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Bijoux de tête, coiffes et couronnes : les parures ethniques d’Antoine de Galbert

Lundi 14 juin 2010

Antoine de Galbert portant une coiffe pende (ancienne collection Arman) - Afrique Centrale, République Démocratique du Congo © Etienne Pottier

Davantage connu pour ses collections d’art contemporain et d’art brut, Antoine de Galbert présente aujourd’hui, pour la première fois, les pièces les plus significatives de sa collection de coiffes ethniques. Parures, chapeaux et autres objets d’usage rituel, social ou utilitaire sont exposés à la Maison Rouge à Paris jusqu’au 26 septembre prochain. Ces “bibis des antipodes” offrent au visiteur la possibilité d’une immersion poétique dans les arcanes du génie humain. Loin d’être de simples colifichets ou accessoires frivoles, les coiffes présentées nous livrent une multitude d’informations concernant celui ou celle qui les portent.

Ici l’Afrique dialogue avec l’Océanie, l’Asie centrale avec le monde sibérien … Le parti pris est d’abandonner une lecture “ethnologique” traditionnelle et de proposer une approche transversale à travers des thématiques universelles. Ainsi, l’exposition se décline en plusieurs chapitres. D’abord, il est bien sûr question du cheveu car la frontière est ténue entre coiffe et coiffure. Dans chaque culture, hommes ou femmes entretiennent une relation forte avec leur chevelure qui peut révéler une position sociale, un prestige politique ou spirituel ou plus simplement l’âge ou le statut matrimonial. Les cheveux sont très souvent aussi associés à la force vitale et à la vigueur sexuelle. L’art de la parure parle aussi de l’humain qui cherche à s’approprier les forces et les vertus du monde animal. Avec ces coiffes hérissées de becs, de griffes et de cornes l’homme rivalise avec la majesté des grands fauves ou l’élégance immatérielle des oiseaux. L’exposition souligne l’ambiguïté du chasseur qui nourrit la communauté tout en versant le sang et celle du guerrier qui protège la communauté en infligeant la mort. Elle montre également combien, chefs et monarques abusent des couronnes et autres tiares pour mieux affirmer leur pouvoir terrestre ou spirituel.

Couronne de tête

A gauche : Couronne de tête Karen (portée avec un turban) en argent, XXème siècle, Asie, Birmanie et Ornement de tête frontal Atoni Tetum en argent et cuivre, fin XIXème siècle, Asie, Indonésie, Ouest Timor © Etienne Pottier, A droite : Luhupa, grande parure de guerrier Naga composée d'une coiffe et d'un ornement en forme de croissant se portant autour du visage en fibres végétales, bois, fourrure, laiton, coton, plumes, graines, coquillages d'eau douce - Asie, Nagaland, Manipur, Arunachal Pradesh, Assam, Myanmar (Birmanie) © Notes Précieuses

Une part importante de l’exposition est consacrée à l’art de se parer au féminin. Les coiffes des femmes oscillent le plus souvent entre talisman et bijou, vêtement et coiffure. Les pièces présentées attestent d’un grand éclectisme dans le choix des matériauxcuir, métal, tissu, perles, pierres, fibres végétales – et dans la forme - diadème, couronnes, bandeaux, tiares, calottes, voiles … Ici, dimension esthétique et prophylactique se conjuguent le plus souvent pour rehausser la beauté de la femme et écarter les mauvais génies, généralement pour assurer une nombreuse descendance au clan. Les coiffes peuvent signaler ces rites de passage – l’entrée en puberté, le mariage, la naissance du premier enfant … – qui ponctuent la vie d’une femme. Elles expriment le prestige et le rang du père ou de l’époux. Mais, au delà des superstitions et des croyances, les coiffes, qu’elles émanent du Proche Orient, d’Asie centrale, d’Asie du Sud-Est ou d’Indonésie sont avant tout d’indéniables instruments de séduction.

Diadème

Diadème Shokila en argent doré (vermeil), corail, turquoise, agate ou cornaline, pierreries - Asie Centrale, Khorezm, Ouzbékistan © Notes Précieuses

La parure en plumes d’oiseaux, signe de virilité et de vaillance au combat, est primordiale pour les Indiens d’Amazonie et les amérindiens. L‘identité, l’appartenance à une tribu ou à un clan se fait par le choix des plumes et la manière de les assembler. C’est aussi un instrument chamanique, le véhicule des esprits et des rêves.

Parures en plumes

De gauche à droite : Okopari Cimier Kayapo en plumes d'ara et bois, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Ornement de tête en plumes et fibres végétales, Océanie, Hautes Terres, Papouasie Nouvelle Guinée - Diadème Kayapo en plumes, osier et laine, Amérique du Sud, Etat de Para, Brésil - Coiffe Kamayura en fibres végétales, coton et plumes, Amérique du Sud, Etat de Xingu, Brésil - Bandeau Jivaro en fibres végétales et plumes de toucan, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Diadème Karaja en plumes, fibres végétales, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Bonnet Kayapo en plumes, structure en osier, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Couronne Yanomani en roseau, coton, fibres végétales et plumes (dépouilles partielles d'oiseaux), Amérique du Sud, Rio Ocamo, Vénézuela © Marc Domage

En écho à cette exposition, La Maison Rouge présentera une sélection de coiffes ethniques ainsi qu’une oeuvre d’Olivier Babin dans le cadre de Paris et Création. Cette opération organisée par les Galeries Lafayette permet à 8 institutions culturelles parisiennes dont le Centre Pompidou, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Les Arts Décoratifs, le Lieu du Design, Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Palais de Tokyo, le Parc de la Villette, de s’exprimer dans les vitrines du boulevard Haussmann.

  • Exposition Voyage dans ma tête, la collection de coiffes ethniques d’Antoine de Galbert – La Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert – 10, bd de la Bastille – 75012 Paris – Du 12 juin au 26 septembre 2010
  • Paris et Création – Galeries Lafayette – 40, bd Haussmann – 75009 Paris – Du 12 juillet au 5 août 2010 – Inauguration publique le 12 juillet de 20h30 à 22h