Bijoux en porcelaine et céramique à New York
Vendredi 19 août 2011
L’exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry, se tient actuellement au Museum of Arts and Design de New York (MAD) et présente une collection exceptionnelle de bijoux contemporains en porcelaine et céramique. Comme son titre le suggère, elle évoque la transformation d’un matériau humble, la terre, en un objet raffiné et sensuel, le bijou. Plus de cent œuvres sont sélectionnées et mises en scène par la créatrice d’origine allemande Monika Brugger, qui partage son temps entre son travail personnel et l’enseignement du bijou à l’ENSA de Limoges et à l’ESAD de Strasbourg. Dix-huit artistes de toutes origines géographiques sont représentés dont certains sont mondialement reconnus. Dédié à la création contemporaine et à la transformation artistique des matières, le MAD de New York est le lieu idéal pour une exposition sur le bijou contemporain, ce vaste champ d’expérimentation qui se situe aux frontières de l’art, du design et de l’artisanat. Initiée par la Fondation d’Entreprise Bernardaud, Un peu de terre sur la peau a également été présentée à Limoges en 2010.

A gauche : Collier "Zig Zag" en porcelaine et argent de la collection "Woodland" - Terhi Tolvanen, 2007, Finlande © Francis Willemstijn, Au centre : Collier " Mokume" en porcelaine - Shu-lin Wu, 2008/2009, Taiwan © Hsiao-Yin Chao, A droite : Collier "Spakenburg" en céramique et corde de chanvre de la série Zuiderzeewerken II - Willemijn de Greef , 2009, Pays-Bas © Frans Kup
Le bijou a longtemps ignoré la céramique, hormis pour la réalisation de bagues sigillaires en faïence dans l’Égypte ancienne ou les imitations d’or en terre cuite dorée dans la Grèce et la Rome antique. C’est en 1773 que son emploi resurgit en Angleterre grâce à Joshiah Wedgwood qui invente une pâte de grès fin imitant le jaspe. Il produit des bijoux aux motifs romantiques à la manière des camées. Aujourd’hui, bien qu’encore largement liée dans notre imaginaire aux arts de la table, la céramique a réinvesti le domaine du bijou. C’est indéniablement la porcelaine qui a la faveur des créateurs car elle offre de multiples possibilités. Qu’elle soit utilisée par modelage ou coulage, seule ou en association avec le métal, le bois ou la pierre, elle peut changer d’apparence, de couleur et de surface. Lisse et pure, elle épouse toutes les formes recherchées … à condition d’en maîtriser les techniques et les contraintes, particulièrement celle liée à sa forte rétraction lors de la cuisson.

A gauche : Pendentifs "Wearable gold 2" en porcelaine, or 24 carats, plaqué or 18 carats - Ted Noten, 2000, Pays-Bas © ATN, Atelier Ted Noten, Au centre : Broche en porcelaine et cuivre - Rian de Jong, 2007, Pays-Bas © Rian de Jong, A droite : Broche " Inventarium" en argent, porcelaine et caoutchouc - Katja Prins, 2002, Pays-Bas © Eddo Hartmann
Parure intime, le bijou est un objet qui parle du corps, des liens tissés avec les humains et la nature. La personnalité du créateur passe à travers ses œuvres ; ce qui explique la grande diversité des pièces exposées. Si les artistes ont de multiples origines géographiques, les Pays-Bas sont largement représentés dans cette exposition avec des bijoutiers de renom tels Peter Hoogeboom qui a déplacé sa micro-vaisselle de l’univers de la table à celui de l’ornement corporel ; Evert Nijland qui, en les posant sur le corps, rappelle à notre bon souvenir ces “parures intérieures” disparues avec la modernité et Ted Noten qui fut un des premiers à réagir contre l’appauvrissement du bijou-accessoire en proposant des œuvres jouant sur l’émotion et l’humour. Viennent également des Pays-Bas : Willemijn de Greef qui s’inspire des outils, matériaux et costumes folkloriques de sa région d’origine ; Rian de Jong dont les bijoux sont des “trésors de voyages” conçus comme autant de témoignages de ses destinations lointaines ; Manon van Kouswijk dont les recherches tournent autour de la perle qui exerce toujours au fil des siècles la même fascination dans l’univers féminin et Katja Prins dont les pièces parlent de la distorsion existant entre la chair d’humain, par nature chaude, vivante et ultrasensible, et le monde médical, hygiénique et froid, auquel nous confions notre destin.

A gauche : Service de table "Breakfast at Tiffany's" en céramique, laiton doré, textile et bois - Natalie Luder, 2009, Suisse © Anaïs Bucher, A droite : Collier "Kitchen garniture" en grès et fil - Gésine Hackenberg, 2003/2010, Allemagne © Gésine Hackenberg,
Parmi les autres artistes de renommée internationale, on reconnait l’allemande Gésine Hackenberg qui tisse avec humour des liens serrés entre les domaines de la table et du corps, tous deux emblématique de notre désir de représentation sociale ; la créatrice franco espagnole Marie Pendariès qui questionne le poids de nos rituels sociaux à travers la parure et la jeune taïwanaise Shu-lin Wu Taiwan qui, ayant assimilé les influences multiples d’une formation internationale, conçoit des bijoux dont la délicatesse et la simplicité constituent la synthèse de toutes ces expériences acquises. Renouant avec les “petits objets de vertu” du XIXème siècle, les bijoux de la finlandaise Tiina Rajakallio sont composés de cheveux, d’argile et diverses matières. Une autre finlandaise, Terhi Tolvanen mélange des matériaux précieux avec d’autres plus naturels tels que la céramique, le bois ou des coquillages.

A gauche : Collier "Purity" en porcelaine, ouate, cheveux humains, argile, gomme laque - Tiina Rajakallio, 2008, Finlande © Tiina Rajakallio, Au centre : Collier "Rococo" en porcelaine et lin - Evert Nijland, 2009, Pays-Bas © Heddo Hartmann, A droite : Soucoupe et collier "Pearl Grey" en porcelaine, perles, verre, bois, plastique - Manon van Kouswijk, 2004, Pays-Bas © Uta Eiesnreich
De Suède, vient Yasar Aydin dont les formes organiques sont inspirées par l’anatomie, le monde minéral et les fossiles et de France, la jeune Carole Deltenre qui, s’inscrivant dans la longue tradition du camée, représente des sexes féminins pour aider ses modèles à crier haut et fort que “leur corps leur appartient”.

A gauche : Bagues" Flüchtige Momente" en porcelaine et argent - Luzia Vogt, depuis 2006, Suisse © Luzia Vogt, Au centre : Bague "Ohne Titel" en céramique dentaire et acier - Andi Gut, 1997/2000, Suisse © Gedusa Arndt, A droite : Broches "Nymphes" en porcelaine et argent - Carole Deltenre, 2007/2009, France © Carole Deltenre
La Suisse permet de découvrir : Andi Gut qui, parce que l’outillage de précision du bijoutier est sensiblement semblable à celui d’un dentiste, utilise l’univers de l’orthodontie pour façonner ses bijoux ; la plasticienne Natalie Luder qui, avec son nouveau service à dessert en forme de jeu pervers, bouscule les principes ancestraux de la convivialité occidentale par un arrangement inhabituel des “inégalités” entre convives … ; Luzia Vogt qui réutilise, en fragments découpés sertis de larges rubans d’argent, des bibelots que l’on trouvait dans les maisons familiales autrefois et Christoph Zellweger dont les œuvres oscillent entre “naturel” et “artificiel” et semblent autant de ponts lancés entre l’art et la science.

A gauche 1 : Collier "Spanish Collar" en céramique et argent de la collection "Handle with care" - Peter Hoogeboom, 1995, Pays-Bas © Photo Henni Van Beek, A gauche 2 : Installation "La dot" 28 pièces en porcelaine - Maria Pendariès, 2008, France © Maria Pendariès, A droite 1 : Collier "Let me" en porcelaine et silicone - Yasar Aydin, 2008, Suède © Yasar Aydin, A droite 2 : "Seeds" en porcelaine et cuir - Christoph Zellweger, 2001, Suisse © Corné Bastiaansen
L’exposition sera présentée au Musée des Arts Décoratifs de Paris à partir du 8 mars 2012.
- Exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry – Museum of Arts and Design – 2 Columbus Circle # 1 – New York, NY 10019-1800 – États-Unis – Du 15 mars au 4 septembre 2011
- Exposition Un peu de terre sur la peau – Musée des Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris – Du 8 mars au 27 mai 2012
L’Espace Solidor de Cagnes sur Mer propose, à partir du 27 février, une nouvelle exposition de bijoux de créateurs contemporains. Elle s’intitule “L’Education sentimentale”, en référence au roman de Flaubert où le narrateur doit se tailler son propre chemin sans se laisser influencer par les idées préconçues. Les sept artistes internationaux présentés puisent leur inspiration dans le répertoire de formes de la bijouterie traditionnelle et repensent leurs modèles en fonction des caractéristiques du monde actuel.



