : Effectivement, aujourd’hui, seulement une douzaine de bijoutiers locaux sont capables de fabriquer un bijou selon la technique traditionnelle ou simplement de réparer un bijou ancien. Il y a quelques années, on en comptait encore une trentaine ! La relève doit être assurée. Il faut former des artisans capables de manier les outils traditionnels et d’acquérir ce savoir faire ancestral. L’Institut étudie donc la possibilité, en partenariat avec des institutions de formation, d’ouvrir une section d’apprentissage complémentaire à la formation de bijoutier tournée vers les techniques traditionnelles du bijou Roussillonnais. En outre, pour valoriser le travail de l’artisan et l’aider à lutter contre le faussaire, il serait utile de créer un label reconnaissant la qualité artisanale et patrimoniale de cet artisanat.

Bague et pendentif grenat de Perpignan

Bague contemporaine goutte et pendentifs contemporains géométriques - Ligne développée par le groupement artisanal Le Grenat de Perpignan © Le Grenat de Perpignan

NP : Il faut aussi le faire savoir !

LF : Un de nos objectifs est également, en collaboration avec des musées d’entreprises, de mettre à terme un centre d’interprétation pédagogique à la disposition de tous ceux qui s’intéressent au bijou : créer une exposition permanente qui soit un lieu d’accueil pour mieux comprendre. L’explication et la communication sont les éléments clés de notre réussite. Nous avons bien sûr un site Internet. Personnellement, au niveau local, j’anime souvent des conférences en compagnie d’un bijoutier avec projection. Des cycles de réflexion sur différents thèmes du bijou ont été mis en place depuis 2009, notamment au musée Puig de Perpignan. Du 5 juillet au 31 août prochains, nous produirons en collaboration avec la Confrérie du Grenat de Perpignan une exposition au pôle Bijou de Baccarat : “Le grenat de Perpignan, une gemme de caractère “. Des bijoux actuels et anciens témoigneront de l’histoire et de la spécificité du bijou roussillonnais. Cette exposition pourrait devenir itinérante.

Bijouterie Grenat de Perpignan

A gauche : Laurent Fonquernie lors d'une conférence à Canet-en-Roussillon, A droite : Atelier Velzy en 1900 © Institut du Grenat

NP : Vous êtes aussi à l’origine d’éléments forts de la vie locale.

LF : Début décembre 2009, la fête de la Saint Eloi a connu un vif succès. Une semaine de festivité a animé Perpignan autour du Grenat : un colloque a été organisé à la maison d’Art et d’histoire de Perpignan ; on a aussi débattu au Forum de la FNAC autour de l’histoire de la bijouterie locale et des objectifs de l’Institut du grenat, la confrérie du bijou a défilé dans les rues avec cape et musique catalane …

NP : Vous bénéficiez également d’un atout avec le tourisme.

LF : C’est effectivement un atout de pouvoir faire découvrir cette bijouterie aux touristes en tant qu’élément important de la richesse patrimoniale régionale. Mais il convient d’éviter l’écueil “folklorique”. La production actuelle pâtit de cette connotation car une partie de la population locale, par méconnaissance, estime ce type de bijou passéiste.

NP : Et la profession, comment se positionne-t-elle ?

LF : Un de nos objectifs majeurs est d’obtenir localement le soutien de toute la profession. C’est un travail de longue haleine car on peut aisément comprendre les réticences de certains artisans. Ils ont envie d’évoluer, mais se cherchent encore. Aujourd’hui, le bijou en grenats doit totalement s’inscrire dans le secteur du luxe et de la mode. Tout en véhiculant des valeurs locales fortes, l’Institut peut permettre au bijou grenat de devenir à nouveau un symbole de modernité et être considéré comme part intégrante de la joaillerie française.

  • Interview réalisée le 16 avril 2010
  • Institut du Grenat – 22, bd Wilson – 66000 Perpignan
  • Exposition Grenat de Perpignan, une gemme de caractère – Pôle Bijou de Baccarat – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat – Du 5 juillet au 5 septembre 2010