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Bijoux en or et art grec antique au musée du Louvre

Mercredi 11 janvier 2012

Exposition-du-LouvreLes cinq cents œuvres – dont plusieurs inédites – exposées au Louvre dans le cadre de l’exposition “Au Royaume d’Alexandre le Grand” retracent l’histoire de la Macédoine antique : du XVe siècle avant notre ère jusqu’à la Rome impériale. Grâce aux découvertes archéologiques récentes, le visiteur peut prendre la totale mesure de la richesse du patrimoine artistique de la Grèce du Nord. Des trésors funéraires intacts nous permettent d’approcher différents aspects de la civilisation macédonienne tels la production artistique, l’organisation du royaume, l’éducation, le monde des hommes et celui des femmes. On peut admirer des objets précieux et des bijoux exceptionnels qui témoignent de la virtuosité des artistes d’alors.

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Mosaïque de la chasse au lion, galets enduits - 325 av. J.-C. - Pella, Maison de Dionysos (original) - Pella, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism /Archaeological Receipts Fund

Dès la fin de l’âge du bronze la Grèce du nord a vu émerger des dynasties royales. Si certains souverains ont laissé une empreinte forte, c’est sous le règne de Philippe II (359-336 av. J.-C.) que la Macédoine a pris sa réelle ampleur. C’est toutefois son fils Alexandre le Grand qui jouira de la plus grande renommée et sera élevé au rang de héros, voire de dieu vivant.

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A gauche : Sarcophage attique Thessalonique en marbre, contenant deux urnes et des bijoux - Dernier quart du IIe s. ap. J.-C. (vers 180 ap. J.-C.) - Paris, musée du Louvre © RMN, René-Gabriel Ojéda, A droite : Portrait d'Alexandre en marbre - IIIe siècle av. J.-C. - Aux environ de Pella - Pella, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

Il monta sur le trône de Macédoine à vingt ans, en 336 av. J.-C., et renversa l’empire Perse qui menaçait constamment la Grèce depuis plus de 150 ans. Il fit rayonner la culture hellénique de façon durable, de l’Egypte à l’Inde. Les récentes découvertes sur ce site de Vergina, première capitale du royaume de Macédoine sous le nom d’Agai, ont été déterminantes dans la connaissance de la Région.

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A gauche : Couronne de feuilles de chêne en or - Deuxième moitié du IVe s. avant J.-C. - Vergina (Aiga), sanctuaire d’Eukleia - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund, A droite : Couronne à feuilles et fleurs de myrte en or - Dernier quart du IVe s. av. J.-C. - Stavroupolis (près de Thessalonique), rue Oraiokastrou, tombe à ciste - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund

Les archéologues ont mis au jour plusieurs sépultures royales, parmi lesquelles celle de Philippe II. Les trésors découverts témoignent des richesses locales. Les défunts étaient inhumés avec leurs armes, leurs ustensiles, leurs bijoux. Une tombe féminine de la nécropole de Sindos, près de thessalonique, est présentée dans son intégralité. Elle comprend notamment une paire de boucles d’oreilles, un collier de perles et pendeloques et des épingles en or. Dans une autre tombe, datant de 520 avant J.-C, le visage du défunt est entièrement dissimulé derrière un casque en bronze et un masque en or. Cette découverte ne va pas sans intriguer les chercheurs car une telle tradition funéraire avait disparu en Grèce depuis l’époque des tombes à fosse de Mycènes aux XVIIe et XVIe siècles avant J.-C … Des objets retrouvés dans des nécropoles sur les cotes de Macédoine témoignent quant à elles de l’importance des échanges commerciaux à l’époque. On y trouve en effet des œuvres importées : vases attiques chiotes, corinthiens, ou d’Asie Mineure.

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A gauche : Bracelet à têtes de bouquetin en or - Première moitié du IIIe s. av. J.-C. - Evropos, Kilkis - Kilkis, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund, A droite : Casque de type illyrien en bronze et masque en or - Vers 520 av. J.-C. - Sindos, tombe 115 - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/ Archaeological Receipts Fund

Au IVe siècle av. J.-C., l’art de la Grèce du Nord est à son apogée. Les techniques se sont développées pour atteindre un niveau de maîtrise remarquable dans tous les domaines : céramique, sculpture, mosaïques, travail du métal et de l’ivoire, invention du verre transparent, bijouterie de haute qualité. Dans ce dernier domaine, l’influence du monde oriental se conjugue avec le savoir faire des artisans locaux qui sont de réels virtuoses notamment dans la maîtrise de la granulation et du filigrane. On peut par exemple admirer un magnifique bracelet d’or (première moitié du IIIe siècle avant J.-C) dont le jonc se termine par deux têtes de bouquetins aux détails morphologiques ciselés.

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A gauche : Bague en or avec chaton en sardoine - Fin du IVe - début du IIIe s.av. J.-C. - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund, A droite : Collier en or - Dernier quart du IVe s. av. J.-C. - Sédès (act. Thermi), tombe 3 (1938) - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund

Autre joyau : une chaine d’or tressée qui se termine par deux têtes de lion ; le crochet du fermoir est dissimulé par un nœud d’Héraklès dont les 4 extrémités se terminent par des têtes de lion plus petites. On remarque également des boucles d’oreilles en or à tête de lion. Ce type de bijou, très apprécié en Macédoine, est apparu dans le monde grec à la fin du IVème siècle avant JC. Les boucles étaient portées de telle sorte que le mufle du lion soit contre le lobe de l’oreille. Les boucles d’oreilles, élément incontournable de la parure féminine, sont une forme de valorisation et d’ostentation sociale.

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A gauche : Couronne de feuilles de lierre et corymbes en or - Troisième quart du IVe s. av. J.-C. - Apollonia - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund, A droite : Diadème en or - Dernier quart du IVe s. av. J.-C. - Sédès (act. Thermi), tombe 3 (1938) - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund

Les parures, bijoux, objets de la vie quotidienne qui sont exposés en disent long sur la condition féminine d’alors. En Macédoine, la femme était vêtue d’une longue tunique de laine ou de lin, et d’un manteau. Elle se maquillait, se parfumait et se parait de bijoux d’or, d’argent parfois mêlés de pierres semi précieuses.

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A gauche : Médaillon en or des jeux de Véroia, en l’honneur d’Alexandre et de sa famille - 225-250 ap. J.-C. - Egypte, Aboukir - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund, A droite : Statère en or d'Alexandre III - IVe s. av. J.-C. - Apollonia - Thessalonique, musée archéologique © Hellenic Ministry of Culture and Tourism/Archaeological Receipts Fund

Aux époques archaïques et classiques, la femme macédonienne a vécu cloîtrée dans le gynécée. Les conquêtes d’Alexandre, qui favorisaient l’avènement d’un monde nouveau, lui permirent de paraître plus souvent en public. Elle continue cependant à vivre dans un univers différent de celui des hommes. On peut également admirer une magnifique statuette en terre cuite dont la polychromie est quasi intacte, ou encore un coffret à bijoux à vernis noir décoré d’un collier d’or sur le couvercle.

  • Exposition Au royaume d’Alexandre Le Grand, la Macédoine antique – Le Louvre, hall Napoléon – 75058 Paris – France
  • Du 13 octobre 2011 au 16 janvier 2012

Lucas Cranach et le pouvoir des femmes

Lundi 21 mars 2011

Expo-CranachL’exposition “Cranach et son temps“, proposée actuellement par le Musée du Luxembourg à Paris, est l’occasion pour les Français de mieux connaître un des artistes majeurs de la renaissance germanique. Lucas Cranach (1472 – 1553) a été impliqué dans les bouleversements politiques et religieux d’une époque fortement marquée par la Réforme protestante. Son parcours est jalonné de rencontres avec les principaux représentants de la vie politique et religieuse. Portraitiste de talent, on lui doit les effigies de Charles Quint, Martin Luther ou encore Marguerite d’Autriche. Artiste de cour, on lui doit également de nouvelles thématiques et principalement celle de la femme dont il a réalisé, sous différentes formes, des portraits marquants où le bijou est parfois très présent.

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A gauche : "Autoportrait", huile sur panneau de hêtre - Lucas Cranach l'Ancien, 1531 - Burgen, Schlösser Altertümer © GDKE Rheinland-Pfalz, A droite : "Hercule chez Omphale", huile sur bois - Lucas Cranach l'Ancien, 1537 - Toulouse, Fondation Bemberg © Fondation Bemberg

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"Lucrèce", tilleul - Lucas Cranach l'Ancien, 1510-1513 - Collection privée © Collection privée

Cranach, qui puise son inspiration aussi bien dans l’univers biblique que mythologique, pare très souvent le cou et la gorge de ses déesses, héroïnes ou allégories de fastueux bijoux en or. Mais la précision de la représentation des accessoires - ces femmes portent souvent également un chapeau à larges bords – ne se transforme pas pour autant chez lui en religion du détail. Par leur lourdeur recherchée, les fastueux bijoux en or et pierres fines évoquent essentiellement un univers de luxure. Si certaines femmes sont revêtues de somptueuses robes de cour - rouges le plus souvent – richement brodées et rehaussées de brocard, il a aussi représenté des nus en grand nombre, ceux là même qui ont contribué à asseoir sa renommée. Une section entière de l’exposition leur est consacrée.

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"Portrait idéalisé de jeune femme", huile sur panneau - Lucas Cranach l'Ancien, 1530 - Collection privée © Courtesy Galerie de Jonckheere, Paris

A contempler les nus de Cranach, on hésite entre la satisfaction du plaisir des yeux et la perception du message moral et didactique que l’artiste est sensé faire passer. Le plus souvent, même dénudés, les modèles sont parés de chaînes en or. Cet apport ajoute à l’ambiguïté de ses tableaux qui mêlent étroitement érotisme et morale. La tradition des portraits à mi corps ou au genou de femmes, vertueuses ou légères, a fait leur apparition dans l’œuvre de Cranach vers 1510. Véronique Bücken souligne dans le catalogue de l’exposition “Cranach et son temps” que la mise en page du peintre, “sans doute inspirée des portraits de Memling et de certains modèles italiens, permet de résumer en une seule image forte toute la tragique histoire des jeunes femmes.”

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"Lucrèce", huile panneau bois - Lucas Cranach Le Jeune, vers 1540-1545 - Coll privée © Courtesy Gal de Jonckheere

Par ailleurs, même l’observateur le moins avisé remarque une constance dans la représentation des lourds bijoux en or et pierres précieuses d’un tableau à l’autre. Artiste à succès et homme d’affaire averti, Cranach avait organisé son atelier pour répondre le plus rapidement possible à des commandes toujours plus nombreuses ; ce qui a amené l’artiste à décliner les mêmes thèmes sous des formes variées. Pour ce faire, il avait recours à des formats et des compositions standardisées ainsi qu’à des figures types, que l’on retrouve dans ses œuvres, même si aucun de ses tableaux ne peut apparaitre comme la simple copie d’un autre.

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"Salomé tenant la tête de saint Jean-Baptiste", tilleul - Lucas Cranach l'Ancien, vers 1526-1530 - Budapest, Szépmuvészeti Mùseum © Budapest, Szépmuvészeti Mùseum

Contrairement à ses contemporains Léonard de Vinci, Michel Ange, Raphaël ou Dürer, Cranach ne pratiquait pas d’études préliminaires. Il représente des corps dont le canon se distingue nettement des proportions idéales prisées à la Renaissance. Pourtant leur élégant tracé continue d’être très apprécié à notre époque et a même suscité l’admiration d’un Picasso.

Le succès de la récente souscription organisée par le Louvre pour acquérir “Les Trois Grâces“, actuellement exposé dans l’aile Richelieu, est également une preuve de l’intérêt manifesté pour ce peintre.

  • Exposition Cranach et son temps – Musée du Luxembourg- 19, rue de Vaugirard – 75006 Paris – Du 9 février au 23 mai 2011
  • Les Trois Grâces de Lucas Cranach l’Ancien, Tableau du mois – Le Louvre, Galerie Médicis, Aile Richelieu, 2ème étage – Du 2 mars au 30 mai 2011 – A partir du mois de juin 2011, le tableau prendra sa place salle 18, salle consacrée à la peinture des Ecoles du Nord -

Bijoux de la Couronne de France : Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre

Lundi 6 septembre 2010

JoaillerieA partir du 16 septembre, pour la première fois, le public pourra admirer le Grand Nœud de Corsage de l’Impératrice Eugénie. Ce joyau, provenant des Diamants de la Couronne de France, sera exposé au Musée du Louvre dans la salle de la Collection Thiers du département des Objets d’Art (aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à proximité des appartements de Napoléon III.  C’est grâce à la Société des Amis du Louvre que le musée a pu faire revenir des Etats-Unis ce bijou exceptionnel, réalisé en 1885 par le joailler François Kramer. C’est grâce également  aux crédits que la Société avait mis à sa disposition que le Louvre a pu préempter, lors de la vente Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, la Boîte à portrait de Louis XIV. Ce portrait a été présenté à Versailles à l’automne 2009, lors de l’exposition “Louis XIV, l’homme et le roi“. Il est actuellement en réserve et sera bientôt exposé au Département des Objets d’Art. Née en 1897, la Société des Amis du Louvre compte aujourd’hui près de 70 000 membres. C’est le premier mécène privé du Louvre. Depuis sa fondation, 704 œuvres d’art ont été acquises et offertes aux huit départements du musée.

Joaillerie Noeud de corsage

Grand Noeud de Corsage de l'impératrice Eugénie © Musée du Louvre 2008, Martine Beck-Coppola, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie : Le dessin du nœud, assorti de glands de passementerie, s’inspire librement de modes de la fin du XVIIème siècle. L’œuvre est composée de 2934 diamants dont 2438 pèsent 140 carats. Le sertissage est entièrement ajouré, articulé et traité en relief, afin que les pierres puissent scintiller au moindre mouvement. En fait, il ne s’agit là que d’une pièce d’un ensemble plus conséquent commandé par Napoléon III lors de l’exposition Universelle de 1855. L’Empereur avait passé des commandes à huit grands joaillers parisiens afin de promouvoir le savoir-faire français. Parmi les réalisations, il y avait une parure de feuilles et fruits de groseilliers par Bapst et Kramer comportant une longue guirlande, un devant de corsage, une suite de broches à pampilles et une ceinture. Cette ceinture, œuvre du  jeune François Kramer, réunissait à elle seule 4500 diamants. Mais, dès 1864, l’impératrice avait renoncé à porter une pièce aussi imposante pour n’en garder que l’élément central, adapté en grand nœud de corsage.

Boîte à portrait

Boîte à portrait de Louis XIV (après restauration), de face et de dos © Les Amis du Louvre 2009, photo : Adrien Dirand, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

La boîte à portrait de Louis XIV : Ce joyau, dû au miniaturiste Jean Petitot (1607-1691), a conservé sa riche garniture : sur la face quatre-vingt douze diamants brillent autour du buste émaillé du roi Louis XIV, sommé de la couronne fleurdelisée ; au revers, tout en émail, le chiffre royal au double L entrelacé est environné de rinceaux. Si de telles boites étaient dans la première moitié du XVII ème siècle des objets de sentiment, Louis XIV en a fait, à partir des années 1660, des instruments du pouvoir royal. Il les distribuait comme marques de distinction honorifique aux dignitaires étrangers, aux hommes de guerre et aux fidèles serviteurs de la monarchie. En dehors de celle-ci, seules deux autres boîtes sont aujourd’hui connues : l’une conservée à Bologne, qui a aussi gardé tous ses diamants, l’autre conservée au musée de La Haye, mais qui n’est plus qu’une carcasse émaillée, sans ses pierres.  L’or et les pierreries ont causé la perte de ces boîtes trop coûteuses. La boîte présentée au Louvre est sans doute la plus ancienne : l’âge du roi incite les spécialistes à proposer une date proche de 1670.

  • Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie (collection permanente, Aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à partir du 16 septembre 2010 et la boîte à portrait de Louis XIV – Musée du Louvre
  • Société des Amis du Louvre – 75058 Paris Cedex 01

Objets d’art de Méroé

Mercredi 19 mai 2010

Méroé un empire sur le NilLe Louvre consacre actuellement une exposition au vaste empire qui s’était constitué autour de Méroé, cité née au IIIème siècle avant notre ère sur les bords du Nil, à 220 kilomètres au nord de l’actuelle Khartoum. Près de deux cents oeuvres – constituées essentiellement de prêts du musée de Khartoum et de grands musées européens – permettent au visiteur d’approcher les systèmes de pouvoir et de croyances d’une civilisation antique où se mêlent des influences culturelles multiples ; influences que l’on retrouve aussi au niveau de la vie quotidienne, de l’artisanat et de l’art.

Durant six siècles, Méroé fut la capitale d’un empire qui s’étendait sur plus de 1700 kilomètres le long du Nil et de ses grands affluents du sud. Cet empire, qui se place historiquement dans la continuité des grands royaumes de Kerma et de Napata, a été marqué par des influences croisées issues de l’Égypte, de la Méditerranée, de la Grèce, de Rome et, bien sûr, de l’Afrique. Son déclin progressif, à partir du IIIe siècle de notre ère, est dû essentiellement à la montée du christianisme.

Monarchie centralisée, le royaume de Méroé réunissait aussi bien des agriculteurs sédentaires que des pasteurs nomades. Le roi, responsable devant les dieux, était garant de l’ordre du monde. Et, parce qu’à Méroé on croyait en une vie après la mort et à la nécessité d’emporter un bagage funéraire, les témoignages archéologiques son abondants. Les tombes de la famille royale et de l’élite, tout comme les temples et palais, ont livré des objets de grande qualité qui attestent la maîtrise des artisans méroïtes dans le travail de la faïence, du verre et des métaux précieux. Les motifs décoratifs et les techniques sont souvent empruntés aux civilisations voisines ; ce qui ne signifie pas pour autant que le style méroïtique se réduise au simple amalgame d’éléments étrangers.

Bracelet à fermoir

Bracelet à fermoir en or, pâtes de verre et émail, au décor géométrique en cloisonné, provenant du trésor de la reine Amanishakheto - Méroé, nécropole nord, 1ère moitié du 1er siècle après JC - Munich, Staatliches Museum Ägyptischer Kunst, AS 2455 © Jürgen Liepe

L’orfèvrerie, notamment, offre une synthèse de techniques autochtones, pharaoniques et grecques, comme en témoignent les pièces du fabuleux trésor de la reine Amanishakheto (1ère moitié du 1er siècle après J-C.), découvert au début du XIXème siècle. La variété des motifs des anneaux, des bagues, des sceaux, des bracelets et des colliers permet de mieux comprendre les ornements royaux que l’on trouve sur les reliefs des temples et les chapelles des pyramides. Les bracelets sont ornés d’un décor en cloisonné qui repose sur la création de petites alvéoles juxtaposées et serties de matières colorée. Ces alvéoles sont en fils plats, dans le respect de la tradition égyptienne. Les surfaces planes sont animées de touches de couleurs, comme les créations du Moyen et Nouvel Empire, mais s’en distinguent par l’utilisation de l’émail (vert et bleu) en lieu et place des pierres fines et pâtes de verre taillées. Les artisans de Méroé affirment ainsi la prépondérance de la polychromie dans leur production. Les clous d’oreilles ronds, pour oreilles percées, sont fortement influencés par les modèles grecs fabriqués depuis l’époque archaïque (vers 620-40 avant J.C.). Ils sont formés d’un disque aux parois coniques décoré de représentations inspirées du panthéon pharaonique ou de motifs végétaux stylisés. Les bagues rappellent les bagues-cachet du Nouvel Empire Egyptien (vers 1550 -1069 avant J.C.). Elles ont un chaton, parfois rond mais le plus souvent ovale, orné d’une scène figurative gravée ou ciselée. Leur monochromie, due à leur fonction de scellement, est une exception dans le répertoire très coloré des bijoux de Méroé.

Boucles d'oreilles

Clou d'oreille en or décoré d'une déesse mère - Méroé, nécropole Ouest, 1er et IIIème siècle après JC - Musée National de Khartoum, Soudan, 1974 © Musée du Louvre 2010, photo : Christian Décamps

Pour l’essentiel, les objets du quotidien sont en argile et en métal. Les potiers ont produit deux types de céramique décorée : l’une faite au tour dans une argile blanche, l’autre montée à la main dans une argile cuite dont la couleur va du brun au noir. Pure création méroïtique, la céramique blanche est souvent peinte, parfois estampée. Gobelets, bols et coupes sont faits de kaolin ; leurs minces parois sont illustrées de thèmes naturalistes - végétaux, animaux – ou des symboles répétés. La céramique noire, quant à elle, est produite au Soudan depuis la préhistoire. Les jarres, gobelets, bols, écuelles, modelés ou façonnés au colombin, portent des décors composés de motifs géométriques incisés ou imprimés au peigne qui évoquent l’aspect extérieur des vanneries. Méroé constituait aussi un foyer majeur d’artisanat du métal qui relève d’une antique tradition africaine.

Jarre

A gauche : Jarre globulaire à décor en terre cuite, exécuté au peigne pivotant. Décor : 10 bovins à cornes conduits par un pasteur - Ouad ben Naga, 1ère moitié du 1er siècle après JC © Musée du Louvre 2010, photo Georges Poncet A droite : 3 fours de potier et de briquetier, quartier industriel de Mouweis © Olivier Cabon, mission archéologique du Louvre au Soudan

“Méroé, un empire sur le Nil” fait découvrir au visiteur une civilisation peu connue. L’exposition consacre une importance particulière aux recherches archéologiques menées dans la région par les équipes françaises. Jusqu’à très récemment, le Louvre n’avait aucune tradition archéologique au-delà de la 1ère cataracte du Nil.

  • Exposition Méroé. Un empire sur le Nil – Aile Richelieu, entresol – Musée du Louvre
  • Du 26 mars au 6 septembre 2010

“Breguet au Louvre, un apogée de l’horlogerie européenne”

Dimanche 2 août 2009
Montre bague en or - © Montres Breguet S.A.

Montre bague en or © Montres Breguet S.A.

Le Louvre présente jusqu’au 7 septembre une rétrospective de l’œuvre d’Abraham Louis Breguet (1747-1823). Des montres et pendules provenant des plus illustres collections – de Georges IV au tsar Alexandre 1er -, illustrent le parcours de cet homme d’exception. Au fil de cette passionnante exposition, qui comporte également des portraits et de nombreux documents d’archives, on découvre un art à son apogée, l’horlogerie de précision. On se laisse vite gagner aussi par l’admiration pour un horloger de génie, tant au plan artistique que technologique et entrepreneurial.

Des créations raffinées et pratiques

Il apparait d’emblée qu’au plan esthétique, Breguet a rompu avec la tradition. Ses montres ont perdu tout aspect ostentatoire pour devenir un objet du quotidien, fiable, sobre et d’une élégance raffinée. Ses créations obéissent à une géométrie élémentaire où le cercle et l’oblique se prêtent à toutes les variations possibles.

Rien n’est laissé au hasard : ni le volume du boîtier, ni le tracé des filets et des profils arrondis, ni le dessin du cadran, ni le charme d’un mécanisme révélé. Breguet a renoncé aux émaux chatoyants ; pour lui, l’émail n’a plus qu’une valeur fonctionnelle, limitée pratiquement au cercle blanc de cadrans eux aussi sans cesse recomposés. La disposition des fonctions et l’ajustement du dessin des chiffres et des aiguilles varient à l’infini. Les métaux employés jouent des tonalités chaudes avec l’or et le laiton, ou froides avec l’argent et l’acier. Les chiffres et les aiguilles, eux, ressortent en noir ou en bleu.

Une avancée technologique permanente

Dans l’œuvre de Breguet, raffinement rime toujours avec innovation technologique. Toute sa vie, il a recherché les perfectionnements les plus élaborés, qui ont fait de chacune de ses montres ou pendulettes une pièce unique à la pointe du progrès. Sa réussite lui a valu rapidement d’être le fournisseur des souverains et de toute l’élite politique, militaire, scientifique et financière européenne.

En 1783, Breguet a ainsi reçu la commande d’une montre devant intégrer tous les perfectionnements connus.  Autre consigne : l’or devait remplacer, lorsque c’était possible, tout autre métal. Il s’agira de la plus célèbre des montres construite par Breguet, la n° 160 dite “Marie-Antoinette”. Dans les faits, la reine ne la verra jamais puisque, après de longues interruptions, cette réalisation n’aboutira qu’en 1827.  Cette œuvre d’une rare complexité a nécessité la collaboration d’une vingtaine de techniciens – horlogers.

Une démarche entrepreneuriale de pointe

Outre ses qualités de chercheur, Breguet s’est révélé être un entrepreneur hors pair qui a su traverser la tourmente révolutionnaire et poursuivre son essor sous l’Empire en dépit des guerres et des blocus. C’est à partir de 1795 qu’il a réellement pu faire valoir ses qualités d’homme de terrain sachant exploiter et rentabiliser ses inventions.

Ainsi, par exemple, à côté des montres exceptionnelles à l’unité, il a fabriqué en petites séries des montres standardisées qu’il a vendues par souscription. Il a su trouver de nouveaux débouchés – en Orient notamment – et développer des méthodes commerciales de pointe, en présentant des spécimens ou en faisant de la publicité …

Dès la fin du XVIIIème siècle, sa renommée était internationale et il a déposé de nombreux brevets d’invention. Parce qu’il a su opérer la synthèse entre recherche avancée et art appliqué, Breguet apparait comme un précurseur des grands capitaines d’industrie du XIXème siècle.

  • Exposition Breguet au Louvre, un apogée de l’horlogerie européenne – Musée du Louvre – Aile Sully – Salle de la Chapelle
  • Du 25 juin au 7 septembre 2009
Montre perpétuelle Breguet à répétition des quarts à toc. Boîte en or guillochée, cadran en argent guilloché à chiffres romains, aiguilles Breguet en acier bleui, guichet pour les phases de la lune. Collection Montres Breguet S.A. © Montres Breguet SA

Montre perpétuelle à répétition des quarts à toc. Boîte en or guillochée, cadran en argent guilloché à chiffres romains, aiguilles Breguet en acier bleui, guichet pour les phases de la lune. Collection Montres Breguet S.A. © Montres Breguet SA