Objets d’art, symbole de pouvoir en Angola
Mercredi 29 juin 2011
Angola, figures de pouvoir, l’exposition du musée Dapper à Paris, met en valeur la culture d’un pays qui occupe une place importante en Afrique équatoriale tant par son patrimoine artistique que par son histoire et son économie. C’est la première fois que, pour une exposition d’une telle ampleur, sont réunies en France des œuvres majeures provenant de collections publiques et privées européennes et du musée anthropologique de Luanda. Quelque cent quarante pièces sont exposées : parures, masques, statuettes, figures cultuelles et insignes de dignité, objets magico-religieux et bas-reliefs. Riche de la diversité de son peuplement, l’Angola a vu se déployer des cultures multiples au sein desquelles sont apparues des œuvres artistiques très élaborées. La création contemporaine est représentée par António Ole.

A gauche : Masque "Pwo" en bois, fibres, perles, segments de graminées et pigments - Chokwe, Angola/République Démocratique du Congo - Collection particulière © Archives Musée Dapper, photo Hughes Dubois, A droite : Masque "Chihongo" en résine, fibres végétales, tissu et pigments - Chokwe, Angola - Inscrit en 1989, colecçao do Museu Antropologico, Museu de Historia Natural da Universidade de Coimbra © Archives Musée Dapper, Paris et Museu Antropologico, Museu de Historia Natural da Universidade de Coimbra, photo Olivier Gallaud
Comme son nom l’indique, l’exposition fait la part belle aux arts de cour exaltant la puissance politique et spirituelle des chefs. Elle présente des effigies, des statuettes de représentations génériques d’ancêtres fondateurs ainsi que des bâtons de commandement, des armes d’apparat et autres signes du pouvoir. Les objets cultuels décrits comme des “fétiches” ou des “figures force” sont quant à eux sensés recéler des forces importantes. Ils prennent la forme de conglomérats de minéraux, de végétaux, des éléments provenant d’animaux ou de métaux, des morceaux de fer, de laiton ou encore de verre. Activés par un officiant, ils sont destinés, par exemple, à permettre de recouvrer la santé ou résoudre des problèmes personnels.

A gauche : Sceptre en bois, laiton et pigments - Ovimbundu, Angola - Musée Dapper, Paris © Archives Musée Dapper, photo Hughes Dubois, A gauche : Tabatière en bois, laiton et pigments - Lwena, Angola/République Démocratique du Congo, Musée Dapper, Paris © Archives Musée Dapper, photo Hughes Dubois, A droite 1 : Statuette "Nkisi phemba" en bois, coton, cuivre, fibres, matières composites, perles de verre, résine, verre et pigments - Kongo/Vili, Angola, région province de Cabinda - Ancienne collection Natura Artis Magistra, inscrite en 1947, Museum Volkenkunde, Leyde © Photo Notes Précieuses, A droite 2 : Statue "Nkisi nkondi" en bois, métal, fibres, matières composites, résine et pigments - peuple Kongo/Vili, Congo - Don de Joseph Cholet, avant 1892, Ancienne collection Musée de l'Homme, Paris, Musée du Quai Branly, Paris © Musée du Quai Branly 2010, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado, Scala, Florence
L’image de la femme est très présente en Angola : à travers des insignes de dignité, sur les vases, ou des peignes en bois sculpté sur lesquels sont fréquemment évoqués les courbes d’un corps ou un visage encadré d’une coiffure aux détails minutieusement reproduits. On retrouve également la femme à travers des figures cultuelles exhibant des ornementations corporelles, tatouages et coiffures. Ornements, parures et bijoux ont le plus souvent une signification sociale. Dans le sud du pays, par exemple, les différents styles d’agencements capillaires contribuent à marquer les différentes étapes de la vie d’une femme : puberté, fiançailles, mariage, naissance du premier enfant.

A gauche : Peigne "Cisakulo" en bois et pigments - Peuple Chokwe, Angola/République Démocratique du Congo - Collection particulière, A droite : En haut, de gauche à droite : Collier en cuir et coquillages (conus imperialis), perles de verre, peau d'animal, métal - Peuple Kwanyama, Angola - Don Miguel Neves, colecçao do Museu Antropologico, Museu de Historia Natural da Universidade de Coimbra et parure de tête en cuir, fibres et perles en fer - Peuple Herero, Namibie - Inscrite en 1967, Musée Royal de l'Afrique centrale, Tervuren et Coiffure "Ekori" et Vêtement en cuir, fer, pigments et perles de verre - Peuple Himba, Angola, région Oncocua - Ancienne collection A. Carreira, 1965, Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne et Coiffure en duir, fibres et perles en fer - peuple Herero, Namibie - Inscrite en 1967, Musée Royal de l'Afrique Centrale, Tervuren, En bas : Ceinture en cuir, conus, métal, ivoire et pigments - peuple Kwanyama, Angola - Ancienne collection A. carreira, 1965, Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne © Photos Notes Précieuses,
Chez certaines femmes, la chevelure est épaissie par des fibres et enduite de graisse mêlée à des herbes odorantes. Elle peut comporter également des perles ainsi que des petits coquillages (cauris), symboles de fécondité et parfois des boutons de laiton et des disques de coquillage, symbole de pouvoir et de richesse de la famille. Ces signes ne se trouvent pas uniquement dans la coiffure. Les femmes kwanyama par exemple portent à la verticale sur une jupe ample, une ceinture de cuir de bœuf sur laquelle sont placés des morceaux de Conus et des éléments en os ou en ivoire. Le morceau d’ivoire est en général hachuré de plusieurs rangées de lignes qui correspondaient autrefois à la quantité de têtes de bétail possédées par le mari.

A gauche : Coiffure "Ekori" en cuir, perles en fer et graisse rouge - Peuple Himba, Angola - Ancienne collection A. Carreira, 1966, Museu Nacional de Etnologia, Lisbonne © Archives Musée Dapper et Museu Nacional de Ethnologia, Lisbonne, IMC/MC, photo Olivier Gallaud, A droite : Ceinture en fibres, tissu, peaux, dents de phacochère, perles de verre et cauris - Peuple Herero, Angola, région Sud-Est - Ancienne collection Antonio E.Ferreira de Mesquita, colecçao do Museu Antropologico, Museu de Historia Natural da Universidade de Coimbra © Photo Notes Précieuses
Pour la plupart des peuples de pasteurs semi nomades, les cheptels ont une importance considérable. Avant que la fille quitte sa famille, sa mère lui remet son ekori. Cette coiffure en peau de mouton ou de chèvre se caractérise par trois appendices évoquant des oreilles de bovin. De longs pans en cuir décorés de perles de métal descendent le long du visage. L’ekori, porté durant le premier mois du mariage, est remplacé ensuite par l’erembe propre aux femmes mariées.

A gauche : Autel "Hamba wa mwima" en bois, crânes d'animaux et pigments - peuple Chokwe, Angola - Don du pasteur H. Monnier en 1973, Musée d'ethnographie de Genève © Musée d'ethnographie de Genève, photo M. Johnathan Watts, Au centre : Sattuette "Chisola" en bois, perles de verre, plumes, métal, tissu et pigments - peuple Chokwe, Angola/République démocratique du Congo - Collectée par albert Maesen, culptée par Shafuku, Musée Royal de l'Afrique Centrale, Tervuren © Photo Notes Précieuses, A droite : Siège à caryatides en bois, laiton, cuivre, perles de verre et pigments - peuple Chokwe, Angola/République Démocartique du Congo - Musée Royal de l'Afrique centrale, Tervuren © Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren
En accompagnement de l’exposition, le Musée Dapper a édité un superbe ouvrage abondamment illustré. Elaboré sous la direction de Christiane Falgayrettes-Leveau, directeur du musée Drapper avec la collaboration scientifique de Boris Wastiau, historien de l’art et directeur du musée d’Ethnographie de Genève, ce livre somptueux éclaire savamment le visiteur sur les chemins du pouvoir et de l’art en Angola.
- Exposition Angola, figures de pouvoir – Musée Dapper – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 Paris
- Du 10 novembre 2010 au 10 juillet 2011
- Week-end “Portes ouvertes” – 2 et 3 juillet 2011, de 11h à 19h, le musée Dapper ouvre gratuitement ses portes au public – Visites guidées gratuites le 2 juillet, à 11h30 et 14h30 et le 3 juillet à 14h30
Si le thème de la fonction et du rôle des parures et bijoux est assez peu exploré dans nos civilisations occidentales, une très intéressante exposition au 

