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Bijoux en porcelaine et céramique à New York

Vendredi 19 août 2011

Expo-bijou-ceramiqueL’exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry, se tient actuellement au Museum of Arts and Design de New York (MAD) et présente une collection exceptionnelle de bijoux contemporains en porcelaine et céramique. Comme son titre le suggère, elle évoque la transformation d’un matériau humble, la terre, en un objet raffiné et sensuel, le bijou. Plus de cent œuvres sont sélectionnées et mises en scène par la créatrice d’origine allemande Monika Brugger, qui partage son temps entre son travail personnel et l’enseignement du bijou à l’ENSA de Limoges et à l’ESAD de Strasbourg. Dix-huit artistes de toutes origines géographiques sont représentés dont certains sont mondialement reconnus. Dédié à la création contemporaine et à la transformation artistique des matières, le MAD de New York est le lieu idéal pour une exposition sur le bijou contemporain, ce vaste champ d’expérimentation qui se situe aux frontières de l’art, du design et de l’artisanat. Initiée par la Fondation d’Entreprise Bernardaud, Un peu de terre sur la peau a également été présentée à Limoges en 2010.

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A gauche : Collier "Zig Zag" en porcelaine et argent de la collection "Woodland" - Terhi Tolvanen, 2007, Finlande © Francis Willemstijn, Au centre : Collier " Mokume" en porcelaine - Shu-lin Wu, 2008/2009, Taiwan © Hsiao-Yin Chao, A droite : Collier "Spakenburg" en céramique et corde de chanvre de la série Zuiderzeewerken II - Willemijn de Greef , 2009, Pays-Bas © Frans Kup

Le bijou a longtemps ignoré la céramique, hormis pour la réalisation de bagues sigillaires en faïence dans l’Égypte ancienne ou les imitations d’or en terre cuite dorée dans la Grèce et la Rome antique. C’est en 1773 que son emploi resurgit en Angleterre grâce à Joshiah Wedgwood qui invente une pâte de grès fin imitant le jaspe. Il produit des bijoux aux motifs romantiques à la manière des camées. Aujourd’hui, bien qu’encore largement liée dans notre imaginaire aux arts de la table, la céramique a réinvesti le domaine du bijou. C’est indéniablement la porcelaine qui a la faveur des créateurs car elle offre de multiples possibilités. Qu’elle soit utilisée par modelage ou coulage, seule ou en association avec le métal, le bois ou la pierre, elle peut changer d’apparence, de couleur et de surface. Lisse et pure, elle épouse toutes les formes recherchées … à condition d’en maîtriser les techniques et les contraintes, particulièrement celle liée à sa forte rétraction lors de la cuisson.

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A gauche : Pendentifs "Wearable gold 2" en porcelaine, or 24 carats, plaqué or 18 carats - Ted Noten, 2000, Pays-Bas © ATN, Atelier Ted Noten, Au centre : Broche en porcelaine et cuivre - Rian de Jong, 2007, Pays-Bas © Rian de Jong, A droite : Broche " Inventarium" en argent, porcelaine et caoutchouc - Katja Prins, 2002, Pays-Bas © Eddo Hartmann

Parure intime, le bijou est un objet qui parle du corps, des liens tissés avec les humains et la nature. La personnalité du créateur passe à travers ses œuvres ; ce qui explique la grande diversité des pièces exposées. Si les artistes ont de multiples origines géographiques, les Pays-Bas sont largement représentés dans cette exposition avec des bijoutiers de renom tels Peter Hoogeboom qui a déplacé sa micro-vaisselle de l’univers de la table à celui de l’ornement corporel ; Evert Nijland qui, en les posant sur le corps, rappelle à notre bon souvenir ces “parures intérieures” disparues avec la modernité et Ted Noten qui fut un des premiers à réagir contre l’appauvrissement du bijou-accessoire en proposant des œuvres jouant sur l’émotion et l’humour. Viennent également des Pays-Bas : Willemijn de Greef qui s’inspire des outils, matériaux et costumes folkloriques de sa région d’origine ; Rian de Jong dont les bijoux sont des “trésors de voyages” conçus comme autant de témoignages de ses destinations lointaines ; Manon van Kouswijk dont les recherches tournent autour de la perle qui exerce toujours au fil des siècles la même fascination dans l’univers féminin et Katja Prins dont les pièces parlent de la distorsion existant entre la chair d’humain, par nature chaude, vivante et ultrasensible, et le monde médical, hygiénique et froid, auquel nous confions notre destin.

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A gauche : Service de table "Breakfast at Tiffany's" en céramique, laiton doré, textile et bois - Natalie Luder, 2009, Suisse © Anaïs Bucher, A droite : Collier "Kitchen garniture" en grès et fil - Gésine Hackenberg, 2003/2010, Allemagne © Gésine Hackenberg,

Parmi les autres artistes de renommée internationale, on reconnait l’allemande Gésine Hackenberg qui tisse avec humour des liens serrés entre les domaines de la table et du corps, tous deux emblématique de notre désir de représentation sociale ; la créatrice franco espagnole Marie Pendariès qui questionne le poids de nos rituels sociaux à travers la parure et la jeune taïwanaise Shu-lin Wu Taiwan qui, ayant assimilé les influences multiples d’une formation internationale, conçoit des bijoux dont la délicatesse et la simplicité constituent la synthèse de toutes ces expériences acquises. Renouant avec les “petits objets de vertu” du XIXème siècle, les bijoux de la finlandaise Tiina Rajakallio sont composés de cheveux, d’argile et diverses matières. Une autre finlandaise, Terhi Tolvanen mélange des matériaux précieux avec d’autres plus naturels tels que la céramique, le bois ou des coquillages.

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A gauche : Collier "Purity" en porcelaine, ouate, cheveux humains, argile, gomme laque - Tiina Rajakallio, 2008, Finlande © Tiina Rajakallio, Au centre : Collier "Rococo" en porcelaine et lin - Evert Nijland, 2009, Pays-Bas © Heddo Hartmann, A droite : Soucoupe et collier "Pearl Grey" en porcelaine, perles, verre, bois, plastique - Manon van Kouswijk, 2004, Pays-Bas © Uta Eiesnreich

De Suède, vient Yasar Aydin dont les formes organiques sont inspirées par l’anatomie, le monde minéral et les fossiles et de France, la jeune Carole Deltenre qui, s’inscrivant dans la longue tradition du camée, représente des sexes féminins pour aider ses modèles à crier haut et fort que “leur corps leur appartient”.

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A gauche : Bagues" Flüchtige Momente" en porcelaine et argent - Luzia Vogt, depuis 2006, Suisse © Luzia Vogt, Au centre : Bague "Ohne Titel" en céramique dentaire et acier - Andi Gut, 1997/2000, Suisse © Gedusa Arndt, A droite : Broches "Nymphes" en porcelaine et argent - Carole Deltenre, 2007/2009, France © Carole Deltenre

La Suisse permet de découvrir : Andi Gut qui, parce que l’outillage de précision du bijoutier est sensiblement semblable à celui d’un dentiste, utilise l’univers de l’orthodontie pour façonner ses bijoux ; la plasticienne Natalie Luder qui, avec son nouveau service à dessert en forme de jeu pervers, bouscule les principes ancestraux de la convivialité occidentale par un arrangement inhabituel des “inégalités” entre convives … ; Luzia Vogt qui réutilise, en fragments découpés sertis de larges rubans d’argent, des bibelots que l’on trouvait dans les maisons familiales autrefois et Christoph Zellweger dont les œuvres oscillent entre “naturel” et “artificiel” et semblent autant de ponts lancés entre l’art et la science.

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A gauche 1 : Collier "Spanish Collar" en céramique et argent de la collection "Handle with care" - Peter Hoogeboom, 1995, Pays-Bas © Photo Henni Van Beek, A gauche 2 : Installation "La dot" 28 pièces en porcelaine - Maria Pendariès, 2008, France © Maria Pendariès, A droite 1 : Collier "Let me" en porcelaine et silicone - Yasar Aydin, 2008, Suède © Yasar Aydin, A droite 2 : "Seeds" en porcelaine et cuir - Christoph Zellweger, 2001, Suisse © Corné Bastiaansen

L’exposition sera présentée au Musée des Arts Décoratifs de Paris à partir du 8 mars 2012.

  • Exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry – Museum of Arts and Design – 2 Columbus Circle # 1 – New York, NY 10019-1800 – États-Unis – Du 15 mars au 4 septembre 2011
  • Exposition Un peu de terre sur la peau – Musée des Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris – Du 8 mars au 27 mai 2012

Réflexions sur le bijou contemporain français

Vendredi 18 février 2011

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© Photo La Garantie

Designer, essayiste, commissaire d’expositions et lui même créateur de bijoux, Benjamin Lignel livre, pour le Magazine Notes Précieuses, ses réflexions sur le bijou contemporain et nous parle de l’exposition itinérante “Also known as jewellery” qu’il a organisée conjointement avec Christian Alandete.

Notes Précieuses : Comment est née l’exposition “Also known as jewellery” actuellement présentée aux Ateliers de Paris ?

Benjamin Lignel : L’idée de l’exposition coïncide avec la création en 2007 de l’association pour le bijou La Garantie, association destinée à promouvoir le bijou dans ses différentes pratiques. Créer une exposition internationale pour faire découvrir le bijou contemporain français constituait l’un des trois projets de départ de l’association.

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Collier "Mutter tag" en bitume, papier, fibre de lin, pyrite, onyx, fer - Pièce unique - Babette Boucher, 2006 © Photo Babette Boucher

NP : Quels étaient les deux autres projets de la Garantie ?

BJ : D’abord en 2008, une Journée d’étude à Normale Sup sur le bijou, ses fonctions et ses usages, de la préhistoire à nos jours, organisée par Cécile Michaud et Delphine Lesbros. Cela  a permis de croiser l’analyse d’une vingtaine de doctorants de différentes disciplines. C’était passionnant. Deuxième projet : nous avons réuni les trois départements de formation spécialisés en France dans le bijou contemporain qui se trouvent à Paris (AFEDAP), à Strasbourg (ENSAD) et à Limoges (ESAD). Cette manifestation aussi a été un succès permettant des confrontations intéressantes entre formateurs, créateurs, galeristes … En référence à l’Oktoberfest de Munich, nous l’avions baptisée Dezemberfest : ce projet a été mené par Emmanuel Lacoste et moi-même.

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Collier "8/9B-C" en porcelaine émaillée, cuivre - Claire Baloge, 2007 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Le champ de l’exposition, lui, est délibérément international …

BJ : Oui. Il s’agissait de montrer à l’étranger des œuvres de très haute qualité pour convaincre qu’en France aussi il se passe quelque chose dans le domaine du bijou contemporain. Notre ambition avec Christian Alandete était de répondre, par cette exposition, au manque de visibilité des bijoutiers contemporains français à l’étranger.

NP : Le  bijou contemporain français est à ce point inexistant dans le monde ?

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Broche "Chardon" en or, fer - Ulrike Kämpfert, 2005 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Très souvent à l’étranger, on me pose la question “qu’est ce que vous faites en France” ? Dans le tout petit milieu mondial du bijou contemporain - en gros un millier de personnes au total -, les Français sont très peu représentés. A Munich, haut lieu mondial du bijou contemporain, la France était perçue comme un pays où il ne se passe rien.

NP : Arrêtons nous un instant sur les définitions … Qu’est ce qu’un bijou contemporain ?

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Bague "Camé noir" en argent oxydé, or - Catherine Le Gal, 2007 © Photo Jacques Davis

BJ : Donner une définition devient de plus en plus difficile car le bijou contemporain a pris beaucoup de latitude au cours des 5 ou 10 dernières années. Je vous livre ici une définition très personnelle. Pour moi, le bijou contemporain prend la pratique comme sujet d’expérimentation. Le propos n’est pas de faire des bijoux, mais de savoir comment on peut questionner le bijou. La recherche des créateurs porte sur “comment fonctionne le bijou ?” et non pas sur “comment faire beau et séduisant ?”. Par analogie, on peut se référer à Perec et Calvino qui, dans les années 60 ont écrit des livres qui parlaient de l’écriture ; le vrai sujet de leur travail n’était pas la narration mais l’écriture. Mais j’ai tout à fait conscience qu’une telle définition n’est pas unanimement partagée.

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Bague "Petit poney" en fimo, plastique, paillettes - Maud Traon, 2007 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Quelle pourrait être alors une définition plus universelle ?

BJ : Pour aller au plus simple, je dirais que c’est le produit de la démarche d’un artiste qui conçoit et réalise des pièces uniques, fait des expositions personnelles dans des galeries et … parfois vend. Ici, pas de distribution en série ou extrêmement peu. Un créateur bosse pendant plusieurs années sur un thème avant de livrer au public le fruit de son travail dans une galerie  de bijou contemporain, qui fonctionne exactement comme une galerie d’art.

NP : Quels sont les thèmes sur lesquels travaillent les créateurs de bijoux contemporains ?

Collier pectoral "Anémone" en cuivre émaillé - Joanne Grimonprez, 2007 © Photo Joanne Grimonprez

BJ :  Quand on leur pose la question de leurs outils de réflexion, les créateurs citent aussi bien la philosophie, la sociologie, l’anthropologie ou la littérature. Dans l’exposition, “Also known as jewellery”, il y a 17 créateurs. Ils ont des formations très différentes et abordent tous des thèmes différents. Certains traitent du corps, d’autres questionnent le genre, ou d’autres encore interpellent les problématiques sociales … Comme avec l’art contemporain, on peut déboucher sur le politique au sens large.

NP : Et qu’est-ce qu’un bijou conceptuel ?

BJ : Le bijou conceptuel implique, je pense, une forme de dématérialisation de l’objet. On demande au spectateur d’appréhender non pas une réalisation formelle, mais un processus et une idée. Très peu de gens aujourd’hui font du bijou conceptuel selon cette définition, mais je citerais en exemple la pièce “Redundancy of Matter”, de l’artiste israélien Attaï Chen, et l’ensemble de l’œuvre de l’allemande Suska Mackert.

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"Roads never trave" Chambres à air ajourées - Amandine Meunier, 2007/2008 © Photo Johann Fusinelli

NP : Revenons à l’exposition proprement dite : comment le projet a t il vu  le jour ?

BJ : Tout a commencé à Londres, au vernissage d’une exposition de bijoux italiens. J’ai longuement discuté avec la directrice de la Flow Gallery qui s’est montrée enthousiaste à l’idée de présenter des bijoux français. Pour que notre projet soit viable, il nous fallait au moins trois partenaires. Nous avons convaincu ensuite les galeries Alternative à Rome et Velvet da Vinci à San Francisco. Notre projet devenait alors possible et tout a commencé. Ensuite, nous avons convaincu l’Institut Français de Munich et la Villa Bengel d’Idar-Oberstein. La conservatrice du Falkenberg Museum est venue à nous après avoir vu l’exposition à Munich, enthousiaste de pouvoir mettre en regard cette exposition avec ce qui se passe en Suède dans le domaine.

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Collier "Barbie" en plastique, vernis à ongle, fil - Jana Natier, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Quels ont été les critères de sélection des créateurs présentés et qui devenaient en quelque sorte “ambassadeurs du bijou français”?

BJ : On ne peut pas vraiment parler d’ambassadeur au sens strict : nous avons privilégié une sélection assez restreinte qui correspond à notre approche mais ne peut résumer la diversité des pratiques du bijou contemporain en France.

NP : Le sélection a t elle été difficile ?

BJ : Nous avions une idée très précise de l’axe dans lequel nous voulions aller, de ce que nous souhaitions montrer. Il y a une part d’arbitraire nécessairement dans les choix qui sont pris. Nous sommes partis des pratiques qui correspondaient le mieux à notre approche du bijou contemporain et de là nous avons définis des critères précis pour le choix des pièces.

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"Beauty Tool", rouge à lèvres (by Terry) en or 920 - Frédéric Braham, 2006 © Photo Paul Duchovel, AAA Production

NP : Qui a choisi les pièces exposées, les créateurs ou les organisateurs ?

BJ : Christian et moi. Nous connaissions déjà le travail de la plupart des créateurs et, chez certains, il y avait des pièces que l’on tenait à présenter. Dans notre sélection, la grande majorité des objets est portable. Ceux qui ne le sont pas (par exemple, certaines pièces de Frédéric Braham et de Christophe Marguier) font référence à l’ornement et sont affiliés à ses codes.

NP : En tant que créateur vous même, votre sélection n’est-elle pas entachée d’un certain biais ?

BJ : Je ne pense pas avoir privilégié ici des gens dont le boulot ressemble au mien. Je suis intimement persuadé que quelqu’un d’autre chargé de faire la même expo sur le bijou contemporain français aurait aboutit à quelque chose d’approchant dans le choix des créateurs. Peut-être pas les mêmes pièces …

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"Hier, le surlendemain" en fer, cuivre, émail, peinture - Christophe Marguier, 2003/2005 © Photo Christophe Marguier

NP : Vous n’avez pas exposé votre propre travail …

BJ : Non, et pour une raison évidente : déontologiquement, on ne peut pas s’auto choisir. Je ne le regrette pas car n’ayant pas été exposé moi même, j’ai eu l’impression de mieux défendre la cause … et c’était plus simple pour moi.

NP : Comment s’est effectuée entre Christian Alandete et vous la répartition des tâches ?

BJ : Il n’y a pas eu réellement de répartition des rôles. En ce qui concerne la sélection des créateurs, nous avons chacun nos préférés, mais à aucun moment il n’y a eu de conflit sur le choix de tel ou tel. Et au plan de l’organisation, nous avons simplement optimisé nos savoir faire spécifiques : en tant que commissaire d’exposition, Christian a une connaissance des institutions et un réel savoir faire dans les arcanes administratives ; en tant que designer, c’est plus facile pour moi de m’occuper de la réalisation de la scénographie par exemple.

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Bijou de langue, 2 pièces en or fin - Emmanuel Lacoste, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Vous travaillez depuis longtemps ensemble ?

BJ : J’ai connu Christian à l’occasion de l’ exposition “Un vrai bijou” qu’il avait montée en 2005 sur les bijoux contemporains en France à la galerie Artcore à Paris, puis à Cagnes-Sur-Mer. Il avait su donner un esprit de corps à la trentaine de créateurs présentés. C’est aussi un des fondateurs de la Garantie. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus sur ce que l’on voulait faire avec l’exposition itinérante.

NP : Quelles difficultés avez vous rencontrées pour monter l’exposition ?

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Collier "Performance" en plâtre, gaze, boite en bois - Nathalie Perret, 2007 © Photo Nathalie Perret

BJ : Le projet a été long à monter, il a eu beaucoup de difficultés à trouver un financement en France, en dépit de l’intérêt manifeste de nos partenaires étrangers. La position hybride du bijou contemporain – ni vraiment dans l’art, ni vraiment dans l’artisanat – permet à chacun de se renvoyer la balle sans sortir son carnet de chèque. Sauf pour l’exposition de l’Institut Français de Munich qui a été financée par la Ville de Cagnes-sur-Mer et celle aux Ateliers de Paris par la Ville de Paris. Le catalogue a été en partie financé par les bijoutiers et principalement par les ventes à l’étranger.

NP : Parlez nous justement du catalogue …

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Collier en argent, jouets en plastiques - Carole Deltenre, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Nous nous sommes livrés à un travail de fond pour mettre en valeur la richesse du travail de chacun. Nous avons édité un catalogue bilingue avec pour chaque créateur : un texte, des photos de studio réalisées par Enrico Bartolucci  pour les bijoux présentés et un poster des bijoux portés shooté par Elene Usdin. Pour chaque bijoutier nous avons contacté, en concertation avec eux, des auteurs qui pouvaient donner une approche intéressante de leur travail qu’ils soient historiens, critiques d’art, sociologues, philosophes …  Il y a une photo très forte de Nathalie Perret qui a réalisé un collier fait de sacs de plâtre. Le bijou qu’elle porte, c’est la trace de plâtre sur la robe. Il n’y a pas d’objet …

NP : Les pièces exposées à Paris étaient-elles les mêmes qu’à Londres, Rome, Munich, … ?

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Collier de naissance "Naissance neuf perles" à usage plus universel, en résine blanche imprimée, dorure à la feuille, plexiglass blanc, anneau de métal - Florence Lehmann, 2002 © Photo Jean-Louis Hess

BJ : L’exposition a un peu évolué dans son itinérance. Les créateurs ont toujours été les mêmes. Et si un cinquième des pièces environ a changé c’est tout simplement parce que des œuvres ont été vendues et qu’il a fallu les remplacer.

NP : Et la présentation a t elle évolué ?

BJ : Oui, d’une certaine manière car nous avons du nous adapter aux différents espaces et mobiliers existants. Il n’y a vraiment qu’à Paris qu’il y a une scénographie.

NP : Une scénographie très remarquée effectivement. La présentation dans des valises, c’est parce que l’exposition a beaucoup voyagé ?

BJ : Certes … Mais c’est avant tout un clin d’œil de nous autres créateurs. Nos œuvres voyagent constamment. Il y a en permanence des collections de bijoux qui transitent dans le monde par la poste, en train et en avion. La valise est intimement liée au bijou, car elle peut facilement accueillir ces petits objets.

NP : Also known as jewellery : pourquoi un titre en anglais ?

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Broche en argent, or, émail - Monika Brugger, 2008 © Photo Corinne Janier

BJ : Lors du vernissage à Paris, nous avons été critiqués sur ce point par quelques défenseurs de la langue française. Le choix de l’appellation mérite donc une explication. Ce n’est pas de notre part un parti pris d’anglicisme, mais une volonté d’efficacité. Nous voulions un titre qui fasse sens : on présente des objets qui couvrent deux ou trois champs de la création et sont aussi connus comme bijoux, mais en dernier lieu seulement. Autrement dit : “des objets qu’on connait aussi sous le nom de … bijoux”. Reconnaissez que l’expression anglaise est plus efficace que s’il avait fallu le dire en Français. D’autant que A.K.A. est un poncif de la langue anglaise qui veut dire “alias”. En anglais, on traduit mieux l’ambiguïté des objets qu’on présente ici. Et puis, dans les six pays où l’exposition a tourné avant Paris, le Français était loin d’être la langue la plus pratiquée.

NP : Pourquoi Paris en dernier ?

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Collier en écharpe "Toison aux pattes dorées" en cotte de maille en acier inox, pattes en argent plaqué or - Sophie Hanagarth, 2004 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Au départ l’exposition, compte tenu de ses objectifs, était essentiellement destinée à l’étranger. Après Rome, Londres et San Francisco nous avons sollicité des institutions en France et des galeries à l’étranger. Exposer en France n’était pas gagné d’avance. C’est difficile de convaincre les institutions d’accepter quelque chose qui n’est pas institutionnalisé. En France, on aime les spécialisations et on ne mélange pas artisanat et art contemporain par exemple. Aussi sommes nous redevables à Françoise Seince d’avoir levé les barrières et de nous avoir ouvert les portes des Ateliers de Paris.

NP : Paris est la dernière étape de l’exposition ?

BJ : Oui.  A trop la prolonger, l’exposition ne serait plus vraiment actuelle. Elle présente des œuvres qui ont deux ans ou plus. En outre, sur le plan personnel, nous nous sommes fortement impliqués, Christian et moi, depuis deux ans et nous souhaitons nous consacrer à d’autres projets.

NP : Quelles ont été les réactions du public dans les différents pays ?

BJ : Chaque pays a eu des réactions différentes. Cela tient beaucoup au fait qu’il y a eu des publics différents. En Angleterre, par exemple, tous les principaux professeurs des écoles d’art sont venus avec leurs étudiants. On a eu droit à des clins d’yeux et hochements de têtes de ce public d’initiés signifiant “maintenant on comprend … “. A Rome, ce sont surtout les clients de la galerie Alternative qui sont venus : ils se sont souvent montrés déroutés, déboussolés. Nous étions loin de leur expérience. A San Francisco, le public était plus varié : collectionneurs, artistes, voire les gens de la rue … Dans cette ville – berceau des réflexions sur le genre, la sexualité, le féminisme, des œuvres comme celles de Carole Deltenre, Florence Lehmann ou Monica Brugger ont été comprises immédiatement et appréciées, même par des non initiés. Les américains de la côte ouest reconnaissaient cette manière de parler du féminin. A Munich, centre mondial du bijou contemporain, nous avons remporté notre examen de passage : plus de 400 personnes sont venues pendant les quatre jours qu’a duré l’exposition, les catalogues se sont arrachés et l’expo a été jugée cohérente.

NP : Et en France ?

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Bague "Promesse (camé)" en or fin, fer - Brune Boyer-Pellerej, 2008 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : En France, les réactions sont positives aussi. J’ai eu beaucoup de retours de personnes qui se disaient bluffées par la scénographie et le travail réalisé. Elles ne s’imaginaient pas qu’on puisse faire tant de choses avec le bijou.

NP : C’est donc une réussite ?

BJ : C’est un travail de longue haleine car les barrières culturelles sont plus fortes en France que dans bien d’autres pays : l’Angleterre, l’Allemagne, la hollande, l’Italie … par exemple qui n’ont pas totalement rompu avec leur passé médiéval en matière d’artisanat. Le secteur est très bien structuré à l’étranger avec un nombre considérable de galeries spécialisées qui fonctionnent sur le modèle des galeries d’art contemporain avec des expositions temporaires régulières. Nous avons difficilement ça en France. En France, où il n’y a plus de joailliers de quartier, on semble aveuglé par la toute puissance de la Place Vendôme. Mais je suis assez optimiste. Petit à petit, les gens vont s’habituer à de nouveaux critères artistiques … Pour l’exposition à Paris, nous avons eu un article dans le Figaro, média grand public. Nous en sommes ravis.

NP : Les institutions françaises s’intéressent-elles au bijou contemporain ?

BJ : Non, pas véritablement car, comme je l’ai dit tout à l’heure, on ne sait pas très bien où le placer. Pour une action dans la durée, on doit toutefois saluer l’action de l’Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer. C’est le seul espace public à garder le cap et sa programmation ne faiblit pas.

NP : Et la formation, c’est important ?

BJ : Je préfère parler de transmission professeurs-élèves dans le bijou contemporain. On reconnait déjà des filiations par les œuvres des étudiants de Monika Brugger qui enseigne à Limoges, de Florence Lehmann et Sophie Hanagarth qui enseignent à Strasbourg et de Brune Boyer qui a enseigné à Paris pendant 12 ans avant de passer le flambeau à Patricia Lemaire. Mais il faut être conscient que les promotions de Paris, Limoges et Strasbourg réunies se montent annuellement à une dizaine d’étudiants, alors que 600 étudiants sont formés chaque année en Grande Bretagne.

NP : Comment voyez vous évoluer le bijou contemporain ?

BJ : Son avenir ne tient qu’à nous. Nous avons montré que nous savions utiliser les moyens du bord. Il y a de nombreuses choses qui se passent actuellement : des tas d’initiatives privées. Au rendez vous “Le dit du bijou”, on le constate chaque mois. On travaille aussi sur des projets, notamment un parcours du bijou contemporain qui devrait voir le jour d’ici deux ans. C’est bouillonnant, mais nous avons pas mal d’écueils à éviter, particulièrement celui de la compartimentalisation. Chercher sa légitimité ne doit pas pousser le bijou contemporain à surdéfinir son terrain d’action en érigeant des murailles, pour ne pas être confondu par exemple avec le design, et créer un territoire restreint et isolé. N’oublions pas que design, art et artisanat sont les trois fées qui se sont penchées sur son berceau.

  • Interview réalisée le 1er février 2011
  • Exposition Also known as jewellery -  Les Ateliers de Paris – 30, rue du Faubourg Saint-Antoine – 75012 Paris – Du 13 janvier au 12 mars 2011, du mardi au samedi de 13h à 19h – Entrée libre
  • Catalogue Also known as jewellery, A touring exhibition of french jewellery – Février 2009, disponible à la vente

Bijoux de créateurs à l’Espace Solidor : Une réinterprétation de la bijouterie traditionnelle

Jeudi 11 février 2010

affiche-leducation-sentimentaleL’Espace Solidor de Cagnes sur Mer propose, à partir du 27 février, une nouvelle exposition de bijoux de créateurs contemporains. Elle s’intitule “L’Education sentimentale”, en référence au roman de Flaubert où le narrateur doit se tailler son propre chemin sans se laisser influencer par les idées préconçues. Les sept artistes internationaux présentés puisent leur inspiration dans le répertoire de formes de la bijouterie traditionnelle et repensent leurs modèles en fonction des caractéristiques du monde actuel.

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Les créations de l’américaine Anya Kivarkis font le lien, entre période ancienne – principalement de style Victorienet contemporaine. Ses pièces détournent les images du luxe et de la joaillerie pour n’en laisser paraitre que l’illusion ; les pierres précieuses sont ici réduites à leur seule forme. Son travail, présenté pour la première fois en France, à déjà fait l’objet de nombreuses expositions aux Etats-Unis. Les bijoux de la britannique Lin Cheung s’inscrivent dans une réflexion sur les relations que chacun entretient avec ses bijoux. En s’appuyant sur des standards anciens, elle parvient à créer des bijoux nouveaux : une boucle d’oreille en forme de perle dorée ou un pendentif en forme de coeur sont par exemple laissés dans leurs écrins ouverts pour les transformer en broches.

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Si les pièces de la suédoise Åsa Lockner ont l’apparence de bijoux classiques, elles n’en révèlent pas moins de menues imperfections, des parties inachevées, des traitements d’oxydations particuliers … Ces “défauts” délibérés traduisent la volonté de rendre perceptible le process de fabrication et de révéler les subtilités de la métamorphose progressive du métal selon son degré d’échauffement. Ses bijoux semblent en évolution permanente. Récemment diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, la française Carole Deltenre part, elle, de formes traditionnelles comme le Camé ou la Chevalière. Mais c’est pour écrire une histoire du bijou passée par le prisme des combats féministes et la réappropriation de leur corps par les femmes.

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

La néerlandaise Gesine Hackenberg prélève dans des pièces de céramiques usuelles, des détails qui constituent les éléments de ses bijoux. Ses créations sont les éléments d’un puzzle dont les pièces sont indissociables de l’objet dans lequel ils ont été prélevés et forment un ensemble que la créatrice expose toujours de manière conjointe. Éloigné de l’esthétique dominante dans le bijou contemporain espagnol, Marc Monzo, pour sa part, préfère une réinterprétation d’une esthétique produite en Catalogne entre les années 30 et 70. Son travail associe souvent des matériaux précieux à des bouts de plastiques récupérés. Il s’agit de faire entrer le bijou dans la vie quotidienne ! Les pièces sélectionnées à Cagnes-sur-Mer portent toutes un regard ironique sur la bijouterie précieuse et sa valeur symbolique.

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Travaillant à partir d’images photographiques anciennes, l’allemande Bettina Speckner suscite la libre interprétation de chacun car elle ne donne aucune indication sur les lieux, l’époque, l’identité des personnages. Ces images, associées à des perles, des pierres précieuses ou des objets du quotidien, ouvrent les portes d’une mémoire collective où chacun peut projeter son propre parcours.

  • Exposition L’Education sentimentale – Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes
  • Du 27 février au 23 mai 2010