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Colliers en nacre, bracelets plumes et cheveux à l’Abbaye de Daoulas

Mardi 1 novembre 2011

Exposition-Abbaye-de-DaoulasL’exposition “Rencontres en Polynésie” présentée à l’Abbaye de Daoulas (Finistère) nous invite à découvrir la Polynésie, ses coutumes et ses objets à travers le regard de Victor Segalen (1878-1919). Gravures, bijoux, parures, statuettes et autres documents, souvent inédits, nous permettent d’accompagner l’écrivain breton lors de son premier voyage, au tout début du XXème siècle. On peut également mesurer la modernité de son regard. Loin des représentations stéréotypées véhiculées par la littérature de son époque et renforcées par les Expositions Universelles, Segalen nous aide à réfléchir sur la notion même d’exotisme. Il se demande également comment les Polynésiens ont vécu les épisodes d’apparition des Blancs. Pour la première fois, dans un récit de voyage, un auteur s’est placé aussi du point de vue des populations rencontrées.

Segalen-Victor

A gauche : Portrait de la reine de Tahiti Pomaré IV, huile sur toile - Sébastien Charles Giraud, vers 1850 - Musée du Quai Branly © Scala, A droite : Portrait de Victor Segalen, huile sur toile - George Daniel de Monfreid, 1909 - Collection particulière

L’exposition “Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme” donne à voir l’exotisme au travers d’objets réels empruntés à la culture polynésienne. On découvre ainsi la couronne en ivoire et écailles de tortue qui était portée par les chefs guerriers des Iles Marquises ; les chevillières en plume qui s’agitaient selon les mouvements des danseurs ; un ornement d’oreille féminin en ivoire de cétacé et coquillage qui se portait dans le lobe de l’oreille. Les bracelets présentés sont en cheveux qui sont souvent ceux des victimes de guerre ; ils permettaient aux grands chefs de s’accaparer la force du vaincu. Il y a également le pompon d’un bonnet de plumes rouges ou l’image d’un corps tatoué … Autant d’objets qui suscitent l’interrogation.

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A gauche : Collier de nacre - XIXème siècle - Iles de la Société, Tahiti © Musée d’Art et d’Histoire de Langres, A droite : Parure de tête "Pa'ekea" en nacre et écaille de tortue - Vers 1840 - Iles Marquises - Musée de Vannes © Musée d'Art et d'Histoire, Vannes

La sensation d’exotisme, pour l’écrivain voyageur, par ailleurs médecin de marine, c’est d’abord la surprise, l’étonnement devant la nouveauté. Selon lui, il fallait pouvoir admettre la beauté hors des canons qui nous sont habituels. Par exemple, des Iles Hawaï à la Nouvelle Zélande, lumière, blancheur et brillance éclatante étaient perçues comme les reflets du sacré. Cela explique la grande place de la nacre de coquillage dans ces contrées. On la trouvait dans le costume et le masque de deuilleur, dans les coiffures, sur les pectoraux, en colliers. Pour obtenir plus d’éclat encore, aux Iles Samoa, les nacres des grandes coiffes de chef seront remplacées par des miroirs. En Polynésie également, les plumes rouges avaient une valeur extrême. Elles décoraient les costumes d’apparat, les effigies religieuses ou étaient offertes telles quelles aux invités de marque. Elles pouvaient aussi servir de monnaie d’échange. James Cook avait compris que le plus petit morceau d’étoffe garni de ces plumes “produisait la folle joie que ressentirait un européen qui aurait trouvé le diamant du Grand Moghol“. A Hawaï, les plumes symbolisaient la noblesse et la royauté : les capes “Ah Hula” faites de résilles, les coiffures des hommes et les effigies de vannerie du Dieu Ku, toutes recouvertes de plumes rouges et jaunes, attestaient de l’origine divine de ceux qui les portaient.

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A gauche : Ornement en plumes rouges - XIXème siècle - Iles Cook © Musée d'Histoire Naturelle, de Géologie et d'Etnographie de Lille, A droite : Bracelets "Poe i'ima" de cheveux humains - Vers 1840/1844 - Iles Marquises © Musée d’Art et d’Histoire de Rochefort

Admettre une nouvelle forme de beauté ne suffit pas. Encore faut-il mesurer la distance qui sépare les cultures et comprendre la démarche des autochtones. Sinon, c’est l’incompréhension. Colliers de nacre, ornements de plumes, habits de deuil, figures étranges témoignent ainsi à l’Abbaye de Daoulas des malentendus qui se nouèrent au moment de la rencontre entre Blancs et Polynésiens. Parce que lumière et blancheur étaient les reflets du sacré, les Polynésiens pensaient que les Blancs qui envahissaient leurs terres étaient liés aux Dieux. L’attirail qui les accompagnait renforçait cette interprétation : miroirs, métal poli des canons, verrerie, éclair des fusées … Le Capitaine Cook fut pris pour le Dieu de la Paix puis pour celui de la Guerre ; ce qui le mena à la mort. Par ailleurs, Segalen souligne l’étroitesse d’esprit des missionnaires qui condamnaient les tatouages, au moment même où les marins occidentaux l’adoptaient pour eux mêmes et allaient le diffuser en occident.

Daoulas

A gauche : Le cloître de l'Abbaye de Daoulas, A droite : L'abbaye de Daoulas et son jardin © CDP29

Ethnologue précurseur, Victor Segalen annonce le tournant qu’a pris au milieu du XXème siècle l’étude culturaliste des contrées lointaines. Certes, au XIXème siècle déjà, l’intérêt était grand en Europe pour les décors Océaniens. Mais il s’agissait simplement de s’inspirer de lignes graphiques. Les pendentifs de jade “Hei tiki” des Maoris, aussi étaient très prisés des collectionneurs. Charles X, lui même en possédait un.  Et si on dépassait l’aspect purement esthétique, le désir des Européens de découvrir un ailleurs relevait surtout de la quête du Paradis perdu : un état de nature dont auraient été porteuses certaines sociétés traditionnelles. Nombreux sont les artistes, de toutes disciplines, qui sont partis à la recherche de ce primitivisme. Segalen n’échappa pas totalement à cet état d’esprit. A la mort de Gauguin en 1903, il avait lu avec passion les textes de l’artiste et le considérait comme l’artisan inespéré d’une renaissance polynésienne.

  • Exposition Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme – Abbaye de Daoulas – Chemins du patrimoine en Finistère – 29460 Daoulas
  • Du 22 avril au 6 novembre 2011

Collection de coquillages à Lausanne

Jeudi 27 octobre 2011

CoquillagesParce que les mollusques étaient partout, sur terre, en mer et dans les déserts, les premiers Hommes en ont fait la base de leur nourriture. Parce que leur coquille était souvent belle et toujours résistante, ils en ont fait des parures et des bijoux, des armes, des ustensiles et des outils. Ils ont également utilisé les coquillages comme monnaie ou en tant que matière première. C’est ce que révèle l’exposition “Gare aux coquilles !” du Musée de zoologie de Lausanne qui présente le coquillage sous tous ses aspects. Elle s’adresse autant aux spécialistes de la … conchyliologie qu’aux néophytes.

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A gauche : Collection de coquillage - Collection Charpentier, A droite : Vue de l'exposition © MZL, Michel Krafft

Les coquillages ont un capital sympathie très élevé. Les expressions populaires leur empruntent d’ailleurs beaucoup. Ne dit-on pas “bâiller comme une huître”, “sortir de sa coquille” … N’évoque-t-on pas encore aujourd’hui les “grenouilles de bénitier”, comme au temps où c’étaient de vrais coquillages qui recueillaient l’eau bénite ?

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A gauche : Coquillage "Astrée", A droite : Coquillage "Epitonium Scalare", collection Gillieron © MZL, Michel Krafft

Durant leur développement, pour se protéger, les molusques sécrètent une coquille calcaire. Les Hommes se la sont appropriées comme la parure par excellence.

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A gauche : Bivalve porte-monnaie, Au centre et à droite : Nautiles gravés © MZL, Michel Krafft

Les coquillages ont été une des premières formes de bijoux, bien avant l’invention des perles de verre ou de terre. Il peuvent être utilisés tels quels ou “travaillés”. Très résistants, ils peuvent être percés, limés ou aiguisés. Ils supportent aussi la chaleur d’un four. C’est au XVIIe siècle, avec la mode des cabinets de curiosités, que s’est répandue l’engouement pour les coquillages qu’il s’agisse des “naturalia“, splendeurs naturelles, ou des “artificialia“, travaillés par l’homme.

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A gauche : Coquille St-Jacques "Pecten Glaber" - Collection Pratig, A droite : Coquillage "Janthina Violacea" - Collection Gillieron © MZL, Michel Krafft

Avec la nacre, la teinture pourpre ou la soie marine, les coquillages offrent aussi des matériaux précieux utilisés dans l’art et la bijouterie. Pendant plus de 4000 ans, divers coquillages ont également servi de monnaie : ils ont été plus utilisés qu’aucune autre paléo-monnaie tels le sel, les céréales, le thé ou le tabac. Certains coquillages produisent des sons et servent d’instruments de musiques. De nombreuses religions en ont fait des instruments de culte … Bien d’autres fonctions encore à découvrir à Lausanne.

  • Exposition Gare aux coquilles ! Collections de coquillages – Musée de Zoologie – Palais de Rumine, Place de la Riponne 6 – Lausanne – Suisse
  • Du 27 mai 2011 au 8 janvier 2012

Perles de Tahiti, place Vendôme

Mercredi 18 mai 2011

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Colonne Vendôme © Photo Notes Précieuses

La place Vendôme s’est parée d’un collier de perles pour les besoins de l’exposition en plein air “De la mer à l’écrin”, organisée par la Maison de la Perle en partenariat avec la Mairie du 1er arrondissement de Paris. Cette manifestation, mise en scène par la designer Anna Mari, a pour but de célébrer le 50ème anniversaire de la première greffe de la perle de culture polynésienne. Le photographe Thierry Bouët a saisi le cheminement de la Perle de Tahiti des profondeurs des lagons polynésiens jusqu’à l’écrin prestigieux de la place Vendôme. Chacune de ses dix huit photos est exposée dans l’une des structures de trois mètres de diamètre en forme de perles qui constituent le “collier” de la Place Vendôme.

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Collier de perles de l'exposition, place Vendôme © Photo Notes Précieuses

L’exposition “De la mer à l’écrin” commémore une très belle aventure qui a commencé en 1961. Alors que les exportations de nacres déclinaient, Jean-Marie Domard, tout nouveau chef du service de l’élevage et des pêches en Polynésie a, en s’inspirant des méthodes japonaises, lancé avec succès un programme de greffe des huitres perlières. Aujourd’hui, la Perliculture est au premier rang des exportations polynésiennes. La nacre a toujours eu une place prépondérante dans la vie quotidienne, les rites religieux d’une Région qui aujourd’hui bénéficie aussi d’une ressource économique essentielle :  “l’ or noir”. L’huître perlière appartient à la famille des pintadines, appelées ainsi pour leur coquille couleur “pintade”. Plusieurs espèces existent et c’est une variété particulière de la pinctada margaritifera qui produit les perles de Tahiti avec ses couleurs naturelles, rares et lumineuses.

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A gauche : Ferme perlière, Au centre : Récolte triée de perles de Tahiti, A droite : Huitre perlière, nacre © Photos Thierry Bouët

La Maison de la Perle, établissement public chargé de la promotion de cette gemme, a souhaité commémorer la date de la première greffe et honorer la ténacité de Jean-Marie Domard tout au long de cette année 2011. Les 50 ans de la Perle de Tahiti, seront ainsi célébrés sur les cinq continents par des actions événementielles dignes de cette princesse des océans.  La manifestation de la Place Vendôme s’inscrit dans le cadre de “2011, Année des outre-mer français” et du Festival international de la diversité culturelle UNESCO 2011.

  • Exposition De la mer à l’écrin, en plein air de 18 photographies de Thierry Bouët – Place Vendôme – 75001 Paris
  • Du 15 mai au 2 juin 2011

Travail de la nacre à Méru

Lundi 30 août 2010

La nacre

Nacre grise © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Comment Méru, petite ville Picarde située à 50 km au nord de Paris, a-t-elle pu être consacrée il y a un siècle “capitale mondiale de la nacre”, matériau venu du bout du monde ? Témoignage vivant de ce qui fut l’activité dominante d’une région durant plusieurs siècles, le Musée de la Nacre et de la Tabletterie apporte la réponse. Il permet de découvrir les produits les plus significatifs des tabletiers et de se familiariser avec les matières premières qui ont servi à les confectionner, au premier rang desquels se trouve la nacre. Installé dans une ancienne boutonnerie, le musée a également reconstitué des ateliers de production.

Musée de la Nacre et de la Tabletterie

A gauche : Vue extérieure du Musée de la Nacre et de la Tabletterie, A droite : Atelier de fabrication des boutons en nacre © Photos : Eric Van Ees Beeck

Broches nacre

Broche en nacre Hoguet © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Le travail de la nacre remonte au XVIIème siècle. Dès cette époque, les paysans s’étaient révélés être d’habiles artisans. Durant les longs mois d’hiver, ils façonnaient à domicile des objets de luxe pour les grossistes parisiens. Rapidement, la tabletterie devint une activité à plein temps. Outre la nacre, ils travaillaient aussi l’ivoire, l’os, l’ébène, la corne et l’écaille. Ils fabriquaient des dominos, des accessoires de toilette, des couverts de table, des bijoux, des boutons … Dans certains domaines – montures d’éventail, dièses de piano, boules de billard, jumelles de théâtre, crosses de revolvers -, une grande partie de la production était exportée : en Europe, en Afrique et en Amérique. La renommée internationale de Méru était acquise.

Artisan boutonnier

Artisan boutonnier © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Progressivement, les boutons en nacre, qu’ils soient gravés ou teints, qu’ils soient destinés aux manteaux, aux chemises ou aux bottines, ont pris le pas sur les autres productions. Le début du XXème siècle marque aussi le passage de l’artisanat à l’industrie. Dans les années 1910, plus de 10 000 personnes exercent ce métier. Les beaux coquillages nacrés, comme l’huître perlière, le burgau, la goldfish ou le troca, s’ils étaient récoltés en Australie, au Japon ou encore à Tahiti, arrivaient par wagons entiers en gare de Méru. Le titre de “Capitale mondiale” n’était pas usurpé.

Boutons nacre

Boutons nacre © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

La tabletterie a quasiment disparu au milieu du XXème siècle, étouffée par les matières plastiques. Seuls aujourd’hui quelques artisans maintiennent l’emploi de la nacre dans la région, principalement dans la bijouterie. Le Musée entend, lui aussi, préserver le savoir-faire grâce à ses propres spécialistes. Ils produisent à faible échelle des articles traditionnels qui sont vendus sur place. Ils répondent en outre régulièrement à des commandes émanant de professionnels de la bijouterie ou de la Haute-Couture, preuve que le luxe reste une savante synthèse de savoir-faire et de matières naturelles.

  • Musée de la Nacre et de la Tabletterie – 51, rue Roger Salengro – 60110 Méru