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Bijoux originaux de l’”Aesthetic movement” au musée d’Orsay

Jeudi 12 janvier 2012

Musee-d-orsay-expositionsEn explorant l”Aesthetic Movement”, né dans l’Angleterre de la seconde moitié du XIXe siècle, l’exposition “Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde” du Musée d’Orsay nous permet d’approcher la notion de “l’art pour l’art”. Cette nouvelle esthétique, affranchie des idées culturelles et des codes moraux, n’a d’autre objectif que d’atteindre la beauté. Après le Victoria and Albert Museum, le Musée d’Orsay présente ainsi les œuvres emblématiques des figures les plus représentatives du mouvement : Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones et William Morris ; James McNeill Whistler, Oscar Wilde et Aubrey Beardsley. L’idée de vivre entouré de beauté ne se limita pas à la peinture, la littérature, la photographie, l’architecture et à l’art décoratif. Cet esthétisme populaire s’exprima aussi pleinement à travers la mode et les bijoux.

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Musée d'Orsay © Photo Notes Précieuses

Choisissant leurs modèles parmi les femmes dont le physique et le mode de vie sortaient des canons victoriens, les peintres de l’”Aesthetic Movement” définirent de nouveaux critères de beauté. Magnifiant la splendeur naturelle du corps, ils firent en sorte que les vêtements d’une femme reflètent ses formes. Les conservateurs déplorèrent l’absence totale de sentiments humains et religieux dans leurs œuvres qui, selon eux, incitaient à l’immoralité. Mais de nombreux collectionneurs et mécènes ont largement adhéré à leurs idéaux. On les trouvait, d’une part parmi la vieille aristocratie et les cercles intellectuels, d’autre part chez les nouveaux entrepreneurs issus du monde du commerce.

James-McNeill-Whistler

A gauche : Symphonie en blanc n°2 : La Petite fille blanche (Symphony in White, n°1 : The Little White Girl), huile sur toile - James McNeill Whistler, 1864 - Londres, Tate, legs Arthur Studd, 1919 © Tate, London, 2011, A droite : "Mrs Luke Ionides", huile sur toile - Sir William Blake Richmond, 1882 - Londres, Victoria and Albert Museum © V&A Images

Les Ionises notamment, riches marchands anglo-grecs, étaient d’insatiables collectionneurs d’art. William Blake Richmond représenta dans une de ses toiles, une femme de la dynastie dans une robe artistique ample, serré à la taille par une ceinture ornée d’une boucle style néo-renaissance. Il est aussi à noter que le mouvement esthétique fut le premier courant artistique qui lança une mode touchant non seulement l’élite qui l’incarna, mais aussi les classes populaires. Prônant un retour à l’artisanat traditionnel, il donna naissance au mouvement Arts and Crafts.

Albert-Moore

A gauche : Faustine, huile sur toile - Maxwell Armfield, 1900/1904 - Paris, musée d'Orsay© RMN (Musée d'Orsay), Hervé Lewandowski et The Estate of Maxwell Armfield, Bridgeman Art Library, A droite : Solstice d'été (Midsummer), huile sur toile - Albert Moore, 1887 - Bournemouth, The Russell-Cotes Art Gallery and Museum © Photograph reproduced with the kind permission of The Russell-Cotes Art Gallery & Museum, Bournemouth

Dans le domaine de la bijouterie joaillerie, l’”Aesthetic Movement” préféra l’invention artistique à la valeur intrinsèque du bijou. L’artiste crée des œuvres plutôt que des symboles destinés à affirmer un statut social. Il utilise des matières comme – les pierres fines, l’ambre, le corail – , l’argent plutôt que l’or et remet à l’honneur des techniques telles que l’émail ou le filigrane. Les motifs, les formes et les techniques changent. On peut ainsi découvrir une broche d’Edward Burne-Jones utilisant des matériaux colorés comme l’émail, la turquoise et le corail. On peut aussi admirer un collier, ensemble filigrane en vermeil serti d’améthystes et perles. De nombreux artistes de l’”Aesthetic Movement” ont travaillé étroitement avec des joailliers professionnels comme Child & Child à Londres.

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A gauche : Broche et ornements pour cheveux en corail sculpté, or émaillé - Carlo Giuliano, 1875/95 - Londres, Victoria and Albert Museum, prêt American Friends © V&A Images, A droite : "Esther", huile sur toile,- John Everett Millais, 1865 - Etats-Unis, collection Robert et Ann Wiggins Photograph Courtesy of Sotheby's, Inc. © 2011

De même, le bijoutier Carlo Giuliano réalisa de nombreux bijoux conçus et dessinés par le peintre préraphaélite Edward Burne-Jones. Il travailla aussi pour Charles Ricketts et Edward Poynter. Ce dernier dessina le collier en vermeil doré et serpentine, dit “d’Hélène de Troie“. Il l’avait commandé pour son tableau “Helen of Troy” dans lequel il apparaît. Paradoxalement, en dépit du caractère classique du sujet de cette œuvre, le bijou s’inspirait d’un collier traditionnel indien Gujarâti. Les femmes contribuèrent à répandre la mode des robes et des bijoux “artistiques“, devenues influentes dans la diffusion de ce mouvement artistique.

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A gauche : Broche en argent et verre teinté -1840/1865. Dante Gabriel Rossetti l'offrit à Jane Morris - Londres, Victoria and Albert Museum, don de May Morris, fille de Jane et William Morris © V&A Images, A droite : "Bocca Baciata", huile sur panneau - Dante Gabriel Rossetti, 1859 - Boston, Museum of Fine Arts - Photograph © 2011 Museum of Fine Arts, Boston

L’Orient et les découvertes archéologiques de l’époque, notamment grecques et étrusques furent une source d’inspiration pour les peintres et les bijoutiers de l’époque. Dante Gabriel Rossetti, qui joua un rôle essentiel dans le développement de l’idéal esthétique et fonda la confrérie des préraphaélites, collectionna de nombreux bijoux orientaux et populaires. Il les fit souvent porter à ses modèles. Sa maîtresse, Fanny Cornforth, apparaît dans son œuvre “Bocca Baciata” (La bouche embrassée), sensuelle et provocante, portant boucles d’oreilles, collier et bijou de cheveux. C’est elle aussi qui, dans “The blue Bower” (Le boudoir bleu) porte en pendentif, une broche en argent et verre en forme de cœur. Cela n’a pas empêché le peintre d’offrir ce bijou à Jeanne Morris dont il tomba par la suite amoureux. Sir Lawrence Alma Tadema offrit à sa femme un bracelet manchette en or serti de diamants, turquoise, rubis, saphir en forme de serpent, réalisé par Joseph S. et Alfred B. Wyon. Le nom de la jeune femme y est gravé en lettres grecques. Il l’avait dessiné comme accessoire pour ses peintures en s’inspirant de pièces de joaillerie antiques grecques et romaines. La photographe Julia Margaret Cameron fit quant à elle porter à ses modèles, des bijoux “barbares”, ceux là même qu’arboraient au quotidien les femmes des cercles artistiques.

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A gauche : Tissu d'ameublement Plumes de paons (Peacock furnishing fabric). Coton imprimé au rouleau. Imprimé par la Rossendale Printing Co., Lancashire for Liberty & Co., Londres - Arthur Silver, 1887 - Londres, Victoria and Albert Museum, don de Rex Silver, fils du designer © V&A Images, A droite : "Pavonia", huile sur toile - Frederic Leighton, 1858/1849 - Londres, collection particulière, Courtesy Christie's © Christie's Images

Dans l’imagerie de l’”Aesthetic Movement“, qu’il s’agisse de peinture ou d’art décoratif, trois motifs reviennent constamment : les tournesols, symboles de la beauté vigoureuse ; les lys qui traduisent la beauté contemplative ou féminine et les paons, symboles traditionnels de l’orgueil de la beauté. Pour Frederic Leighton, évoquant son tableau “Pavonia” , le “paon” signifie que le vrai thème de la peinture est là. Par la suite, cette peinture fut considérée comme l’incarnation de la femme fatale moderne, à l’image de Lucrèce Borgia.

  • Exposition Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde – Musée D’Orsay – 1, rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris
  • Du 13 septembre 2011 au 15 janvier 2012

Bijoux en porcelaine et céramique à New York

Vendredi 19 août 2011

Expo-bijou-ceramiqueL’exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry, se tient actuellement au Museum of Arts and Design de New York (MAD) et présente une collection exceptionnelle de bijoux contemporains en porcelaine et céramique. Comme son titre le suggère, elle évoque la transformation d’un matériau humble, la terre, en un objet raffiné et sensuel, le bijou. Plus de cent œuvres sont sélectionnées et mises en scène par la créatrice d’origine allemande Monika Brugger, qui partage son temps entre son travail personnel et l’enseignement du bijou à l’ENSA de Limoges et à l’ESAD de Strasbourg. Dix-huit artistes de toutes origines géographiques sont représentés dont certains sont mondialement reconnus. Dédié à la création contemporaine et à la transformation artistique des matières, le MAD de New York est le lieu idéal pour une exposition sur le bijou contemporain, ce vaste champ d’expérimentation qui se situe aux frontières de l’art, du design et de l’artisanat. Initiée par la Fondation d’Entreprise Bernardaud, Un peu de terre sur la peau a également été présentée à Limoges en 2010.

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A gauche : Collier "Zig Zag" en porcelaine et argent de la collection "Woodland" - Terhi Tolvanen, 2007, Finlande © Francis Willemstijn, Au centre : Collier " Mokume" en porcelaine - Shu-lin Wu, 2008/2009, Taiwan © Hsiao-Yin Chao, A droite : Collier "Spakenburg" en céramique et corde de chanvre de la série Zuiderzeewerken II - Willemijn de Greef , 2009, Pays-Bas © Frans Kup

Le bijou a longtemps ignoré la céramique, hormis pour la réalisation de bagues sigillaires en faïence dans l’Égypte ancienne ou les imitations d’or en terre cuite dorée dans la Grèce et la Rome antique. C’est en 1773 que son emploi resurgit en Angleterre grâce à Joshiah Wedgwood qui invente une pâte de grès fin imitant le jaspe. Il produit des bijoux aux motifs romantiques à la manière des camées. Aujourd’hui, bien qu’encore largement liée dans notre imaginaire aux arts de la table, la céramique a réinvesti le domaine du bijou. C’est indéniablement la porcelaine qui a la faveur des créateurs car elle offre de multiples possibilités. Qu’elle soit utilisée par modelage ou coulage, seule ou en association avec le métal, le bois ou la pierre, elle peut changer d’apparence, de couleur et de surface. Lisse et pure, elle épouse toutes les formes recherchées … à condition d’en maîtriser les techniques et les contraintes, particulièrement celle liée à sa forte rétraction lors de la cuisson.

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A gauche : Pendentifs "Wearable gold 2" en porcelaine, or 24 carats, plaqué or 18 carats - Ted Noten, 2000, Pays-Bas © ATN, Atelier Ted Noten, Au centre : Broche en porcelaine et cuivre - Rian de Jong, 2007, Pays-Bas © Rian de Jong, A droite : Broche " Inventarium" en argent, porcelaine et caoutchouc - Katja Prins, 2002, Pays-Bas © Eddo Hartmann

Parure intime, le bijou est un objet qui parle du corps, des liens tissés avec les humains et la nature. La personnalité du créateur passe à travers ses œuvres ; ce qui explique la grande diversité des pièces exposées. Si les artistes ont de multiples origines géographiques, les Pays-Bas sont largement représentés dans cette exposition avec des bijoutiers de renom tels Peter Hoogeboom qui a déplacé sa micro-vaisselle de l’univers de la table à celui de l’ornement corporel ; Evert Nijland qui, en les posant sur le corps, rappelle à notre bon souvenir ces “parures intérieures” disparues avec la modernité et Ted Noten qui fut un des premiers à réagir contre l’appauvrissement du bijou-accessoire en proposant des œuvres jouant sur l’émotion et l’humour. Viennent également des Pays-Bas : Willemijn de Greef qui s’inspire des outils, matériaux et costumes folkloriques de sa région d’origine ; Rian de Jong dont les bijoux sont des “trésors de voyages” conçus comme autant de témoignages de ses destinations lointaines ; Manon van Kouswijk dont les recherches tournent autour de la perle qui exerce toujours au fil des siècles la même fascination dans l’univers féminin et Katja Prins dont les pièces parlent de la distorsion existant entre la chair d’humain, par nature chaude, vivante et ultrasensible, et le monde médical, hygiénique et froid, auquel nous confions notre destin.

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A gauche : Service de table "Breakfast at Tiffany's" en céramique, laiton doré, textile et bois - Natalie Luder, 2009, Suisse © Anaïs Bucher, A droite : Collier "Kitchen garniture" en grès et fil - Gésine Hackenberg, 2003/2010, Allemagne © Gésine Hackenberg,

Parmi les autres artistes de renommée internationale, on reconnait l’allemande Gésine Hackenberg qui tisse avec humour des liens serrés entre les domaines de la table et du corps, tous deux emblématique de notre désir de représentation sociale ; la créatrice franco espagnole Marie Pendariès qui questionne le poids de nos rituels sociaux à travers la parure et la jeune taïwanaise Shu-lin Wu Taiwan qui, ayant assimilé les influences multiples d’une formation internationale, conçoit des bijoux dont la délicatesse et la simplicité constituent la synthèse de toutes ces expériences acquises. Renouant avec les “petits objets de vertu” du XIXème siècle, les bijoux de la finlandaise Tiina Rajakallio sont composés de cheveux, d’argile et diverses matières. Une autre finlandaise, Terhi Tolvanen mélange des matériaux précieux avec d’autres plus naturels tels que la céramique, le bois ou des coquillages.

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A gauche : Collier "Purity" en porcelaine, ouate, cheveux humains, argile, gomme laque - Tiina Rajakallio, 2008, Finlande © Tiina Rajakallio, Au centre : Collier "Rococo" en porcelaine et lin - Evert Nijland, 2009, Pays-Bas © Heddo Hartmann, A droite : Soucoupe et collier "Pearl Grey" en porcelaine, perles, verre, bois, plastique - Manon van Kouswijk, 2004, Pays-Bas © Uta Eiesnreich

De Suède, vient Yasar Aydin dont les formes organiques sont inspirées par l’anatomie, le monde minéral et les fossiles et de France, la jeune Carole Deltenre qui, s’inscrivant dans la longue tradition du camée, représente des sexes féminins pour aider ses modèles à crier haut et fort que “leur corps leur appartient”.

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A gauche : Bagues" Flüchtige Momente" en porcelaine et argent - Luzia Vogt, depuis 2006, Suisse © Luzia Vogt, Au centre : Bague "Ohne Titel" en céramique dentaire et acier - Andi Gut, 1997/2000, Suisse © Gedusa Arndt, A droite : Broches "Nymphes" en porcelaine et argent - Carole Deltenre, 2007/2009, France © Carole Deltenre

La Suisse permet de découvrir : Andi Gut qui, parce que l’outillage de précision du bijoutier est sensiblement semblable à celui d’un dentiste, utilise l’univers de l’orthodontie pour façonner ses bijoux ; la plasticienne Natalie Luder qui, avec son nouveau service à dessert en forme de jeu pervers, bouscule les principes ancestraux de la convivialité occidentale par un arrangement inhabituel des “inégalités” entre convives … ; Luzia Vogt qui réutilise, en fragments découpés sertis de larges rubans d’argent, des bibelots que l’on trouvait dans les maisons familiales autrefois et Christoph Zellweger dont les œuvres oscillent entre “naturel” et “artificiel” et semblent autant de ponts lancés entre l’art et la science.

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A gauche 1 : Collier "Spanish Collar" en céramique et argent de la collection "Handle with care" - Peter Hoogeboom, 1995, Pays-Bas © Photo Henni Van Beek, A gauche 2 : Installation "La dot" 28 pièces en porcelaine - Maria Pendariès, 2008, France © Maria Pendariès, A droite 1 : Collier "Let me" en porcelaine et silicone - Yasar Aydin, 2008, Suède © Yasar Aydin, A droite 2 : "Seeds" en porcelaine et cuir - Christoph Zellweger, 2001, Suisse © Corné Bastiaansen

L’exposition sera présentée au Musée des Arts Décoratifs de Paris à partir du 8 mars 2012.

  • Exposition A bit of Clay on the Skin : New Ceramic Jewelry – Museum of Arts and Design – 2 Columbus Circle # 1 – New York, NY 10019-1800 – États-Unis – Du 15 mars au 4 septembre 2011
  • Exposition Un peu de terre sur la peau – Musée des Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris – Du 8 mars au 27 mai 2012

Les bijoux couture et joaillerie de Madame Grès au musée Bourdelle

Mardi 2 août 2011

Exposition-GresTout au long de sa vie, Madame Grès ne cessa de répéter : “Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre”. C’est donc tout naturellement au musée Bourdelle à Paris que ses robes trouvent leur place aujourd’hui. L’exposition “Madame Grès, La couture à l’œuvre” réunit quatre-vingts pièces provenant du musée Galliera et de collections privées, des bijoux, une cinquantaine de photographies originales ainsi qu’une centaine de croquis extraits du fonds de dessins de la Maison de couture. Tous ces éléments dialoguent avec les œuvres du sculpteur Antoine Bourdelle – le maître de Matisse et Giacometti – qui lui aussi était un adepte inconditionnel de la pureté.

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A gauche : Toile de coton de robe du soir - Grès, vers 1980, prêt de Mme Martine Lenoir et sculptures d'Antoine Bourdelle dans Le Grand Hall, A droite : Scanner assemblage extérieur et intérieur, tirage jet d'encre - Katherina Jebb, 2011, collection particulière et "Centaure mourant" - Antoine Bourdelle, 1911/1914 © Photos Notes Précieuses

Tout au long de sa carrière, de 1930 à 1988, Madame Grès – de son vrai nom Germaine Krebs – a su séduire une clientèle internationale allant de Marlène Dietrich et Greta Garbo à Jackie Kennedy et Grâce de Monaco. Photographiées par Richard Avedon ou Guy Bourdin, ses robes du soir ont souvent fait “la Une” de Vogue, Harper’s Bazaar, L’Officiel de la couture et de la mode ou du Jardin des Modes. Elles sont en jersey, souvent ivoire ou gris perle. Lorsqu’il est présent, le bijou est indissociable d’un monde où le textile est souverain. Pour Madame Grès, accessoires et bijoux constituent une partie intégrante du vêtement.

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A gauche : Madame Grès posant à côté de son modèle - Eugène Rubin, vers 1946 © Eugène Rubin, Au centre : Robe du soir en jersey de viscose blanc et gris - Grès, automne/hiver 1952/1953 - Galliera, don Mme Massy Métadier et Robe du soir en jersey de viscose bleu pervenche - Grès, hiver 1945 - Collection Didier Ludot, Paris et Robe de cocktail en jersey de viscose gris perlé, large ruban en faille de soie ivoire - Grès, printemps/été 1951 - Collection Dominique Sirop, Paris, A droite : Gros plan de la robe du soir en jersey de viscose bleu pervenche - Grès, hiver 1945 - Collection Didier Ludot, Paris © Photos Notes Précieuses

Le bijou est apparu très tôt dans les collections. L’année 1937 est celle des bijoux “barbares” rappelle Fabienne Falluel qui, dans le catalogue de l’exposition, raconte l’histoire du bijou chez Madame Grès. Ces œuvres “barbares” sont symbolisées par une pièce du musée Galliera dont le décor réunit un paon, symbole d’immortalité en Inde, des feuilles de trèfle, synonymes de chance pour nous occidentaux et des feuilles de ginkgo, qui évoquent la longévité au Japon.

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A gauche 1 : Robe du soir bustier en jersey de viscose rouge - Grès, automne/hiver 1961/1962 - Collection Azzedine Alaia, Paris et Robe du soir en jersey de soie - Grès, vers 1977 - Prêt de Mme Gersende de Sabran, duchesse d'Orléans et Robe d'intérieur en jersey de soie - Grès, printemps 1944 - Galliera, don Lefort des Ylouses, A gauche 2 : Robe du soir en taffetas rouge - Grès, automne/hiver 1974/1975 - Galliera, don Mme Pierre Schlumberger, A droite 1 : Robe du soir en rubans de taffetas de fibres artificielles - Grès, printemps/Eté 1950 - Galliera, don Mme Bouloche, A droite 2 : Robe du soir en jersey de soie à étages asymétriques gansés de rubans - Grès, printemps/été 1977 - Collection Dominique Sirop, Paris © Photos Notes Précieuses

Dans les années 1950, ce sont des réalisations signées Cartier, Boucheron ou Van Cleef et Arpels qui ornent les robes du soir de Madame Grès alors qu’à la même époque Christian Dior, Pierre Balmain ou Jacques Fath développaient, eux, leur propre département accessoires. C’est à partir de 1960 que les collections de Madame Grès comportent plus fréquemment des bijoux couture ou de créateurs. Elle fait appel à Roger Scemama ou Robert Goossens. C’est ce dernier qui l’a conduit à jouer des bois exotiques, des nacres et du cristal de roche. Elle fait également appel à des créateurs.

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A gauche : Collier en 2 parties, en alliage argenté, à décor végétal et animal - Alix, hiver 1936 - Galliera, don de la Société de l'Histoire du Costume, A droite : Collier "Nénuphar" en argent et anneaux en alliage ferreux - Robert Goossens pour Grès, 1971 - Galliera, don de la Société de l'Histoire du Costume © Photos Notes Précieuses

Graphiques et spectaculaires, les bijoux signés par Madame Grès au cours des années 1970 sont, d’une certaine manière, dans la filiation de ceux de la fin des années 1930. Réalisés en métal doré ou argenté, ils reprennent fréquemment le thème du feuillage. Des années 1930, la styliste reprend aussi l’idée des bijoux d’esclaves : ces cercles de métal doré et martelé qui plaisaient tant à Yves Saint Laurent.

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Collier, en argent doré, à décor de feuilles et de tête de bélier - Robert Goossens pour Grès, 1971 - Galliera, don de la Société de l'Histoire du Costume © Photos Notes Précieuses

L’esthétique propre à Madame Grès, mêlée aux inspirations multiples des créateurs des années 1970, ouvrait souvent vers des civilisations indiennes ou africaines. Les bijoux en or conçus par Lisa Sotilis étaient quant à eux fortement marqués par les origines grecques de cette créatrice. Grande voyageuse, elle collectait pierres anciennes ou précieuses, camées, fragments de verre antique dont elle enrichissait ses créations.  Lorsqu’elle décida de concevoir des bijoux précieux, Madame Grès fit appel au bijoutier Jean-Claude Champagnat (1923-1988) qui travaillait également pour Dior.

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A gauche : Ceinture, en argent doré, à décor de feuilles et de tête de bélier - Robert Goossens pour Grès, 1971 - Galliera, don de la Société de l'Histoire du Costume, A droite : Collier en métal doré - Robert Goossens pour Grès, 1969/1971 - Collection Ciel mes bijoux !, Bruxelles © Photos Notes Précieuses

En 1976, Madame Grès fut la première récipiendaire du Dé d’or, attribué à la “collection haute couture la plus attrayante de la saison“. Ce trophée en vermeil était une création Cartier, qui en imaginera dès lors chaque année une nouvelle déclinaison. Dans le catalogue de l’exposition, Marie-Laure Gutton souligne l’étroitesse des liens qui unirent Madame Grès au joaillier.

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A gauche : Collier en or, saphirs, rubis, émeraudes facettés - Cartier et Grès, 1979 © Cartier, A droite : Robe du soir en jersey et faille de soie blanc de Mme Grès datant de 1954 - Henry Clarke, 1954, publié dans Vogue France © Henry Clarke, Galliera, ADAGP, Paris 2011

L’histoire conjointe des deux maisons se trouva définitivement scellée en 1979, par la signature d’un accord selon lequel la maison de couture s’engageait à dessiner une collection de bijoux fabriqués en France par Cartier, dans des matériaux précieux, mais vendus à un prix  “abordable”. Madame Grès conçut ainsi une collection de 60 bijoux originaux qui se jouaient de la symétrie et se déplaçaient sur le corps : portés à la ceinture, à l’épaule ou dans le dos décolleté d’une robe du soir. Elle proposa également une étonnante série de bijoux à motif de haricot déclinés en collier, pendentif, bracelet et pendants d’oreilles.

  • Madame Grès, la couture à l’oeuvre – Musée Bourdelle – 16, rue Antoine Bourdelle – 75015 Paris
  • Du 25 mars au 28 août 2011
  • Catalogue de l’exposition – Editions Paris Musée

Bijoux de l’artiste contemporain Jean Pierre Dussaillant et trésors du musée Hôtel Bertrand à Châteauroux

Mardi 26 avril 2011

Bijoux-artistes-DussaillantLe Musée-Hôtel Bertrand de Châteauroux présente actuellement une centaine de bijoux de Jean-Pierre Dussaillant, créateur contemporain également peintre, graveur et sculpteur. Pour ses bijoux, l’artiste utilise tous les matériaux qui l’inspirent. Même s’ils peuvent parfois surprendre, comme le souligne Michèle Naturel, Directrice des Musées de Châteauroux : “Ils ne sont que rivets, boulons, cornière métallique (ramassée sur une plage de l’Ile de Ré), brûleurs de becs de gaz, de becs de chalumeaux … mais ils mettent en valeur d’autres matériaux très prisés depuis toujours : corail, pierres dures, perles fines, pâte de verre”. Redimensionnées à partir de sculptures, les œuvres exposées sont de vrais bijoux … qui se portent.

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Jean-Pierre Dussaillant © Photos Studio Langereau

Formé à l’école du classicisme Art-déco par deux Prix de Rome, Ducos de la Haille et Bertola, Jean-Pierre Dussaillant,  maîtrise à la fois le dessin, la forme, la couleur, les matériaux. Dans le somptueux catalogue de l’exposition, Jean-Pierre Melot le définit  comme “sculpteur d’abord, occupé à habiter l’espace“. Il précise “Les contours nerveux de ses reliefs s’inscrivent délibérément dans le vide. La simplification des formes le conduit à l’essentiel. [...] Le contour de la sculpture est devenu dessin, sa couleur s’est muée en patine : l’artiste en jouant sur les effets attendus des matériaux a crée son langage personnel.”

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A gauche : Bagues "Papillon" en laiton, or ou argent, corne - Jean-Pierre Dussaillant, Au centre : Broche "Fantôme" en laiton et argent - Jean-Pierre Dussaillant, A droite : Collier "Ruban" en laiton et argent - Jean-Pierre Dussaillant © Photos Studio Langereau

Pour définir plus généralement le bijou d’artiste, laissons la parole à Jean-Pierre Dussaillant pour qui c’est “un geste esthétique et affectif“. Il distingue deux catégories d’œuvres. La première est, selon lui, composée de bijoux “réalisés dans les matériaux de l’atelier avec une touche de folie ou de rêve et très souvent aussi avec une part de jeu“. Il évoque alors Calder” bricolant l’après-midi, sur son établi, ses fils de laiton, pour témoigner le soir de son génie et de son affection à la personne chez qui il se sait invité”. La seconde est plus sophistiquée, dans l’esprit du travail général de l’artiste, comme les bijoux coulés et sertis de pierres précieuses réalisés par Georges Braque.

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A gauche : Broche "Baiser" en argent - Jean-Pierre Dussaillant, 1994, Au centre : Collier "Caïn" en laiton, or, verre - Jean-Pierre Dussaillant, A droite : Bague "Arbouse" en laiton, argent, aluminium, verre, perles mobiles - Jean-Pierre Dussaillant © Photos Studio Langereau

Par sa petite taille précise Jean-Pierre Dussaillant, le bijou “vous permet de vous offrir encore plus facilement aux autres”. Redevenant pur esthète, il met aussi en garde la femme qui “ne devrait pas porter plus de quatre bijoux à la fois …”.

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A gauche : Collier "Vague" en bronze patiné, or, perles de culture - Jean-Pierre Dussaillant, Au centre : Broche "Rébus" en laiton, or et argent - Jean-Pierre Dussaillant, A droite : Bague "Cactus" en laiton, or, verre - Jean-Pierre Dussaillant © Photos Studio Langereau

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Bague en or et pierres précieuses d'un abbé de Déols - XIème siècle - Collection du musée © Musée Hôtel Bertrand

La présentation du Musée-Hôtel Bertrand est un événement car les expositions exclusivement consacrées aux bijoux d’artistes contemporains sont plutôt rares. Et peu d’artistes reconnus se sont consacrés à la création de bijoux. Ceux de Hans Arp, Braque, Cocteau, Dali, Niki de St Phalle, Louise Bourgeois, Calder … sont restés des productions confidentielles et marginales qui ont peu contribué à la notoriété de ces créateurs.

On pourra par la même occasion, découvrir pour la première fois les “Trésors” des collections des musées de Châteauroux : bijoux, parures et peintures évoquant l‘histoire du bijou, de l’époque gallo-romaine à nos jours.

  • Exposition Bijoux d’artiste, Jean-Pierre Dussaillant, et trésors du musée – Musée Hôtel Bertrand, Musées de Châteauroux – 2, rue Descente des Cordeliers – 36000 Châteauroux – tél : 02. 54. 61. 12. 30. – Du 18 février au 29 mai 2011
  • Visite guidée de l’exposition par Jean-Pierre Dussaillant – Samedi 14 mai 2011, à 20h30 et 21h30
  • Catalogue de l’exposition Bijoux d’artiste, Jean-Pierre Dussaillant – Musées de Châteauroux, 2011

Bijoux originaux de créateurs réunionnais à l’Espace Solidor

Mardi 22 février 2011

Exposition-bijoux-DalonesdesignL’Espace Solidor de Cagnes sur Mer expose les œuvres de huit créatrices Réunionnaises. Toutes sont membres de DaloneSdesign, association née de la volonté de promouvoir un courant de création contemporaine lié à l’identité de l’Ile. Toutes également ont bénéficié de l’enseignement de Gilles Jonemann, Maître d’Art en bijouterie contemporaine. On trouve dans leur pratique des points forts de convergence, notamment cette expérimentation sur la matière, synthétique ou naturelle, qui les conduit à transformer, récupérer, détourner, modeler, sublimer … Mais c’est toujours pour donner naissance à une œuvre personnelle et développer un univers artistique propre à chacune.

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A gauche : Bijou de cou - Aurélie Zémire, Au milieu : Collier "Vertébral" - Clara Fichora, A droite : Collier - Kelly Ferrand

Sont ainsi réunies à Cagnes sur Mer : Aurélie Zémire pour qui créer de nouveaux bijoux en manipulant les matériaux ou en détournant d’autres objets est avant tout un signe de liberté ; Clara Fichora qui s’inspire de l’environnement local pour créer des bijoux design identitaire ; Kelly Ferrand qui s’est donnée pour objectif d’aider la femme à être ce qu’elle désire être, que ce soit femme enfant, fée des bois, nymphe, ou guerrière.

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A droite : Collier "Kenyata", recyclage de matière synthétique et inox - Laetitia Cadeddu, Au milieu : Collier pendentif - Magalie Grondin, A droite : Boucles d'oreilles en tissus et inox - Suzette Depras

Laetitia Cadeddu qui nous convie à un voyage temporel en présentant dans tous ses états la calebasse, matériau à la fois ancestral et contemporain ; Magalie Grondin qui, avec ses bijoux réalisés à partir d’objets usuels détournés, cherche à provoquer l’émotion l’interrogation, voire le conflit ; Suzette Depras qui sollicite les reliefs de l’étoffe et s’empare des couleurs pour donner sens à ses bijoux textiles.

Bijoux-createur-originaux

A gauche : Collier Rouleau en cuivre patiné au feu - Sylvie Bernard, A droite : Collier "Engrenage" en aluminium, inox, éléments de récupération et silicone - Sylvie Présumey

Sylvie Bernard qui aime travailler le cuivre patiné au feu et cherche à retrouver ainsi l’essence même des choses de la vie ; Sylvie Présumey qui, en utilisant des matériaux synthétiques ou récupérés comme les coquillages, l’aluminium ou le néoprène, symbolise à travers ses bijoux, l’homme dans son pouvoir de destruction mais aussi dans sa capacité d’innovation.

  • Exposition DaloneSdesign – Espace Solidor – Place du Château – Haut de Cagnes – Renseignements : 04. 93. 73. 14. 42.
  • Du 26 février au 1er mai 2011, entrée libre du mercredi au dimanche, de 14h à 17h

Entretien avec Delphine Nardin

Lundi 15 février 2010

Delphine Nardin est une des créatrices sélectionnée par la boutique créateur Notes Précieuses. Pour Le Magazine, elle nous a accordé un entretien, où elle dévoile son parcours, ses inspirations, ses réflexions sur son métier.

Notes Précieuses : Votre dernière collection s’articule autour du verre dépoli …

Delphine Nardin : Oui, j’avais envie de me confronter à cette matière glanée, parce qu’elle a subi la marque du temps qui passe ; c’est l’altération de la vie. J’aime ce matériau pauvre, en fin de vie, jeté, et qui devient précieux : ses nuances diaphanes, son velouté incroyable, ses formes aléatoires, portent la mémoire du temps et de la mer : des valeurs inestimables ! Mais c’est aussi l’œil avec lequel on le regarde qui en fait un trésor.  Ce travail correspond à une nouvelle étape dans mon cheminement : je souhaite que mes bijoux racontent une histoire plus personnelle, plus vivante, plus forte. Ce matériau me relie aussi à mes études en géologie et archéologie. Je retrouve ici l’importance de l’empreinte du temps et de la nature.

Broche Delphine Nardin

Broche en verre dépoli, argent plaqué ruthénium - Edition limitée et numérotée - Delphine Nardin - Bijouterie en ligne Notes Précieuses © Notes Précieuses

NP : Vous n’avez pas poursuivi dans l’archéologie ?

DN : Non, étudiante, j’ai participé à des programmes de fouilles et des travaux de restauration d’objets anciens. La réalité m’est alors très vite apparue : beaucoup de tâches matérielles lentes, fastidieuses, répétitives. Pas vraiment pour moi ! Je me suis alors orientée vers le bijou. J’ai tout de suite su que ça ne serait pas un hobby ; j’en ferais mon métier. Je n’ai rencontré aucun frein dans mon entourage où l’on a toujours valorisé l’expression artistique, la matière, la création manuelle.

NP : Pourquoi le bijou en particulier ?

DN : D’abord, j’aime façonner la matière. C’est un champ d’exploration dans lequel je trouve une grande liberté d’expression. Et ce qui me plait dans le bijou, c’est qu’il entre en interaction très forte avec le corps, avec la personnalité. Avec le bijou, on touche à l’intime autant qu’au symbolique et à l’universel.

NP : Avez-vous suivi une formation professionnelle ?

DN : Je n’ai pas voulu faire d’école de bijouterie. Il me semblait que cette forme d’apprentissage était à la fois trop formelle et trop contraignante. Je voulais laisser libre cours à une expression libre. Je me suis formée sur le tas – maquette, fonte à cire perdue, assemblage, soudure … – car l’expérience m’a vite révélé que la technique est partout dans le bijou et que seule sa parfaite maîtrise permet de faire aboutir une intention créatrice. Mais la technique doit savoir se rendre invisible ! Si je maîtrise toutes les étapes dans l’élaboration d’un bijou, je ne souhaite pas pour autant en assurer moi-même la réalisation. J’ai toujours travaillé avec des artisans spécialisés, dans une démarche d’étroite collaboration.

NP : Comment avez-vous démarré dans la profession ?

DN : C’est toujours compliqué de démarrer et le chemin n’est pas toujours rectiligne. Par différentes activités je me suis d’abord peu à peu introduite dans le milieu de la mode. J’ai été maquettiste chez un parurier de Haute Couture ; j’ai aussi été accessoiriste pour un défilé de Thierry Mugler. Enfin, j’ai pu sortir les premières pièces Delphine Nardin. J’ai alors démarché des boutiques. J’ai sans doute eu de la chance car tout de suite on a acheté mes bijoux. Je me souviens, c’était début 90. Les premiers contacts ont enclenché d’autres commandes. La machine était en marche et j’ai pu faire des salons.

NP : Quelles sont en général vos sources d’inspiration ?

DN : Il y a beaucoup de choses en jeu, sculpture, matériaux, fluidité, lumière … C’est avant tout une question de sensation. L’inspiration se nourrit d’un faisceau de choses innombrables. Un déclic vient et je me lance dans quelque chose. Selon mes besoins et mes envies, je tire plutôt tel ou tel tiroir. En effet, c’est comme si j’avais des “petits tiroirs” dans la tête. Chacun contient des évocations, des livres de référence, des artistes qui m’ont marquée, des paysages, des couleurs … Pour moi, la nature est une référence absolue et la matière est quelque chose d’important. J’aime explorer les matériaux et les confronter parfois de façon inattendue ; ce qui est important c’est le dialogue qui naît de cette confrontation

NP : Quel est votre processus de mise en place d’une nouvelle collection ?

DN : Je conçois mes bijoux de A à Z et il convient de distinguer plusieurs étapes dans l’élaboration d’une collection. Il y a l’étape de création tout d’abord, qui est un processus solitaire. Ensuite, il faut mettre en œuvre les projets et là, c’est un travail de collaboration.

NP : Commençons donc par la création …

DN : Mettons à part le verre dépoli avec lequel j’ai entamé un processus de création de pièce unique. Ici, c’est la matière qui déclenche le travail. Pour les autres matériaux, je commence toujours par faire des croquis. C’est le dessin qui va me stimuler. Ensuite, j’aborde le volume en réalisant des maquettes, parfois en matériaux de substitution, cire, laiton, papier, milliput …

NP : Et c’est à cet instant que démarre un travail de collaboration ?

DN : Effectivement, ce sont des artisans spécialisés qui vont ensuite réaliser les pièces dans les matériaux que j’ai choisi : la porcelaine ou l’ébène par exemple. A partir de ma maquette, ils réalisent un prototype ou un moule. Pour le métal, on utilise le procédé de la fonte à cire perdue. A ce stade, on procède encore à des adaptations car on se rend compte des problèmes techniques. On ne peut jamais tout anticiper dès la première étape, même après 20 ans de métier. C’est souvent sur un détail que la cohérence de l’ensemble prend forme.

Collier en ébène

Collier en ébène du Gabon taillé à la main et agate, jaspe, quartz, laiton oxydé et verni - Delphine Nardin - Bijouterie en ligne Notes Précieuses © Notes Précieuses

NP : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos premières collections ?

DN : Mes premiers bijoux étaient assez simples. Ils avaient un aspect sculpté et leur montage était très rudimentaire. Au plan stylistique, les pièces – j’ai débuté avec le métal avant d’explorer d’autres matériaux – étaient très intuitives. Je suis encore étonnée par ce travail déjà bien équilibré alors que peu réfléchi. Aujourd’hui, ma démarche est toujours faite de spontanéité, mais aussi d’exploration et de beaucoup plus de travail. La maîtrise du métier se mesure dans la finition et le détail.

NP : Que vous apporte votre métier ?

DN : La liberté ! Et la satisfaction de créer, de mettre en œuvre le fruit de mon imagination. Le cheminement est souvent ingrat, mais il y a toujours une récompense au bout. Créer des bijoux n’est pas de tout repos. Il faut affronter le stress quand rien ne vient et c’est envahissant en phase de création, car on ne pense plus qu’à la collection en cours. Mais finalement je ne m’en plains pas car j’aime explorer et relever les challenges. En outre, il y a aussi les échanges avec les acheteurs, le partage d’expérience entre artistes … finalement. C’est très vivant et équilibré.

NP : Vous devez également être une business woman

DN : Certes. Le talent ne fait pas obligatoirement la réussite. Pour mener à bien son activité, il faut une capacité à gérer la finance, savoir se vendre et vendre ses créations … Le pan économique de l’activité de créateur prend beaucoup de temps et d’espace.

NP : Diriez-vous que c’est plus dur ou plus facile de s’investir dans le bijou aujourd’hui ?

DN : Sans conteste, c’est plus dur maintenant. Mais il y a bijou et bijou … Le marché s’est beaucoup développé, et la concurrence est parfois rude pour les créateurs. D’autant que cette diversité n’est pas forcément synonyme de créativité. Mais il y a tellement de façons de faire. Et tellement de clients potentiels. Chacun construit sa route, à sa mesure.

NP : Comment les gens arrivent-ils à s’y retrouver devant cette offre très diverse ?

DN : La capacité de “lire un bijou” s’acquiert.  Il faut savoir dépasser la simple séduction de ce qui est le plus “bluffant”. Il est important pour les créateurs de transmettre, d’expliquer leur travail, leur démarche.

NP : Votre conseil à une jeune créatrice ?

DN : Les frères Goncourt disaient : “il y a mille façons d’encourager les fausses vocations, mais aucune de décourager les vraies”. Il faut rêver sa vie et vivre ses rêves … et construire son avenir pas à pas.

  • Interview réalisée le 29 octobre 2009

Résultats du concours Jeunes créateurs “Bijou d’enfance” du Pôle Bijou de Baccarat

Lundi 30 novembre 2009

affiche2Le premier concours “Bijou d’Enfance” du Pôle Bijou de Baccarat vient de se terminer. Il a été instauré pour favoriser la promotion des jeunes créateurs et leur permettre de se faire connaitre auprès des professionnels. Le thème, volontairement très large de l’enfance, pouvait être abordé sans restrictions aucune, comme en témoigne la diversité des œuvres présentées. Les lauréats ont reçu leurs prix le 28 novembre dernier.

Dans la catégorie pièces uniques, l’univers des arts forains a séduit les jurés qui ont couronné Emmanuelle Loison pour “L’équilibriste”. Il s’agit d’une bague mobile qui s’inspire d’un vieux jouet populaire. Ce bijou a été réalisé sans croquis préalable, à partir de plaques et fils d’argent. L’anneau est creux : les différentes découpes sont montées comme les pièces d’un puzzle et soudées, avec des motifs de spirales – qui signifie le recommencement – ressoudés dessus. L’anneau, lui, est écrasé au marteau. Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en option objet, Emmanuelle Loison est âgée de 32 ans. Elle a démarré son activité professionnelle en 2005 en créant la marque Tetsuko.

Bague mobile "L'équilibriste" - Emmanuelle Loison - Catégorie pièces uniques

Bague mobile "L'équilibriste" - Emmanuelle Loison - Catégorie Pièces uniques

Dans la catégorie pièce de série, le jury a primé les “Perlingots” de Lily Alcaraz. Le point de départ du projet est un regard porté sur la façon dont les jeunes enfants créent des formes imaginaires à partir d’une forme de base. La créatrice est partie d’une forme simple : la pyramide, qui rappelle les berlingots de l’enfance. Elle a retenu deux tissus : l’étamine de laine pour son aspect doux et mat et le pongé de soie pour son côté soyeux et lumineux. Chaque bijou décline une gamme différente de couleurs. Le tissu est teint au préalable, puis mis en volume par deux coutures machine, un rembourrage et une dernière couture à la main. Les perles pyramidales sont enfilées grâce à un fil de nylon invisible ou un fil de fer. Agée de 24 ans, Lily Alcaraz est diplômée de l’école Duperré et de l’ANAT (Atelier National d’Art Textile). Elle a créé un bureau de design textile et un atelier de tissage manuel.

Collier "Perlingots" - Lily Alcaraz - Catégorie Pièce de série - Photographie : Véronique Huygue

Collier "Perlingots" - Lily Alcaraz - Catégorie Pièce de série - © Photographie : Véronique Huygue

Les enfants ont, eux aussi, décerné leurs prix. Ils n’ont pas su cacher leur penchant pour les friandises en plébiscitant le “Collier cerises” de Valérie de Roquemaurel (pièces de série) et “Gourmandises” de Savannah Dusson (pièces uniques). On notera que ces pièces ont également été primées par leurs ainés qui leur ont accordé respectivement les premier et deuxième place dans leur catégorie pour le “prix du public”.

"Collier cerises" - Valérie de Roquemaurel - Prix du jeune public et prix du public, pièce de série

"Collier cerises" - Valérie de Roquemaurel - Prix du jeune public et prix du public, pièce de série

Collier "Gourmandises" - Savannah Dusson - Prix du jeune public et prix du public, pièces uniques

Collier "Gourmandises" - Savannah Dusson - Prix du jeune public et prix du public, pièces uniques

Bijoux en verre dépoli et bijoux plaqué or : Nouvelle collection de Delphine Nardin

Vendredi 23 octobre 2009

Collier Green - Verres dépolis, pierre fine aigue marine, argent 925 plaqué ruthénium - vente en ligne bijoux créateurs Notes Précieuses Notes Précieuses

Collier Green - Verres dépolis, pierre fine aigue marine, argent 925 plaqué ruthénium - Vente en ligne bijoux créateurs © Notes Précieuses

Venez découvrir sur Notes Précieuses, le site de vente en ligne de bijoux créateurs, la nouvelle collection de bijoux de Delphine Nardin. La créatrice propose des bijoux en verre dépoli par la mer. Ces bijoux en argent 925 plaqué or sont associés parfois à des aigues-marines. Ces bijoux haut de gamme sont numérotés et réalisés en édition limitée.

Bijou bracelet, collier plaqué or, boucles d oreilles clips, broche argent plaqué ruthénium …, les bijoux originaux de Delphine Nardin nous racontent le temps qui passe.

Leur histoire commence sur les plages d’Atlantique : à l’origine, simples fragments de verre, aux infinies nuances marines, roulés puis rejetés par la mer et livrés ensuite à la patine des saisons. La créatrice réhausse d’or, de bronze ou de pierres semi précieuses ces matériaux naturels qu’elle a choisis avec discernement. Elle confronte ainsi le “noble” et le “moins noble” et conjugue les empreintes de la nature et le travail de la main.

Ces bijoux chic font l’objet d’un processus de fabrication délicat et exigeant : du serti de chaque fragment de verre à la soudure au laser, de l’assemblage au polissage.

De bonnes idées cadeaux pour femme et pourquoi pas trouver le cadeau de noël idéal

Collier Eau douce - Verres dépolis, pierre fine aigue-marine, argent 925 plaqué or - Vente en ligne bijoux créateurs © Notes Précieuses

Collier Eau douce - Verres dépolis, pierre fine aigue-marine, argent 925 plaqué or - Vente en ligne bijoux créateurs © Notes Précieuses