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Nouveau musée Lalique à Wingen-sur-Moder

Dimanche 14 août 2011

Musee-LaliqueDepuis son ouverture, début juillet 2011, le musée Lalique de Wingen-sur-Moder connait un succès constant. Outre la présentation des œuvres de René Lalique et de ses successeurs, le visiteur se voit offrir les clés qui rendent intelligible le contexte artistique, culturel, social et technique dans lequel elles ont été créées. Des documents iconographiques, audiovisuels et multimédias permettent d’approfondir la visite et de mieux connaître un joaillier d’exception qui deviendra aussi grand maître du verre. Pour le mois d’août, l’équipe dirigeante du Musée propose des activités complémentaires : des visites multilingues commentées pour les adultes, un atelier où les enfants créent leur propre bijou à partir de modèles tels que libellule, guêpe ou papillon. Des comptines mènent les tout petits à la rencontre des animaux et des plantes dessinés par René Lalique.

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A gauche : Stand Lalique à l'exposition 1900 © Lalique SA, Au centre : René Lalique © Lalique SA, A droite : Usine Lalique en 1924 © Musée Lalique

Alors que des collections prestigieuses de bijoux Lalique sont déjà accessibles au public au musée Gulbenkian de Lisbonne, au musée des Arts Décoratifs de Paris ou au musée Lalique d’Hakone au Japon, le musée alsacien a pris le parti de mettre en valeur l’ensemble de la création de l’artiste. Avec plus de 550 pièces exposées – dessins, bijoux, flacons, arts de la table, luminaires, vases … -, il présente toutes les facettes d’une œuvre multiforme. C’est à Wingen-sur-Moder, là où René Lalique avait choisi de créer une deuxième usine en 1921, que le musée est aménagé aujourd’hui. Il est implanté sur un ancien site verrier qui fut en activité entre 1715 et 1868. La tradition verrière dans les Vosges remonte à la fin du XVe siècle car la région offrait à la fois la matière première, la silice, et le combustible, le bois des forêts.

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A gauche : Ornement de corsage Hirondelles - René Lalique, 1886/87 © Shuxiu Lin, collection privée, Au centre : Pendentif 2 paons - René Lalique © Shuxiu Lin, collection privée, A droite : Ornement de corsage Jasmin - René Lalique, vers 1899/1901 © Shuxiu Lin, collection privée

Clamant haut et fort que mieux vaut la recherche du beau que l’affichage du luxe, René Lalique fut l’un des plus importants créateurs de bijoux Art nouveau et Art Déco de France. Il a renouvelé la joaillerie en associant à l’or et aux pierres précieuses des matières jusque là méprisées telles la corne, l’ivoire, les pierres semi-précieuses, l’émail ou le verre. Au départ, ses bijoux ont surtout séduit une élite intellectuelle et artistique.

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A gauche : Sarah Bernhardt © Lalique SA, Au centre : Broche pour Izéil de Sarah Bernhardt © Lalique SA, A droite : Dessin de 2 ferrets, 2 coléoptères et feuilles - René Lalique © Musée Lalique

Entre 1891 et 1894 par exemple, Sarah Bernhardt lui commanda, au fil de ses rôles, diadèmes, colliers, ceintures et autres accessoires de scène qui contribuèrent grandement à sa notoriété. Révélé au grand public à l’occasion du Salon de 1895 et présenté trois ans plus tard par Emile Gallé comme l’inventeur du bijou moderne, René Lalique a connu la consécration à l’Exposition universelle de 1900. Dès lors, il recevra des commandes du monde entier. La muséographie souligne le rôle déterminant joué par Calouste Sarkis Gulbenkian dans la carrière de l’artiste. Ce financier, magnat du pétrole et collectionneur averti, a acquis en vingt ans pas moins de cent cinquante bijoux et objets d’art exceptionnels que l’on peut aujourd’hui admirer à Lisbonne, à la Fondation qui porte son nom.

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A gauche : Dessin assymétrique collier émeraudes - René Lalique © Lalique SA, Au centre : broche "La nymphe rose" - René Lalique, vers 1906/1908 © Shuxiu Lin, collection privée, A droite : Pendentif femme libellule ailes ouvertes - J.L Stadler, vers 1898/1900

Las d’être plagié le bijoutier d’avant-garde s’est ensuite tourné vers d’autres horizons. La fabrication des bijoux l’avait familiarisé avec les matières vitrifiables et c’est sans doute grâce à l’émail qu’il a découvert le verre, qui va devenir sa nouvelle passion. Lalique l’utilise progressivement pour remplacer avantageusement les gemmes, car le verre peut être conçu et fabriqué en fonction du projet final. René Lalique crée également de petits objets, vases et sculptures, selon la technique de la cire perdue. Il expérimente aussi la technique du soufflage dans un moule précieux, en argent ciselé, restant solidaire du verre qu’il enserre pour devenir monture.

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A gauche : Dessin pectoral égyptien haneton ailes ouvertes - René Lalique © Musée Lalique, Au centre : Dessin plaque collier de chien - René Lalique © Musée Lalique, A droite : Dessin vol de chauve souris et étoiles - René Lalique © Lalique SA

Sa rencontre avec François Coty le conduit non seulement à dessiner mais aussi à produire des flacons de parfum. Ce fut sa manière à lui d’appliquer la philosophie de l’Art nouveau qui entendait réconcilier Art et Industrie. Peu à peu, René Lalique a ensuite diversifié ses productions. Dans le domaine du verre aussi, Lalique s’est démarqué de ses prédécesseurs en mettant en valeur les qualités naturelles du verre : limpidité et transparence. Au plan de la forme, il privilégie simplicité, pondération, symétrie. Créateur éclectique, il s’est intéressé aux Arts de la Table et à l’architecture religieuse. Il a aussi signé des bouchons de radiateurs pour les luxueuses automobiles des Années folles, la décoration de wagons de l’Orient Express ou la salle à manger du paquebot “Normandie”

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A gauche : Flacon fraîcheur - René Lalique, 1919 © Lalique SA, collection Silvio Denz, Au centre : Flacon "Leurs âmes pour d'Orsay" - René Lalique, 1913 © Lalique SA, collection Silvio Denz, A droite : Flacon "Bouchon 3 hirondelles" - René Lalique, 1920

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Broche Cléopâtre - René Lalique, vers 1897/1899 © Rami Solomon et Kineret Levy Studio, collection privée

Son inspiration, René Lalique l’a puisée dans la nature, essentiellement la faune et la flore. Il a aussi eu l’audace d’utiliser le corps féminin comme élément d’ornementation. Tout au long de sa vie, il s’est nourri des grands mouvements artistiques universels sans pour autant se départir de sa personnalité. En 1900, l’écrivain Pol Neveux soulignait que les chefs d’œuvres des Égyptiens, des Italo-Grecs n’ont jamais été considérés d’un œil plus pénétrant que celui de Lalique ; de même l’art des Byzantins, des Florentins et des Japonais ne fut plus jalousement étudié que par lui. La Maison Lalique perpétue aujourd’hui l’œuvre de son créateur en procédant à la fois à la réédition de pièces anciennes emblématiques et à l’édition de modèles contemporains où les créateurs d’aujourd’hui s’inscrivent dans la même ligne de rigueur et d’excellence.

  • Musée Lalique – Rue de Hochberg – 67290 Wingen-sur-Moder – info@musee-lalique.com – Tél : 03. 88. 89. 08. 14.
  • Atelier artistique pour enfants de 7 à 12 ans “Au fil des insectes” : Filles et garçons s’inspirent de la nature pour créer leur propre bijou à partir de modèles : libellule, guêpe, scarabée ou papillon – Tous les mardis du mois d’août, à 13h30, 15h30, 17h30, durée 1h30
  • Visites commentées du musée en août : En français, tous les jours à 10h30 et du lundi au samedi à 14h30

Les montres bijoux de Chaumet

Vendredi 22 juillet 2011

Exposition-montres-ChaumetL’exposition Chaumet, 200 ans de création horlogère permet au public de découvrir une trentaine de pièces d’exception réalisées par la prestigieuse Maison de la Place Vendôme. La sélection est exigente et couvre la période allant du Premier Empire aux années 1990. Les modèles les plus récents sont également présentés ainsi que 300 dessins préparatoire au projet. L’exposition l’atteste clairement : Chaumet réalise avant tout des “bijoux qui donnent l’heure”. Mais l’innovation technologique n’est pas pour autant absente de ses créations, loin s’en faut. La maison a toujours fait preuve de créativité et a su collaborer avec des horlogers de renom. Dès l’origine, Nitot, le fondateur, a travaillé avec Abraham-Louis Breguet … Ensuite, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Jaeger, Piaget, François-Paul Journe et récemment Jean-Marc Wiederrecht ont vu leur nom associé également à celui de Chaumet. Cette exposition historique a pour cadre le siège actuel de la société, qui fut autrefois la demeure de Frédéric Chopin.

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A gauche : Maison Chaumet, place Vendôme à Paris, A droite : Colonne Vendôme © Photos Notes Précieuses

Le parcours de l’exposition permet de traverser différentes époques artistiques. La toute première création de Chaumet en matière horlogère fut, en 1811, une paire de bracelets-montres en or, émeraudes et perles. L’une des montres indique l’heure, l’autre sert de calendrier.

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A gauche : Montre de présent au chiffre de Napoléon en or, perles et émail - François-Regnault Nitot, 1813 - Collection privée, Au centre : Montre au chiffre de l'impératrice Marie-Louise en or, diamants et émail - François-Regnault Nito, 1813 - Collection privée, A droite : Paire de bracelets-montres en or émeraudes et perles - François-Regnault Nitot, 1811 - Collection privée © Photos Chaumet

Concernant la période du Second Empire, on peut admirer la montre pendentif en jaspe, rubis et diamants qui fut présentée à l’Exposition Universelle de Paris de 1855. Une vingtaine d’années plus tard, sur sa montre châtelaine en or, argent, diamants, saphirs et rubis, Elise Dosne -Thiers, avait exigé une gravure en miniature de la colonne Vendôme. Il s’agissait de rendre hommage à son mari, Adolphe Thiers, premier Président de la IIIème République, qui avait reconstruit le monument après sa destruction sous la Commune.

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A gauche : Montre châtelaine en or, argent, diamants, rubis, jaspe sanguin et perles fines - Jean Valentin Morel et mouvement Breguet, 1850 - Collection Chaumet, Au centre : Montre pendentif de la duchesse de Luynes en or, argent, diamants, rubis, jaspe sanguin, perles fines et émail - Jean Valentin Morel et mouvement Breguet, 1853/1854 - Collection Chaumet, A droite : Montre châtelaine d'Elise Dosne-Thiers en or, argent, diamants, saphirs et rubis - Jean Valentin Morel et mouvement Breguet, 1873/1875 - Collection Chaumet © Photos Notes Précieuses

Plusieurs montres témoignent de la délicatesse des créations de la Belle époque : par exemple une montre châtelaine en platine, diamants, émeraudes cabochon et émail de 1910 ;

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A gauche : Montre pendentif en cristal de roche, platine, diamants, rubis calibrés et émail - Joseph Chaumet, 1913 - Collection Chaumet, Au centre :Montre bracelet en platine, or, diamants, perles fines et émail - Joseph Chaumet, 1908 - Collection Chaumet et Bracelet naturaliste en platine et diamants qui évoque le myosotis, "forget-me-not" en anglais, symbole sentimental dont le message est "pensez à moi" et "ne m'oubliez pas" - Joseph Chaumet, 1900, collection Chaumet, A droite : Montre châtelaine en platine, diamants, émeraudes et émail bleu gris - Joseph Chaumet, 1910 - Collection Chaumet © Photos Notes Précieuses

une montre bracelet montée sur un bandeau en perles fines et cadran en émail guilloché et diamants de 1908 ou encore une montre pendentif en cristal de roche, rosace de diamants, rubis et émail de 1913. La présence de perles fines révèle l’engouement d’alors pour ce gemme.

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A gauche : Chaîne avec pendentif clochette en or, émeraude, cristal de roche gravé et émail - Joseph Chaumet, 1911, collection Chaumet et Montre bracelet en platine, or gris, diamants et émail bleu - Joseph Chaumet, 1915, Au centre : Montre en or, argent rehaussée de demi perles fines - Joseph Chaumet, 1910, collection Chaumet © Photos Notes Précieuses, A droite : Dessins de montres de femme, 1910 © Photo Chaumet

La montre pendentif Régence en cristal de roche dépoli, émeraudes et diamants de 1924 qui s’épingle au revers d’un vêtement ou encore la montre châtelaine rectangulaire en onyx et diamants de 1915 qui se porte le soir illustrent la période Art Déco.

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A gauche : Montre pendentif Régence en platine, émeraudes, diamants taille rose, cristal de roche dépoli et émail - Joseph Chaumet, 1924, Collection Chaumet, A gauche 2 : Montre châtelaine rectangulaire en platine, diamants, onyx et ruban gros grain - Joseph Chaumet, 1915, collection Chaumet, Au centre : Montre de sac en or, diamants, émail rouge et blanc - Joseph Chaumet et mouvement Patek Philippe, 1925, collection Chaumet © Photos Notes Précieuses, A droite : Dessin du montre de sac, 1925, collection Chaumet © Photo Chaumet

Dans les années 90, on portait la montre pléiade Squelette en or jaune et or gris, diamants ou la montre de chasse Pléiade heures sautantes, modèle épuré avec cadran rond en or en forme de galet.

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A gauche : Montre anneau et liens croisés en or jaune - Chaumet et mouvement Baume et Mercier, 1970, collection Chaumet, Au centre : Série de montre de chasse Pléiade en or jaune ou gris, bracelet en or ou en crocodile bleu marine - Chaumet et mouvement François Paul Journe, 1992, collection Chaumet, A droite : Montre Pléiade Squelette en or jaune et or gris, diamants et bracelet en alligator - Joseph Chaumet, 1992, collection Chaumet © Photos Chaumet

Les créations horlogères récentes témoignent d’une continuité dans la capacité innovatrice de Chaumet avec particulièrement l’utilisation de matériaux High tech.

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A gauche : Khesis Cristal Manchette, édition limitée numérotée, en acier, cristal étoilé, nacre, acier, mouvement quartz - Chaumet, A gauche 2 : Class One Titane Deep en titane, diamants, caoutchouc, mouvement quartz, Chaumet, A droite 1 : Dandy Arty Open face, édition limitée numérotée, en or rose, verre saphir métallisé, veau verni, satin, mouvement mécanique à remontage automatique - Chaumet, A droite 2 : Dandy Chronographe, calibre Zenith El primero, édition limitée numérotée, en platine, cabochon onyx, or gris 18 carats, alligator et veau verni, émail, mouvement mécanique à remontage automatique - Chaumet © Photos Chaumet

La montre manchette Khesis Chaumet en acier et diamant est apparue dans les années 90. En 2011, Chaumet a serti chaque maillon de cette montre au cadran de nacre et diamants d’un cabochon de cristal étoilé. La Class One Chaumet, née en 1998, associe l’acier, le diamant, le caoutchouc et le titane de couleur teinté dans la masse. Pour les amateurs de haute horlogerie, Chaumet a créé la Dandy Chaumet en édition limitée.

  • Exposition Chaumet, 200 ans de création horlogère – Salon Chaumet – 12, place Vendôme – 75001 Paris
  • Du 8 au 29 juillet 2011, du lundi au vendredi, de 11h à 18h

Bijoux Art nouveau d’Eugène Grasset à Lausanne

Mercredi 1 juin 2011

Eugene-GrassetLe Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne consacre une rétrospective à Eugène Grasset (1845-1917). Lausannois de naissance, cet artiste a exercé une influence majeure sur la renaissance des arts décoratifs en France. Il est internationalement reconnu pour ses illustrations dans “Harper’s Magazine”, “L’Illustration”, “Paris illustré”, ou “le Figaro illustré” et ses affiches, particulièrement la “Semeuse à tout vent”, emblème des Editions Larousse. Il a su mettre aussi sa connaissance des matériaux et des techniques au service de l’esthétique des objets du quotidien : meubles, tapisseries, céramiques, vitraux et bijoux … Des artistes tels Alphonse Mucha, Augusto Giacometti, Maurice Pillard-Verneuil ou Paul Berthon ont affirmé son rôle de précurseur et de théoricien de l’Art nouveau. Ses bijoux, dessinés pour le joaillier Henri Vever, ont connu un vif succès en 1900 à l’Exposition Universelle de Paris.

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A gauche : Emblème des éditions Larousse "Semeuse (Je sème à tout vent)" - Eugène Grasset, vers 1890 © Lausanne, Musée Cantonal des Beaux-Arts, photo Nora Rupp, Au centre : Eugène Grasset vers 1875 - Photographe J. Tarin © Lausanne, musée de l’Élysée, A droite : Chromolithographie, "Encre L. Marquet – La meilleure de toutes les encres" - Eugène Grasset, 1892 © Museum für Gestaltung Zurich, Plakatsammlung Photo Franz Xaver Jaggy

René Lalique avait, le premier, réalisé des bijoux Art Nouveau et de nombreux bijoutiers souhaitaient s’engager dans cette même voie : tandis que Georges Fouquet faisait appel à Alphonse Mucha, Henri Vever, lui, se rapprochait d’Eugène Grasset. Mucha et Grasset ont inventé des “bijoux de peintre” dont l’intérêt est dans la composition et dans les harmonies. Evelyne Possémé le souligne dans le catalogue de l’exposition : “Les harmonies colorées très particulières sont certainement le résultat d’une collaboration poussée entre Grasset, l’artiste peintre, et Vever, le bijoutier rompu à toutes les possibilités de son métier. Vever renforce le caractère barbare, primitif de ces bijoux en employant l’émail opaque dans des colorations sourdes et en semant les surfaces de pierres aux couleurs franches, taillées en cabochon“. La plupart des critiques s’accordent à considérer les bijoux dessinés par Grasset comme des pièces de vitrine, non véritablement destinés à être portées. D’ailleurs, ses bijoux ont essentiellement été acquis par les musées ; le plus grand nombre fut donné par Henri Vever au musée des Arts déco de Paris en 1924.

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A gauche : Paravent "Les Quatre Saisons" en bois et broderies polychromes - Eugène Grasset © Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, photo Eric Emo, Petit Palais, Roger-Viollet, A droite : Peigne "Assyrienne" en corne, or, émail, améthystes et brillants - Maison Vever bijoutier d’après un dessin de Grasset, 1900, © Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Photo : Patrick Pierrain, Petit Palais, Roger-Viollet

Influencé par les courants néomédiéviste, japoniste et symboliste, il a décoré ses bijoux ainsi que ses objets du quotidien d’une variété infinie de motifs : animaux, végétaux, ornements géométriques. Grasset mettait également en scène des personnages féminins légendaires ou chimériques. Chez lui, la femme était réduite à une typologie maniériste, ondulante et rousse, empruntée aux préraphaélites anglais et, à travers eux, à Boticelli. Ce qui ne l’empêchait pas de voir également en elle “l’ennemie héréditaire de l’homme, une harpie embusquée sous des oripeaux calculés pour faire disparaître ses imperfections” (Carnet, 1910).

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A gauche : Crayon et aquarelle "Avril" sur papier vélin, projet pour le Calendrier pour 1896 offert par La Belle Jardinière - Eugène Grasset © Collection Julien et Vivant Gautrot, photo Thomas Hennocque, Paris, Au centre : Chromolithographie "Jalousie" (n°9, 10 estampes décoratives - Eugène Grasset, 1897 © Ville de Genève, musée d’Art et d’Histoire, cabinet d’Arts graphiques, photo Jacot-Descombes, A droite : Chromolithographie "Madrid International Exhibition of 1893-94, Palacio de la Industria y de las Artes" - Eugène Grasset, 1893 © Bruxelles, collection du musée d’Ixelles, photo Mixed Media

Si c’est avec le joaillier Henri Vever qu’il a réalisé une vingtaine de bijoux universellement reconnus comme des chefs d’œuvre, Eugène Grasset a également travaillé avec d’autres artisans, dans de multiples disciplines.  Il a réalisé des tapisseries avec les ateliers Jean-Louis Leclercq de Tourcoing, des horloges en grès émaillé avec la firme Emile Muller & Co, des panneaux en faïence avec la manufacture de Sarreguemines

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A gauche : Chromolithographie "Abricotine. Délicieuse liqueur" - Eugène Grasset, vers 1900 © Collection particulière, A droite : Chromolithographie "Le Parasol" - Eugène Grasset, 1900 © Ville de Genève, Musée d’Art et d’Histoire, Cabinet d’Arts graphiques, photo Bevilacqua

C’est le procédé inventé par l’imprimeur Charles Gillot permettant la reproduction d’images à faible coût qui lui a permis de fournir des sujets à la grande presse, aux maisons d’édition et aux éditeurs de musique. Ces nombreuses collaborations l’ont placé au cœur d’un renouveau esthétique et industriel.

  • Exposition Eugène Grasset, l’Art et l’ornement – Musée Cantonal des Beaux-Arts – Palais de Rumine, place de la Riponne 6 CP – CH-1014 Lausanne – Suisse – Du 18 mars au 13 juin 2011
  • Visite commentée le 9 juin, à 18h30 par Sandrine Moeschler, médiatrice
  • Catalogue Eugène Grasset, l’art et l’ornement – Editions Cinq Continents et Le Seuil

L’Institut du Grenat préserve et valorise la bijouterie roussillonnaise

Mercredi 12 mai 2010

Bague Grenat de Perpignan

Bague contemporaine © Le Grenat de Perpignan

En février 2009, l’Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (APHPO) a créé l’Institut du Grenat, en développant une collaboration avec le Syndicat Artisanal des Bijoutiers des Pyrénées-Orientales. Cet Institut est animé par l’historien Laurent Fonquernie, par ailleurs auteur de “Grenats de Perpignan, bijoux du Roussillon“. Pour le Magazine Notes Précieuses, il définit les ambitions de l’Institut.

Notes Précieuses : Pourquoi un Institut du Grenat ?

Laurent Fonquernie : Cet Institut a été créé pour permettre la reconnaissance et la valorisation de la bijouterie traditionnelle roussillonnaise qui est un élément fort du patrimoine culturel local. Délibérément artisanale, cette bijouterie est menacée par les pratiques industrielles mises en oeuvre aujourd’hui et les lois économiques qui privilégient le bon marché au détriment de la qualité.

Collier en grenat de Perpigan

A gauche : Collier en grenats de Perpignan Art Déco, A droite : Collier avec pendentif corbeille de fleurs présenté à l'Exposition Internationale de Paris en 1937 © Institut du Grenat

NP : Qu’appelle-t-on bijouterie roussillonnaise ?

LF : Fondamentalement, c’est l’alliage de deux matériaux nobles : l’or jaune et le grenat rouge (grenat Almandin ou grenat Pyrope). Le grenat rouge - il existe des grenats de toutes les couleurs – est taillé selon certaines caractéristiques : “taille rose” dite aussi “taille de Perpignan“. La pierre est sertie à la main dans des chatons à fonds emboutis. Cette petite cuvette de métal, tapissée d’un paillon d’argent, renforce la réflexion de la lumière à travers les facettes de la pierre. Cette pratique d’estampage et de serti clos – pratique, répétons le, totalement manuelle – a disparu partout ailleurs qu’à Perpignan au profit des procédés de fontes. La réalisation du serti clos et paillon dans le bijou de Perpignan peut être de style traditionnel, Art Déco ou contemporain.

Grenat

Grenats de taille Perpignan du début du XXème siècle © Institut du Grenat

NP : A quand remontent ces techniques ?

LF : Ce sont les techniques de la bijouterie du XVIIIème siècle. A cette époque, les pierres fines transparentesgrenats, rubis, saphirs, topazes … – sont largement employées en joaillerie et montées de la sorte pour former des bijoux de toutes les couleurs. Il faut attendre l’Empire et la Restauration en Roussillon, pour qu’une seule couleur soit privilégiée dans une même parure. Le grenat est alors monté autant que la citrine et les doublets de différentes couleurs. C’est après 1870 que le bijou grenat devient la spécialité de Perpignan et que les bijoutiers locaux se spécialisent dans le montage des grenats en serti clos.

NP : Pourquoi le grenat ?

LF : Le grenat était très répandu autour du massif du Canigou et aux environs d’Estagel. A la fin du XIXème siècle, les bijoutiers de Perpignan ont aussi choisi de créer une ligne de bijoux qui symbolise les racines catalanes. Avec la force du mouvement régionaliste, le bijou en grenats s’est imposé comme le symbole du Roussillon.

NP : Qui achète ces bijoux actuellement ?

LF : Actuellement, la clientèle essentiellement régionale (et militante) cherche à valoriser ou revendiquer l’identité catalane. Les catalanes arborent bagues, boucles d’oreilles, broches, bracelets …  aux couleurs “sang et or” du drapeau catalan. Les bijoutiers profitent également de cette vogue identitaire. Le bijou dit de Perpignan est aussi un élément de la parure provençale dans sa ligne traditionnelle : boucles d’oreilles à pendeloques ou croix Badine d’inspiration XVIIème et XVIIIème siècle. Nombre d’entre eux sont revendus en Arles par exemple.

Croix Badine

Croix Badine du XIXème siècle sur correspondance d'un bijoutier de Perpignan - Collection Calvet, Prades © Institut du Grenat

NP : L’Institut a donc une fonction de préservation de l’identité culturelle locale …

LF : Oui, et une fonction de mémoire. Une de nos ambitions premières est de créer un centre de documentation pour archiver tout ce qui a été et sera découvert sur le sujet. Un véritable travail d’enquête s’impose, notamment pour prendre en charge la mémoire du geste car cette transmission ne se fait pas toujours d’un atelier à un autre. Un groupe de travail a été créé avec l’Université de Perpignan (Département d’Etude Catalanes, Histoire et histoire de l’Art, sociologie) pour définir les notions de tradition, de geste et de savoir-faire.

Sertissage grenat

A gauche : Bijoutier sertissant un grenat sur une boucle d'oreille en cours de fabrication A droite : Croix et boucles d'oreilles en grenat de Perpignan © Au Grenat Laviose

NP : Mais la Catalogne ce n’est pas uniquement de ce côté-ci de la frontière.

LF : Nous avons aussi des projets transfrontaliers et européens, par exemple : créer un véritable pont entre Barcelone et Perpignan et prolonger cet axe via le Pôle Bijou de Baccarat. Bien que notre bijouterie soit fortement liée à la Catalogne, nous souhaitons affirmer son appartenance à la joaillerie française de par son savoir faire et sa qualité. Un programme de formation est aussi à l’étude en collaboration avec l’Escola Massana, école d’Art Appliqué et de Design de Barcelone.

NP : Il y a aussi le côté pratique de la transmission du savoir faire …

LF : Effectivement, aujourd’hui, seulement une douzaine de bijoutiers locaux sont capables de fabriquer un bijou selon la technique traditionnelle ou simplement de réparer un bijou ancien. Il y a quelques années, on en comptait encore une trentaine ! La relève doit être assurée. Il faut former des artisans capables de manier les outils traditionnels et d’acquérir ce savoir faire ancestral. L’Institut étudie donc la possibilité, en partenariat avec des institutions de formation, d’ouvrir une section d’apprentissage complémentaire à la formation de bijoutier tournée vers les techniques traditionnelles du bijou Roussillonnais. En outre, pour valoriser le travail de l’artisan et l’aider à lutter contre le faussaire, il serait utile de créer un label reconnaissant la qualité artisanale et patrimoniale de cet artisanat.

Bague et pendentif grenat de Perpignan

Bague contemporaine goutte et pendentifs contemporains géométriques - Ligne développée par le groupement artisanal Le Grenat de Perpignan © Le Grenat de Perpignan

NP : Il faut aussi le faire savoir !

LF : Un de nos objectifs est également, en collaboration avec des musées d’entreprises, de mettre à terme un centre d’interprétation pédagogique à la disposition de tous ceux qui s’intéressent au bijou : créer une exposition permanente qui soit un lieu d’accueil pour mieux comprendre. L’explication et la communication sont les éléments clés de notre réussite. Nous avons bien sûr un site Internet. Personnellement, au niveau local, j’anime souvent des conférences en compagnie d’un bijoutier avec projection. Des cycles de réflexion sur différents thèmes du bijou ont été mis en place depuis 2009, notamment au musée Puig de Perpignan. Du 5 juillet au 31 août prochains, nous produirons en collaboration avec la Confrérie du Grenat de Perpignan une exposition au pôle Bijou de Baccarat : “Le grenat de Perpignan, une gemme de caractère “. Des bijoux actuels et anciens témoigneront de l’histoire et de la spécificité du bijou roussillonnais. Cette exposition pourrait devenir itinérante.

Bijouterie Grenat de Perpignan

A gauche : Laurent Fonquernie lors d'une conférence à Canet-en-Roussillon, A droite : Atelier Velzy en 1900 © Institut du Grenat

NP : Vous êtes aussi à l’origine d’éléments forts de la vie locale.

LF : Début décembre 2009, la fête de la Saint Eloi a connu un vif succès. Une semaine de festivité a animé Perpignan autour du Grenat : un colloque a été organisé à la maison d’Art et d’histoire de Perpignan ; on a aussi débattu au Forum de la FNAC autour de l’histoire de la bijouterie locale et des objectifs de l’Institut du grenat, la confrérie du bijou a défilé dans les rues avec cape et musique catalane …

NP : Vous bénéficiez également d’un atout avec le tourisme.

LF : C’est effectivement un atout de pouvoir faire découvrir cette bijouterie aux touristes en tant qu’élément important de la richesse patrimoniale régionale. Mais il convient d’éviter l’écueil “folklorique”. La production actuelle pâtit de cette connotation car une partie de la population locale, par méconnaissance, estime ce type de bijou passéiste.

NP : Et la profession, comment se positionne-t-elle ?

LF : Un de nos objectifs majeurs est d’obtenir localement le soutien de toute la profession. C’est un travail de longue haleine car on peut aisément comprendre les réticences de certains artisans. Ils ont envie d’évoluer, mais se cherchent encore. Aujourd’hui, le bijou en grenats doit totalement s’inscrire dans le secteur du luxe et de la mode. Tout en véhiculant des valeurs locales fortes, l’Institut peut permettre au bijou grenat de devenir à nouveau un symbole de modernité et être considéré comme part intégrante de la joaillerie française.

  • Interview réalisée le 16 avril 2010
  • Institut du Grenat – 22, bd Wilson – 66000 Perpignan
  • Exposition Grenat de Perpignan, une gemme de caractère – Pôle Bijou de Baccarat – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat – Du 5 juillet au 5 septembre 2010

Bijoux Art Déco et Avant Garde

Mercredi 8 juillet 2009

Les amateurs de bijoux n’ont plus que quelques jours pour découvrir les “Bijoux Art Déco et Avant Garde – Jean Després et les bijoutiers modernes” au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Cette superbe exposition, qui rassemble plus de trois cents pièces des années 1930 ferme ses portes le 12 juillet prochain.

Au fil de la visite, nous sommes conviés à un voyage dans l’univers de la modernité. Avec Jean Després naît toute une génération de bijoutiers qui va apporter un souffle radicalement novateur par rapport à la conception plus convenue de l’esthétisme.

Glorifiant la mécanique, ces créateurs sont portés par l’évolution technique et les grands courants artistiques de l’époque : cubisme, constructivisme … Les bijoux sont traités de façon structurée, voire architecturée, largement inspirés par la machine. Jean Després n’hésite pas à intituler ses “bijoux moteurs” : “broche bielle” ou “broche villebrequin”.

  • Exposition Bijoux Art Déco et Avant garde, Jean Deprés et les bijoutiers modernes – Les Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris
  • Du 19 mars au 12 juillet 2009

Pendentif en argent, or, laque et citrine - Jean Després 1932 - Collection Stéphanie Seymour Brant - © Bruce M. White 2008

Pendentif en argent, or, laque et citrine - Jean Després 1932 - Collection Stéphanie Seymour Brant © Bruce M. White 2008

Certaines créatrices contemporaines trouvent dans l’univers Art Déco la source de leur inspiration. Elsa Cernogora, sous la marque Zaëlle a ainsi crée une “bague Art déco“, en vente sur notre boutique en ligne Notes Précieuses.

Bague Art Déco - Zaëlle © Notes Précieuses

Bague Art déco - Zaëlle - Boutique en ligne notesprecieuses.com © Notes Précieuses