Les créations surréalistes et poétiques des Lalanne
Mercredi 28 avril 2010
Absentes des musées parisiens depuis 1977, les œuvres de Claude et François-Xavier Lalanne peuvent être actuellement (re)découvertes au musée des Arts Décoratifs de Paris. L’exposition couvre 40 années de créations d’un couple d’artistes qui a toujours fait “exposition commune”. Dans un décor de jardin de château et rassemblées autour de différents thèmes illustrant la variété de leur création, plus de 150 pièces invitent le visiteur à découvrir l’univers de sculpteurs décidément inclassables. Leurs œuvres vont de la sculpture monumentale aux objets du quotidien : sièges, objets de table ou bijoux.

François-Xavier et Claude Lalanne en 1976 - Premier plan : Chameaux en mousse polyester gainée de toile et peau de brebis, manèches, teintée, armature en acier et bois, tête en fonte d'aluminium patine noire - François-Xavier Lalanne, 1973 - Au fond : Minotaure en bronze - François-Xavier Lalanne © Pierre Boulat, Cosmos
François-Xavier Lalanne (1927-2008) s’est formé à l’Académie Julian. En 1952 il a rencontré sa future femme, Claude, de deux ans son ainée qui, elle, a suivi les cours de l’École des Arts décoratifs de Paris. Leur première exposition personnelle commune s’est tenue en 1964 sous le titre Zoophites. François-Xavier y présentait le Rhinocrétaire, premier rhinocéros bureau en laiton et Claude des Choupattes, mi-chou mi-animal. Le ton de leur production était donné et une longue collaboration allait commencer avec le galeriste Alexandre Iolas, défenseur des surréalistes et des nouveaux-réalistes. D’emblée, les Lalanne ont été reconnus. Des collectionneurs prestigieux tels les Rothschild, les Noailles ou Yves Saint Laurent ont salué leur talent et l’État, également, leur a passé de nombreuses commandes.

A gauche : Rhinocrétaire II en laiton, corne de rhinocéros, bois gainé tôle de laiton, queue en cuir avec armature en acier - François-Xavier Lalanne, 1966 - Musée des Arts décoratifs, Paris, ADAGP © Les Arts décoratifs, photo Jean Tholance, A droite : Choupatte en cuivre et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP
Toute la carrière de ces deux artistes est tendue par la volonté de désacraliser la sculpture, en lui rendant une dimension familière, voire un usage. Une sculpture, selon eux est faite pour être regardée, mais également touchée. On l’ouvre aussi parfois, on s’y assoit, on la porte au cou … C’est ainsi que les animaux facétieux de François-Xavier ont dans leur ventre des fonctions cachées : ses moutons sont aussi des sièges ou des banquettes et l’un de ses hippopotames s’ouvre pour devenir baignoire … Les animaux permettent aussi une multiplicité des formes. Claude, elle, moule et assemble les corps, les feuilles, les pommes, les choux.

A gauche : Atelier de François-Xavier Lalanne - Photo de Paul Kasmin, 2008, A droite : Gorille de sûreté II en bronze, armure acier, serrure à chiffre - François-Xavier Lalanne, 1970 - Collection particulière, Photo Alexandre Bailhache © ADAGP
Si les Lalanne ont en commun des partis pris esthétiques forts, leurs productions respectives n’en sont pas moins bien distinctes. Ils aimaient à dire qu’ils faisaient “table commune, mais atelier séparé”. D’abord, chacun a développé un savoir-faire spécifique. François-Xavier, a trouvé dans la sculpture son principal mode d’expression. Il transforme la matière. Il préférait la technique du métal repoussé et soudé, tout en s’intéressant ponctuellement à la résine de polyester ou au cuir. Il a lui-même exécuté ses grandes sculptures de laiton ou cuivre. Les œuvres de Claude sont réalisées à partir des techniques liées à l’empreinte, au moulage et à la galvanoplastie, procédé fondé sur des principes électrolytiques qui lui permettait de reproduire feuilles, fleurs ou fruits sur des supports variés.

A gauche : Collier Soleil en bronze et laiton - Claude Lalanne, vers 1970 - Collection particulière © DR, A droite : Couverts en argent - Claude Lalanne, 1966 - Réalisés pour Alexandre Iolas - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP
Leur différence se remarque également au plan des thèmes abordés : à lui le bestiaire espiègle ; à elle la nature. On doit à Claude des pièces plus intimes, voire plus baroques. Son travail est délicat et fin. Son inspiration, c’est le monde imaginaire, le surréalisme et l’Art Nouveau et ses références constantes à la nature dénotent un sens réel de la poésie. Elle travaille beaucoup le bronze. Très tôt aussi, elle s’est intéressée aux bijoux qu’elle a d’abord réalisés pour elle-même puis pour les autres notamment pour Yves Saint Laurent ou Alexandre Iolas. Exposés pour la première fois en 1966, ses bijoux prendront par la suite des formes variées et se prolongeront en ceintures, petits sacs et chapeaux.

A gauche : Bracelet Bouche en bronze - Claude Lalanne, vers 1975 - Collection particulière, A droite : Pomme bouche d'Alan en cuivre galvanique et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, 2008, photo DR © ADAGP
Bijoux et accessoires de mode sont réalisés par galvanoplastie. Il s’agit soit de pièces uniques, soit d’éditions de la galerie Art Curial. Ses bijoux s’inspirent de la nature et du végétal comme la broche Anémone en or (1972), boucles d’oreilles à deux feuilles en alliage cuivreux (1974), bracelet petit papillon en bronze patiné doré (1978), collier Libellule en or (1980), collier Groseille en or (1979). Certaines pièces comme le sautoir Ronces en argent (1975) ou les broches serpent en métal plaqué or (1994), sont en rupture avec les conventions du bijou parure. Parmi les pièces exposées, on remarque particulièrement pour leur parti pris surréaliste les bagues “Bouts de doigts en or” (1970) qui prennent la forme du doigt et l’”Oreille de Teeny” en or (1970). Claude a également produit de petites sculptures, proches de l’univers du bijou, comme les pommes montres ou les montres oignons. On remarque que le thème de la pomme revient souvent, comme un hommage à Dali. Afin d’évoquer la partie la plus intime de son travail, ces pièces sont présentées sur le mobilier du quotidien de Claude.
Une rétrospective à ne pas manquer pour découvrir ou redécouvrir deux artistes marquants. Laissant une large place aux photographies, le catalogue de l’exposition replace judicieusement le travail des Lalanne dans l’histoire de la sculpture et des arts décoratifs.
- Exposition Les Lalanne – Les Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris
- Du 18 mars au 4 juillet 2010
- Catalogue Les Lalanne – Sous la direction de Béatrice Salmon et Dominique Forest – Texte d’Olivier Gabet, conservateur du patrimoine – Editions Les Arts Décoratifs
