L’Or des Incas : Symbole et pouvoir
Lundi 13 septembre 2010
Ce sera sans doute l’une des manifestations les plus marquantes de la rentrée : en présentant les trésors inédits des plus brillantes civilisations précolombiennes, la Pinacothèque de Paris garantit le plaisir des yeux et permet de découvrir des cultures méconnues. L’exposition “L’or des Incas, origines et mystères” dévoile les différents aspects des sociétés andines préhispaniques et permet d’explorer leur relation complexe à l’or. Pour la première fois en France, on peut découvrir 253 œuvres majeures en provenance des plus prestigieux musées péruviens. S’ils témoignent de l’extrême habileté des orfèvres locaux, les objets présentés permettent surtout de découvrir les rituels et la vie quotidienne des Incas et de leurs prédécesseurs.

Vitrines mettant en valeur les bijoux et autres objets de l'exposition © Photo : Notes Précieuses
4000 ans de traditions
Bien que porteuse encore de bien des énigmes, la civilisation Incas est la plus connue aujourd’hui car, en un siècle, les Incas ont bâti un immense empire allant de l’Equateur au Chili, des hauts plateaux des Andes aux plaines désertiques de la côte pacifique. Mais lorsqu’ils se sont installés dans la région de Cusco, à la fin du XIIIème siècle, c’est en héritiers de traditions sophistiquées élaborées pendant plus de 4000 ans. Plus de dix civilisations les avaient précédés. En métallurgie, notamment, les Incas se sont souvent contentés de consolider des techniques ancestrales. Dès les premiers siècles de notre ère, les Mochicos, avaient déjà réalisé des pièces remarquables en or et en métaux précieux. Et c’est durant la période 900-1400 après JC que la région andine a connu sa production la plus importante, grâce à une parfaite maîtrise des techniques, surtout en orfèvrerie.

A gauche : Pectoral en perles de coquillages (spondyle ou mullu) cylindriques, polies et découpées - Culture Mochica (100 av JC - 850 après JC) - Intermédiaire ancien - Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach, A droite : Vase-portrait en argent laminé, repoussé et embouti. Utilisé par les Incas pour les libations accompagnant les cérémonies - Culture Inca (1440 - 1532 après JC) - Horizon récent - Musées Or du Pérou, Armas del Mundo, Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon
La force symbolique de l’or
Les objets présentés tout au long de l’exposition soulignent l’importance de l’or et de sa force symbolique dans les civilisations précolombiennes. D’abord, il est étroitement associé au rituel religieux. C’était la “sueur du soleil”, la divinité la plus importante. L’or est le principe viril tandis que l’argent, “larme de la lune”, est associé à la féminité et à la fécondité. C’est dire que la transformation de ces métaux précieux supposait également une parfaite connaissance des croyances religieuse. Celui qui les possédait devenait l’intercesseur des dieux et était investi d’un pouvoir divin. Les Andins adoraient et vénéraient les métaux et les minerais précieux. L’or tenait entre les trois mondes incas – le monde du ciel, le monde des hommes et le monde souterrain des défunts – un rôle d’intermédiaire et la transcendance spirituelle des temples était directement liée à la quantité de richesses en métaux précieux qu’ils renfermaient.
L’empereur étant l’incarnation humaine du soleil, l’or est également central dans la représentation du pouvoir. Les vêtements d’apparat brodés de métal, les pectoraux et les bracelets d’or ou d’argent étaient réservés à l’élite. Le souverain les offrait à ses sujets qu’il souhaitait récompenser et interdisait qu’on les porte sans son autorisation.

A gauche : Ornement frontal avec un alliage or, argent, cuivre laminé, repoussé, ajouré, ciselé. Décor de félins et d'oiseaux. Probablement destiné à être cousue sur un tissu, par les trous encadrant le visage - Culture Mochica (100 av. JC, -850 après JC) - Intermédiaire ancien - Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach, A droite : Pectoral constitué de 410 plaques carrées d'or laminé et 32 plaques circulaires avec perforation centrale permettant de les coudre sur un vêtement. Laminé, découpé et cuit. Zone de Lambayeque, Intermédiaire récent (900 - 1400 parès JC) - Musée archéologique national Brüning, Lambayeque © Photo Joaquín Rubio Roach
De l’or dans les tombes
L’or était aussi un élément indispensable du trousseau funéraire. On notera que la plupart de objets présentés à Paris ont été retrouvés dans les tombes. Dans le grand cycle du monde andin, la mort n’était qu’un passage : l’Homme quittait la sphère terrestre pour le monde des morts. Avant d’être inhumé, le défunt était paré et on lui joignait un trousseau qui variait selon son statut et ses fonctions. Il pouvait être composé de nourriture, de vêtements, d’outils, de bijoux. Le métal y tenait toujours une place essentielle, sous forme de gobelets, boucles d’oreilles, pectoraux, coiffes ou diadèmes, mais parfois aussi sous forme de simples lingots d’or ou d’argent placés sur le corps, entre les mains, ou dans la bouche.

Masque funéraire en or laminé, repoussé et soudé. Les boucles d'oreilles et l'ornement nasal seraient ceux d'une divinité Sicán. Censé représenter les traits du défunt, ce masque faisait partie de son trousseau funéraire - Culture Sicán (800 - 1350 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Archéologique national Brüning, lambayeque © Photo : Joaquín Rubio Roach
C’est cette civilisation complexe, où l’or n’avait pas de valeur numéraire, qu’ont rencontré les conquistadors en envahissant le Pérou des Incas en 1532. Mais la richesse des sols en métaux précieux et la magnificence de l’orfèvrerie ont fait naître en Europe le mythe de l’Eldorado. La soif d’or et d’argent amena les Espagnols, à partir du XVIème siècle, à fondre systématiquement tout ce qui était précieux, détruisant ainsi les témoignages capitaux d’une civilisation avancée. De récentes découvertes, heureusement, nous permettent aujourd’hui d’admirer ces objets qui ont échappé à l’avidité humaine.

A gauche : Ornement frontal en or laminé, repoussé, embouti et incrusté. Tête de félin orné de plumes, nez et bec d'oiseau. 2 singes (partie supérieure) et serpents bicéphales (partie inférieure) - Culture Chimú ( 900 - 1470 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Larco, Lima © Photo Joaquín Rubio Roach, A droite : Gants, main votive en or et argent laminé, repoussé, embouti, assemblage mécanique. Feuilles de métal assemblées en crochets - Culture Sicán (800 - 1350 après JC) - Intermédiaire récent - Musée Or du Pérou - Armas del Mundo - Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon
La technique des orfèvres andins
Chez les Andins, l’or était principalement obtenu par orpaillage – lavage d’alluvions ou de sédiments aurifères. Il pouvait aussi provenir, comme l’argent ou le cuivre, de gisements miniers. L’alliage se faisait toujours à base de cuivre - cuivre et or ou cuivre et argent. La mise en forme des objets se réalisait de manière mécanique : après avoir été alternativement soumis au martelage et à la chaleur, le métal prenait la forme d’une plaque pouvant être découpée avec des ciseaux de pierre dure. Suivaient alors différentes opérations : le cintrage ou le pliage, la déformation de la plaque sur une “âme” (matrice de bois ou de pierre), puis la gravure, l’emboutissage ou le repoussage à l’aide d’instruments en bronze, en bois dur, en corne ou en os. La forme pouvait également s’obtenir par moulage : le métal était alors coulé en fusion dans un moule d’argile. Le polissage et le brunissage rendaient ensuite au métal lustre et éclat et l’immersion dans des bains d’acides pouvait en modifier la couleur. L’assemblage des objets complexes se faisait par pliages imbriqués, au moyen de clous, de rivets, d’agrafes et de fils, ou bien par brasure et soudure ; ce qui exigeait une dextérité et une maîtrise parfaite des températures de fusion.
- L’Or des Incas, origines et mystères – Pinacothèque de Paris – 28, place de la Madeleine – 75008 Paris
- Du 10 septembre 2010 au 6 février 2011
Parce qu’elle se trouve au carrefour des mers et des continents ; parce qu’elle est le creuset de multiples civilisations, Istanbul – aujourd’hui mégapole de quatorze millions d’habitants – revendique une histoire riche de huit mille années de brassage culturel et d’évolution permanente. En témoignent ses noms successifs : Byzance, Nouvelle Rome, Constantinople, Konstantiniyye puis Istanbul. Dans le cadre de la Saison de la Turquie en France ; les 


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