Parce qu’elle se trouve au carrefour des mers et des continents ; parce qu’elle est le creuset de multiples civilisations, Istanbul – aujourd’hui mégapole de quatorze millions d’habitants – revendique une histoire riche de huit mille années de brassage culturel et d’évolution permanente. En témoignent ses noms successifs : Byzance, Nouvelle Rome, Constantinople, Konstantiniyye puis Istanbul. Dans le cadre de la Saison de la Turquie en France ; les Galeries Nationales du Grand Palais à Paris mettent en lumière les périodes les plus brillantes de cette histoire.
L’exposition présente de manière chronologique près de 500 objets du quotidien, manuscrits, gravures, livres … et bien sûr, même s’ils sont moins présents que nous l’aurions souhaité, des bijoux et parures. Utilisés à l’origine – leur usage remonte à la fin du paléolithique – à des fins protectrices et talismaniques, ils deviennent rapidement aussi objets d’ornement et signes de richesse, durant les périodes hellénistique et romaine notamment. Les orfèvres utilisent une grande variété de techniques pour travailler l’or et l’argent : repoussage, moulage, filigrane, émaillage, sertissage de pierres précieuses, semi-précieuses ou d’imitation en verres …

De gauche à droite : Bracelet en or représentant Dyonysos et Boucle d'oreille en or représentant une femme ailée (Nikè), milieu du IIIème siècle avant JC - Découverts à Izmit (Nicomédie), Istanbul, Musée archéologique © Istanbul Archeology Museums - Bahadir Taskin
L’orfèvrerie byzantine développe son propre style à partir du IVème siècle mais s’inscrit dans la continuité de cette tradition. Les boucles d’oreilles sont alors particulièrement prisées. Elles sont en or repoussé et comportent souvent des pierres précieuses montées en pendentif. Les bagues, gravées, décorées et serties sont quant à elles souvent la marque d’une union ou un signe de noblesse. Les colliers sont formés avec des chaines auxquelles sont suspendus des amulettes, des médaillons, des pièces de monnaie ou des pendentifs. Les dames de la noblesse portent souvent aussi des bracelets.
Les cérémonies officielles, les processions et autres grands événements princiers ont laissé de nombreux témoignages des signes de pouvoir. A la fin du XVIème siècle, la capitale de Soliman est le reflet de la puissance et de la richesse de l’Empire. Les splendeurs de la cour et les cérémonies urbaines glorifient l’Empire et son souverain. Les cavaliers en armure sur des chevaux richement parés représentaient la splendeur ottomane. De nombreux exemples de chanfreins ont été retrouvés.

De gauche à droite : Chanfrein en cuivre doré (tombak), seconde moitié du XVIème siècle et Miroir circulaire à long manche en jade, or et rubis, fin du XVI et début du XVIIème siècle - Istanbul, Musée du Palais de Topkapi © Topkapi Palace Museum - Bahadir Taskin
Le luxe côtoie aussi le quotidien des puissants dans une multitude d’objets domestiques. Le miroir présenté ici provient du trésor du palais de Topkapi. Il est doublement significatif : il atteste de l’importance du bain pour les Byzantins, comme pour les Ottomans, et le travail est représentatif de l’orfèvrerie de palais de la fin du XVIème au premier quart du XVIIème siècle. La pierre de jade dans laquelle on incrustait des pierres précieuses, était perçue dans l’art islamique comme un matériau de grande valeur car très difficile à tailler. En outre, depuis la nuit des temps, on lui prêtait également des propriétés bénéfiques.
Deux siècles plus tard, l’architecture et les arts de la cour soulignent toujours la splendeur et l’isolation qui font la gloire du sultan. Tous les objets qu’il emploie – guerriers, religieux, cérémoniels, ou domestiques – sont fabriqués dans les matériaux les plus précieux. Cette boule décorative incrustée de pierres précieuses, par exemple, était destinée à être suspendue au-dessus du trône du sultan comme symbole de sa puissance et de sa magnificence. Utilisées en tant que parures des turbans des sultans ottomans, les aigrettes sont également le signe de leur magnificence et de leur pouvoir.

De gauche à droite : Aigrette en or, émeraude, diamant, rubis, perle et plume, XVIIIème siècle et Suspension décorative, orfèvrerie, or et pierres précieuses, XVIII et XIXème siècle - Istanbul, Musée du palais de Topkapi © Topkapi Palace Museum - Hadiye Cangökçe
Quelques repères historiques
Byzance a été fondée par les Grecs au VIIe siècle avant Jésus-Christ. L’occupation romaine ajoute à cette cité commerciale prospère l’activité propre à la présence de garnisons. En 330, à la suite de la scission entre les empires romains d’Orient et d’Occident, la ville devient Constantinople et conforte jusqu’à la fin du Moyen Âge sa position de capitale économique, politique, militaire et religieuse. La quatrième croisade instaure le droit occidental dans la première moitié du XIIème siècle, avant la restauration puis la prise de pouvoir par le Sultan Mehmet II en 1453. Celui-ci bâtira la capitale d’un nouvel empire musulman. Son règne et ceux de ses successeurs transformeront le visage d’Istanbul à coup de grands travaux : conversion des édifices chrétiens, construction du nouveau palais et d’un fort sur la côte est du Bosphore, édification de mosquées … Néanmoins, des communautés non musulmanes demeurent et la cité reste cosmopolite.
- Exposition De Byzance à Istanbul. Un port pour deux continents – Galeries Nationales du Grand Palais – 3, avenue du Général Eisenhower, square J. Perrin – 75008 Paris
- Du 10 octobre 2009 au 25 janvier 2010