Articles taggés avec ‘Alfons Mucha’

Exposition bijoux Art nouveau en Autriche

Vendredi 15 juillet 2011

Exposition-bijoux-Art-nouveauLe Léopold Museum de Vienne accueille actuellement une superbe exposition de bijoux Art nouveau. Les 150 pièces exposées – boucles de ceinture, peignes, broches, diadèmes, bagues, colliers – offrent un panorama exceptionnel des créations les plus marquante de la fin du XIXème et du début du XXème dans toute l’Europe. L’essentiel des bijoux présentés ont été prêtés par le Hessisches Landesmuseum de Darmstadt et proviennent de la collection constituée dès 1952 par le bijoutier de la cour néerlandaise, Karel A. Citroen.

Bijou-Lalique-Art-nouveau

A gauche : Broche en or, platine, technique du plique-à-jour, pierre de lune, diamants cut, diamants, perles, émail - Design et réalisation Eugène Feuillâtre, 1902, Au centre : Broche Fuchsia en or, opales, diamants cut, diamants - Design Georges Fouquet et réalisation Charles Desrosiers, 1902, A droite : Peigne "Paons" en corne, or et topaze - Design René Lalique, 1904/1905 © Hessisches Landesmuseum Darmstadt, Darmstadt, photos Hessisches Landesmuseum Darmstadt,

Tous les grands noms de l’Art nouveau sont exposés au Léopold Museum. Une place particulièrement importante est réservée aux créateurs parisiens et notamment à René Lalique. Par la richesse des couleurs et des formes de ses somptueux bijoux, il a révolutionné le design et su séduire le gotha mondial. On peut également admirer des œuvres de Lucien Gaillard, inspirées de l’art japonais, de Georges Fouquet qui collabora longtemps avec Alphonse Mucha. Les bijoux de l’émailleur André-Fernand Thesmar, relèvent pour la plupart de la technique ancestrale Chinoise de l’émail cloisonné – l’émail vitrifié est versé entre de fines bandes d’or, d’argent ou de cuivre – et de la technique du “plique à jour” qui permet d’obtenir un effet proche du vitrail.

Collier-art-nouveau

A gauche : Pendentif en argent, plaqué or, opale, émeraudes - Design Franz Delavilla et réalisation Oscar Dietrich Co., 1911 © MAK, Österreichisches Museum für angewandte Kunst/Gegenwartskunst, Wien, photo MAK / Georg Mayer, Au centre : Broche Papillon en or jaune, émail, diamants, rubis - Design Gustav Fischmeister et réalisation Rozet et Fischmeister Co., 1910 © Fa. Rozet & Fischmeister, Wien, Privatbesitz/Rozet & Fischmeister Co., Privately owned, photo Craig Dillon, A droite : Pendentif en argent, plaqué or, corail, ivoire - Design Joseph Emanuel Margold et réalisation Oscar Dietrich Co., 1912 © MAK, Österreichisches Museum für angewandte Kunst/Gegenwartskunst, Wien, photo MAK/Georg Mayer

René Lalique marqua au début de son influence l’art nouveau viennois. Gustav Fischmeister qui fut son élève a participé à l’Ecole des Arts Décoratifs à Paris. Mais rapidement, les ateliers autrichiens ont inventé leur propre style à travers la “Wiener Werkstätte” fondée en 1903.

Art-nouveau-bijoux

A gauche : Broche en argent et or - Design Josef Hoffman et réalisation Wiener Werkstätte et Karl Ponocny, 1905 © Collection privée, photo Decorative Arts Consult, Au centre : Broche en or, nacre, pierre de lune, opale, lapis-lazuli, tourmaline, grenat - Design Josef Hoffman et réalisation Wiener Werkstätte et Karl Ponocny, 1910 © Collection privée, photo Decorative Arts Consult, A droite : Pendentif en or et opale - Design Eduard Josef Wimmer-Wisgrill et réalisation Wiener Werkstätte, 1911 © Collection privée, Courtesy Neue Galerie New York, photo Decorative Arts Consult

Ses plus célèbres représentants Kolo Moser et Josef Hoffmann, étaient convaincus que les bijoux ne devaient pas servir à indiquer le niveau de richesse de celle qui les portent mais à affirmer son individualité. Ils ont souvent préféré les pierres semi-précieuses et l’argent aux diamants et à l’or.

Bijou-art-nouveau

A gauche : Boucle de ceinture en argent, plaqué or, disques en nacre, perle baroque - Design Hans Christiansen et réalisation J. Friedmanns Nachfolger D & M. Lowenthal/Frankfurt am Main, 1901 © Hessisches Landesmuseum Darmstadt, Darmstadt, photon Hessisches Landesmuseum Darmstadt, A droite : Pendentif en or, platine, émail, perles, rubis et diamants - Design et réalisation Fa. Wild & CIe, Pforzheim, 1900-1905 ? © Hessisches Landesmuseum Darmstadt, Darmstadt, photo Hessisches Landesmuseum Darmstadt

Le style allemand est représenté par Hans Christiansen ; le danois par Georg Arthur Jensen ; le néerlandais par Bert Nienhuis et le belge par Philippe Wolfers.

Art-nouveau-bijou

A gauche : Pendentif oval avec chaine en or, émail, turquoise - Design Bert Nienhuis et réalisation L. W. Van Kooten, 1910, Au centre : Peigne en argent et opales - Design et réalisation Georg Arthur Jensen, 1909-1914, A droite : Pendentif "Orchidée ailée" en or, émail, verre, rubis, diamants cut, diamants, perles - Design et réalisation Philippe Wolfers, 1902 © Hessisches Landesmuseum Darmstadt, Darmstadt, photos Hessisches Landesmuseum Darmstadt,

Sont également exposés des œuvres du légendaire orfèvre russe Peter Carl Fabergé, célèbre par les œufs réalisés pour la famille du Tsar. On ne peut oublier non plus la Grande-Bretagne, berceau du mouvement Arts & Crafts, avec des artistes tels William Hair Haseler ou Henry Wilson.

  • Exposition L’éclat d’une époque – Bijoux Art nouveau européen (Glanz einer Epoche Jugendstil-Schmuck aus Europa) – Leopold Museum – MuseumsQuartier, Museumsplatz 1 – 1070 Wien – Autriche
  • Du 25 février au 25 juillet 2011

Brune ou blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma

Mardi 4 janvier 2011

Brune-blonde-cinémathèque

Pénélope Cruz dans "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo E. Pereda et P. Ardizzoni/El Deseo, graphisme Lot 49/Cinémathèque française

Recouverte d’une immense “chevelure”- œuvre d’Alice Anderson -, la façade de la Cinémathèque française annonce une exposition originale, “Brune Blonde”, qui convie le visiteur à réfléchir sur la représentation de la chevelure féminine au cinéma, mais aussi dans l’art et la société. Héritier de la peinture et de la littérature, le cinéma prolonge la fascination pour la chevelure féminine et la gestuelle qui lui est liée en lui donnant de surcroit le mouvement. En outre, selon l’expression d’Alain Bergala, commissaire de l’exposition : “Parler de la chevelure, c’est embrasser l’histoire de l’art et celle de nos sociétés. Blonds ou roux, coupés courts ou portés longs, relevés ou lâchés, les cheveux des femmes entretiennent depuis toujours un rapport étroit à l’histoire des sociétés et à la mythologie.”

Cinémathèque-brune-blonde

A gauche : Vue extérieure de La Cinémathèque française pendant l'exposition Brune Blonde. La façade accueille la sculpture intitulée "The Isolated Child" d'Alice Anderson, constituée de 5000 mètres de cheveux de poupée, A droite : Cette installation rejoint l'espace d'exposition - Sculpture "The Isolated Child - Alice Anderson, 2010 - Courtesy Alice Anderson © Photos Notes Précieuses

Depuis l’avènement du VIIème Art, les stars d’Hollywood et des studios européens se sont substituées aux figures légendaires incarnées par la peinture, de Botticelli à Mucha en passant par les préraphaélites, pour forger de nouveaux archétypes féminins.

Pénélope-Cruz

A gauche : Scénographie de l'exposition © Photo Notes Précieuses, A droite : Pénélope Cruz portant des boucles d'oreilles en forme d'oeil dans le film "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo Emilio Pereda et Paola Ardizzoni/El Deseo

Amplement relayés par les magazines et la publicité, les modèles se fondent en grande partie sur la coiffure.

andy-warhol-pop-art

A gauche : Scénographie de l'exposition, Au milieu : Sérigraphie faite à partir d'encre sur toile et acrylique représentant Lana Turner - Andy Warhol, 1985, The Andy Warhol Museum, Pittsburgh, A droite : Scénographie représentant Les blondes dans les magazines © Photos Notes Précieuses

Dans les années 20, les jeunes femmes portent des cheveux courts à la Louise Brooks ; dans les années 30, c’est une chevelure platinée à la Jean Harlow et dans les années 40, de longues mèches ondulantes à la Véronika Lake. Vers 1950, la mode est aux coiffures lâchées, comme celle de Brigitte Bardot et en 1960 aux coupes androgynes comme Jean Seberg … La plupart de ces actrices sont blondes et la blondeur a envahi le XXème siècle occidental car elle est accessible à chaque femme grâce aux produits colorants. Aujourd’hui, cet impérialisme est nettement en recul avec la montée de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. On ne peut oublier, non plus, que la blondeur fut aussi l’instrument de mise à l’écart de minorités - noirs ou latinos aux Etats-Unis – ou symbole d’une prétendue pureté aryenne dans l’Allemagne nazie.

marilyn-monroe-poster

A gauche : Lithographie de l'affiche française "La Môme vert de gris" de Bernard Borderie - Jean Mascii, 1952 - Cinémathèque française, Paris, Au milieu : Offset de l'affiche allemande "Die Büchse der Pandora" ("Loulou") de Georg Wilhem Pabst - Bottlik, 1929 - Cinémathèque française, Paris, A droite : Huile et collage sur toile "La storia del Cinema (L'histoire du cinéma) - Mimmo Rotella, 1991 - Cinémathèque française, Paris © Photos Notes Précieuses

Catherine-deneuve-photos-anna-karina-photos

Blondes, brunes ou rousses au cinéma - Films de l'exposition © Notes Précieuses

En ce qui concerne la blondeur, l’Occident n’a cessé d’osciller entre le pur et l’impur, le bien et le mal, l’innocence et la tentation … Le cinéma a hérité de cette ambiguïté. Originellement symbole de pureté, la femme blonde peut aussi se révéler être une vamp, garce sulfureuse et vénéneuse. C’est l’éternelle rivalité brune / blonde. David Lynch, a compliqué l’équation : dans “Mulholland Drive“, blondes et brunes ne sont plus rivales, mais les deux faces d’une même figure féminine. On notera que les rousses ne sont arrivées au cinéma qu’avec le Technicolor. Le travestissement permet aussi de jouer avec la frontière des genres. Quoiqu’il en soit, Hitchcock, Mizoguchi, Bunuel, Antonioni, Bergman, Godard, Lynch, Fassbinder … ont, à travers la chevelure féminine, développé des thématiques fortes telles que la rivalité, le changement d’identité, le fétichisme voire le sacrifice.

Elizabeth-Taylor-Marilyn-Monroe-Brigitte-Bardot-Simone-Signoret

De gauche à droite : Tirages photographiques contrecollés sur aluminium représentant Elizabeth Taylor sur le tournage de "Suddenly last Summer" ("Soudain l'été dernier") de Joseph L.Mankiewicz - Burt Glinn, 1959 - Courtesy Burt Glinn/Magnum Photos - Marilyn Monroe sur le tournage des "Misfits" ("Les Désaxés") de John Huston - Eve Arnold, 1960 - Courtesy Eve Arnold/Magnums photos - Brigitte Bardot - Philippe Hasman, 1951 - Courtesy Philippe Halsman/Magnum Photos - Simone Signoret sur le tournage de "The Deadly Affair" de Sidney Lumet - Eve Arnold, 1966 - Courtesy Eve Arnold/Magnum Photos © Photo Notes Précieuses

La gestuelle cinématographique de la chevelure – voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner … – s’inscrit dans une longue tradition iconographique, particulièrement riche au XIXème siècle. Les cinéphiles français ont sur ce point leurs images cultes telles Catherine Deneuve défaisant son chignon dans la maison close de “Belle de jour” de Luis Buñuel ou Anna Karina faisant voltiger sa chevelure dans “le Petit Soldat” de Jean-Luc Godard.

Jannis-Kounellis-Mc-Dermott

A gauche : Huile sur toile de lin "I lived for an hour, 1967" (J'ai vécu pour une heure, 1967) - Mc Dermott et MC Gough, 2008 - Collection Colony capital Europe, courtesy Jérôme de Noirmont, Paris © Cinémathèque française, au milieu : Plaque d'acier et tresse de cheveux "senza titolo" (sans titre) - Jannis Kounellis, 1969 - Centre Pompidou, Musée National d'art moderne/Centre de création industrielle, Paris, A droite : Encre sur papier "Paysage-chevelure" - Marie Drouet, 2008/2009 - Collection de l'artiste © Photos Notes Précieuses

Au fil de l’exposition, il apparait clairement que, tant sur la pellicule qu’en peinture, la chevelure a cessé d’être un simple appendice pour devenir principal vecteur d’émotion. Chez Antonioni par exemple, toujours en mouvement, les cheveux de Monica Vitti prennent une valeur émotionnelle indépendante du personnage. Certains sculpteurs font également du cheveu une œuvre en soi, tel Jannis Kounellis qui expose le fétiche capillaire sur un fond-socle, réactivant la fascination que la tresse a exercé sur Freud en tant que “pagne primitif “. Comment ne pas évoquer ici aussi, les bijoux de sentiments qui, sous le Second Empire, laissaient la part belle aux cheveux. Il s’agissait de médaillons où étaient conservés les cheveux d’un être aimé disparu ou d’un enfant, de bracelets tressés en cheveux ou de chaînes tissées.

Méduse

A gauche : Relief en papier mâché peint représentant un bouclier avec le visage de Méduse - Arnold Böcklin, 1897 - Musée d'Orsay, Paris, Au milieu : Planche à la mine de plomb représentant une tête de femme couronnée de corail, étude de corail (Heliopora coerulea) - Gustave Moreau - Musée National Gustave Moreau, Paris, A droite : Planche à la plume et encre brune, mine de plomb sur papier calque contrecollé comportant étude en rapport avec Galatée - Gustave Moreau, 1880 - Musée National Gustave Moreau, Paris © Photos Notes Précieuses

La chevelure suscite de nombreuses métaphores poétiques : une vague, un ruisseau, un banc d’algues, un rideau végétal mais aussi un nid de serpents. Dès la Renaissance, à travers les récits et les représentations picturales, Méduse, monstre marin à la chevelure formée de serpents, est un sujet de fascination. Les amateurs de bijoux retiennent que, dans la mythologie, le corail est né du sang de sa tête. Ovide, raconte dans “Les Métamorphoses” que, voyant qu’au contact de ce sang les algues se pétrifiaient, les nymphes transformèrent d’autres algues de la même façon.

Bruna-Brunelleschi-Rossetti

A gauche : Tableau "Bruna Brunelleschi" - Dante Gabriel Rossetti, 1878 © Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, A droite : Extrait du film de l'exposition © Photo Notes Précieuses

La chevelure se prête volontiers aux accessoires. Ils augmentent sa présence, voire sa charge érotique. On retrouve déjà rubans, diadèmes, guirlandes de fleurs, bijoux de tête et autres aigrettes dans les tableaux des grands maitres. Imaginerait-on, comme le souligne le catalogue de l’exposition, la Fornarina de Raphaël sans son turban ou les Léda de Tintoret sans leurs diadèmes de nacre ? Dante Gabriel Rossetti, un des fondateurs du mouvement préraphaélite, transforme par des jeux de lumière la chevelure des femmes qu’il peint en une matière aussi précieuses que la soie et l’or, notamment dans “Bruna Brunelleschi”. De même, comme chez les autres préraphaélites, les bijoux – principalement les bijoux orientaux – occupent dans ses oeuvres une place prépondérante. Il aime parer les cheveux fauves ou bruns aux reflets cuivrés de ses modèles de barrettes en fleurs exotiques multicolores ou de doubles bijoux de tête en forme de spirale.

Têtes-byzantines-Mucha

A gauche : Lithographie couleur "Têtes byzantines, Brune" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust Cambridge, A droite : Lithographie couleur "Têtes byzantines, blonde" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust, Cambridge © Photo Notes Précieuses

Dans la lignée des Préraphaélites, l’Art nouveau, privilégie lui aussi le rôle créatif de la décoration. Chez Klimt ou Mucha, l’ornementation est essentielle. Florale, aquatique ou aérienne, la longue chevelure féminine est dans les oeuvres de Mucha un motif à part entière. Dans ses lithographies “Têtes byzantines”, les coiffures sont serties de tiares, de perles et de pierres précieuses. Il s’inspira aussi des ondulations, des arabesques pour créer des bijoux raffinés, tout comme René Lalique. Les épingles et surtout les peignes s’imposèrent comme les instruments indispensables au maintien des volumineux chignons très en vogue dans les années 1890. Mucha et Lalique perpétuent le culte de la femme fleur. Pour Lalique, la chevelure est l’emblème de la féminité, de la sensualité, voire de l’érotisme. Il utilise aussi dans ses bijoux la chevelure serpent, symbole de vie et de séduction, faisant de la femme l’incarnation du péché. Tantôt animal ou végétal, la femme est innocente ou vénéneuse.

  • Exposition Brune Blonde, une exposition arts et cinéma – la cinémathèque française – 51, rue de Bercy – 75012 Paris
  • Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011
  • Catalogue de l’exposition Brune Blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma – Coédition Skira Flammarion/Cinémathèque française – Ouvrage publié sous la direction d’Alain Bergala et Anne Marquez, 2010

Bijoux, accessoires et costumes de Divas

Vendredi 25 juin 2010

Le Centre National du Costume de Scène de Moulin (Allier) rend actuellement hommage aux Divas, qu’elles soient chanteuses d’opéras, actrices, meneuses de revue ou stars de la chanson. L’exposition “Vestiaire de Divas” présente une centaine d’effets – vêtements, bijoux et autres accessoires – qui ont contribué à leur aura. Elles sont une trentaine et se nomment entre autres Hortense Schneider, Sarah Bernhardt, Cecile Sorel,  Marie Bell, Maria Callas, Isabelle Adjani ou encore Zizi Jeanmaire, Edith Piaf ou Dalida … En parcourant l’exposition, et à la lecture du somptueux catalogue qui la complète, on entre de plain pied dans la légende de ces grandes dames. On peut aussi mesurer l’évolution du concept même de Diva au fil du temps.

Costume-et-pendants-d'oreilles

A gauche : Coiffure turban avec pendants d’oreilles, garnie de strass et de pierres turquoises. Robe longue style années 1930 avec bustier en tulle brodé de paillettes et de strass et jupe en mousseline - Costume pour le rôle de Lulu, acte I, scène 3, Opéra d'Alban Berg, A droite : Collier de pampilles de pierres irisées bleu foncé, strass et perles or attenant à la robe. Coiffure perruque recouverte de crin noir et ornée de différents bijoux. Robe brochée avec patchwork de lamés, dentelles et galons or, recouvert de tulle noir. Manteau à longue traîne en soie, recouvert de dentelle vieil or et tulle noir - Costume pour le rôle de Clytemnestre d'Elektra, opéra de Richard strauss - Collections CNCS/ONP © Photos : CNCS, Pascal François

Les costumes de scène témoignent des moments magiques qu’ont connus acteurs et spectateurs lors des représentations. A l’aube du XIXe siècle, les Divas - Diva est alors synonyme de cantatriceimposaient leurs choix artistiques : rôles, partenaires, mises en scène, et bien sûr accessoires et costumes. Les bijoux de luxe, les parures, la robe constituent la panoplie de la diva. Les tenues rivalisaient d’éclat : pierres précieuses, perles et paillettes, strass, plumes, somptueux tissus, riches broderies et fourrures. L’émulation était grande, chacune souhaitant faire mieux que sa rivale du moment. Chanteuses et comédiennes ont longtemps été propriétaires de leurs costumes, comme l’exigeaient leurs contrats.

Bijou casque et costume de scène

A gauche : Collier en métal patiné or avec sequins. Turban en soie et lamé or, avec diadème en métal or et sequins. Grande robe tunique en soie avec traîne doublée de lamé or. Etole en mousseline avec paillettes cuivre - Costume porté par Jessy Norman pour le rôle de Didon, Opéra Didon et Enée d'Henry Purcell - Collections CNCS/ONP, A droite : Bijou casque au cimier de plumes pour l'Africaine, Opéra de Meyerbeer, créé à l'Opéra de Paris en 1865 - Collection BNF, BMO © Photos : CNCS, Pascal François

Au théâtre, Sarah Bernhardt (1844 – 1923), plus que toute autre, veillait de près à ses tenues de scène. Elle les dessinait parfois elle même et accordait une grande importance aux bijoux, énormes, somptueux, voyants. Colliers, bagues, broches, fibules et diadèmes, devaient chatoyer sous les feux de la rampe. “La Divine” achetait ses bijoux à René Lalique ou à Georges Fouquet et les faisait dessiner par Mucha. Plus tard, Lucienne Bréval (1870-1935), tragédienne lyrique de l’Opéra de Paris, adorait aussi les bijoux, à la ville comme à la scène. Certains d’entre eux lui furent offerts par Sarah Bernhardt. A chaque création de rôle, elle faisait réaliser les bijoux qu’elle porterait sur son costume : ainsi une double agrafe pour son manteau de la Walkyrie, un trident en diamants, des bracelets de différents styles et tailles. A titre personnel également, nombreuses sont les artistes qui, à l’instar de Mary Garden ou d’Adelina Patti (1843-1919) se voient couvrir de bijoux et de diamants par leurs nombreux admirateurs. “La Patti” n’était-elle pas surnommée “la diva aux millions“?

Bracelet et broche Sarah Bernhardt

A gauche : Bracelet émaillé, A droite : Broche représentant les masques de la Tragédie et de la Comédie avec inscription "A Sarah Bernhardt, la gloire de l’art français, décembre 1896" - René Lalique, 1896 - Collection Comédie-Française © Photos : CNCS, Pascal François

Après la Seconde Guerre Mondiale, le public s’intéressera surtout aux stars d’Hollywood … jusqu’à l’arrivée de Maria Callas (1923-1977) qui dirigera à nouveau les projecteurs vers les cantatrices. Pour Médée, son unique rôle au cinéma en tant qu’actrice, Maria Callas porte un costume pour le rituel impressionnant. Piero Tosi, créateur des costumes (en collaboration avec Umberto Tirelli), se souvient que Pasolini, le réalisateur, voulait des costumes et accessoires des cultures méditerranéennes antiques. Il dut effectuer de nombreuses recherches sur les femmes sardes, marocaines, tunisiennes et sur le bijou traditionnel et ancien. Ce qui donnera cette longue robe, manteau et mantille agrémentés de nombreux colliers archaïques, tribaux, colliers de boules de métal travaillées et diadème.

Bijoux Maria Callas

A gauche : Bijoux imposants, accumulation de colliers de type archaïque ou tribal. Robe et manteau brodés dans un tissu lourd et précieux. Voile et diadème. Poignard et hache, armes archaïques - Collection Palazzo Pitti, Florence © Photo : Mario Tursi, A droite : Collier avec boules de métal travaillées - Collection Jewel House, Rome © Photo CNCS, Pascal François - Bijoux et costume du rituel portés par Maria Callas dans le film Médée de Pier Paolo Pasolini, 1969

Aujourd’hui, nos Divas, quelle que soit leur discipline, interviennent moins directement dans les choix artistiques. Ce sont les costumiers et le metteur en scène qui les habillent, pour respecter l’unité esthétique de la production ; ce qui n’exclut pas que l’artiste manifeste certaines exigences car le costume est son outil de travail, sa “seconde peau”, qui doit lui permettre de donner libre cours à son talent. Si beaucoup d’entre elles,  aimaient les bijoux, le plus souvent parce qu’ils étaient offerts par leurs admirateurs, certaines Divas de la deuxième moitié du XXème siècle ont eu une attitude plus distanciée. Jane Rhodes, par exemple, affirme n’en avoir porté qu’un ou deux dans toute sa carrière, n’étant généralement guidée dans ses choix que par des engouements “affectifs”.

Colliers ethniques

Colliers ethniques - Collection Jewel House, Rome - Bijoux portés par Maria Callas dans le film Médée de Pasolini © Photo CNCS, Pascal François

“Vestiaire de Diva” : une exposition à ne pas manquer, sans oublier le catalogue, pour découvrir ces merveilleux costumes qui constituaient l’univers des Divas. En effet, le Centre National du Costume de Scène n’expose pas de collections permanentes, compte tenu de la fragilité des matériaux. Dépôt de la Bibliothèque nationale, la Comédie-Française et l’Opéra de Paris, il a pour mission la conservation, l’étude et la valorisation d’un ensemble de plus de 9 000 costumes ainsi que de toiles de décors peints.

Bijoux de théâtre

Bijoux de théâtre, bustiers soutiens-gorge pour les spectacles du Palais Garnier - Collections BNF, BMO © Photo : CNCS, Pascal François

Pour compléter cette exposition, le CNCS organise différents stages et ateliers autour du thème de la Diva. Vous pourrez participer le 16 août et le 27 décembre au stage “De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas” animé par Cécile Vallet, créatrice textile. Après croquis et étude préparatoire, vous pourrez exprimer votre créativité en réalisant un accessoire. Les petits ne sont pas oubliés avec l’atelier Bijoux et parures le 9 juillet et 13 août, animé par Bérangère Giraud, créatrice de bijoux. Ils iront à la découverte du bijou à travers les parures présentées et réaliseront eux mêmes un bijou original. Les enfants s’amuseront également avec Cécile Vallet, créatrice textile, à transformer un accessoire du quotidien pour le rendre exceptionnel en suivant l’atelier “C’est Extraordinaire” le 13 juillet et 31 août. Ils pourront aussi créer des coiffes avec différents matériaux à l’atelier “Coiffure et couvre-chefs” le 3 août avec Céline Deloche, costumière.

  • Exposition Vestiaire de Divas, de Maria Callas à Dalida … – Centre National du Costume de Scène – Quartier Villars, Route de Montilly – 0300 Moulins – Du 5 juin au 31 décembre 2010
  • Catalogue Vestiaire de Divas – Sous la direction de Delphine Pinasa – Coéditions CNCS, Gourcuff Gradenigo
  • Stages De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas – Le 16 août et 27 décembre 2010, de 10h30 à 17h30 – Dès 16 ans et adultes – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarifs : 20 € (-25 ans), 50 €
  • Ateliers Bijoux et parures – Le 9 juillet et 13 août 2010 – De 10h15 à 12h30 pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h, dès 7 ans, familial – Animation : Bérangère Giraud, créatrice de bijoux – Tarif : 5 €
  • Ateliers Extraordinaire – Le 13 juillet et 31 août 2010 – De 10h15 à 12h15 pour les 4 à 6ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarif : 5 €
  • Ateliers Coiffure et couvre-chefs – Le 3 août 2010 – De 10h15 à 12h15, pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Céline Deloche, costumière – Tarif : 5 €

Alfons Mucha ou l’art théâtral du bijou

Jeudi 20 août 2009
Lithographie La Princesse Hyacinthe - Alfons Mucha 1911 - Prague, Fondation Mucha Mucha trust 2009

Lithographie La Princesse Hyacinthe - Alfons Mucha 1911 - Prague, Fondation Mucha © Mucha Trust 2009

De lui, nous connaissons surtout ses affiches, dont le style Art Nouveau est rapidement reconnaissable. Ce dessinateur de talent était aussi décorateur, illustrateur et peintre. Jusqu’au 20 septembre, le Musée Fabre de Montpellier lui rend hommage à travers une exposition qui réunit près de 280 de ses œuvres. Le visiteur y découvre une production foisonnante – allant de petits objets, de “bijoux d’artistes”, aux grands panneaux décorés – qui jalonne une vie hors du commun.

C’est grâce au succès immédiat d’une affiche exécutée pour une représentation théâtrale de Sarah Bernhardt, que Mucha va être lancé sur la scène artistique internationale et construire sa renommée.

Il deviendra l’affichiste exclusif de la Grande tragédienne et sera remarqué par Georges Fouquet, joaillier parisien alors soucieux d’innover dans la création. Fouquet, privilégiant l’originalité, voire l’exubérance, engagera avec Mucha une collaboration fructueuse. Sa première commande, en 1899, est destinée à Sarah Bernhardt. Il s’agit d’une reprise du bracelet de Médée relié par une chaînette à une bague également à tête de serpent.

En même temps, il lui propose de dessiner un ensemble de parures de tête et de corsages, de colliers de chien, de broches et de bagues pour le stand Fouquet de l’exposition universelle de 1900. D’une grande audace, rompant avec la représentation classique, mêlant l’émail et l’opale aux matériaux précieux, ces “bijoux d’artistes” exécutés dans les ateliers de Fouquet, séduisent la critique. Fouquet décide alors d’ouvrir une nouvelle boutique, rue Royale à Paris juste en face de chez Maxim’s, dont il confie la réalisation à Mucha. Le visiteur pourra admirer la reconstitution de ce lieu mythique que les Parisiens peuvent voir au Musée Carnavalet.

Ce focus sur les bijoux ne doit pas faire oublier le “temps fort” de l’exposition qui est la mise en scène des décors peints par Mucha pour orner le pavillon de la Bosnie Herzégovine à l’Exposition Universelle de 1900. A voir absolument cette exposition qui restitue la créativité foisonnante de la Belle Époque, dans tous les domaines.

  • Exposition Alfons Mucha – Musée Fabre – 39, bd Bonne-Nouvelle – 34000 Montpellier
  • Du 20 juin au 20 septembre 2009
apercu-documentpetit

Pendentif en or, émail, nacre, opale, émeraude, pierres de couleur, peinture dorée - Georges Fouquet, vers 1900 - New York, Metropolitan Museum of Art, don de Eva et Michael Chow, 2003