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Bijoux en or précolombiens à Bilbao

Vendredi 26 août 2011

Exposition-art-precolombienLes premières mines d’or en Colombie ont été exploitées au IVe siècle avant notre ère. Dès cette époque, les autochtones maîtrisaient la chaine complète : de l’extraction du métal à sa conversion en objets en passant par un traitement technique parfois sophistiqué. Les artisans locaux ont ainsi pu créer de très nombreux bijoux, masques, et autres objets symboliques, religieux ou du quotidien … Sous le titre L’or sacré – Art Préhispanique en Colombie, le Museo de Bellas Artes de Bilbao consacre une exposition temporaire à ces véritables trésors. Plus de 250 pièces ont été rassemblées ici. Elles sont prêtées par le Museo del Oro de Bogota qui abrite l’une des plus riches collections au monde d’objets métalliques pré-hispaniques.

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A gauche : Pectoral anthropomorphique martelé, technique de la fonte à cire perdue - Région Tolima - Période Tolima medio, 1 avant JC - 700 après JC, Au centre : Elément martelé à appliquer sur du textile - Région Calima Malagana - Période Malagana, 100 avant JC - 400 après JC, A droite : Figure votive anthropormorphique, technique de la fonte à cire perdue - Région Muisca - Période Muisca, 600-1600 après JC © Museo de Bellas Artes de Bilbao

Les objets présentés à Bilbao sont d’une grande diversité. Ils sont en or et en argent. D’autres métaux sont également présents ainsi que la céramique et la pierre. Ce sont des masques, des cuirasses, des colliers et des bracelets, tous sélectionnés pour leur valeur artistique et leur intérêt historique et anthropologique. Quelques pièces ont plus de 2.500 ans … En deux mille ans d’évolution de la métallurgie en Colombie, interrompue par la conquête espagnole en 1500 après JC, on peut déterminer une douzaine de styles différents faisant appel à des technologies parfois complexes, notamment en ce qui concerne les alliages.

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A gauche : Ornement martelé en forme de palmier - Région Calima Malagana - Période Malagana - 100 avant JC - 400 après JC, A droite : Pendentif anthropomorphique, technique de la fonte à cire perdue - Région Zenu - Période Zenu temprano, 200 avant JC - 1000 après JC © Museo de Bellas Artes de Bilbao

Des richesses comme celles qui sont présentées n’ont pu voir le jour que dans un contexte de prospérité économique. Une partie de la population à pu se consacrer à des tâches non purement vivrières ou utilitaristes. Les artistes et artisans, particulièrement les orfèvres, ont tenu une place importante dans la société d’alors. En utilisant une grande variété de modèles stylistiques, ils ont façonné des œuvres fortes et complexes. Divisée en six sections thématiques, l’exposition révèle l’immense richesse du répertoire pré-hispanique, tant au plan artistique que technologique. Parmi les thèmes développés, on distingue la figure humaine et les animaux, réels et fantastiques, les éléments célestes, le soleil ou encore, mais plus rarement, les plantes et les arbres. On mesure la richesse de la culture pré-hispanique à sa capacité d’abstraction et l’évocation de thèmes tels que le surnaturel et le naturel, le sacré et le profane, le corps et l’âme, l’abstrait et le figuratif … avec un traitement esthétique qui nous parle encore aujourd’hui.

  • Exposition Oro sagrado, Arte prehispánico de Colombia – Museo de Bellas Artes de Bilbao – Museo Plaza, 2 – 48009 Bilbao – Espagne
  • Du 6 juin au 4 septembre 2011

Louise Bourgeois à la Maison de Balzac : création textile autour d’Eugénie Grandet

Lundi 24 janvier 2011

Exposition-Louise-Bourgeois-Moi-EugénieLa Maison de Balzac à Paris accueille la présentation des œuvres que Louise Bourgeois a dédiées à Eugénie Grandet. Cette exposition, “Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet…”, est une création originale spécialement conçue par l’artiste, peu avant sa mort, pour ce musée. C’est aussi l’aboutissement d’une longue réflexion d’une artiste qui affichait un attachement particulier à ce personnage de Balzac, affirmant même : “J’aime cette histoire, ce pourrait être l’histoire de ma vie”. Le visiteur peut découvrir une vingtaine d’œuvres : créations textiles, peintures, eaux fortes, collages … Toutes évoquent le temps qui passe. On retrouve aussi l’humilité des ouvrages de dame, avec perles, boutons, fleurs artificielles … Mais ici, comme le souligne l’essayiste Jean Frémon : “Le monogramme brodé L.B.,  marque traditionnelle du trousseau, devient la signature de l’artiste”.

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A gauche : Louise Bourgeois, 2008 © Photo : Dimitris Yeros, Adagp, Paris 2010, Au milieu : Gouache sur papier représentant Eugénie Grandet - Louise Bourgeois, 2009 © Photo : Christopher Burke, Adagp, Paris 2010, Courtesy Cheim & Read, Hauser & Wirth and Galerie Karsten Greve, A droite : Buste de Balzac en terre cuite - Anatole Marquet de Vasselot, 1868 © Photo Notes Précieuses

A la maison de Balzac, aucune création gigantesque dont la sculptrice était coutumière. On ne retrouve pas non plus les araignées tisserandes ou les broches araignées de cette artiste majeure du XXème siècle que les plus grands musées mondiauxMoma, Tate Modern, Guggenheim, Pompidou … – ont exposée. Ici, Louise Bourgeois est revenue à la couture et à la broderie pour des compositions plus intimistes : créations textiles en soie, plastique, feutre, verre et fil sur tissu. Pour elle, c’était surtout un mode de création lié au souvenir de sa mère qui était tisserande. A travers cette technique, elle nous livre plusieurs séries de tableaux qui évoquent le temps qui passe, les occupations inutiles, le flétrissement, la solitude.

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Techniques mixtes, matériaux mélangés sur tissu sur le thème Eugénie Grandet - Louise Bourgeois, 2009 © Photos Notes Précieuses

L’essayiste Jean Frémon le remarque dans son ouvrage éponyme : “Louise Bourgeois n’a certes rien d’une ignorante fille, mais elle s’est néanmoins reconnue dans cette humble activité couturière. Les torchons et les mouchoirs, souvent usés, qui sont les supports de la plupart des œuvres réunies ici, sont ceux de son enfance, rapportés de France et entassés dans des armoires pendant toutes ces années en attendant le bonheur d’être recyclés en oeuvres d’art”.

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A gauche : Techniques mixtes, matériaux mélangés sur tissu sur le thème Eugénie Grandet - Louise Bourgeois, 2009, Au milieu : Matériaux mélangés sur tissu : verre et fil sur tissu sur le thème Eugénie Grandet - Louise Bourgeois, 2009 , A droite : Techniques mixtes, matériaux mélangés sur tissu sur le thème Eugénie Grandet - Louise Bourgeois, 2009 © Photos Notes Précieuses

Publiée en 1833, Eugénie Grandet met en scène le père Grandet, un vigneron frustre et avare. Sa femme, que l’insensibilité de son mari étiole, finit par se tuer. Et sa fille Eugénie se renferme peu à peu sur elle-même pour devenir une vieille fille amère. La rencontre, un siècle plus tard, de l’artiste plasticienne et de l’immense écrivain était inéluctable. Balzac traite des tensions familiales, de l’adolescence, de la douleur et de la solitude, autant de thèmes que Louise Bourgeois a explorés depuis ses premières peintures à la fin des années 1930. Si Eugénie Grandet est ici le personnage central, c’est qu’elle y voit “le prototype de la femme qui ne s’est pas réalisée“, rejoignant Balzac qui évoquait cette femme qui, “faite pour être magnifiquement épouse et mère, n’a ni mari, ni enfants, ni famille”.

  • Exposition Louise Bourgeois : Moi Eugénie Grandet … – Maison de Balzac – 47, rue Raynouard – 75016 Paris
  • Du 3 novembre 2010 au 6 février 2011

Takashi Murakami au Château de Versailles

Lundi 29 novembre 2010

Murakami-à-versaillesQue le maître du hip-hop Pharrell Williams recouvre des objets du quotidien de rubis, saphir, émeraudes et diamants : c’est dans la ligne de l’art contemporain. Qu’il se rapproche de Takashi Murakami pour produire sa première sculpture intitulée “The simple things” (Les choses simples) : c’est dans l’ordre des choses. Que, voisinant les meubles de Riesner, cette œuvre soit exposée au salon des Nobles à Versailles : là, les choses ne sont plus si simples ! Les puristes crient au scandale et Jean-Jacques Aillagon, Président du Musée et Domaine de Versailles, rétorque que “Versailles a su, de tout temps, convoquer les meilleurs créateurs”. Alors, après Jeff Koons, pourquoi pas Takashi Murakami ? Vingt deux œuvres de l’artiste japonais – dont onze ont été créées spécialement pour l’occasion – ponctuent donc un parcours emprunté jadis par nos bons Rois et leur Cour et aujourd’hui par une foule de touristes curieux.

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"The simple Things", sculpture joaillerie en or blanc, jaune et rose, rubis, saphirs, émeraudes et diamants, fibre de verre, acier, peinture acrylique, LED, Salon des Nobles à Versailles - Takashi Murakami et Pharrell Williams, 2008-2009 - Collection Adriana Abascal et Cathy Vedovi-Odermatt © Château de Versailles, photos Christian Millet

Les amateurs de joaillerie s’arrêtent plus volontiers devant cet ensemble impressionnant que constitue “The simple things”. Les sept éléments qui figurent des objets du quotidien ont en effet été réalisés avec plusieurs types d’or et des milliers de pierres précieuses différentes : rubis, saphirs, émeraudes et diamants. Takashi Murakami leur a donné pour écrin la tête de “Mr.Dob”, inspiré des personnages de Manga. Cette œuvre est un élément important dans l’œuvre de l’artiste qui y fait la synthèse de l’univers populaire et du luxe.

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A gauche : "The Simple things", Salon des Nobles à Versailles - Takashi Murakami et Pharrell Williams, A droite : "Flower Matango", sculpture en fibres de verre, fer, peinture à l’huile et acrylique, présentée pour la première fois au public, Galerie des Glaces à Versailles - Takashi Murakami, 2001 - 2006, collection de l'artiste © 2001-2006 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co, Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Les pièces de Takashi Murakami ne sont pas faites uniquement de résine, de fibre de verre ou de carbone, de plastique et autres matériaux contemporains. L’artiste maîtrise également l’or et l’argent comme en témoignent certaines autres sculptures présentées à Versailles. “J” et “Yume Lion”, mascotte d’une chaîne de télévision japonaise, sont en aluminium et recouvertes de feuilles d’or. De même, dès le début de l’exposition, le visiteur peut admirer “Oval Buddha silver” pièce en argent issue d’une collaboration avec le créateur de mode Issey Miyake. Comme en écho, à la fin de la visite, à l’extérieur du château, il découvrira “Oval buddha“, une statue de près de 6 mètres de hauteur, en bronze, acier et feuilles d’or.

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A gauche : "Oval Buddha silver", en argent, Salon de l'Abondance à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2008, collection de l'artiste, A droite : "Oval Buddha" en bronze et feuilles d’or, Parterre d’Eau à Versailles - Takashi Murakami, 2007 - 2010, collection de l’artiste, © 2007-2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co, Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Situées dans quinze salles du Château et dans les jardins, les créatures oniriques de Takashi Murakami, souvent contemporaines, mais parfois aussi inspirées de l’art traditionnel Japonais, dialoguent avec le passé français dans un des monuments les plus fréquentés au monde.

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"Oval Buddha" dans les jardins du château de Versailles © Photo Notes Précieuses

Les organisateurs se sont efforcés de présenter des œuvres “qui puissent dialoguer avec l’esthétique des salles du château”, selon l’expression de Laurent Le Bon, Commissaire de l’exposition.

A gauche : "J"en aluminium et feuilles d’or, Salle des Gardes à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2010, collection de l'artiste, ©2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved A droite : "Yume Lion" (The Dream Lion) en aluminium et feuilles d’or, Salon d’Apollon à Versailles, présentée pour la première fois au public - Takashi Murakami, 2009 - 2010, collection de l'artiste, ©2009-2010 Takashi Murakami/Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved © Château de Versailles, photos Christian Millet

Sciences-et-curiosités-à-la-cour-de-VersaillesParallèlement, en parcourant la très savante et passionnante exposition “Sciences et curiosités à la Cour de Versailles” qui se tient actuellement au sein du Château, le visiteur peut mesurer combien Versailles fut également un lieu essentiel pour la divulgation des sciences et techniques et la propagation de l’innovation en France et dans le Monde.

  • Exposition Takashi Murakami au Château de Versailles – Château de Versailles – Etablissement public du musée et du Domaine National de Versailles – RP 834 – 78008 Versailles – Du 14 septembre au 12 décembre 2010
  • Exposition Sciences et Curiosités à la cour de Versailles – Château de Versailles – Du 29 octobre 2010 au 27 février 2011

Joaillerie Baba au musée du quai Branly

Lundi 1 novembre 2010

Baba-BlingLe musée du Quai Branly à Paris, présente actuellement “Baba Bling, Signes intérieurs de richesse à Singapour”, une exposition consacrée aux descendants des communautés chinoises qui se sont intégrées dès le XVe siècle à Singapour. Les quelque 480 objets présentés marquent l’identité Peranakan, désignant ces communautés qui ont incorporé de nombreux aspects de la culture malaise. L’exposition se concentre sur les “Baba”, Peranakans d’origine chinoise. Les meubles et les textiles, la porcelaine et les nombreux bijoux exposés témoignent d’une culture luxueuse et raffinée. Les pièces exposées datent pour la plupart de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, période d’essor économique. Les familles enrichies se sont particulièrement attachées à acquérir des bijoux de valeur : pour se parer et pour marquer leur rang social, mais aussi pour se prémunir contre de possibles revers financiers …

Broche

En haut à gauche : Ensemble de broches en or avec diamants taillés rose (kerosang), fin XIXème, début du XXe siècle © Collection du Musée des Civilisations Asiatiques, Singapour, Don de M. Edmond Chin, En bas à gauche : Broche en forme d'étoile en or et sertie de 93 diamants ronds, brillants et taillés, début XXe siècle © Collection du Musée des Civilisations Asiatiques, Singapour, A droite : Nonya de Penang parée de bijoux (femme peranakan). Penang, fin XIXe, début XXe siècle © Lee Hin Ming Collection, courtesy of National Archives of Singapore

Les Peranakan commandaient leurs bijoux à des artisans chinois, indiens et malais, ainsi qu’à des bijoutiers européens ; ce qui explique le mélange des motifs, des formes et des techniques. Les styles ont souvent évolué au fil des modes. Certains bijoux, comme les épingles à cheveux, ont progressivement disparu au fur et à mesure que les Nonyas (équivalent féminin de Baba) de Singapour portaient les cheveux de plus en plus courts. Longtemps pourtant, elles ont porté des groupes de trois épingles dont la tête avait généralement la forme d’une fleur. Le Kerosang, ensemble de broches, qui était couramment utilisé pour fermer les chemisiers a lui aussi évolué. Dans sa forme première, il était composé d’une broche mère, plus grande, portée entre deux broches filles. Au fil des temps, sa taille a progressivement diminué, des broches plus petites étant mieux adaptées pour fixer le tulle en dentelle, très prisé à partir des années 1930.

boucle ceinture

De gauche à droite : Ceintures et Kerosang © Notes Précieuses

Autre mutation, les premiers bracelets peranakan - de simples fils de métal torsadés – furent progressivement remplacés par des pièces en or suasa (de 9 carats) ou en argent, parfois serties de diamants. Les premières ceintures cérémoniales, souvent constituées de milliers d’anneaux ou de liens montés en chaîne ont, pour leur part, été remplacées par la ceinture plastron, faite de segments, ou panneaux, assemblés à l’aide de petits anneaux de métal.

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A gauche : Ceinture en argent et carrés de nacre avec dessins d'oiseaux et de fleurs en argent © Collection du Musée des Civilisations Asiatiques, Singapour, emprunté au Dr Ho Pui San, A droite : Couple de mariés chinois peranakan. Singapour/Malacca, milieu XIXe, début XXe siècle © Lee Hin Ming Collection, courtesy of National Archives of Singapore

On n’arborait pas les mêmes bijoux tous les jours et lors des cérémonies importantes. Les bracelets torsadés ou peu ornés étaient portés communéments, alors que les plus fins, sertis de diamants, étaient exhibés par les femmes aisées lors des grandes occasions. De même, il n’était pas convenable qu’une Nonya n’ait pas d’ornements d’oreilles. Dès l’âge de dix ans, les filles avaient les oreilles percées et portaient des clous d’oreilles. Les pendeloques étaient réservées aux jeunes mariées et aux jeunes femmes lors d’événements exceptionnels. Les pendentifs, ornés de fleurs, d’insectes ou d’oiseaux, se portaient aussi bien au dessous qu’au dessus des vêtements.

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A gauche : Nonya de Penang portant un kerosang serong (ensemble de trois broches), Penang, milieu XIXe, début XXe siècle © The Peranakan Association Collection, courtesy of National Archives of Singapore - En haut à droite : Broche en argent et perle avec un jade (kerosang) façonnée d'après un blason britannique, avec le lion sur la gauche, la licorne sur la droite et l'aigle sur le dessus © Collection du Musée des Civilisations Asiatiques, Singapour, don de M. Edmond Chin - En bas à droite : Amulette en argent en forme de poisson portée par les Chinois Peranakan pour se protéger des éléments " impurs " pouvant apporter la maladie ou la mauvaise fortune © Collection du Musée des Civilisations Asiatiques, Singapour, don de Mme Wee Liu Kim

Les bijoux tenaient également leur place lors des cérémonies d’échange de cadeaux avant le mariage. Outre la dot en espèces – remise dans une pochette rouge – les présents comprenaient un jambon de porc (symbolisant la virginité de la mariée), une paire de bougies rouges, des vêtements, des fruits et des bijoux. De petits ouvrages en perles ou brodés destinés à son futur époux étaient confectionnés par la mariée. Pour elle même, elle confectionnait : pantoufles, ceintures, bourses, étuis à cigarette ou genouillère.

Bijoux enfants

A gauche : Portrait de quatre enfants chinois peranakan portant des amulettes, Singapour, fin XIXe siècle © Courtesy of National Heritage Board - Au centre : Amulette en forme de Qilin, fin XIXe, début XXe siècle © Collection of the Asian Civilisations Museum, Singapore - A droite : Couple de mariés chinois peranakan avec leurs pages, Singapour/Malacca, fin XIX début XX siècle © Courtesy of National Heritage Board

La mort d’un proche réclamait, elle, la sobriété. Traditionnellement, les femmes en deuil ne devaient pas porter de bijoux en or, ni en argent massif ou doré. Les bijoux de deuil étaient sertis de perles ou de nacre plutôt que de pierres précieuses. Le deuil se déroulant sur trois ans, certaines couleurs, telles le bleu et le vert, étaient progressivement autorisées. Des bijoux sertis de saphirs bleus ou verts, pouvaient ainsi être portés à la fin de la période de deuil.

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A gauche : Femme peranakan vêtue d'un baju panjang (longue tunique), Penang, fin XIXe - début XXe siècle © The Peranakan Association Collection, courtesy of National Archives of Singapore - A droite : Ensemble de trois broches en or fabriquées à partir de trois pièces de dollars américains serties dans des cadres floraux, 1920s ou 1930 © Collection of the Asian Civilisations Museum, Singapore

Certains bijoux étaient par ailleurs réputés avoir une fonction protectrice. Les prêtres taoïstes et bouddhistes les fabriquaient en imprimant des motifs sculptés dans du bois sur du papier jaune et les plaçaient dans des boîtes à porter autour du cou. On les donnait surtout aux jeunes enfants, jugés plus vulnérables, mais de nombreux adultes portaient également ces amulettes pour se protéger des forces maléfiques et des esprits malveillants.

Bijoux femme

De gauche : Chinoise peranakan le premier jour des cérémonies de mariage, Singapour/Malacca, fin XIXe, début XXe siècle © Lee Hin Ming Collection, courtesy of National Archives of Singapore - A droite : Portrait d'ancêtre d'une Nonya (femme peranakan), fin XIXe - début XXe siècle © Collection of the Asian Civilisations Museum, Singapour

“Baba Bling, Signes intérieurs de richesse à Singapour” est une exposition passionnante et foisonnante où les bijoux, loin s’en faut, ne sont pas oubliés. La culture “baba” étant menacée de disparition du fait d’un bouleversement du mode de vie, les conservateurs de musées malais ont commencé à collecter les objets Peranakan dans les années 1980. Ils voulaient garder ce témoignage d’une communauté qui a laissé sa culture d’origine s’imprégner des influences de leur pays d’adoption.

Baba Bling au quai Branly

A gauche : Vue de l'exposition © Notes Précieuses - A droite : Panneaux de l'exposition © Musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

  • Exposition Baba Bling, Signes intérieurs de richesse à Singapour – Musée du Quai Branly – 37, quai Branly – 75007 Paris
  • Du 5 octobre 2010 au 30 janvier 2011

Les créations surréalistes et poétiques des Lalanne

Mercredi 28 avril 2010

Absentes des musées parisiens depuis 1977, les œuvres de Claude et François-Xavier Lalanne peuvent être actuellement (re)découvertes au musée des Arts Décoratifs de Paris. L’exposition couvre 40 années de créations d’un couple d’artistes qui a toujours fait “exposition commune”. Dans un décor de jardin de château et rassemblées autour de différents thèmes illustrant la variété de leur création, plus de 150 pièces invitent le visiteur à découvrir l’univers de sculpteurs décidément inclassables. Leurs œuvres vont de la sculpture monumentale aux objets du quotidien : sièges, objets de table ou bijoux.

François Xavier Lalanne et Claude Lalanne

François-Xavier et Claude Lalanne en 1976 - Premier plan : Chameaux en mousse polyester gainée de toile et peau de brebis, manèches, teintée, armature en acier et bois, tête en fonte d'aluminium patine noire - François-Xavier Lalanne, 1973 - Au fond : Minotaure en bronze - François-Xavier Lalanne © Pierre Boulat, Cosmos

François-Xavier Lalanne (1927-2008) s’est formé à l’Académie Julian. En 1952 il a rencontré sa future femme, Claude, de deux ans son ainée qui, elle, a suivi les cours de l’École des Arts décoratifs de Paris. Leur première exposition personnelle commune s’est tenue en 1964 sous le titre Zoophites. François-Xavier y présentait le Rhinocrétaire, premier rhinocéros bureau en laiton et Claude des Choupattes, mi-chou mi-animal. Le ton de leur production était donné et une longue collaboration allait commencer avec le galeriste Alexandre Iolas, défenseur des surréalistes et des nouveaux-réalistes. D’emblée, les Lalanne ont été reconnus. Des collectionneurs prestigieux tels les Rothschild, les Noailles ou Yves Saint Laurent ont salué leur talent et l’État, également, leur a passé de nombreuses commandes.

Rhinocrétaire et choupatte Lalanne

A gauche : Rhinocrétaire II en laiton, corne de rhinocéros, bois gainé tôle de laiton, queue en cuir avec armature en acier - François-Xavier Lalanne, 1966 - Musée des Arts décoratifs, Paris, ADAGP © Les Arts décoratifs, photo Jean Tholance, A droite : Choupatte en cuivre et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Toute la carrière de ces deux artistes est tendue par la volonté de désacraliser la sculpture, en lui rendant une dimension familière, voire un usage. Une sculpture, selon eux est faite pour être regardée, mais également touchée. On l’ouvre aussi parfois, on s’y assoit, on la porte au cou … C’est ainsi que les animaux facétieux de François-Xavier ont dans leur ventre des fonctions cachées : ses moutons sont aussi des sièges ou des banquettes et l’un de ses hippopotames s’ouvre pour devenir baignoire … Les animaux permettent aussi une multiplicité des formes. Claude, elle, moule et assemble les corps, les feuilles, les pommes, les choux.

Atelier Lalanne et Gorille de Sureté Lalanne

A gauche : Atelier de François-Xavier Lalanne - Photo de Paul Kasmin, 2008, A droite : Gorille de sûreté II en bronze, armure acier, serrure à chiffre - François-Xavier Lalanne, 1970 - Collection particulière, Photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Si les Lalanne ont en commun des partis pris esthétiques forts, leurs productions respectives n’en sont pas moins bien distinctes. Ils aimaient à dire qu’ils faisaient “table commune, mais atelier séparé”. D’abord, chacun a développé un savoir-faire spécifique. François-Xavier, a trouvé dans la sculpture son principal mode d’expression. Il transforme la matière. Il préférait la technique du métal repoussé et soudé, tout en s’intéressant ponctuellement à la résine de polyester ou au cuir. Il a lui-même exécuté ses grandes sculptures de laiton ou cuivre. Les œuvres de Claude sont réalisées à partir des techniques liées à l’empreinte, au moulage et à la galvanoplastie, procédé fondé sur des principes électrolytiques qui lui permettait de reproduire feuilles, fleurs ou fruits sur des supports variés.

Collier laiton et couverts en argent

A gauche : Collier Soleil en bronze et laiton - Claude Lalanne, vers 1970 - Collection particulière © DR, A droite : Couverts en argent - Claude Lalanne, 1966 - Réalisés pour Alexandre Iolas - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Leur différence se remarque également au plan des thèmes abordés : à lui le bestiaire espiègle ; à elle la nature. On doit à Claude des pièces plus intimes, voire plus baroques. Son travail est délicat et fin. Son inspiration, c’est le monde imaginaire, le surréalisme et l’Art Nouveau et ses références constantes à la nature dénotent un sens réel de la poésie. Elle travaille beaucoup le bronze. Très tôt aussi, elle s’est intéressée aux bijoux qu’elle a d’abord réalisés pour elle-même puis pour les autres notamment pour Yves Saint Laurent ou Alexandre Iolas. Exposés pour la première fois en 1966, ses bijoux prendront par la suite des formes variées et se prolongeront en ceintures, petits sacs et chapeaux.

Bracelet bronze et Pomme bouche

A gauche : Bracelet Bouche en bronze - Claude Lalanne, vers 1975 - Collection particulière, A droite : Pomme bouche d'Alan en cuivre galvanique et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, 2008, photo DR © ADAGP

Bijoux et accessoires de mode sont réalisés par galvanoplastie. Il s’agit soit de pièces uniques, soit d’éditions de la galerie Art Curial. Ses bijoux s’inspirent de la nature et du végétal comme la broche Anémone en or (1972), boucles d’oreilles à deux feuilles en alliage cuivreux (1974), bracelet petit papillon en bronze patiné doré (1978), collier Libellule en or (1980), collier Groseille en or (1979). Certaines pièces comme le sautoir Ronces en argent (1975) ou les broches serpent en métal plaqué or (1994), sont en rupture avec les conventions du bijou parure. Parmi les pièces exposées, on remarque particulièrement pour leur parti pris surréaliste les bagues “Bouts de doigts en or” (1970) qui prennent la forme du doigt et l’”Oreille de Teeny” en or (1970). Claude a également produit de petites sculptures, proches de l’univers du bijou, comme les pommes montres ou les montres oignons. On remarque que le thème de la pomme revient souvent, comme un hommage à Dali. Afin d’évoquer la partie la plus intime de son travail, ces pièces sont présentées sur le mobilier du quotidien de Claude.

Une rétrospective à ne pas manquer pour découvrir ou redécouvrir deux artistes marquants. Laissant une large place aux photographies, le catalogue de l’exposition replace judicieusement le travail des Lalanne dans l’histoire de la sculpture et des arts décoratifs.

  • Exposition Les Lalanne – Les Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris
  • Du 18 mars au 4 juillet 2010
  • Catalogue Les Lalanne – Sous la direction de Béatrice Salmon et Dominique Forest – Texte d’Olivier Gabet, conservateur du patrimoine – Editions Les Arts Décoratifs

Bijoux de mariage de l’Impératrice Marie-Louise à Compiègne

Vendredi 9 avril 2010

marie-louiseL’espace d’un week-end, fin mars 2010, les ombres de Napoléon et de Marie-Louise ont à nouveau plané sur Compiègne. Une rétrospective costumée a commémoré l’arrivée, il y a 200 ans, de la future impératrice. Dans le même temps était inaugurée une exposition majeure pour la connaissance du Premier Empire : “1810, la politique de l’amour ; Napoléon et Marie-Louise à Compiègne”. Cette exposition, qui célèbre le bicentenaire du deuxième mariage de l’Empereur, s’attache à montrer les somptueux aménagements du palais de Compiègne et de son parc pour séduire et accueillir dignement la jeune femme. Plus de 200 œuvres y sont rassemblées : peintures, dessins, sculptures, costumes, soieries … et quelques bijoux.

Regroupant des cadeaux de mariage, des commandes pour le trousseau de la souveraine et des pièces de mobilier, l’exposition est organisée selon une logique chronologique et souligne la portée politique de l’alliance de Napoléon avec la plus ancienne famille impériale régnante d’Europe. Dans son tableau “Les adieux de Marie-Louise à sa famille à Vienne, le 13 mars 1810″, Pauline Auzou peint Marie-Louise lorsqu’elle renonce à la couronne d’Autriche et distribue les bijoux et diamants provenant de sa mère à ses nombreux frères et sœurs. Ce dépouillement complet lui permettra d’arriver à Compiègne “complètement française”.

Détail du portrait en buste de l’Impératrice Marie-Louise, huile sur toile  - Baron Gérard François - Musée du Louvre, département des Peintures, Paris © RMN, Hervé Lewandowski

Détail du portrait en buste de l’Impératrice Marie-Louise, huile sur toile - Baron Gérard François - Musée du Louvre, département des Peintures, Paris © RMN, Hervé Lewandowski

Elle ne manquera pas de bijoux par la suite, à titre personnel ou au titre des bijoux de la couronne. Le mariage impérial fut l’occasion de commandes d’un faste sans précédent dans le domaine de l’orfèvrerie et de la joaillerie. Le trousseau de l’Impératrice ne comprenait pas moins de soixante et onze parures. Les plus somptueuses étaient en diamants, perles, émeraudes, brillants et opales. Il y en avait aussi de plus modestes. En parcourant l’exposition – où la part faite aux bijoux apparait trop restreinte à notre goût -, on peut admirer une parure originale, mais modeste pour l’époque. Ce qui tend à prouver que les reines ne dédaignaient pas les bijoux fantaisies, à condition qu’ils soient à la mode. C’est d’ailleurs paradoxalement leur moins grande préciosité qui a préservé ces pièces de modifications ultérieures.

Parure de bijoux de Marie-Louise : collier, peigne, deux bracelets, boucles d oreilles pendantes en or et micromosaïque de pâte de verre - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

Parure de bijoux de Marie-Louise : collier, peigne, deux bracelets, boucles d oreilles pendantes en or et micromosaïque de pâte de verre - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

La parure de bijoux exposée à Compiègne est prêtée par le Louvre. Elle est constituée d’un collier, d’un peigne, de deux bracelets et boucles d oreilles pendantes. Sur une monture en or d’inspiration antique, finement ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes, sont fixées de petites mosaïques de verre figurant, sur fond bleu, des monuments antiques romains. Certains sont identifiables : tombe de Cecilia Metella au centre du peigne, le Forum ou Tivoli. Les dix médaillons de cette parure proviennent probablement d’ateliers de mosaïstes romains spécialisés dans cette technique miniaturiste, qui était très à la mode sous le Premier Empire. La monture en revanche fut confiée à François-Regnault Nitot, le joaillier officiel de la Cour.

Détails du collier appartenant à la parure de Marie-Louise. A gauche : Médaillon en mosaïque de verre, A droite : Monture en or ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

Détails du collier appartenant à la parure de Marie-Louise. A gauche : Médaillon en mosaïque de verre, A droite : Monture en or ciselée de motifs de feuilles et de grappes de vignes - François-Regnault Nitot, 1810 - Musée du Louvre, Département des Objets d'Art, Paris © RMN, Jean-Gilles Berilli

La vitrine consacrée aux bijoux comporte également une montre, en émail bleu et diamants, décorée du chiffre de Marie-Louise, œuvre conjointe de Breguet et de Marie-Etienne et François-Regnault Nitot. Au titre des bijoux propre à l’empereur, qui était aussi roi d’Italie, on peut admirer l’insigne de l’ordre de la Couronne de fer du Royaume d’Italie en or, argent, diamants et brillants, saphirs, rubis et émail prêté par le Musée de l’armée. Cette pièce de François-Regnault Nitot présente une couronne lombarde à pointes d’où émerge un aigle impérial aux ailes déployées et surmontant le profil de Napoléon.

Une exposition à ne pas manquer. Elle s’accompagne d’un somptueux catalogue qui la complète et l’éclaire.

  • Exposition 1810, la politique de l’amour – Napoléon 1er et Marie-Louise à Compiègne – Musée National du palais Impérial de Compiègne – Place du Général de Gaulle – 60200 Compiègne
  • Du 28 mars au 19 juillet 2010
  • Catalogue 1810, la politique de l’amour – Napoléon 1er et Marie-Louise à Compiègne – Editions de la Réunion des musées nationaux, 2010

L’art verrier sous Louis XIV

Mercredi 24 mars 2010

verreries-royales-dorleansGrâce à Bernard Perrot, des chefs-d’œuvre – pièces de prestige ou verres du quotidien – sont nés de la Verrerie Royale d’Orléans, puis de celle de ses successeurs à Fay-aux-Loges (Loiret). À l’occasion du tricentenaire de son décès, le musée des Beaux-Arts d’Orléans consacre une exposition à celui qui fut le plus célèbre artiste verrier du siècle de Louis XIV. Pour la première fois sont rassemblés, autour de la collection du Musée historique et archéologique de l’Orléanais, près de 200 pièces prêtées par des musées et des collectionneurs français et européens.

Bernardo Perrotto (1640- 1709), né en Italie, immigré en France et naturalisé en 1666 est le produit d’une longue tradition de l’art verrier : pratiqué en Italie et diffusé en Europe par des migrations successives depuis le XVème siècle. C’est parce que la ville d’Orléans bénéficiait d’une situation privilégiée – approvisionnement facile en bois, en sables et proximité de Paris pour les débouchés – que le jeune homme, à 28 ans, y a créé la Verrerie Royale. Il va très rapidement contribuer aux avancées techniques et artistiques du moment. D’emblée, il est reconnu pour ses découvertes comme le verre rouge transparent. La cathédrale d’Orléans fut ainsi le premier monument à retrouver des vitraux rouges. On lui doit également l’émail, l’imitation de la porcelaine importée d’Orient, des pierres dures comme l’agate, le lapis-lazuli … Il était aussi reconnu pour ses innovations comme le procédé du verre coulé en table pour réaliser notamment les grands médaillons représentant le Roi et, vraisemblablement, le duc d’Orléans.

Portrait de Louis XIV en verre coulé, moulé, transparent, oncolore, cadre en bois sculpté et doré - bernard Perrot - Orléans entre 1687 et 1695 - Orléans, Musée historique et archéologique de l’Orléanais A.7162, © musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie et à droite : Présentoir à confiserie en verre soufflé et travaillé à la pince transparent, incolore et rouge - Attribué à bernard perrot - Orléans, derniers tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Paris, Les Arts décoratifs, musée des Arts décoratifs 23438, © Paris, Les Arts décoratifs, photo : Jean Tholance

Portrait de Louis XIV en verre coulé, moulé, transparent, incolore et cadre en bois sculpté doré - Bernard Perrot - Orléans, entre 1687 et 1695 - Orléans, Musée Historique et Archéologique de l’Orléanais © Musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie et A droite : Présentoir à confiserie en verre soufflé et travaillé à la pince, transparent, incolore et rouge - Attribué à Bernard Perrot - Orléans, derniers tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Les Arts décoratifs, Musée des Arts décoratifs de Paris © Les Arts décoratifs de Paris, photo : Jean Tholance

A la lumière de découvertes historiques récentes, l’exposition propose un éclairage neuf sur la production de verre du XVIIème siècle. On y découvre de nouvelles pièces attribuées à Perrot. Sont également livrés des secrets de fabrication pour lesquels il avait obtenu l’exclusivité du Roi puis du Régent. On sait par exemple aujourd’hui que le rouge transparent, dont la formule avait été perdue au Moyen Âge, était obtenu en associant l’or et l’arsenic. On sait aussi que l’aiguière marbrée de rouge, œuvre majeure de Perrot prêtée par le musée d’Écouen, est opacifiée aux arséniates de plomb alors que d’autres pièces porcelanées le sont à l’antimoine. Du musée des Beaux-Arts de Dijon viennent d’exceptionnels vases en verre transparent ambré, auxquels l’étamage intérieur donne l’aspect de l’or, comme c’est également le cas pour des salerons, flacons et autres objets précieux.

A gauche : Aiguière en verre porcelané marbré de rouge - Bernard Perrot, Orléans, dernier tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Ecouen, Musée national de la Renaissance E.Cl. 8626, © RMN photo presse / Gérard Blot A droite : Gobelet à devise en verre soufflé, opalin à décor émaillé polychrome - Attribué aux successeurs de Bernard Perrot, Orléans ou Fay-aux-Loges en 1727 - Orléans, Musée historique et archéologique de l’Orléanais 2006.2.3, © musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo François Lauginie

A gauche : Aiguière en verre porcelané marbré de rouge - Bernard Perrot - Orléans, dernier tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Ecouen, Musée National de la Renaissance © RMN, photo : Gérard Blot et A droite : Gobelet à devise en verre soufflé, opalin à décor émaillé polychrome - Attribué aux successeurs de Bernard Perrot - Orléans ou Fay-aux-Loges, 1727 - Orléans, Musée Historique et Archéologique de l’Orléanais © Musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie

La production d’objets de luxe de Perrot est le plus souvent liée aux arts de la table : flacons, gobelets, vases, aiguières… Certaines des pièces annoncent les nouveaux usages qui rompent avec les traditions culinaires médiévales au profit de la gastronomie française. D’autres pièces sont purement décoratives comme des statuettes figurant des putti ou des bergers de fantaisie ; mais il n’y a pas à proprement parler de bijoux. Beaucoup à découvrir néanmoins sur un matériau, le verre, jusqu’ici mal connu du grand public. L’étape s’impose donc à Orléans d’autant qu’on peut en profiter pour visiter les collections permanentes du musée des Beaux-Arts qui, comptant parmi les plus anciens musées français, offre un vaste panorama de la création artistique en Europe du XVème au XXIème siècle.

En marge de l’exposition, on notera les Colloques des 28 et 29 mai prochains organisés en collaboration avec l’Association française pour l’archéologie du verre.

  • Exposition Bernard Perrot, Secrets et chefs-d’oeuvre des verreries royales d’Orléans – Musée des Beaux-Arts d’Orléans – 1, rue Fernand Rabier – 45000 Orléans – Du 13 mars au 27 juin 2010
  • Colloque Perrot et l’influence des verriers d’Altare et de Venise sur les productions françaises et européennes des XVIIème et XVIIIème siècles – Le 28 mai 2010
  • Colloque Actualité de la recherche sur l’histoire et l’archéologie du verre, de la plus haute Antiquité aux périodes contemporaines, en France et à l’étranger – Le 29 mai 2010

Le Pôle Bijou de Baccarat célèbre le cristal et la coopération entre créateurs

Vendredi 5 mars 2010

bijoux-createurLe Pôle Bijou de Baccarat et l’association “Label Parure” organisent, du 15 au 27 mars prochains, une exposition à l’Espace Gruber de la CCI de Nancy. Les créateurs de bijoux lorrains y présenteront des pièces de cristal qu’ils ont librement interprétées. Parallèlement, chaque jour, un artisan fera découvrir les caractéristiques et les spécificités de son métier.

Une telle exposition symbolise les synergies progressivement développées sous l’impulsion du Pôle Bijou. La Cristallerie de Baccarat a offert un bloc de cristal permettant à chacun de réaliser l’œuvre de son choix. Les artisans créateurs se sont mis au travail et, pour leur création, ont beaucoup échangé avec d’autres acteurs du domaine du bijou : partage d’expériences et de techniques. Depuis plus de deux ans, en effet, les professionnels lorrains du bijou se rassemblent chaque mois à Baccarat pour parler de leur métier sous tous ses aspects : artistiques, techniques, économiques … En décembre 2009, ils ont institutionnalisé ces rencontres en créant “Label Parure“, association des talents créatifs du bijou et de la parure en Lorraine.

  • Exposition Créateurs de Bijoux … – Chambre de Commerce et d’Industrie de Nancy – Espace Gruber – 53, rue Stanislas – Nancy
  • Du 15 mars au 27 mars 2010

Splendeurs du temps des Maharajas : Des joyaux d’exception

Jeudi 4 mars 2010

maharajaLa chute de l’Empire britannique et l’indépendance de l’Inde en 1947 ont porté un coup fatal à leur magnificence, mais les Maharajas continuent de nous fasciner. Deux expositions permettent d’approcher leur univers. Pour découvrir les costumes des cours princières, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent propose “Les derniers Maharajas” tandis que le musée The Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung de Munich prend le relais du Victoria and Albert Museum de Londres et produit la somptueuse exposition “Maharaja : The Splendour of India’s Royal Courts”.

costumes-maharajaSi le colonisateur britannique n’a pas confisqué la richesse des Maharajas, il a ôté à ces princes guerriers leur moyen d’expression favori : le droit de faire la guerre. Ceux-ci ont donc eu tout le loisir de se consacrer au plaisir et à la valorisation de leur image. La fin du Raj fut une époque bénie pour la création qui stimula, comme jamais auparavant, le talent des artisans indiens. C’est toute la richesse de cette production que propose aujourd’hui la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, en collaboration avec la Hutheesing Heritage Foundation. Les costumes des cours princières des derniers Maharajas se déclinent ici en une profusion de couleurs et de matières précieuses : or, argent, soie, brocart, broderies …  Une soixantaine de modèles et accessoires illustrent cette période où l’apparat tient lieu de langage officiel.

Achkan d'enfant en velours et broderies d'or - Collection Deepak et Daksha Hutheesing - Photographie : Dominique Cohas

Achkan d'enfant en velours et broderies d'or - Collection Deepak et Daksha Hutheesing © Photographie : Dominique Cohas

Même magnificence à Munich qui célèbre, après Londres, ces grands amateurs d’art et mécènes qui dirigèrent l’Inde. C’est à une véritable leçon d’Histoire que nous sommes conviés. L’exposition raconte les Maharajas du XVIIIème siècle jusqu’en 1947, date de l’indépendance indienne. C’étaient des chefs religieux, militaires et politiques avant que le colonisateur ne les relègue à l’unique fonction de mécènes et protecteurs des arts. Quelques 250 objets, tous plus somptueux les uns que les autres, retracent cette évolution. Une place importante est réservée aux bijoux, des bijoux d’exception. Rien d’étonnant à cela si l’on suit Rudyard Kipling pour qui Dieu avait créé les Maharajahs pour que l’Homme puisse connaître la splendeur des Palais et des Joyaux

Détail d'une toile représentant la procession de Maharao ram Singh II de Kota Kota - Victoria and Albert Museum V et A Images Victoria and Albert Museum, London

Aquarelle sur papier représentant la procession de Maharao Ram Singh II de Kota Kota - 1850 - Détail - Victoria and Albert Museum © Image Victoria and Albert Museum, London

le-collier-de-patiala1Le visiteur peut admirer des bijoux de turbans, des épées de cérémonie, des parures d’éléphants … Tous ces objets sont issus des métaux et pierres les plus précieux. On découvre également de somptueux tapis incrustés de perles, rubis, émeraudes et diamants. Il apparait également que par leurs commandes d’un luxe infini, les Maharajas participèrent activement au début du XXème siècle au développement et au rayonnement des plus prestigieux joailliers et des plus grandes maisons de luxe européennes. De fastueuses commandes furent passées aux maisons Cartier et Van Cleef & Arpels. Parmi ces commandes, celle de l’emblématique collier de Patiala, la plus importante jamais passée à Cartier. Ce collier de cérémonie comptait 2 930 diamants – dont le fameux De Beers – pour près de mille carats. Achevé en 1928 il symbolise le faste dans lequel vécut Bhupindar Singh, souverain de Patiala (Penjab). Arte a diffusé, il y a quelques années, un documentaire d’Yvon Gérault – aujourd’hui disponible en DVD – racontant l’histoire de ce joyau, disparu pendant plusieurs décennies puis restauré aussi fidèlement que possible, sans toutefois le précieux diamant De Beers.

Collier de Patiala

Collier de Patiala - Cartier, Paris 1928 - En 2002, restauration du collier avec de nouvelles pierres : platine, diamants, zirconia jaune, zirconia blanc, topazes, rubis synthétiques, quartz fumé et citrine © Cartier Collection

  • Exposition Maharaja : Pracht der indischen Fürstenhöfe / Maharaja : The Splendour of India’s Royal Courts – The Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung – Theatinerstrasse 8 – 80333 München – Allemagne   ››»  Du 12 février au 24 mai 2010
  • Exposition Les derniers Maharajas, costumes du grand Durbar à l’indépendance (1911 – 1947) – Fondation Pierre Bergé, Yves Saint Laurent – 5, avenue Marceau – 75116 Paris  ››»  Du 10 février au 9 mai 2010
  • Film documentaire Le collier de Patiala – Yvon Gérault – Idéale Audience – 2003 – Prix du documentaire historique au FIFAP à l’UNESCO en 2004

Bijoux de créateurs à l’Espace Solidor : Une réinterprétation de la bijouterie traditionnelle

Jeudi 11 février 2010

affiche-leducation-sentimentaleL’Espace Solidor de Cagnes sur Mer propose, à partir du 27 février, une nouvelle exposition de bijoux de créateurs contemporains. Elle s’intitule “L’Education sentimentale”, en référence au roman de Flaubert où le narrateur doit se tailler son propre chemin sans se laisser influencer par les idées préconçues. Les sept artistes internationaux présentés puisent leur inspiration dans le répertoire de formes de la bijouterie traditionnelle et repensent leurs modèles en fonction des caractéristiques du monde actuel.

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Les créations de l’américaine Anya Kivarkis font le lien, entre période ancienne – principalement de style Victorienet contemporaine. Ses pièces détournent les images du luxe et de la joaillerie pour n’en laisser paraitre que l’illusion ; les pierres précieuses sont ici réduites à leur seule forme. Son travail, présenté pour la première fois en France, à déjà fait l’objet de nombreuses expositions aux Etats-Unis. Les bijoux de la britannique Lin Cheung s’inscrivent dans une réflexion sur les relations que chacun entretient avec ses bijoux. En s’appuyant sur des standards anciens, elle parvient à créer des bijoux nouveaux : une boucle d’oreille en forme de perle dorée ou un pendentif en forme de coeur sont par exemple laissés dans leurs écrins ouverts pour les transformer en broches.

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Si les pièces de la suédoise Åsa Lockner ont l’apparence de bijoux classiques, elles n’en révèlent pas moins de menues imperfections, des parties inachevées, des traitements d’oxydations particuliers … Ces “défauts” délibérés traduisent la volonté de rendre perceptible le process de fabrication et de révéler les subtilités de la métamorphose progressive du métal selon son degré d’échauffement. Ses bijoux semblent en évolution permanente. Récemment diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, la française Carole Deltenre part, elle, de formes traditionnelles comme le Camé ou la Chevalière. Mais c’est pour écrire une histoire du bijou passée par le prisme des combats féministes et la réappropriation de leur corps par les femmes.

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

La néerlandaise Gesine Hackenberg prélève dans des pièces de céramiques usuelles, des détails qui constituent les éléments de ses bijoux. Ses créations sont les éléments d’un puzzle dont les pièces sont indissociables de l’objet dans lequel ils ont été prélevés et forment un ensemble que la créatrice expose toujours de manière conjointe. Éloigné de l’esthétique dominante dans le bijou contemporain espagnol, Marc Monzo, pour sa part, préfère une réinterprétation d’une esthétique produite en Catalogne entre les années 30 et 70. Son travail associe souvent des matériaux précieux à des bouts de plastiques récupérés. Il s’agit de faire entrer le bijou dans la vie quotidienne ! Les pièces sélectionnées à Cagnes-sur-Mer portent toutes un regard ironique sur la bijouterie précieuse et sa valeur symbolique.

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Travaillant à partir d’images photographiques anciennes, l’allemande Bettina Speckner suscite la libre interprétation de chacun car elle ne donne aucune indication sur les lieux, l’époque, l’identité des personnages. Ces images, associées à des perles, des pierres précieuses ou des objets du quotidien, ouvrent les portes d’une mémoire collective où chacun peut projeter son propre parcours.

  • Exposition L’Education sentimentale – Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes
  • Du 27 février au 23 mai 2010