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L’Espace Solidor de Cagnes sur Mer célèbre le bijou contemporain

Lundi 19 avril 2010

Bague en argent - Christophe Verot - Fond de l'Espace Solidor

Bague en argent - Christophe Verot - Fonds Espace Solidor

Quand l’équipe municipale emmenée par Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes sur Mer, a pris ses fonctions en 1997, il y avait sur le haut de la ville, quelques ateliers occupés par de jeunes artistes bijoutiers locaux. Sous l’impulsion de Roland Constant, adjoint au Maire et délégué à la Culture et aux Musées, cet endroit est devenu l’Espace Solidor, lieu de référence du bijou contemporain. Pour Le Magazine Notes Précieuses, Roland Constant présente l’Espace Solidor.

Notes Précieuses : Quand vous avez pris vos fonctions en 1997, étiez-vous déjà familier du monde du bijou ?

Roland Constant : A l’époque non, et certainement beaucoup moins qu’aujourd’hui. Mais j’ai tout de suite compris que la “niche culturelle” du bijou contemporain était une chance à saisir pour notre ville labellisée “Ville et Métiers d’Art”. Il aurait été dommage de ne pas faire vivre ce label.

NP : Pourquoi une chance ?

RC : Avec le bijou contemporain, nous pouvions développer une activité culturelle originale en France et faire des choses intéressantes pour un budget compatible avec les finances de la ville. En outre, nous disposions d’un lieu privilégié

NP : L’Espace Solidor est en effet un lieu magique …

RC : Oui, dès que j’ai pris mes fonctions, j’ai immédiatement été séduit par le lieu. Et comme il fallait quelque chose qui soit digne de nos ambitions, la municipalité a procédé à des acquisitions immobilières et entrepris des travaux pour réunir plusieurs bâtiments, dont la maison de Suzy Solidor. Aujourd’hui, nous disposons d’espaces d’expositions, qui sont de véritables écrins pour nos bijoux, et d’un centre de documentation. Nous allons aussi bientôt mettre des résidences-ateliers à la disposition de jeunes artistes.

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

NP : Comment définissez vous le bijou contemporain ?

RC : Il n’y a pas de définition “passe partout”. Pour moi, c’est une œuvre unique créée par un artiste. Pour définir le bijou contemporain, il faut faire apparaître les notions de création, d’unicité de l’œuvre. Ce qui est certain aussi, c’est que pour ce type de bijou, le matériau utilisé a moins d’importance que l’idée qu’il porte. Le non initié peut être surpris par la forme des bijoux ou la nature de leurs composants, mais la communauté s’y reconnait tout de suite. C’est plus une histoire, une idée, une expression artistique. Ici, on est proche de la sculpture et des arts plastiques.

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann (fond Espace Solidor)

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann - Fonds Espace Solidor

NP : Quels sont les axes principaux de votre action ?

RC : Nous organisons trois expositions par an dont une internationale et une où nous présentons les bijoux de notre fonds. Nous avons en effet une ligne d’acquisitions de bijoux contemporains, généralement en provenance des collections d’artistes que nous avons exposés. Nous possédons à ce jour 80 pièces de créateurs du monde entier.

NP : Quelles mission vous êtes vous assignées ?

RC : La France a beaucoup de retard en ce qui concerne le bijou contemporain. D’abord, faire reconnaitre le bijou contemporain en misant sur la qualité extrême. Ensuite, le rendre accessible au plus grand nombre.

Broche Unreal Sun 22 en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004

Broche "Unreal Sun 22" en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004 - Exposition à l'Institut français de Munich, 2010

NP : Pensez vous avoir atteint vos objectifs sur le premier point ?

RC : Oui, depuis longtemps. Nos expositions valent à Cagnes-sur-Mer d’être reconnue aujourd’hui dans le monde entier comme la place française de référence dans le bijou contemporain. Les visiteurs étrangers – principalement allemands et italiens – sont très nombreux pendant les vacances. Notons aussi que, par notre intermédiaire et grâce au soutien immédiat de Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes-sur-Mer dans la réalisation de ce projet, pour la première fois, des créateurs français de bijoux contemporains étaient présents cette année à l‘Institut français de Munich en Allemagne pendant le salon “Schmuck 2010″.

NP : Et au plan pédagogique ?

RC : Il nous parait important avant tout de faire découvrir cet art aux enfants et former leurs goûts dans des ateliers pédagogiques. Marianne Anselin, jeune artiste de 28 ans au parcours prometteur, que nous avons présentée en 2009, a déjà animé des ateliers dans le cadre du Centre de Loisirs de Cagnes-sur-Mer. En outre, parce que les visiteurs ont souvent besoin d’explications, nous formons le personnel d’accueil à répondre aux questions du public.

NP : Y a t il des thèmes de prédilection qui se dégagent des expositions de l’Espace Solidor ?

RC : Nous avons produit une trentaine d’expositions jusqu’à présent à l’Espace Solidor. Elles étaient toutes différentes, consacrées à des artistes de diverses provenances géographiques comme l’Australie avec l’exposition “Melbourne – Australie“, mais aussi l’Italie, les Pays-Bas …, ou à des thèmes particuliers comme par exemple la Matière : l’or, le papier, voire le caillou. Tous les courants d’inspiration du monde entier ont vocation à être présentés ; le seul critère véritablement discriminant est la qualité et l’innovation.

NP : Quelles expositions vous ont, vous même, le plus marqué ?

RC : C’est très difficile de répondre à une telle question. On aime généralement la dernière en date ; je vous répondrai donc “L’éducation sentimentale“, qui se tient jusqu’au 23 mai prochain. Spontanément, j’évoquerai également le regard que nous avons porté à l’été 2006 sur le bijou italien à travers trois générations de créateurs unis par une même vision architecturale et sculpturale du bijou. C’était esthétiquement superbe. Dans un autre registre, je dois reconnaître que j’ai un faible – sans doute pour son côté déjanté – pour l’exposition “I don’t wear jewels, I drive them” qui s’est tenue au printemps 2004. C’était une exposition extrêmement originale organisée autour de l’automobile, objet symbole de notre civilisation : design, industrie, mais aussi drames routiers …

A gauche : Broche Vento en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella A droite : Bracelet "Porsche bracelet" en polyuréthane et stéréolithographie - Gijs Bakker, 2000, édition 2/5

A gauche : Broche "Vento" en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella - Exposition Regard sur l'Italie, 2006 A droite : Bracelet "Porsche bracelet" stéréolithographie, polyuréthane - Gijs Bakker, 2000 - Exposition "I don't wear jewels, I drive them", 2004

NP : Diversité et éclectisme marquent vos choix ; en sera t il toujours ainsi ?

RC : C’est notre vocation, en insistant toujours sur l’aspect qualitatif des choses. Nous pouvons nous appuyer sur l’expertise des meilleurs commissaires d’expositions internationaux en matière de bijoux contemporains. Aujourd’hui, notre programme est bouclé jusqu’en 2013 et nous réfléchissons déjà au programme des années ultérieures.

NP : Qu’allez-vous proposer prochainement ?

RC : Cet été, nous allons faire découvrir de jeunes talents israéliens grâce à une exposition qui a déjà été produite aux Etats-Unis et en Israël. En 2011, nous présenterons certainement une sélection du Schmuck.

En outre, nous allons multiplier les partenariats pour porter haut le flambeau du bijou contemporain. Actuellement, nous avons déjà engagé des échanges avec l’Allemagne.

NP : L’avenir du bijou contemporain est donc serein …

RC : Certainement. Selon moi, le bijou contemporain est un peu la Formule 1 de la bijouterie. La “place Vendôme” est universellement reconnue, mais si on s’y intéresse c’est encore trop souvent pour les matériaux précieux. Pour sortir des sentiers battus, la bijouterie traditionnelle – qui reste un secteur privilégié – a de grandes idées à puiser, en termes de concept, de formes et de lignes dans la bijouterie contemporaine.

  • Interview réalisée le 23 mars 2010
  • Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes

Bijoux de créateurs à l’Espace Solidor : Une réinterprétation de la bijouterie traditionnelle

Jeudi 11 février 2010

affiche-leducation-sentimentaleL’Espace Solidor de Cagnes sur Mer propose, à partir du 27 février, une nouvelle exposition de bijoux de créateurs contemporains. Elle s’intitule “L’Education sentimentale”, en référence au roman de Flaubert où le narrateur doit se tailler son propre chemin sans se laisser influencer par les idées préconçues. Les sept artistes internationaux présentés puisent leur inspiration dans le répertoire de formes de la bijouterie traditionnelle et repensent leurs modèles en fonction des caractéristiques du monde actuel.

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Broche composée d'un chandelier et 3 miroirs ovales - Anya Kivarkis

Les créations de l’américaine Anya Kivarkis font le lien, entre période ancienne – principalement de style Victorienet contemporaine. Ses pièces détournent les images du luxe et de la joaillerie pour n’en laisser paraitre que l’illusion ; les pierres précieuses sont ici réduites à leur seule forme. Son travail, présenté pour la première fois en France, à déjà fait l’objet de nombreuses expositions aux Etats-Unis. Les bijoux de la britannique Lin Cheung s’inscrivent dans une réflexion sur les relations que chacun entretient avec ses bijoux. En s’appuyant sur des standards anciens, elle parvient à créer des bijoux nouveaux : une boucle d’oreille en forme de perle dorée ou un pendentif en forme de coeur sont par exemple laissés dans leurs écrins ouverts pour les transformer en broches.

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Collier en argent et ambre - Asa Lockner

Si les pièces de la suédoise Åsa Lockner ont l’apparence de bijoux classiques, elles n’en révèlent pas moins de menues imperfections, des parties inachevées, des traitements d’oxydations particuliers … Ces “défauts” délibérés traduisent la volonté de rendre perceptible le process de fabrication et de révéler les subtilités de la métamorphose progressive du métal selon son degré d’échauffement. Ses bijoux semblent en évolution permanente. Récemment diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, la française Carole Deltenre part, elle, de formes traditionnelles comme le Camé ou la Chevalière. Mais c’est pour écrire une histoire du bijou passée par le prisme des combats féministes et la réappropriation de leur corps par les femmes.

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

Collier Blue/white kitchen, en faïence - Gesine Hackenberg

La néerlandaise Gesine Hackenberg prélève dans des pièces de céramiques usuelles, des détails qui constituent les éléments de ses bijoux. Ses créations sont les éléments d’un puzzle dont les pièces sont indissociables de l’objet dans lequel ils ont été prélevés et forment un ensemble que la créatrice expose toujours de manière conjointe. Éloigné de l’esthétique dominante dans le bijou contemporain espagnol, Marc Monzo, pour sa part, préfère une réinterprétation d’une esthétique produite en Catalogne entre les années 30 et 70. Son travail associe souvent des matériaux précieux à des bouts de plastiques récupérés. Il s’agit de faire entrer le bijou dans la vie quotidienne ! Les pièces sélectionnées à Cagnes-sur-Mer portent toutes un regard ironique sur la bijouterie précieuse et sa valeur symbolique.

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Broche portraits, photographies anciennes - Bettina Speckner, 2007

Travaillant à partir d’images photographiques anciennes, l’allemande Bettina Speckner suscite la libre interprétation de chacun car elle ne donne aucune indication sur les lieux, l’époque, l’identité des personnages. Ces images, associées à des perles, des pierres précieuses ou des objets du quotidien, ouvrent les portes d’une mémoire collective où chacun peut projeter son propre parcours.

  • Exposition L’Education sentimentale – Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes
  • Du 27 février au 23 mai 2010