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Brune ou blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma

Mardi 4 janvier 2011

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Pénélope Cruz dans "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo E. Pereda et P. Ardizzoni/El Deseo, graphisme Lot 49/Cinémathèque française

Recouverte d’une immense “chevelure”- œuvre d’Alice Anderson -, la façade de la Cinémathèque française annonce une exposition originale, “Brune Blonde”, qui convie le visiteur à réfléchir sur la représentation de la chevelure féminine au cinéma, mais aussi dans l’art et la société. Héritier de la peinture et de la littérature, le cinéma prolonge la fascination pour la chevelure féminine et la gestuelle qui lui est liée en lui donnant de surcroit le mouvement. En outre, selon l’expression d’Alain Bergala, commissaire de l’exposition : “Parler de la chevelure, c’est embrasser l’histoire de l’art et celle de nos sociétés. Blonds ou roux, coupés courts ou portés longs, relevés ou lâchés, les cheveux des femmes entretiennent depuis toujours un rapport étroit à l’histoire des sociétés et à la mythologie.”

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A gauche : Vue extérieure de La Cinémathèque française pendant l'exposition Brune Blonde. La façade accueille la sculpture intitulée "The Isolated Child" d'Alice Anderson, constituée de 5000 mètres de cheveux de poupée, A droite : Cette installation rejoint l'espace d'exposition - Sculpture "The Isolated Child - Alice Anderson, 2010 - Courtesy Alice Anderson © Photos Notes Précieuses

Depuis l’avènement du VIIème Art, les stars d’Hollywood et des studios européens se sont substituées aux figures légendaires incarnées par la peinture, de Botticelli à Mucha en passant par les préraphaélites, pour forger de nouveaux archétypes féminins.

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A gauche : Scénographie de l'exposition © Photo Notes Précieuses, A droite : Pénélope Cruz portant des boucles d'oreilles en forme d'oeil dans le film "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo Emilio Pereda et Paola Ardizzoni/El Deseo

Amplement relayés par les magazines et la publicité, les modèles se fondent en grande partie sur la coiffure.

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A gauche : Scénographie de l'exposition, Au milieu : Sérigraphie faite à partir d'encre sur toile et acrylique représentant Lana Turner - Andy Warhol, 1985, The Andy Warhol Museum, Pittsburgh, A droite : Scénographie représentant Les blondes dans les magazines © Photos Notes Précieuses

Dans les années 20, les jeunes femmes portent des cheveux courts à la Louise Brooks ; dans les années 30, c’est une chevelure platinée à la Jean Harlow et dans les années 40, de longues mèches ondulantes à la Véronika Lake. Vers 1950, la mode est aux coiffures lâchées, comme celle de Brigitte Bardot et en 1960 aux coupes androgynes comme Jean Seberg … La plupart de ces actrices sont blondes et la blondeur a envahi le XXème siècle occidental car elle est accessible à chaque femme grâce aux produits colorants. Aujourd’hui, cet impérialisme est nettement en recul avec la montée de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. On ne peut oublier, non plus, que la blondeur fut aussi l’instrument de mise à l’écart de minorités - noirs ou latinos aux Etats-Unis – ou symbole d’une prétendue pureté aryenne dans l’Allemagne nazie.

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A gauche : Lithographie de l'affiche française "La Môme vert de gris" de Bernard Borderie - Jean Mascii, 1952 - Cinémathèque française, Paris, Au milieu : Offset de l'affiche allemande "Die Büchse der Pandora" ("Loulou") de Georg Wilhem Pabst - Bottlik, 1929 - Cinémathèque française, Paris, A droite : Huile et collage sur toile "La storia del Cinema (L'histoire du cinéma) - Mimmo Rotella, 1991 - Cinémathèque française, Paris © Photos Notes Précieuses

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Blondes, brunes ou rousses au cinéma - Films de l'exposition © Notes Précieuses

En ce qui concerne la blondeur, l’Occident n’a cessé d’osciller entre le pur et l’impur, le bien et le mal, l’innocence et la tentation … Le cinéma a hérité de cette ambiguïté. Originellement symbole de pureté, la femme blonde peut aussi se révéler être une vamp, garce sulfureuse et vénéneuse. C’est l’éternelle rivalité brune / blonde. David Lynch, a compliqué l’équation : dans “Mulholland Drive“, blondes et brunes ne sont plus rivales, mais les deux faces d’une même figure féminine. On notera que les rousses ne sont arrivées au cinéma qu’avec le Technicolor. Le travestissement permet aussi de jouer avec la frontière des genres. Quoiqu’il en soit, Hitchcock, Mizoguchi, Bunuel, Antonioni, Bergman, Godard, Lynch, Fassbinder … ont, à travers la chevelure féminine, développé des thématiques fortes telles que la rivalité, le changement d’identité, le fétichisme voire le sacrifice.

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De gauche à droite : Tirages photographiques contrecollés sur aluminium représentant Elizabeth Taylor sur le tournage de "Suddenly last Summer" ("Soudain l'été dernier") de Joseph L.Mankiewicz - Burt Glinn, 1959 - Courtesy Burt Glinn/Magnum Photos - Marilyn Monroe sur le tournage des "Misfits" ("Les Désaxés") de John Huston - Eve Arnold, 1960 - Courtesy Eve Arnold/Magnums photos - Brigitte Bardot - Philippe Hasman, 1951 - Courtesy Philippe Halsman/Magnum Photos - Simone Signoret sur le tournage de "The Deadly Affair" de Sidney Lumet - Eve Arnold, 1966 - Courtesy Eve Arnold/Magnum Photos © Photo Notes Précieuses

La gestuelle cinématographique de la chevelure – voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner … – s’inscrit dans une longue tradition iconographique, particulièrement riche au XIXème siècle. Les cinéphiles français ont sur ce point leurs images cultes telles Catherine Deneuve défaisant son chignon dans la maison close de “Belle de jour” de Luis Buñuel ou Anna Karina faisant voltiger sa chevelure dans “le Petit Soldat” de Jean-Luc Godard.

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A gauche : Huile sur toile de lin "I lived for an hour, 1967" (J'ai vécu pour une heure, 1967) - Mc Dermott et MC Gough, 2008 - Collection Colony capital Europe, courtesy Jérôme de Noirmont, Paris © Cinémathèque française, au milieu : Plaque d'acier et tresse de cheveux "senza titolo" (sans titre) - Jannis Kounellis, 1969 - Centre Pompidou, Musée National d'art moderne/Centre de création industrielle, Paris, A droite : Encre sur papier "Paysage-chevelure" - Marie Drouet, 2008/2009 - Collection de l'artiste © Photos Notes Précieuses

Au fil de l’exposition, il apparait clairement que, tant sur la pellicule qu’en peinture, la chevelure a cessé d’être un simple appendice pour devenir principal vecteur d’émotion. Chez Antonioni par exemple, toujours en mouvement, les cheveux de Monica Vitti prennent une valeur émotionnelle indépendante du personnage. Certains sculpteurs font également du cheveu une œuvre en soi, tel Jannis Kounellis qui expose le fétiche capillaire sur un fond-socle, réactivant la fascination que la tresse a exercé sur Freud en tant que “pagne primitif “. Comment ne pas évoquer ici aussi, les bijoux de sentiments qui, sous le Second Empire, laissaient la part belle aux cheveux. Il s’agissait de médaillons où étaient conservés les cheveux d’un être aimé disparu ou d’un enfant, de bracelets tressés en cheveux ou de chaînes tissées.

Méduse

A gauche : Relief en papier mâché peint représentant un bouclier avec le visage de Méduse - Arnold Böcklin, 1897 - Musée d'Orsay, Paris, Au milieu : Planche à la mine de plomb représentant une tête de femme couronnée de corail, étude de corail (Heliopora coerulea) - Gustave Moreau - Musée National Gustave Moreau, Paris, A droite : Planche à la plume et encre brune, mine de plomb sur papier calque contrecollé comportant étude en rapport avec Galatée - Gustave Moreau, 1880 - Musée National Gustave Moreau, Paris © Photos Notes Précieuses

La chevelure suscite de nombreuses métaphores poétiques : une vague, un ruisseau, un banc d’algues, un rideau végétal mais aussi un nid de serpents. Dès la Renaissance, à travers les récits et les représentations picturales, Méduse, monstre marin à la chevelure formée de serpents, est un sujet de fascination. Les amateurs de bijoux retiennent que, dans la mythologie, le corail est né du sang de sa tête. Ovide, raconte dans “Les Métamorphoses” que, voyant qu’au contact de ce sang les algues se pétrifiaient, les nymphes transformèrent d’autres algues de la même façon.

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A gauche : Tableau "Bruna Brunelleschi" - Dante Gabriel Rossetti, 1878 © Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, A droite : Extrait du film de l'exposition © Photo Notes Précieuses

La chevelure se prête volontiers aux accessoires. Ils augmentent sa présence, voire sa charge érotique. On retrouve déjà rubans, diadèmes, guirlandes de fleurs, bijoux de tête et autres aigrettes dans les tableaux des grands maitres. Imaginerait-on, comme le souligne le catalogue de l’exposition, la Fornarina de Raphaël sans son turban ou les Léda de Tintoret sans leurs diadèmes de nacre ? Dante Gabriel Rossetti, un des fondateurs du mouvement préraphaélite, transforme par des jeux de lumière la chevelure des femmes qu’il peint en une matière aussi précieuses que la soie et l’or, notamment dans “Bruna Brunelleschi”. De même, comme chez les autres préraphaélites, les bijoux – principalement les bijoux orientaux – occupent dans ses oeuvres une place prépondérante. Il aime parer les cheveux fauves ou bruns aux reflets cuivrés de ses modèles de barrettes en fleurs exotiques multicolores ou de doubles bijoux de tête en forme de spirale.

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A gauche : Lithographie couleur "Têtes byzantines, Brune" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust Cambridge, A droite : Lithographie couleur "Têtes byzantines, blonde" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust, Cambridge © Photo Notes Précieuses

Dans la lignée des Préraphaélites, l’Art nouveau, privilégie lui aussi le rôle créatif de la décoration. Chez Klimt ou Mucha, l’ornementation est essentielle. Florale, aquatique ou aérienne, la longue chevelure féminine est dans les oeuvres de Mucha un motif à part entière. Dans ses lithographies “Têtes byzantines”, les coiffures sont serties de tiares, de perles et de pierres précieuses. Il s’inspira aussi des ondulations, des arabesques pour créer des bijoux raffinés, tout comme René Lalique. Les épingles et surtout les peignes s’imposèrent comme les instruments indispensables au maintien des volumineux chignons très en vogue dans les années 1890. Mucha et Lalique perpétuent le culte de la femme fleur. Pour Lalique, la chevelure est l’emblème de la féminité, de la sensualité, voire de l’érotisme. Il utilise aussi dans ses bijoux la chevelure serpent, symbole de vie et de séduction, faisant de la femme l’incarnation du péché. Tantôt animal ou végétal, la femme est innocente ou vénéneuse.

  • Exposition Brune Blonde, une exposition arts et cinéma – la cinémathèque française – 51, rue de Bercy – 75012 Paris
  • Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011
  • Catalogue de l’exposition Brune Blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma – Coédition Skira Flammarion/Cinémathèque française – Ouvrage publié sous la direction d’Alain Bergala et Anne Marquez, 2010

Bijoux de mariage de l’Impératrice Marie-Louise à Compiègne

Vendredi 9 avril 2010

marie-louiseL’espace d’un week-end, fin mars 2010, les ombres de Napoléon et de Marie-Louise ont à nouveau plané sur Compiègne. Une rétrospective costumée a commémoré l’arrivée, il y a 200 ans, de la future impératrice. Dans le même temps était inaugurée une exposition majeure pour la connaissance du Premier Empire : “1810, la politique de l’amour ; Napoléon et Marie-Louise à Compiègne”. Cette exposition, qui célèbre le bicentenaire du deuxième mariage de l’Empereur, s’attache à montrer les somptueux aménagements du palais de Compiègne et de son parc pour séduire et accueillir dignement la jeune femme. Plus de 200 œuvres y sont rassemblées : peintures, dessins, sculptures, costumes, soieries … et quelques bijoux.

Regroupant des cadeaux de mariage, des commandes pour le trousseau de la souveraine et des pièces de mobilier, l’exposition est organisée selon une logique chronologique et souligne la portée politique de l’alliance de Napoléon avec la plus ancienne famille impériale régnante d’Europe. Dans son tableau “Les adieux de Marie-Louise à sa famille à Vienne, le 13 mars 1810″, Pauline Auzou peint Marie-Louise lorsqu’elle renonce à la couronne d’Autriche et distribue les bijoux et diamants provenant de sa mère à ses nombreux frères et sœurs. Ce dépouillement complet lui permettra d’arriver à Compiègne “complètement française”.

Détail du portrait en buste de l’Impératrice Marie-Louise, huile sur toile  - Baron Gérard François - Musée du Louvre, département des Peintures, Paris © RMN, Hervé Lewandowski

Détail du portrait en buste de l’Impératrice Marie-Louise, huile sur toile - Baron Gérard François - Musée du Louvre, département des Peintures, Paris © RMN, Hervé Lewandowski

Elle ne manquera pas de bijoux par la suite, à titre personnel ou au titre des bijoux de la couronne. Le mariage impérial fut l’occasion de commandes d’un faste sans précédent dans le domaine de l’orfèvrerie et de la joaillerie. Le trousseau de l’Impératrice ne comprenait pas moins de soixante et onze parures. Les plus somptueuses étaient en diamants, perles, émeraudes, brillants et opales. Il y en avait aussi de plus modestes. En parcourant l’exposition – où la part faite aux bijoux apparait trop restreinte à notre goût -, on peut admirer une parure originale, mais modeste pour l’époque. Ce qui tend à prouver que les reines ne dédaignaient pas les bijoux fantaisies, à condition qu’ils soient à la mode. C’est d’ailleurs paradoxalement leur moins grande préciosité qui a préservé ces pièces de modifications ultérieures.

Parure de bijoux de Marie-Louise : collier, peigne, deux bracelets, boucles d oreilles pendantes en or et micromosaïque de pâte de verre - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

Parure de bijoux de Marie-Louise : collier, peigne, deux bracelets, boucles d oreilles pendantes en or et micromosaïque de pâte de verre - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

La parure de bijoux exposée à Compiègne est prêtée par le Louvre. Elle est constituée d’un collier, d’un peigne, de deux bracelets et boucles d oreilles pendantes. Sur une monture en or d’inspiration antique, finement ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes, sont fixées de petites mosaïques de verre figurant, sur fond bleu, des monuments antiques romains. Certains sont identifiables : tombe de Cecilia Metella au centre du peigne, le Forum ou Tivoli. Les dix médaillons de cette parure proviennent probablement d’ateliers de mosaïstes romains spécialisés dans cette technique miniaturiste, qui était très à la mode sous le Premier Empire. La monture en revanche fut confiée à François-Regnault Nitot, le joaillier officiel de la Cour.

Détails du collier appartenant à la parure de Marie-Louise. A gauche : Médaillon en mosaïque de verre, A droite : Monture en or ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

Détails du collier appartenant à la parure de Marie-Louise. A gauche : Médaillon en mosaïque de verre, A droite : Monture en or ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

La vitrine consacrée aux bijoux comporte également une montre, en émail bleu et diamants, décorée du chiffre de Marie-Louise, œuvre conjointe de Breguet et de Marie-Etienne et François-Regnault Nitot. Au titre des bijoux propre à l’empereur, qui était aussi roi d’Italie, on peut admirer l’insigne de l’ordre de la Couronne de fer du Royaume d’Italie en or, argent, diamants et brillants, saphirs, rubis et émail prêté par le Musée de l’armée. Cette pièce de François-Regnault Nitot présente une couronne lombarde à pointes d’où émerge un aigle impérial aux ailes déployées et surmontant le profil de Napoléon.

Une exposition à ne pas manquer. Elle s’accompagne d’un somptueux catalogue qui la complète et l’éclaire.

  • Exposition 1810, la politique de l’amour – Napoléon 1er et Marie-Louise à Compiègne – Musée National du palais Impérial de Compiègne – Place du Général de Gaulle – 60200 Compiègne
  • Du 28 mars au 19 juillet 2010
  • Catalogue 1810, la politique de l’amour – Napoléon 1er et Marie-Louise à Compiègne – Editions de la Réunion des musées nationaux, 2010

La fonction sociale du bijou en Afrique et Océanie

Jeudi 25 février 2010

lart-detre-un-hommeSi le thème de la fonction et du rôle des parures et bijoux est assez peu exploré dans nos civilisations occidentales, une très intéressante exposition au musée Dapper de Paris vient nourrir notre réflexion sur ce point. A partir des exemples africains et océaniens, elle explore quelques aspects majeurs des identités masculines dans ces contrées où les hommes apparaissent rarement sans ornement. Les 150 œuvres présentées – parures et emblèmes – révèlent une réalité qui se situe bien au-delà de la seule valorisation esthétique.

La “mise en beauté” s’accompagne en effet ici de règles précises qui, à la fois confirment l’individu dans son statut et le qualifient par sa fonction politique et/ou religieuse aux yeux du groupe auquel il appartient. On le sait depuis les récits des explorateurs des mers du sud – Bougainville et Cook en particulier -, certains signes, objets et autres marques corporelles permettent immédiatement d’identifier le chef, le chasseur, l’officiant ou le devin … pour n’évoquer que les statuts les plus prestigieux. Les hommes parés sont au centre de relations complexes où se tissent les liens avec leurs semblables, mais aussi avec les ancêtres ou des entités surnaturelles. En général, pendentifs, colliers, bracelets, ou autres vêtements cérémoniels, circonscrivent également le monde masculin. Ils peuvent, par exemple, être le signe d’une masculinité qui s’affiche au sortir de l’enfance, après des épreuves souvent pénibles. Cela signifie, pour les jeunes hommes, la mise en place d’obligations et d’interdits qu’ils devront parfois respecter leur vie durant.

De gauche à droite : 1. POLYNÉSIE ÎLES FIDJI Collier. Dents et fibres: Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois et WAAN – RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Pendentif. Ivoire, Collecté entre 1897 et 1910 Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren Inv. n° EO.0.0.16707 Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren ©

De gauche à droite : Collier en dents et fibres - Iles Fidji, Polynésie - Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois et Pendentif en ivoire, collecté entre 1897 et 1910 - Waan, République Démocratique du Congo - Musée Royal de l’Afrique Centrale, Tervuren Inv. n° EO.0.0.16707 © Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren

Les parures exposées au musée Dapper sont d’une grande diversité. Pour les créer, Africains et Mélanésiens ont puisé les matériaux dans leur environnement naturel. Et parce qu’ils sont aussi chasseurs, pêcheurs ou agriculteurs, les hommes se sont souvent appropriés les qualités de tel ou tel animal, considéré comme le totem protecteur du groupe. C’est ainsi que la peau, les griffes, les dents du léopard, du lion, de l’hippopotame ou les défenses de l’éléphant sont utilisées pour les parures en Afrique. En Océanie, ce sont les attributs du porc, du chien, du cachalot. Le plumage des oiseaux, est aussi fort prisé pour la fabrication d’objets de prestige destinés aux chefs ou aux officiants. Le corps humain, lui-même, peut fournir les matières – cheveux, poils et dents – pour des ornements d’exception. Il est souvent également sollicité par diverses interventions – coiffures, peintures éphémères, tatouages, scarifications, perforations par des objets de différentes matières – toutes également porteuses de sens.

De gauche à droite : MÉLANÉSIE – PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE Pectoral Coquillages (Nassarius), graines (Abrus precatorius), canines de porc, fibres et résine et MÉLANÉSIE – PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE – ABELAM Ornement facial Canines de porc, coquillages (Nassarius), graines (Coix lacrymajobi), fibres et pigments, Ancienne collection Julius Konietzko. Collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois

De gauche à droite : Pectoral en coquillages, graines, canines de porc, fibres et résine - Mélanésie, Papouasie Nouvelle-Guinée et Ornement facial en canines de porc, coquillages, graines, fibres et pigments - Mélanésie, Papouasie Nouvelle-Guinée, Abelam - Ancienne collection Julius Konietzko, collection particulière © Archives Musée Dapper et Hughes Dubois

Les parures peuvent être simples comme en témoignent le “collier dent et fibres” des Iles Fidji ou le “pendentif en ivoire” du Congo, présentés ici. D’autres, telles le pectoral de Mélanésie fait de coquillages, de graines et de canines de porc sont nettement plus foisonnantes. Dans l’ordonnancement d’un autre pectoral de Mélanésiecanines de porc, coquillages et graines, c’est plutôt l’aspect agressif de l’objet qui est privilégié.

  • Exposition L’art d’être un homme – Musée Dapper – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 Paris
  • Du 15 octobre 2009 au 11 juillet 2010