Le musée du Quai Branly à Paris présente un ensemble de 150 costumes et parures traditionnels de femmes orientales. Ils proviennent d’une vaste zone allant du Nord de la Syrie au désert du Sinaï. Ces vêtements sont postérieurs à 1880 et ont été réalisés et portés par des villageoises ou des Bédouines qui se transmettaient leur savoir faire de mère en fille. Tissus brodés, manteaux, voiles, coiffes, bijoux en argent et accessoires ont été sélectionnées par le couturier Christian Lacroix, avec le concours de Hana Chidiac, responsable des collections Afrique du Nord et Proche-Orient du musée du quai Branly.

A gauche : Musée des Arts Premiers quai Branly © Photo Notes Précieuses, A droite : Christian Lacroix lors du montage de l'exposition © Musée du quai Branly, photo Cyril Zannettacci
En ce début du XXIème siècle, la montée du fondamentalisme et la globalisation culturelle ont mis à mal une tradition vestimentaire séculaire. Alors que la garde-robe des femmes orientales est le plus souvent aujourd’hui synonyme de noir épais, les organisateurs de l’exposition ont voulu exposer ces tenues d’antan chatoyantes qui révèlent les influences culturelles persanes, turques, byzantines superposées tout au long de l’histoire du Proche-Orient.

A gauche : Robe syrienne (Thob) en tissu de coton, broderies de soie - Quteifeh (province du Rif de Damas), vers 1930, Musée du Quai Branly, Au milieu : Robe de fête palestinienne Thob karmasq en tissu de coton et soie, broderies de soie, Lydda (région de Jaffa), vers 1925, Collection Widad kamel kawar, A droite : Robe moderne palestinienne © Photos Notes Précieuses
L’exposition laisse la part belle au vêtement - que les femmes confectionnaient amoureusement, surtout en prévision de leur mariage – , mais n’exclut pas le bijou ni la parure. Le catalogue de l’exposition, lui aussi, donne un coup de projecteur sur le bijou qui a joué un rôle important dans tout le Moyen Orient.

A gauche : Robes syriennes, Au milieu et à droite : Robes de fête jordaniennes, Au milieu : Thob 'obb - Al-Karak, vers 1935 , Tissu synthétique, broderies de soie, Collection Widad kamel kawar, A droite : Thob chirch en tissu de coton et broderies de coton - Al-Ramtha, vers 1960, collection Widad kamel kawar © Photos Notes Précieuses
Jusqu’au milieu du XXème siècle, les femmes des tribus itinérantes comme celles des villages se paraient de très beaux bijoux en argent : parures de tête élaborées, ceintures, pendants d’oreilles, anneaux de nez, bagues, colliers, anneaux de bras, bracelets aux poignets et aux chevilles.

A gauche : Anneau de chevilles - Deir az Zaur, vers 1930, Mission Robert Dumesnil du Buisson, Musée du quai branly, Au milieu : Elément de coiffe de femme, A droite : Collier Bijab karaki - Al kark, vers 1920, Collection Widad kamel Kawar © Photos Notes Précieuses
Le bijou remplissait plusieurs fonctions, souligne Marjorie Ramson. C’était tout d’abord une importante assurance permettant aux femmes qui les possédaient de faire face financièrement aux aléas de la vie. Ils marquaient aussi le statut social : certains étaient portés pour la célébration du mariage, d’autres après la naissance du premier enfant …

A gauche : Collier, Au milieu : Scénographie de l'exposition, A droite : Ceinture (chwayhiyé) - région de As Salt, vers 1925, Collection Widad kamel Kawar © Photos Notes Précieuses
Nombreuses également étaient les femmes qui croyaient aux vertus prophylactiques des bijoux. On attribuait une vertu magique de protection à des formes déterminées, aux pierres semi-précieuses ou aux perles de verre de même couleur, à des matières comme l’ambre, le corail ou la turquoise. Des écrits saints étaient parfois enchâssés dans des pendentifs.

A gauche : Parure de visage (burqa) - Péninsule du Sinaï, début du XXè s, Au milieu : Collier (bughmé) - Région de Jaffa, Palestine, vers 1880, Musée du quai Branly, A droite : Collier (qiladat samaké) - As Salt, vers 1920 - Collection Widad kamel kawar © Photos Notes Précieuses
On ne peut négliger non plus la fonction esthétique. L’argent ornait les poignets, les doigts, les têtes, les cous, les tailles et les poitrines, pour attirer l’attention et réhausser la beauté naturelle des femmes.

A gauche : Collier (kirdân) - Jérusalem, vers 1920/1930, Musée du Quai Branly, Au milieu : Collier (chawkar), Bédouines du Néguev, vers 1940, Collection Widad Kamel Kawar, A droite : Parure de visage - Péninsule du Sinaï, XXè siècle © Photos Notes Précieuses
Chacun des bijoux a son style propre, son caractère, et porte la marque d’une identité tribale, nationale ou régionale. Les bijoux syriens, palestiniens, saoudiens et yéménites, fabriqués pourtant avec les mêmes matériaux, suivant les mêmes techniques, et montrant les mêmes motifs, restaient bien distincts.

A gauche : femme de Bethléem de Palestine, vers 1925 avec coiffe (chatwé) et voile de tête en tissu de coton, corail et sequins, musée du quai Branly et mentonnière (znaq sab' arwâh) en argent, collection Widad Kamel Kawar et robe de fête (thob malak) en tissu de coton et soie, applications de soie, broderies de soie et filés métalliques, musée du quai Branly et veste (taqsiré) en velours de soie doublé de coton et broderies de soie, coton et filés métalliques, musée du quai Branly, Au milieu : Bédouine de la péninsule du Sinaï, vers 1935 avec parure de visage (burqa') de la tribu Al Akharsa, coiffe (sakrouj) de la tribu Al Tiyâha, mante (qun'a) de la collection WidadKamel Kawar et robe de mariage (thob kebir) de la tribu Al Tiyâha en tissu de coton, applications de soie et broderies de soie de la collection Widad kamel kawar, A droite : Femme de Ma'an en Jordanie, vers 1930 avec parure de tête ('urjé) en tissu de soie, pièces de monnaie, collection Widad kamel kawar et robe de fête (thob qameh) en tissu de coton et soie, collectyion Widad kamel kawar et manteau de fête (qombaz) en tissu de coton et soie, collection Widad Kamel Kawar © Photos Notes Précieuses
Antoine Touma, quant à lui, met l’accent sur la situation privilégiée de la Syrie, qui se trouve à la confluence de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Dans les villes, l’art de vivre turc s’est imposé et la tenue d’apparat était uniquement portée dans la maison. Les tenues extérieures ne laissaient apparaître que le visage et les mains, sans aucun fard ni bijoux. Les bijoux citadins se limitaient au collier ras de cou constitué de pièces de monnaie en or ou argent, cousues sur un bandeau d’étoffe.

A gauche : Coiffe de Bédouine (sakrouj) en coton , argent, verre, monnaies et cauris, pierre, tissage armure toile, broderie au point de croix, applications - Début du 20è s, Péninsule du Sinaï, tribu Tayyâha, Au milieu : Voile de visage de bédouine (burqa') en coton, argent, verre, coquillages, tissage armure toile, broderie au point de croix, application, tressage - 1920/1930, Péninsule du Sinaï, tribu 'Ayaydah, A droite : Elément de coiffe de femme en argent travaillé au repoussé - Fin du 19è ou début du 20è siècle Syrie © Musée du quai Branly, Photos Thierry Ollivier, Michel Urtado,
Les villageois, eux, ont gardé les costumes de leurs lointains ancêtres. Les bijoux sont d’une variété et d’une profusion étonnantes. Ils sont fabriqués par les artisans chrétiens de Damas et d’Alep. Gardiens du patrimoine ancestral, les Bédouins ne se sont laissés influencer par aucun des conquérants de leur sol. On trouve ainsi des boucles de ceinture en argent doré, incrustées d’émail noir et serties de pierres semi-précieuses, qui ne sont portées que par les Bédouines de haut rang.
- Exposition L’Orient des femmes vu par Christian Lacroix – Musée du Quai Branly – 37, quai Branly – 75007 – Paris – Du 8 février au 15 mai 2011
- Catalogue L’Orient des femmes vu par Christian Lacroix, Coédition Acte Sud et Musée du Quai Branly, 2011