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Création contemporaine chez les Adivasi

Dimanche 11 juillet 2010

Pour quelques jours encore, le Musée du Quai Branly à Paris rend hommage à l’Inde. Il s’agit d’un hommage particulier qui ne sacrifie pas ici à l’immanence du sacré dans un pays fortement attaché à ses traditions et à ses croyances. L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” explore la richesse créative de ces peuples isolés qui vivent dans des zones montagneuses ou forestières.

Peu connus en occident, ceux qu’on nomme Adivasi comptent pourtant globalement soixante millions de personnes toutes détentrices de pratiques culturelles originales et subtiles. Les pièces exposées Quai Branly, que viennent éclairer photographies, gravures et documents d’archives, montrent souvent des oeuvres inspirées de la modernité tout en étant respectueuses des traditions.

A gauche : Bhuta © Musée du quai Branly, photo : Antoine Schneck, A droite : Statuette en bronze représentant un éléphant - Bastar, Asie, population Gond © Musée du quai Branly, photo : Thierry Ollivier, Michel Urtado

Le visiteur découvre successivement une dizaine d’univers spécifiques représentatifs de différents peuples Adivasi. Chaque communauté est caractérisée par ses productions artistiques et rituelles : ce sont les imposantes et magnifiques sculptures en bois du culte des bhuta ; les masques en bronze bastar ; les bas-reliefs d’argile des femmes de Chhattisgarh ou encore les peintures rathava … Nous parlerons ici plus particulièrement des oeuvres des Naga, les seules pour lesquelles des bijoux sont exposés. Ces bijoux sont tous dus à des artistes du XXème siècle. On peut admirer un collier pendentif en perles de verre et têtes humaines en laiton, un collier perles de verre et aluminium et une ceinture de femmes en perles de verre, os et coquillages. Les tribus Naga, originaires des montagnes du nord-est de l’Inde, accordent une importance majeure à l’égalité entre hommes – guerriers et protecteurs – et femmes – en charge du foyer et de la nourriture. On retrouve cette distinction dans leurs créations : sculptures guerrières et armures d’une part, textiles et bijoux d’autre part. Malgré la christianisation, leur créativité reste largement inspirée par leur animisme d’origine.

A gauche : Toile en acrylique représentant un aéroplane - Nankusia Shyam - Collection Leka et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya, A droite : Acrylique sur papier représentant un aéroplane en forme d'oiseau - Dileep Shyam - Collection Lekha et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya

L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” met aussi en avant une dynamique des cultures qui se situe entre tradition et adaptation à la modernité. Après l’indépendance en 1947, les pouvoirs publics indiens ont encouragé l’artisanat dans les campagnes en tant que vecteur de développement de l’emploi et des échanges commerciaux. Cette politique favorisa la naissance d’une iconographie plus contemporaine. Au cours des trente dernières années, de nombreux artistes issus des communautés tribales – essentiellement pardhan gond et bhil – se sont installés en ville. Ils sont aujourd’hui plus de cent cinquante. L’expérience de la vie citadine leur a ouvert de nouveaux horizons. Ils transforment les images de locomotives, automobiles, ou aéroplanes en créatures issues de l’univers mythologique propre à leur communauté ou simplement nées de leur subjectivité. Le visiteur de l’exposition peut ainsi découvrir une série de peintures populaires contemporaines ainsi que les oeuvres de deux artistes mondialement connus : Jivya Soma Mashe (tribu Warli) et Jangarh Singh Shyam (peuple Gond).

A gauche : Pigment sur papier représentant un oiseau imaginaire, A droite : Pigment sur papier représentant un serpent imaginaire - Jangarh Singh Shyam - Autorisation Radfhika et Abhishek Poddar, collection Abhishek et Radhika Poddar © Photo Gireesh GV

  • Exposition Autres maîtres de l’Inde – Musée du quai Branly – 37, quai Branly – 75007 Paris
  • Du 30 mars au 18 juillet 2010