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La fonction sociale du bijou en Afrique et Océanie

Jeudi 25 février 2010

lart-detre-un-hommeSi le thème de la fonction et du rôle des parures et bijoux est assez peu exploré dans nos civilisations occidentales, une très intéressante exposition au musée Dapper de Paris vient nourrir notre réflexion sur ce point. A partir des exemples africains et océaniens, elle explore quelques aspects majeurs des identités masculines dans ces contrées où les hommes apparaissent rarement sans ornement. Les 150 œuvres présentées – parures et emblèmes – révèlent une réalité qui se situe bien au-delà de la seule valorisation esthétique.

La “mise en beauté” s’accompagne en effet ici de règles précises qui, à la fois confirment l’individu dans son statut et le qualifient par sa fonction politique et/ou religieuse aux yeux du groupe auquel il appartient. On le sait depuis les récits des explorateurs des mers du sud – Bougainville et Cook en particulier -, certains signes, objets et autres marques corporelles permettent immédiatement d’identifier le chef, le chasseur, l’officiant ou le devin … pour n’évoquer que les statuts les plus prestigieux. Les hommes parés sont au centre de relations complexes où se tissent les liens avec leurs semblables, mais aussi avec les ancêtres ou des entités surnaturelles. En général, pendentifs, colliers, bracelets, ou autres vêtements cérémoniels, circonscrivent également le monde masculin. Ils peuvent, par exemple, être le signe d’une masculinité qui s’affiche au sortir de l’enfance, après des épreuves souvent pénibles. Cela signifie, pour les jeunes hommes, la mise en place d’obligations et d’interdits qu’ils devront parfois respecter leur vie durant.

De gauche à droite : 1. POLYNÉSIE ÎLES FIDJI Collier. Dents et fibres: Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois et WAAN – RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Pendentif. Ivoire, Collecté entre 1897 et 1910 Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren Inv. n° EO.0.0.16707 Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren ©

De gauche à droite : Collier en dents et fibres - Iles Fidji, Polynésie - Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois et Pendentif en ivoire, collecté entre 1897 et 1910 - Waan, République Démocratique du Congo - Musée Royal de l’Afrique Centrale, Tervuren Inv. n° EO.0.0.16707 © Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren

Les parures exposées au musée Dapper sont d’une grande diversité. Pour les créer, Africains et Mélanésiens ont puisé les matériaux dans leur environnement naturel. Et parce qu’ils sont aussi chasseurs, pêcheurs ou agriculteurs, les hommes se sont souvent appropriés les qualités de tel ou tel animal, considéré comme le totem protecteur du groupe. C’est ainsi que la peau, les griffes, les dents du léopard, du lion, de l’hippopotame ou les défenses de l’éléphant sont utilisées pour les parures en Afrique. En Océanie, ce sont les attributs du porc, du chien, du cachalot. Le plumage des oiseaux, est aussi fort prisé pour la fabrication d’objets de prestige destinés aux chefs ou aux officiants. Le corps humain, lui-même, peut fournir les matières – cheveux, poils et dents – pour des ornements d’exception. Il est souvent également sollicité par diverses interventions – coiffures, peintures éphémères, tatouages, scarifications, perforations par des objets de différentes matières – toutes également porteuses de sens.

De gauche à droite : MÉLANÉSIE – PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE Pectoral Coquillages (Nassarius), graines (Abrus precatorius), canines de porc, fibres et résine et MÉLANÉSIE – PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE – ABELAM Ornement facial Canines de porc, coquillages (Nassarius), graines (Coix lacrymajobi), fibres et pigments, Ancienne collection Julius Konietzko. Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois

De gauche à droite : Pectoral en coquillages, graines, canines de porc, fibres et résine - Mélanésie, Papouasie Nouvelle-Guinée et Ornement facial en canines de porc, coquillages, graines, fibres et pigments - Mélanésie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Abelam - Ancienne collection Julius Konietzko, collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois

Les parures peuvent être simples comme en témoignent le “collier dent et fibres” des Iles Fidji ou le “pendentif en ivoire” du Congo, présentés ici. D’autres, telles le pectoral de Mélanésie fait de coquillages, de graines et de canines de porc sont nettement plus foisonnantes. Dans l’ordonnancement d’un autre pectoral de Mélanésiecanines de porc, coquillages et graines, c’est plutôt l’aspect agressif de l’objet qui est privilégié.

  • Exposition L’art d’être un homme – Musée Dapper – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 Paris
  • Du 15 octobre 2009 au 11 juillet 2010

Bijoux d’artistes à Besançon

Mardi 8 septembre 2009

BEXƒ AFFICHE 40X60 OPPENHEIMague, boucle d’oreille, bracelet, broche, camée, gourmette, médaillon, parure, pendentif … , le bijou s’expose sous toutes ses formes au musée du Temps à Besançon. Toutes les pièces sont prestigieuses, comme en témoignent les signatures de leurs créateurs : Picasso, Man Ray, Arp, Calder, Giacometti, Dubuffet, César, Niki de Saint-Phalle, Ben, Louise Bourgeois … C’est à une promenade inédite dans l’art moderne et contemporain que nous convient les quatre vingt douze artistes représentés.

On a le vertige face à cette collection exceptionnelle de 150 bijoux que les artistes majeurs des XXe et XXIe siècles ont créés, par amusement ou défi technique. Les matériaux vont du plus rustique au plus précieux. Conçus pour un proche ou simplement pour le plaisir, ces bijoux sont uniques – parfois édités en séries très limitées – et pour la plupart inconnus du public. On en reconnaît pourtant l’auteur au premier coup d’oeil : Salvador Dalí qui a amolli les formes d’un téléphone pour créer des boucles d’oreilles, César qui a compilé des capsules de Schweppes pour en faire un pendentif, Arman qui a découpé des instruments de musique, Ben qui joue comme à son habitude avec les mots …

Le plus prolixe dans la production de bijoux est Calder. Toute sa vie, le sculpteur américain a  offert des broches et des bracelets façonnés à partir d’un fil de laiton ou d’argent. Dans les années cinquante, Picasso a converti en bijoux certains de ses plats en terre. Ses figures inspirées de l’antique, les masques, les têtes de faune et les soleils ont aussi connu leur version or. L’artiste a entamé une longue collaboration avec l’orfèvre François Hugo, qui a aussi travaillé avec Max Ernst, puis Hans Arp.

Tous les bijoux présentés retiennent l’attention. Par leur importance et leur diversité, ils constituent une sorte de musée idéal et intime de l’art moderne. A ne pas manquer.

  • Exposition Bijoux d’artistes – Musée du temps – Palais Granvelle – 96, Grande rue – 25000 Besançon
  • Du 11 juin au 11 octobre 2009
Bracelets - Pol Bury 1968 Adagp, Paris 2009 Studio Sebert, Paris

Bracelets - Pol Bury 1968 © Adagp, Paris 2009 © Studio Sebert, Paris

Broche Araignées - Louise Bourgeois 2006 Adagp, Paris 2009 Studio Sebert, Paris

Broches Araignées - Louise Bourgeois 2006 © Adagp, Paris 2009 © Studio Sebert, Paris