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Le corail corse : l’or rouge de méditerranée

Samedi 8 mai 2010

Parce que les importants courants des bouches de Bonifacio drainent de nombreuses particules organiques, la Corse possède le plus beau corail rouge au monde. Les polypes qui vivent à la surface du corail se nourrissent en effet de plancton. La structure de leur squelette étant calcaire, c’est la concentration en oxyde de fer qui leur donne une belle couleur rouge. Dans l’excellente série documentaire “A la poursuite des pierres précieuses” rediffusée dernièrement sur France 5, Patrick Voillot nous fait découvrir cet “or rouge” de la Corse.

Le reportage met tout d’abord l’accent sur le difficile travail des corailleurs. Ces plongeurs spécialisés dans la collecte du corail travaillent de mai à octobre, quand les conditions climatiques sont les plus favorables. Mais, à 80 mètres de profondeur – les corailleurs corses n’ont pas le droit d’opérer à une moindre profondeur -, il fait toujours froid et les conditions de travail sont pénibles : courants forts, luminosité réduite et même rencontre avec des requins dont la présence est due au réchauffement climatique. Un plongeur bonifacien met également l’accent sur les risques inhérents à la décompression : “50% des plongeurs meurent d’embolie pulmonaire”.

Aujourd’hui, le corail rouge n’est pas en voie de disparition, mais les stocks diminuent sensiblement. En 25 ans, le produit d’une plongée est passé de 10 kg à 300g/500g. Des règles strictes de collecte ont été instaurées : seules les plus grandes branches sont récoltées pour laisser aux plus jeunes le temps de se développer. Par ailleurs, une centaine de plongées seulement sont autorisées chaque année et il n’y a plus qu’une dizaine de corailleurs habilités. La réserve naturelle de Scandola, crée en 1975, est le “laboratoire vivant” qui permet une surveillance et une préservation efficace de l’espèce, comme le souligne le responsable du parc naturel régional de Corse.

Le reportage de Patrick Voillot nous transporte ensuite en Italie, car le corail Corse n’est pas transformé sur place. C’est à Torre del Greco, ville de 100 000 habitants située près de Naples, que depuis 1805 des artisans se sont spécialisés dans le traitement de “l’or rouge”. Sept mille personnes travaillent la gravure sur corail, coquillages et camé. Compte tenu de la haute technicité requise, il y a des spécialistes pour chaque tâche : couper, sculpter, percer et polir.

Le corail corse comporte de nombreuses nuances allant du rouge foncé, plutôt rare, au plus clair. Il est très prisé et s’exporte dans le monde entier sous des formes très élaborées en joaillerie et sous forme de boules et cabochons en bijouterie. Le corail a toujours fasciné les élites. Joséphine, dont Napoléon avait fait une ambassadrice en matière de luxe possédait des parures de diamants et de rubis, mais aussi en acier, en émail et … en corail issu des ateliers de Torre del Greco. Mais actuellement, le corail corse n’échappe pas non plus à la contrefaçon. Certaines entreprises italiennes, pour maintenir leur activité à flot, travaillent sur des imitations telles le “bambou”, qui est un corail blanc du pacifique teinté en rouge ; le corail rouge du pacifique, qui lui est verni ; et la résine rouge.

Un très intéressant reportage sur ce corail qui offre à la Corse des ressources économiques tout en s’inscrivant dans sa culture. Le corail a toujours fait partie des croyances et des traditions locales. Des morceaux de corail dans les maisons sont sensés protéger du “mauvais œil” et de nombreux objets en corail étaient utilisés autrefois pour développer la foi chrétienne.

  • Documentaire Le Corail rouge de Corse – A la poursuite des pierres précieuses – Patrick Voillot – France 5 – MC4 productions, 2008