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L’Or, une frénésie mondiale et ses conséquences

Samedi 31 décembre 2011

Pepite-d-orSon cours a fluctué au cours des derniers mois. Mais l’or vaut aujourd’hui cinq à six fois plus cher qu’il y a 10 ans. Considéré comme valeur refuge le métal jaune est toujours très recherché. Est-il réellement le placement miracle pour période de crise économique et financière ? Dans tous les pays, la presse s’interroge comme le révèle le dernier numéro de Courrier International. Le diagnostic du magazine américain Forbes est que “L’or reste un des placements les plus performants en 2011 et que les fondamentaux annoncent une nouvelle année très dynamique en 2012″. Sans négliger l’or sous son aspect financier, Courrier International s’attache aussi à livrer à ses lecteurs “la face cachée d’une frénésie mondiale”: au plan économique, social et environnemental.

En 2010, la demande mondiale en or s’est élevée à 4 330 tonnes. Pour la moitié, elle provient des joailliers qui de par leur activité sont en permanence les plus gros consommateurs d’or. On constate qu’actuellement, les particuliers se tournent à nouveau avec frénésie vers les bijoux en or. Ainsi en Asie et au Moyen Orient, après une baisse sensible de la demande au cours des dix dernières années, l’or est redevenu à la mode : 2300 tonnes ont été achetées en 2011 sous forme de bijoux dans ces régions du Monde. La demande d’or par les investisseurs - professionnels de la finance et particuliers – représente quant à elle 38 %. On remarque que les investisseurs n’achètent pas uniquement l’or sous sa forme physique – pièces ou lingots – mais également sous forme d’actions de mines d’or et autres produits financiers cotés sur les marchés. Bien que les monnaies n’aient plus aucun lien direct avec l’or depuis longtemps, les Etats détiennent encore une grande partie de l’or mondial. Les banques Centrales représentent 12 % de la demande. L’or permet de ne pas être à la merci des marchés et des monnaies internationales (dollar et euro), c’est ce qu’apprécient particulièrement les pays émergents.

En quelques années, la Chine est devenue le premier producteur mondial devant l’Australie et les Etats-Unis. Mais ces derniers n’entendent pas se laisser totalement supplanter. Compte tenu des cours actuels du métal jaune, de nombreuses mines d’or redeviennent rentables. En Californie, à la frontière du Mexique et près de San Francisco, des mines abandonnées depuis 150 ans sont remises en exploitation. Au Canada, le territoire du Yukon, témoin il y a plus d’un siècle de l’une des plus grandes ruées vers l’or, connait une répétition de l’Histoire. De plus, en raison de la concurrence, on travaille désormais tout l’hiver malgré la rigueur du climat … Les “sources de l’or” ne sont pas près de tarir. D’autant que les chercheurs d’aujourd’hui sont équipés de matériel sophistiqué qui permet d’exploiter de nouveaux gisements jusqu’alors inaccessibles. Ainsi, une compagnie canadienne projette d’ouvrir une mine d’or à 1600 mètres sous l’eau, au large de la Papouasie Nouvelle Guinée. Ce qui ouvre de nouvelles possibilités car les formations sous marines d’origine volcanique sont riches en minerais de grande qualité.

Cet engouement pour l’or est à l’origine d’une intense spéculation. Si en quelques années la Chine est devenue le premier producteur et leader mondial pour la transformation de l’or et pour l’exportation de bijoux, elle est aussi la championne de la spéculation. Elle compte sur son territoire de nombreux marchés spéculatifs parallèles non contrôlés qui perturbent le cours officiel. On notera par ailleurs que les principaux actionnaires de la société qui gère le projet de réouverture de la mine Rosia Montana en Roumanie sont des fonds spéculatifs

Cet engouement pour l’or engendre également la violence. Au prix actuel, l’or intéresse toutes sortes de malfrats : vol dans les bijouteries, bien sûr, mais aussi dans les mines. En Afrique du Sud, le gouvernement estime le montant de ces vols à 10% de la production nationale. Ici, les voleurs d’or sont appelés “zama-zama“, soit en langue zouloue “ceux qui saisissent leur chance”. Certes les voleurs d’or existent depuis la nuit des temps. Mais auparavant, ils se contentaient des parties de mines abandonnées. Actuellement, ils sont également présents dans celles en exploitation et leur “business” est très organisé. La plupart sont d’anciens mineurs. Des intermédiaires spécialisés se chargent de leur fournir outils et machines et de revendre le butin. La plupart du temps, cet or passe par le Swaziland et le Mozambique avant d’arriver en Inde – un des premiers marché mondial de l’or -, en Chine ou en Suisse. Le prix a payé est un travail de forçat dans les mines les plus profondes et dangereuses des environs de Johannesburg.

Courrier International nous conduit également en Colombie, premier producteur d’Amérique latine, où l’or tend à supplanter la cocaïne. Il présente un avantage par rapport à la drogue : son commerce n’est pas illégal et il peut être librement exporté par des entreprises ou des intermédiaires ayant pignon sur rue. Les mines attirent donc toutes sortes d’acteurs armés et l’Etat ne parvient pas véritablement à assainir le secteur. Guérilleros de gauche, cartels de la drogue et criminels veulent tous leur part. C’est souvent le chef du trafic de drogue de la région qui exploite la mine. La  violence est partout présente dans les zones riches en ressources minières. Les communautés sont expulsées de leurs terres et les mineurs du coin n’ont plus de travail. Cet état de fait n’est pas propre à l’Amérique. En 2008, des émeutes ont eu lieu à la frontière Sénégalo-malienne. La population locale s’est révoltée car elle n’a pas bénéficié de la manne engendrée par les compagnies étrangères exploitant cette zone aurifère.

Bien évidemment, l’exploitation effrénée de l’or ne s’effectue pas non plus sans dommage pour l’environnement. En Colombie, où on néglige les normes de protection environnementale, les conséquences sont catastrophiques sur la pureté de l’eau et sur la production agricole. En Roumanie, les écologistes font valoir que la réouverture de la Mine Rosia Montana entrainerait des dégâts considérables dans le massif Carnic et menacerait plusieurs sites archéologiques. Sans parler des risques de pollution dues à la technique d’extraction au cyanure alors que la région a déjà payé un lourd tribu à l’extraction minière : eaux rouges, collines éventrées … En Alaska, les projets d’exploitation aurifère sur le détroit de Béring risquent de mettre en danger un écosystème encore vierge et d’empoisonner les saumons. Quant au projet de mines sous l’eau, il soulève les inquiétudes des scientifiques.

  • Courrier International – N°1103-1104 – Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

Bijoux en or précolombiens à Bilbao

Vendredi 26 août 2011

Exposition-art-precolombienLes premières mines d’or en Colombie ont été exploitées au IVe siècle avant notre ère. Dès cette époque, les autochtones maîtrisaient la chaine complète : de l’extraction du métal à sa conversion en objets en passant par un traitement technique parfois sophistiqué. Les artisans locaux ont ainsi pu créer de très nombreux bijoux, masques, et autres objets symboliques, religieux ou du quotidien … Sous le titre L’or sacré – Art Préhispanique en Colombie, le Museo de Bellas Artes de Bilbao consacre une exposition temporaire à ces véritables trésors. Plus de 250 pièces ont été rassemblées ici. Elles sont prêtées par le Museo del Oro de Bogota qui abrite l’une des plus riches collections au monde d’objets métalliques pré-hispaniques.

Bijoux-or-precolombien

A gauche : Pectoral anthropomorphique martelé, technique de la fonte à cire perdue - Région Tolima - Période Tolima medio, 1 avant JC - 700 après JC, Au centre : Elément martelé à appliquer sur du textile - Région Calima Malagana - Période Malagana, 100 avant JC - 400 après JC, A droite : Figure votive anthropormorphique, technique de la fonte à cire perdue - Région Muisca - Période Muisca, 600-1600 après JC © Museo de Bellas Artes de Bilbao

Les objets présentés à Bilbao sont d’une grande diversité. Ils sont en or et en argent. D’autres métaux sont également présents ainsi que la céramique et la pierre. Ce sont des masques, des cuirasses, des colliers et des bracelets, tous sélectionnés pour leur valeur artistique et leur intérêt historique et anthropologique. Quelques pièces ont plus de 2.500 ans … En deux mille ans d’évolution de la métallurgie en Colombie, interrompue par la conquête espagnole en 1500 après JC, on peut déterminer une douzaine de styles différents faisant appel à des technologies parfois complexes, notamment en ce qui concerne les alliages.

Art-precolombien

A gauche : Ornement martelé en forme de palmier - Région Calima Malagana - Période Malagana - 100 avant JC - 400 après JC, A droite : Pendentif anthropomorphique, technique de la fonte à cire perdue - Région Zenu - Période Zenu temprano, 200 avant JC - 1000 après JC © Museo de Bellas Artes de Bilbao

Des richesses comme celles qui sont présentées n’ont pu voir le jour que dans un contexte de prospérité économique. Une partie de la population à pu se consacrer à des tâches non purement vivrières ou utilitaristes. Les artistes et artisans, particulièrement les orfèvres, ont tenu une place importante dans la société d’alors. En utilisant une grande variété de modèles stylistiques, ils ont façonné des œuvres fortes et complexes. Divisée en six sections thématiques, l’exposition révèle l’immense richesse du répertoire pré-hispanique, tant au plan artistique que technologique. Parmi les thèmes développés, on distingue la figure humaine et les animaux, réels et fantastiques, les éléments célestes, le soleil ou encore, mais plus rarement, les plantes et les arbres. On mesure la richesse de la culture pré-hispanique à sa capacité d’abstraction et l’évocation de thèmes tels que le surnaturel et le naturel, le sacré et le profane, le corps et l’âme, l’abstrait et le figuratif … avec un traitement esthétique qui nous parle encore aujourd’hui.

  • Exposition Oro sagrado, Arte prehispánico de Colombia – Museo de Bellas Artes de Bilbao – Museo Plaza, 2 – 48009 Bilbao – Espagne
  • Du 6 juin au 4 septembre 2011

Takashi Murakami au Château de Versailles

Lundi 29 novembre 2010

Murakami-à-versaillesQue le maître du hip-hop Pharrell Williams recouvre des objets du quotidien de rubis, saphir, émeraudes et diamants : c’est dans la ligne de l’art contemporain. Qu’il se rapproche de Takashi Murakami pour produire sa première sculpture intitulée “The simple things” (Les choses simples) : c’est dans l’ordre des choses. Que, voisinant les meubles de Riesner, cette œuvre soit exposée au salon des Nobles à Versailles : là, les choses ne sont plus si simples ! Les puristes crient au scandale et Jean-Jacques Aillagon, Président du Musée et Domaine de Versailles, rétorque que “Versailles a su, de tout temps, convoquer les meilleurs créateurs”. Alors, après Jeff Koons, pourquoi pas Takashi Murakami ? Vingt deux œuvres de l’artiste japonais – dont onze ont été créées spécialement pour l’occasion – ponctuent donc un parcours emprunté jadis par nos bons Rois et leur Cour et aujourd’hui par une foule de touristes curieux.

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"The simple Things", sculpture joaillerie en or blanc, jaune et rose, rubis, saphirs, émeraudes et diamants, fibre de verre, acier, peinture acrylique, LED, Salon des Nobles à Versailles - Takashi Murakami et Pharrell Williams, 2008-2009 - Collection Adriana Abascal et Cathy Vedovi-Odermatt © Château de Versailles, photos Christian Millet

Les amateurs de joaillerie s’arrêtent plus volontiers devant cet ensemble impressionnant que constitue “The simple things”. Les sept éléments qui figurent des objets du quotidien ont en effet été réalisés avec plusieurs types d’or et des milliers de pierres précieuses différentes : rubis, saphirs, émeraudes et diamants. Takashi Murakami leur a donné pour écrin la tête de “Mr.Dob”, inspiré des personnages de Manga. Cette œuvre est un élément important dans l’œuvre de l’artiste qui y fait la synthèse de l’univers populaire et du luxe.

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A gauche : "The Simple things", Salon des Nobles à Versailles - Takashi Murakami et Pharrell Williams, A droite : "Flower Matango", sculpture en fibres de verre, fer, peinture à l’huile et acrylique, présentée pour la première fois au public, Galerie des Glaces à Versailles - Takashi Murakami, 2001 - 2006, collection de l'artiste © 2001-2006 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co, Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Les pièces de Takashi Murakami ne sont pas faites uniquement de résine, de fibre de verre ou de carbone, de plastique et autres matériaux contemporains. L’artiste maîtrise également l’or et l’argent comme en témoignent certaines autres sculptures présentées à Versailles. “J” et “Yume Lion”, mascotte d’une chaîne de télévision japonaise, sont en aluminium et recouvertes de feuilles d’or. De même, dès le début de l’exposition, le visiteur peut admirer “Oval Buddha silver” pièce en argent issue d’une collaboration avec le créateur de mode Issey Miyake. Comme en écho, à la fin de la visite, à l’extérieur du château, il découvrira “Oval buddha“, une statue de près de 6 mètres de hauteur, en bronze, acier et feuilles d’or.

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A gauche : "Oval Buddha silver", en argent, Salon de l'Abondance à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2008, collection de l'artiste, A droite : "Oval Buddha" en bronze et feuilles d’or, Parterre d’Eau à Versailles - Takashi Murakami, 2007 - 2010, collection de l’artiste, © 2007-2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co, Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Situées dans quinze salles du Château et dans les jardins, les créatures oniriques de Takashi Murakami, souvent contemporaines, mais parfois aussi inspirées de l’art traditionnel Japonais, dialoguent avec le passé français dans un des monuments les plus fréquentés au monde.

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"Oval Buddha" dans les jardins du château de Versailles © Photo Notes Précieuses

Les organisateurs se sont efforcés de présenter des œuvres “qui puissent dialoguer avec l’esthétique des salles du château”, selon l’expression de Laurent Le Bon, Commissaire de l’exposition.

A gauche : "J"en aluminium et feuilles d’or, Salle des Gardes à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2010, collection de l'artiste, ©2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved A droite : "Yume Lion" (The Dream Lion) en aluminium et feuilles d’or, Salon d’Apollon à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2009 - 2010, collection de l'artiste, ©2009-2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Sciences-et-curiosités-à-la-cour-de-VersaillesParallèlement, en parcourant la très savante et passionnante exposition “Sciences et curiosités à la Cour de Versailles” qui se tient actuellement au sein du Château, le visiteur peut mesurer combien Versailles fut également un lieu essentiel pour la divulgation des sciences et techniques et la propagation de l’innovation en France et dans le Monde.

  • Exposition Takashi Murakami au Château de Versailles – Château de Versailles – Etablissement public du musée et du Domaine National de Versailles – RP 834 – 78008 Versailles – Du 14 septembre au 12 décembre 2010
  • Exposition Sciences et Curiosités à la cour de Versailles – Château de Versailles – Du 29 octobre 2010 au 27 février 2011

L’Or des Incas : Symbole et pouvoir

Lundi 13 septembre 2010

Ce sera sans doute l’une des manifestations les plus marquantes de la rentrée : en présentant les trésors inédits des plus brillantes civilisations précolombiennes, la Pinacothèque de Paris garantit le plaisir des yeux et permet de découvrir des cultures méconnues. L’exposition “L’or des Incas, origines et mystères” dévoile les différents aspects des sociétés andines préhispaniques et permet d’explorer leur relation complexe à l’or. Pour la première fois en France, on peut découvrir 253 œuvres majeures en provenance des plus prestigieux musées péruviens. S’ils témoignent de l’extrême habileté des orfèvres locaux, les objets présentés permettent surtout de découvrir les rituels et la vie quotidienne des Incas et de leurs prédécesseurs.

Bijoux Incas

Vitrines mettant en valeur les bijoux et autres objets de l'exposition © Photo : Notes Précieuses

4000 ans de traditions

Bien que porteuse encore de bien des énigmes, la civilisation Incas est la plus connue aujourd’hui car, en un siècle, les Incas ont bâti un immense empire allant de l’Equateur au Chili, des hauts plateaux des Andes aux plaines désertiques de la côte pacifique. Mais lorsqu’ils se sont installés dans la région de Cusco, à la fin du XIIIème siècle, c’est en héritiers de traditions sophistiquées élaborées pendant plus de 4000 ans. Plus de dix civilisations les avaient précédés. En métallurgie, notamment, les Incas se sont souvent contentés de consolider des techniques ancestrales. Dès les premiers siècles de notre ère, les Mochicos, avaient déjà réalisé des pièces remarquables en or et en métaux précieux. Et c’est durant la période 900-1400 après JC que la région andine a connu sa production la plus importante, grâce à une parfaite maîtrise des techniques, surtout en orfèvrerie.

Pectoral et vase

A gauche : Pectoral en perles de coquillages (spondyle ou mullu) cylindriques, polies et découpées - Culture Mochica (100 av JC - 850 après JC) - Intermédiaire ancien - Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach, A droite : Vase-portrait en argent laminé, repoussé et embouti. Utilisé par les Incas pour les libations accompagnant les cérémonies - Culture Inca (1440 - 1532 après JC) - Horizon récent - Musées Or du Pérou, Armas del Mundo, Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon

La force symbolique de l’or

Les objets présentés tout au long de l’exposition soulignent l’importance de l’or et de sa force symbolique dans les civilisations précolombiennes. D’abord, il est étroitement associé au rituel religieux. C’était la “sueur du soleil”, la divinité la plus importante. L’or est le principe viril tandis que l’argent, “larme de la lune”, est associé à la féminité et à la fécondité. C’est dire que la transformation de ces métaux précieux supposait également une parfaite connaissance des croyances religieuse. Celui qui les possédait devenait l’intercesseur des dieux et était investi d’un pouvoir divin. Les Andins adoraient et vénéraient les métaux et les minerais précieux. L’or tenait entre les trois mondes incas – le monde du ciel, le monde des hommes et le monde souterrain des défunts – un rôle d’intermédiaire et la transcendance spirituelle des temples était directement liée à la quantité de richesses en métaux précieux qu’ils renfermaient.

L’empereur étant l’incarnation humaine du soleil, l’or est également central dans la représentation du pouvoir. Les vêtements d’apparat brodés de métal, les pectoraux et les bracelets d’or ou d’argent étaient réservés à l’élite. Le souverain les offrait à ses sujets qu’il souhaitait récompenser et interdisait qu’on les porte sans son autorisation.

Ornement frontal et pectoral

A gauche : Ornement frontal avec un alliage or, argent, cuivre laminé, repoussé, ajouré, ciselé. Décor de félins et d'oiseaux. Probablement destiné à être cousue sur un tissu, par les trous encadrant le visage - Culture Mochica (100 av. JC, -850 après JC) - Intermédiaire ancien - Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach, A droite : Pectoral constitué de 410 plaques carrées d'or laminé et 32 plaques circulaires avec perforation centrale permettant de les coudre sur un vêtement. Laminé, découpé et cuit. Zone de Lambayeque, Intermédiaire récent (900 - 1400 parès JC) - Musée archéologique national Brüning, Lambayeque © Photo Joaquín Rubio Roach

De l’or dans les tombes

L’or était aussi un élément indispensable du trousseau funéraire. On notera que la plupart de objets présentés à Paris ont été retrouvés dans les tombes. Dans le grand cycle du monde andin, la mort n’était qu’un passage : l’Homme quittait la sphère terrestre pour le monde des morts. Avant d’être inhumé, le défunt était paré et on lui joignait un trousseau qui variait selon son statut et ses fonctions. Il pouvait être composé de nourriture, de vêtements, d’outils, de bijoux. Le métal y tenait toujours une place essentielle, sous forme de gobelets, boucles d’oreilles, pectoraux, coiffes ou diadèmes, mais parfois aussi sous forme de simples lingots d’or ou d’argent placés sur le corps, entre les mains, ou dans la bouche.

Masque

Masque funéraire en or laminé, repoussé et soudé. Les boucles d'oreilles et l'ornement nasal seraient ceux d'une divinité Sicán. Censé représenter les traits du défunt, ce masque faisait partie de son trousseau funéraire - Culture Sicán (800 - 1350 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Archéologique national Brüning, lambayeque © Photo : Joaquín Rubio Roach

C’est cette civilisation complexe, où l’or n’avait pas de valeur numéraire, qu’ont rencontré les conquistadors en envahissant le Pérou des Incas en 1532. Mais la richesse des sols en métaux précieux et la magnificence de l’orfèvrerie ont fait naître en Europe le mythe de l’Eldorado. La soif d’or et d’argent amena les Espagnols, à partir du XVIème siècle, à fondre systématiquement tout ce qui était précieux, détruisant ainsi les témoignages capitaux d’une civilisation avancée. De récentes découvertes, heureusement, nous permettent aujourd’hui d’admirer ces objets qui ont échappé à l’avidité humaine.

Ornement frontal et gants

A gauche : Ornement frontal en or laminé, repoussé, embouti et incrusté. Tête de félin orné de plumes, nez et bec d'oiseau. 2 singes (partie supérieure) et serpents bicéphales (partie inférieure) - Culture Chimú ( 900 - 1470 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach, A droite : Gants, main votive en or et argent laminé, repoussé, embouti, assemblage mécanique. Feuilles de métal assemblées en crochets - Culture Sicán (800 - 1350 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Or du Pérou - Armas del Mundo - Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon

La technique des orfèvres andins

Chez les Andins, l’or était principalement obtenu par orpaillage – lavage d’alluvions ou de sédiments aurifères. Il pouvait aussi provenir, comme l’argent ou le cuivre, de gisements miniers. L’alliage se faisait toujours à base de cuivre - cuivre et or ou cuivre et argent. La mise en forme des objets se réalisait de manière mécanique : après avoir été alternativement soumis au martelage et à la chaleur, le métal prenait la forme d’une plaque pouvant être découpée avec des ciseaux de pierre dure. Suivaient alors différentes opérations : le cintrage ou le pliage, la déformation de la plaque sur une “âme” (matrice de bois ou de pierre), puis la gravure, l’emboutissage ou le repoussage à l’aide d’instruments en bronze, en bois dur, en corne ou  en os. La forme pouvait également s’obtenir par moulage : le métal était alors coulé en fusion dans un moule d’argile. Le polissage et le brunissage rendaient ensuite au métal lustre et éclat et l’immersion dans des bains d’acides pouvait en modifier la couleur. L’assemblage des objets complexes se faisait par pliages imbriqués, au moyen de clous, de rivets, d’agrafes et de fils, ou bien par brasure et soudure ; ce qui exigeait une dextérité et une maîtrise parfaite des températures de fusion.

  • L’Or des Incas, origines et mystères – Pinacothèque de Paris – 28, place de la Madeleine – 75008 Paris
  • Du 10 septembre 2010 au 6 février 2011

L’Or des Amériques

Mardi 22 décembre 2009

afficheordesameriques2Le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris consacre une passionnante exposition à l’Or des Amériques. Des illustrations et plus de 280 objets rares, vidéos ou dispositifs originaux ponctuent un véritable parcours initiatique à travers le continent américain. Pourquoi avoir privilégié ce continent ? Parce qu’il est particulièrement riche en métal jaune et, sans doute plus qu’ailleurs, l’or y fut le symbole de la puissance, de la richesse absolue et a attisé toutes les convoitises.

Ornement frontal en or martelé, argent et cuivre avec traces de cinabre rouge - Le visage central porte un couvre-chef en forme de demi-lune et est entouré de deux jaguars au corps dentelé - Mochica, Pérou, - 200 avant JC – 600 après JC - Museo Arqueológico Rafael Larco Herrera, Pérou

Ornement frontal en or martelé, argent et cuivre avec traces de cinabre rouge - Le visage central porte un couvre-chef en forme de demi-lune et est entouré de deux jaguars au corps dentelé - Mochica, Pérou, - 200 avant JC – 600 après JC © Museo Arqueológico Rafael Larco Herrera, Pérou

Ici, le visiteur voyage aussi dans le temps. Il découvre que plus de 2000 ans avant notre ère, le continent américain est essaimé d’une multitude de peuples aux coutumes les plus diverses. Mais une constante les réunit : tous associent le précieux métal à l’astre solaire et lui attribuent un rôle religieux ou une symbolique de pouvoir. Les plus anciens métallurgistes se trouvent dans les Andes où les rivières regorgeaient de pépites. Deux techniques sont alors privilégiées : le martelage à froid et la fonte à la cire perdue pour les objets en or massif. Chaque civilisation a développé sa propre esthétique, certaines accentuant les parures de la tête, d’autres portant plutôt attention au corps.

Couronne en or martelé - Représentation du dieu aux bâtons portant une ceinture de têtes de serpents, et canines de félin, mains et pieds griffus. Et personnages à serres d’oiseaux, de la bouche desquels sort un être ailé - Chavin, Pérou, 900-200 avant JC - Museo Arqueológico Rafael Larco Herrera, Pérou

Couronne en or martelé - Représentation du dieu aux bâtons portant une ceinture de têtes de serpents, et canines de félin, mains et pieds griffus. Et personnages à serres d’oiseaux, de la bouche desquels sort un être ailé - Chavin, Pérou, 900-200 avant JC © Museo Arqueológico Rafael Larco Herrera, Pérou

L’exposition souligne aussi combien  la fièvre de l’or a joué un rôle important dans la conquête par les Européens de ce qu’ils appelaient le nouveau monde. Aux XVème et XVIème siècles, l’appel de l’or donne naissance aux mythes les plus fous. C’est la quête permanente de l’Eldorado. Les Amériques prennent alors la tête des producteurs d’or mondiaux et supplantent l’Afrique.

Prospecteurs au travail dans la rivière Klondike, à la frontière du Canada et de l'Alaska - Underwood & Underwood, 1904

Prospecteurs au travail dans la rivière Klondike, à la frontière du Canada et de l'Alaska © Underwood & Underwood, 1904

Au XIXème siècle, 65% du total de l’or mondial provient des mines américaines. Durant ce siècle et le suivant, l’or a joué un rôle essentiel dans la vie des américains et contribué à forger leur mentalité. Le chercheur d’or est intimement associé à l’esprit pionnier : colonisation de nouveaux territoires, naissance et mort subites de villes entièrement dévolues au métal jaune ; constitution ultra rapide de fortunes colossales et ruines tout aussi brutales …

En 1980, au Brésil, dans les mines d'or de la Serra Pelada, 22 000 "hommes-fourmis", aussi mal équipés qu’au siècle dernier, remontent des tonnes de roches sur leur dos dans l’espoir de trouver une pépite   © S. Salgado

En 1980, au Brésil, dans les mines d'or de la Serra Pelada, 22 000 "hommes-fourmis", aussi mal équipés qu’au siècle dernier, remontent des tonnes de roches sur leur dos dans l’espoir de trouver une pépite © S. Salgado

Par delà même les spécificités américaines, l’exposition du Muséum d’Histoire Naturelle met en relief tout ce qui fait la valeur de l’or. C’est un métal rare : au total, seulement 160 000 tonnes d’or ont pu être extraites depuis le début de l’humanité. Il se conserve très bien : il est quasiment inaltérable, comme l’atteste la qualité des objets en or exhumés par les archéologues, même plusieurs millénaires après leur enfouissement. L’or est malléable et donc facile à travailler. Pour augmenter sa rigidité, on doit l’allier à d’autres métaux comme l’argent ou le cuivre. Selon la composition, sa teinte jaune tend alors vers le blanc, le rouge ou le rose.

Or natif en feuille trouvé en 1959 dans la mine de Red Ledge Nevada County, Californie, États-Unis © Harold and Erica VanPelt

Or natif en feuille trouvé en 1959 dans la mine de Red Ledge Nevada County, Californie, États-Unis © Harold and Erica VanPelt

L’exposition offre un tour d’horizon complet, accessible à tous publics dès l’âge de 8 ans, sur le plus mythique des métaux précieux. Un métal dont l’aura n’est pas prête de se ternir.  Si, pour fabriquer des colliers, bracelets ou des bagues, la joaillerie utilise toujours plus des ¾ de l’or extrait chaque année, l’or reste une valeur refuge en termes financiers. C’est aussi un composant incontournable des instruments de haute technologie : dans les télécommunications, l’électronique … Dans les années soixante, c’était déjà un élément des casques des astronomes de la Nasa.

  • Exposition Or des Amériques – Muséum National d’Histoire Naturelle – Jardin des Plantes, Galerie de Géologie et de Minéralogie – 36, rue Geoffroy Saint-Hilaire 75005 Paris
  • Du 8 avril 2009 au 11 janvier 2010

Cité de l’Or à Saint-Amand-Montrond : Pour découvrir l’or sous tous ses aspects

Samedi 7 novembre 2009

Cité de l'Or

Cité de l'Or

Depuis qu’un bijoutier parisien, lassé du tumulte de la capitale, a décidé en 1888 d’ouvrir son atelier à Saint-Amand-Montrond, l’histoire de la Ville est intimement liée à l’or et à la bijouterie. Car le parisien a fait des émules et aujourd’hui une dizaines d’entreprises de la filière emploient localement plus de 350 spécialistes. Cinq tonnes d’or sont traitées chaque année – soit 10% du marché national – ce qui place le pôle berrichon au 3éme rang, immédiatement après Paris et Lyon. En 2006, Saint-Amand-Montrond a été labellisé “Pôle technologique de la Bijouterie” parmi les pôles d’excellence rurale.

Pour célébrer le précieux métal, une Cité de l’Or a été érigée il y a quatre ans. Ce bâtiment, en forme de pyramide, abrite musée, salles de spectacle et d’expositions ainsi que divers services aux entreprises. L’espace muséographique, interactif et ludique, raconte l’histoire de l’or, ses utilisations et ses transformations : de l’extraction au bijou fini en passant par les applications industrielles. Un spectacle utilisant la technique du théâtre optique évoque les légendes et les réalités de l’industrie bijoutière locale. On peut aussi assister à des démonstrations de coulée de lingots d’or.

Fabrication d'un lingot d'or

Fabrication d'un lingot d'or

A la Cité de l’Or, le bijou occupe une place centrale ; une collection de 260 pièces témoigne d’un siècle et demi de tradition bijoutière. Des expositions temporaires sont également régulièrement organisées. Ainsi, du 19 janvier au 4 février 2010, se tiendra l’exposition “Bijoux Européens 2010” dans laquelle les élèves du Lycée Jean Guéhenno de Saint-Amand-Montrond, – le plus gros établissement français de formation de la filière Art du Bijou et du Joyau – sont intimement impliqués .

Bijoux exposés à la Cité de l'Or

Bijoux exposés à la Cité de l'Or

Si vous voulez vous familiariser avec le monde du bijou, si vous voulez savoir comment l’or est extrait de la terre ou des rivières ; pourquoi il est rose, jaune, gris ou rouge ; comment se fabrique le célèbre collier en maille palmier  – la spécialité locale ! – …., Saint-Amand-Montrond vous attend, au coeur de la France, sur les bords du canal de Berry.

  • La Cité de l’Or – Rue Pelletier Doisy – 18208 Saint-Amand-Montrond

Entretien avec Marine Delanoë, créatrice de bijoux contemporains

Vendredi 4 septembre 2009

Marine Delanoë en plein travail

Le site de vente en ligne de bijoux créateur Notes Précieuses propose désormais les bijoux de Marine Delanoë. Pour Le Magazine, cette jeune créatrice bretonne livre son parcours et ses réflexions sur son métier.

Notes Précieuses : Qu’est-ce qui vous a amené à créer des bijoux ?

Marine Delanoë : J’ai compris très tôt que c’était cela que je voulais faire. J’ai d’abord entrepris une licence d’Histoire de l’Art. Mais étudier l’art sous toutes ses formes, de la préhistoire à nos jours, m’a vite fait comprendre que je préférais “faire” plutôt qu’étudier.

En 2001, je suis partie en Amérique centrale. Partout, le bijou y est présent, réalisé à partir de toutes matières et souvent à partir de graines. Au Mexique, j’ai découvert le travail des rues et rencontré beaucoup d’artisans autodidactes. Revenue en France, j’avais la certitude que je voulais créer des bijoux. J’avais trouvé ma voie.

NP : Vous décidez donc de vous réorienter …

MD : J’entame effectivement un CAP de bijoutier : 2 ans d’études à Ploërmel. Mon enthousiasme est d’autant plus grand que l’école travaille en partenariat avec Tane, une entreprise de bijoux installée au Mexique. Le cursus me convenait parfaitement car essentiellement axé sur la pratique. J’ai pu notamment collaborer avec des créateurs contemporains.

CAP en poche, après un stage – au Mexique ! -, orienté sur le travail du métal, je voulais me mettre tout de suite à mon compte. Mais, à 23 ans, je manquais d’expérience et je me suis inscrite pour un Diplôme des Métiers d’Art (DMA) à Lyon. La formation y est essentiellement pratique et la deuxième année est entièrement consacrée à la création de sa propre ligne de bijoux.

NP : Lyon a été une étape essentielle dans votre cursus ?

MD : Oui, à tous égards. Grâce à mes études bien sûr, mais aussi parce qu’à Lyon, j’ai vraiment “baigné” dans un environnement culturel et artistique très enrichissant pour une créatrice de bijoux : expos, vernissages, rencontres avec d’autres créateurs, stage chez Claire Wolfstirn. Toutes ces expériences ont largement contribué à compléter ma formation technique.

NP : Vous étiez apte alors à voler de vos propres ailes ?

MD : En fait, ma première expérience professionnelle, je l’ai vécue comme salariée, dans un atelier qui fournit les grands noms de la bijouterie. J’y ai perfectionné ma technique d’orfèvre. Mais cela m’a surtout permis de comprendre que je n’étais pas faite pour une production standardisée.

NP : Et c’est le retour en Bretagne …

MD : … Et l’ouverture de mon atelier. C’était en mai 2007, à Pont-Scorff, village d’artisans qui réunit une trentaine de créateurs dans diverses disciplines. L’association Renn’Arts, dont le but est de promouvoir les métiers d’art en partenariat avec la Mairie de Rennes, m’a servi de tremplin pour m’installer.

Marine Delanoë dans son atelier © Notes Précieuses
Marine Delanoë dans son atelier © Notes Précieuses

NP : Quels sont aujourd’hui vos matériaux de prédilection ?

MD : Seules les matières naturelles m’intéressent. Je n’emploie ni résine ni plastique. J’en ai fait mon image de marque. Mon choix de matériaux est très influencé par ma formation d’orfèvre et ma connaissance des métaux précieux.

Boucles d'oreilles Fleur de peau - Marine Delanoë - Vente en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

Boucles d'oreilles Fleur de peau - Marine Delanoë - Vente en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

J’inclus exceptionnellement des éléments non naturels dans mes bijoux lorsqu’ils sont insolites ou ont une histoire. J’ai, par exemple, utilisé des cordes de harpe en nylon dans une de mes créations après avoir rencontré un artisan luthier qui m’a fait comprendre sa démarche.

J’utilise aussi du crin de cheval, des fibres de chanvre, de lin, des algues ou des objets déjà élaborés, tels que d’anciennes dentelles bretonnes … qui s’inscrivent dans la culture bretonne.

NP : Et vos sources d’inspiration ?

MD : En fait, chez moi, les formes viennent spontanément et le sens m’apparait après coup. Mais il y a des constantes dans les thèmes que j’aborde : la nature, – surtout le monde végétal – ; l’action du temps sur la matière ; l’empreinte. La cicatrice que le passage du temps imprime de mille et une façons sur la matière et sur les êtres me fascine. Les mêmes sujets reviennent souvent, mais je les exploite différemment au fil des années.

Bague Amazone - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

Bague Amazone - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

Dans mes réalisations, j’aime jouer de l’association des extrêmes : métaux précieux et non précieux, matériaux bruts et raffinés. Je travaille actuellement sur le lin et l’or : l’or rend le lin plus noble mais devient lui même plus modeste au contact du lin.

NP : Votre démarche a-t-elle évolué depuis vos débuts ?

MD : Après deux ans de pratique quotidienne, je sens aujourd’hui que je suis nettement plus à l’aise et que mon style s’affirme. J’ai amélioré ma technique et surtout, j’ai acquis une réelle complicité avec le métal. J’arrive donc mieux à faire passer mon ressenti dans la matière.

Bague Fleur de peau - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

Bague Fleur de peau - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses

NP : Ne souffrez vous pas parfois de la solitude du créateur ?

MD : Non, car le travail est partagé. La phase de création est nécessairement une période de solitude ; sur mon établi, je suis seule face à la matière. Mais à d’autres moments, j’ai une vie sociale intense ; fréquentation des salons, rencontre avec des clients, d’autres créateurs. C’est un bon équilibre.

De plus, étant en recherche permanente, il m’arrive de collaborer avec des collègues d’autres disciplines : verriers, couteliers …

NP : Globalement, que vous apporte votre métier ?

MD : Une vraie satisfaction au plan éthique car je suis en accord avec mes principes. Je peux, en effet, revendiquer une position de créatrice indépendante, libre de faire des pièces uniques et d’aller à contre courant de la société de production de masse pour perpétuer un savoir-faire.

Mon travail, à la fois manuel et cérébral, repose sur un équilibre qui me convient bien J’ai conscience que l’élaboration des formes passe par une réflexion sur moi, sur ma vie intérieure, mais aussi sur les autres.

Le bijou ne sert pas qu’à mettre en valeur celle ou celui qui le porte. Ce n’est pas un objet frivole. Pour moi, c’est avant tout un moyen d’expression authentique, un objet sentimental, porteur de sens. C’est aussi un moyen de communication entre le créateur et “l’acheteur”. Lorsque quelqu’un me dit qu’il est “touché” par mon travail, je sais que j’ai atteint mon but et je suis moi-même en retour très émue.

NP : Etre indépendant, c’est aussi gérer une petite entreprise …

MD : C’est l’aspect administratif du métier qui m’intéresse le moins. Je passe beaucoup de temps à des tâches rébarbatives mais nécessaires comme la gestion, la comptabilité … qui amputent mon temps de création. J’ai un statut d’artisan ; autrement dit je suis soumise aux mêmes contraintes et aux mêmes charges que le plombier ou l’électricien. Il faudrait créer un statut particulier pour les artisans créateurs. Mais la France est très frileuse pour innover dans ce domaine.

Je dois toutefois reconnaître qu’ici, en Bretagne, les créateurs sont pas mal encouragés par la Région, le Conseil Général, le département. De même que des stages de formation sont organisés par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat.

NP : Que pensez-vous de l’évolution actuelle du secteur de la bijouterie ?

MD : En simplifiant, je dirais qu’il y a deux grandes catégories de créateurs de bijoux. Il y a ceux qui s’engagent vraiment dans une recherche créative et produisent artisanalement des bijoux qui ont du sens, pour eux mêmes et ceux qui les achètent. D’autres en revanche produisent pour vendre au plus grand nombre, en surfant sur les modes et les opportunités de production. C’est normal que les clients aient du mal à s’y retrouver parmi toute l’offre disponible et souvent ne comprennent pas les écarts de prix entre la création artisanale et le produit de grande série. Mais celui ou celle qui a une sensibilité artistique sait toujours reconnaître la qualité et le savoir-faire artisanal et l’apprécie à sa juste valeur.

Personnellement, je m’inscris délibérément dans la première catégorie de créateurs, même si j’ai à coeur de rendre plus accessibles en termes de prix certaines de mes pièces.

NP : Globalement, quel enseignement tirez-vous de votre parcours ?

MD : L’expérience mérite d’être vécue, même si ce n’est pas toujours évident. En tous cas, ceux qui démarrent dans le métier doivent “en vouloir” et être super motivés.

  • Interview réalisée le 21 août 2009

L’or et la folie des Hommes

Lundi 24 août 2009

“La nouvelle ruée vers l’or”, le très intéressant documentaire de Camille Le Pomellec, a été rediffusé le 22 août dernier sur Canal +. Parce qu’en période de crise économique et financière les cours de l’or – valeur refuge par excellence – s’envolent, ce reportage montre comment certains sont prêts à tout pour tirer bénéfice du précieux métal.

Si certains Français se contentent de revendre leurs bijoux en or qui ont subitement repris de la valeur, les Américains retrouvent leur esprit de pionnier. Du Montana à la Sierra Madre, de nombreuses mines désaffectées sont redevenues rentables et embauchent. Dans le grand Ouest américain, des aventuriers, des chômeurs, mais aussi des ouvriers et des cadres désireux d’arrondir leurs fins de mois, tamisent inlassablement la boue des rivières comme à la grande époque de la Ruée vers l’or.

Mais aujourd’hui, il apparait qu’en fait les seuls vrais bénéficiaires de cette course effrenée sont les sociétés qui louent les concessions aurifères aux orpailleurs. Le reportage montre également les dangers pour l’environnement de l’utilisation de l’arsenic et du cyanure ; ce qui fait ressurgir l’éternel conflit défense de l’emploi / défense de l’environnement.

  • Documentaire La nouvelle ruée vers l’or – Reportage réalisé par Camille Le Pomellec, montage de Pauline Cathala – TAC Presse – Spécial Investigation, Canal + – Première diffusion le 9 janvier 2009