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Splendeurs du temps des Maharajas : Des joyaux d’exception

Jeudi 4 mars 2010

maharajaLa chute de l’Empire britannique et l’indépendance de l’Inde en 1947 ont porté un coup fatal à leur magnificence, mais les Maharajas continuent de nous fasciner. Deux expositions permettent d’approcher leur univers. Pour découvrir les costumes des cours princières, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent propose “Les derniers Maharajas” tandis que le musée The Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung de Munich prend le relais du Victoria and Albert Museum de Londres et produit la somptueuse exposition “Maharaja : The Splendour of India’s Royal Courts”.

costumes-maharajaSi le colonisateur britannique n’a pas confisqué la richesse des Maharajas, il a ôté à ces princes guerriers leur moyen d’expression favori : le droit de faire la guerre. Ceux-ci ont donc eu tout le loisir de se consacrer au plaisir et à la valorisation de leur image. La fin du Raj fut une époque bénie pour la création qui stimula, comme jamais auparavant, le talent des artisans indiens. C’est toute la richesse de cette production que propose aujourd’hui la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, en collaboration avec la Hutheesing Heritage Foundation. Les costumes des cours princières des derniers Maharajas se déclinent ici en une profusion de couleurs et de matières précieuses : or, argent, soie, brocart, broderies …  Une soixantaine de modèles et accessoires illustrent cette période où l’apparat tient lieu de langage officiel.

Achkan d'enfant en velours et broderies d'or - Collection Deepak et Daksha Hutheesing - Photographie : Dominique Cohas

Achkan d'enfant en velours et broderies d'or - Collection Deepak et Daksha Hutheesing © Photographie : Dominique Cohas

Même magnificence à Munich qui célèbre, après Londres, ces grands amateurs d’art et mécènes qui dirigèrent l’Inde. C’est à une véritable leçon d’Histoire que nous sommes conviés. L’exposition raconte les Maharajas du XVIIIème siècle jusqu’en 1947, date de l’indépendance indienne. C’étaient des chefs religieux, militaires et politiques avant que le colonisateur ne les relègue à l’unique fonction de mécènes et protecteurs des arts. Quelques 250 objets, tous plus somptueux les uns que les autres, retracent cette évolution. Une place importante est réservée aux bijoux, des bijoux d’exception. Rien d’étonnant à cela si l’on suit Rudyard Kipling pour qui Dieu avait créé les Maharajahs pour que l’Homme puisse connaître la splendeur des Palais et des Joyaux

Détail d'une toile représentant la procession de Maharao ram Singh II de Kota Kota - Victoria and Albert Museum V et A Images Victoria and Albert Museum, London

Aquarelle sur papier représentant la procession de Maharao Ram Singh II de Kota Kota - 1850 - Détail - Victoria and Albert Museum © Image Victoria and Albert Museum, London

le-collier-de-patiala1Le visiteur peut admirer des bijoux de turbans, des épées de cérémonie, des parures d’éléphants … Tous ces objets sont issus des métaux et pierres les plus précieux. On découvre également de somptueux tapis incrustés de perles, rubis, émeraudes et diamants. Il apparait également que par leurs commandes d’un luxe infini, les Maharajas participèrent activement au début du XXème siècle au développement et au rayonnement des plus prestigieux joailliers et des plus grandes maisons de luxe européennes. De fastueuses commandes furent passées aux maisons Cartier et Van Cleef & Arpels. Parmi ces commandes, celle de l’emblématique collier de Patiala, la plus importante jamais passée à Cartier. Ce collier de cérémonie comptait 2 930 diamants – dont le fameux De Beers – pour près de mille carats. Achevé en 1928 il symbolise le faste dans lequel vécut Bhupindar Singh, souverain de Patiala (Penjab). Arte a diffusé, il y a quelques années, un documentaire d’Yvon Gérault – aujourd’hui disponible en DVD – racontant l’histoire de ce joyau, disparu pendant plusieurs décennies puis restauré aussi fidèlement que possible, sans toutefois le précieux diamant De Beers.

Collier de Patiala

Collier de Patiala - Cartier, Paris 1928 - En 2002, restauration du collier avec de nouvelles pierres : platine, diamants, zirconia jaune, zirconia blanc, topazes, rubis synthétiques, quartz fumé et citrine © Cartier Collection

  • Exposition Maharaja : Pracht der indischen Fürstenhöfe / Maharaja : The Splendour of India’s Royal Courts – The Kunsthalle der Hypo-Kulturstiftung – Theatinerstrasse 8 – 80333 München – Allemagne   ››»  Du 12 février au 24 mai 2010
  • Exposition Les derniers Maharajas, costumes du grand Durbar à l’indépendance (1911 – 1947) – Fondation Pierre Bergé, Yves Saint Laurent – 5, avenue Marceau – 75116 Paris  ››»  Du 10 février au 9 mai 2010
  • Film documentaire Le collier de Patiala – Yvon Gérault – Idéale Audience – 2003 – Prix du documentaire historique au FIFAP à l’UNESCO en 2004

Les fastes de la Cour de Russie

Lundi 18 janvier 2010

a-la-cour-russieTout connaître sur la Cour de Russie au XIXe siècle, c’est ce que propose pour quelques jours encore le Musée de l’Hermitage d’Amsterdam qui a ouvert ses portes en juin dernier. Cette antenne de la célèbre institution homonyme de Saint Pétersbourg expose 1800 objets précieux sélectionnés parmi les 3 millions de pièces détenues en Russie. Ces trésors retracent l’histoire flamboyante du règne de six souverains allant de Paul Ier à Nicolas II, le dernier des Tsars qui fut tué par les Bolcheviks en 1918.

Cette présentation fait apparaitre la hiérarchie sociale complexe en Russie à cette époque et donne un aperçu du faste des grandes fêtes à la Cour. L’opulence transparait dans les costumes exposés, les vases de jaspe, de porphyre ou de lapis-lazuli, les tabatières et les bijoux de Fabergé, la porcelaine de Sèvres … Elle apparait aussi dans les toiles exposées. Quelques joyaux retiennent particulièrement l’attention tels la broche en forme de A, pour le prénom de la Tsarine Alexandra Feodorovna. On a retenu également quelques bijoux de Fabergé.

De gauche à droite : Monograme en or, argent et diamants d'Alexandra Feodorovna - Photographie : Herman van Heusden en Ruud van der Neut et Portrait d'Alexandra Feodorovna

De gauche à droite : Monogramme en or, argent et diamants d'Alexandra Feodorovna - Portrait d'Alexandra Feodorovna - Musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg, Russie 2008 © Herman van Heusden

Tous les objets exposés sont prêtés par l’Hermitage de Saint-Pétersbourg qui, pour sa part, expose aujourd’hui environ 65 000 objets d’art répartis dans les 350 salles du musée. L’ouverture de l’Hermitage d’Amsterdam est la continuation de plus de 300 années de liens privilégiés entre Amsterdam et Saint-Pétersbourg. N’oublions pas que Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 par Pierre le Grand, sur le modèle d’Amsterdam où il avait séjourné sept ans plus tôt.

De gauche à droite : Broche Fabergé boucle en or, diamants à facettes rose, perles et émaux et Broche fleur Fabergé en or, agate, diamants, argent, fin du XIXe siècle et Coupe Fabergé en agate, argent et almandins - Musée de l'Hermitage, St. Petersbourg, 2008 Herman van Heusden

De gauche à droite : Broche boucle Fabergé en or, diamants à facettes rose, perles et émaux - Broche fleur Fabergé en or, agate, diamants, argent, fin du XIXe siècle - Coupe Fabergé en agate, argent et almandins - Musée de l'Hermitage de Saint-Pétersbourg, Russie 2008 © Herman van Heusden

  • Exposition At the Russian Court – Hermitage Amsterdam – Amstel 51 – Amsterdam
  • Du 20 juin 2009 au 31 janvier 2010

Mellerio dits Meller, un joaillier chez les hénokiens

Mardi 29 décembre 2009

leshenokiensQu’est-ce qu’un hénokien ? C’est le membre d’une association qui regroupe les entreprises familiales créées il y a plus de 200 ans, toujours en activité et dont le capital reste détenu par les descendants des créateurs. Le reportage “Dynasties de Légende” sur France 5 nous a récemment proposé la saga de trois de ces sociétés : une entreprise d’hameçons, une soierie et une joaillerie. C’est bien sûr cette dernière qui a plus particulièrement retenu notre attention.

Les deux frères, Olivier et François Mellerio dirigent aujourd’hui Mellerio dits Meller qui est la plus ancienne joaillerie au monde. Ils descendent d’une longue lignée d’entrepreneurs qui ont toujours su valoriser leur art tout en s’adaptant à l’évolution des marchés.

Jean-Baptiste Mellerio, 1765-1850

Jean-Baptiste Mellerio, 1765-1850

La famille Mellerio, originaire de Craveggia, petit village lombard, est arrivée en France au XVIème siècle. Un siècle plus tard, elle développe son activité de joaillerie. Grâce au privilège royal accordé en 1613, de pouvoir faire commerce des bijoux sans acquitter de patente, l’entreprise a su rester au premier rang dans son domaine. Ce privilège sera aboli à la Révolution, mais elle n’en continuera pas moins à prospérer sous Napoléon, la Restauration et le Second Empire. Les Mellerio seront les premiers joailliers à s’installer près de place Vendôme en 1815.

Depuis quatre siècles, l’histoire de Mellerio est intimement liée à celle de la Société et des puissants. A l’origine, en tant qu’orfèvre, l’entreprise fabriquait les objets du culte. Aujourd’hui, c’est le fournisseur officiel des coupes de Roland Garros, du Ballon d’or, de la Cravache d’or …, pour la célébration d’autres cultes. La société réalise aussi des épées d’académiciens.  Hier destinés aux Rois, archevêques, ou grandes familles nobles, les bijoux qui sortent de ses ateliers sont à présent conçus pour les “princes” de la finance et du pétrole. Sur le fond toutefois, rien de changé : chaque pièce – ou presque – est unique et entièrement élaborée et façonnée au sein de la société. La maison Mellerio travaille essentiellement sur commande ; elle conçoit également deux collections annuelles de nouveaux modèles qu’elle propose à ses clients.

Collier Clair de Lune - Mellerio dits Meller

Collier Clair de Lune - Mellerio dits Meller

Au XXIème siècle, Mellerio fonde toujours sa communication sur son expertise, peaufinée au fil des siècles. L’appartenance au cercle très restreint des hénokiens conforte son image. Car, être hénokien c’est synonyme de transmission d’un savoir-faire de génération en génération ; de respect des valeurs familiales. C’est aussi un enracinement profond et une fidélité à la terre qui vous a vu naître. La famille Mellerio a toujours valorisé ses racines lombardes. C’est sans doute pourquoi l’Eglise du village natal (1500 habitants seulement) est dotée de chasubles, tissus et autres objets fastueux et ostentatoires que doivent lui envier bien des cathédrales.

  • Documentaire Dynasties de Légende : Des pierres précieuses aux soieries royales – Jean Etienne Frère et Dominique Pipat – Patly productions 2008 - France 5