Archive pour la catégorie ‘Expositions’

Une exposition pédagogique sur la contrefaçon à la Cité des Sciences et de l’Industrie

Jeudi 22 juillet 2010

Contrefaçon la vrai expo qui parle du fauxAvec “Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux“, la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris nous invite à réfléchir sur un fléau qui pollue aujourd’hui tous les secteurs d’activité : luxe, vêtements, parfums, aliments, médicaments … L’univers du bijou, loin s’en faut, n’est pas épargné. La production des marques prestigieuses est régulièrement contrefaite. Copies et plagiats pénalisent également les créateurs de moindre notoriété. L’exposition pédagogique de la Cité des Sciences et de l’Industrie dévoile non seulement la diversité et l’importance de la contrefaçon dans notre vie quotidienne, mais également ses enjeux géopolitiques, économiques et juridiques. Tout au long de la visite, nous sommes constamment amenés à nous interroger sur ce que les mots veulent dire : création, copie, imitation, plagiat …

La création fait appel à l’intelligence, aux connaissances, à l’intuition … S’appuyant sur les conditions sociales et les moyens techniques de son époque, le créateur fait surgir la nouveauté. Ses œuvres sont souvent reprises, transformées, voire améliorées. Ce n’est pas forcément en mauvaise part. Imiter permet d’apprendre. C’est particulièrement vrai en matière artistique. L’étudiant qui reproduit une toile de maître dans la grande galerie du Louvre ne saurait être assimilé à un faussaire. Pas plus que Picasso lorsqu’il s’inspirait en 1940 du tableau de Delacroix, peint en 1834, “Femmes d’Alger dans leur appartement“. Le passage de témoin de maître à élève a même été officialisé en 1994, avec l’institution des Maîtres d’Art par le Ministère de la Culture. Ils ont mission de transmettre leur savoir faire et leur tour de main à un ou plusieurs élèves. La copie – sous forme de répliques, gravures, photographies … – permet aussi de faire découvrir au plus grand nombre des chefs-d’œuvre qui, sinon, seraient inaccessibles. Les matériaux synthétiques quant à eux rendent abordables, en les imitant, les matières précieuses et les matériaux nobles.

Contrefaçon marque

A gauche : Différentes vues de l'exposition © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

Quand alors y a t-il contrefaçon ? Lorsque le consommateur est abusé et lorsque le producteur est pénalisé, répondent les organisateurs de l’exposition. Faussaires et contrefacteurs s’attaquent à tous les produits connus pour les copier et en tirer profit, au détriment de ceux dont ils ont pillé la technique, le style, les formes, voire la marque. Tout revient en fait à déterminer ce qui est licite et ne l’est pas. Les droits d’auteur sont apparus en France dès le XVIème siècle. La Révolution les favorisera tout en les limitant dans le temps, principalement pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux œuvres littéraires. Au fil des siècles, la nature de la propriété intellectuelle s’est étendue à tous les champs de la création. Aujourd’hui l’acte de créer, de fabriquer un objet, un modèle nouveau, une œuvre inédite est protégé par un droit exclusif qui donne à son titulaire le contrôle de son usage et de son exploitation.

Contrefaçon bijoux

Saisies douanières de contrefaçon de bijoux et de marque © Douane française, photos : Marc Bonodot

Il est parfois difficile de détecter une copie. Les techniques de production des faussaires sont en effet souvent aussi sophistiquées que celles de leurs victimes. L’œil averti d’un expert est nécessaire pour discerner le vrai du faux, qu’il s’agisse d’objets ou d’œuvres d’art. Sur ce dernier point, La National Gallery de Londres présente une exposition passionnante où sont présentées des œuvres qui ont trompé ses propres experts. Seules des techniques avancées – infrarouge, radiographie, microscopie électronique, spectrométrie de masse – ont permis de rétablir la vérité. Ainsi, “Portrait de groupe”, une peinture sur bois achetée en 1923 en tant qu’œuvre du XVe siècle a révélé qu’elle comportait des pigments utilisés seulement à partir du XIXe et un vernis à la gomme-laque pour simuler la patine ! A l’inverse, les mêmes avancées scientifiques ont permis de réhabiliter des œuvres jusqu’alors considérées comme des faux.

Exposition contrefaçon

Vues de l'exposition et saisies douanières de contrefaçons © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

“Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux” montre aussi que la copie frauduleuse n’est pas seulement l’affaire des mafias et autres professionnels de l’arnaque. La technologie Internet notamment met la captation des sons, des images et des textes à la portée de chacun. Le plus souvent ici la copie illicite s’effectue sans le moindre sentiment de culpabilité. Des logiciels ont été mis au point pour faciliter la recherche de plagiat de textes littéraires, d’articles de presse, mais aussi de devoirs scolaires et universitaires. Les États tentent d’encadrer le téléchargement illégal, essentiellement pour protéger les industries audiovisuelles.

Il apparait donc clairement que la contrefaçon met en danger l’économie. Aujourd’hui, elle représente environ 10% du commerce mondial, pour un montant se situant entre 200 et 300 milliards de dollars. Sur les 179 millions d’articles contrefaits saisis par les douanes européennes en 2008, DVD, CD et autres cassettes audio et vidéo se taillent la part du lion avec 44 % des prises, suivies par les cigarettes (23%). La part des vêtements et chaussures représente 10 % et celle des Bijoux et Montres moins de 1 %. Il n’est pas certain que ce faible pourcentage traduise pleinement la réalité vécue par les créateurs de bijoux lorsqu’ils retrouvent – trop souvent – leurs formes et leurs modèles chez d’autres créateurs ou marques.

  • Exposition Contrefaçon, la vrai expo qui parle du faux – Cité des Sciences et de l’Industrie – 30, avenue Corentin-Cariou – 75019 Paris – Du 20 avril 2010 au 13 février 2011
  • Exposition Close Examination : Fakes, mistakes, and discoveries – The National Gallery – Trafalgar Square – Londres – WC2N 5DN – Du 13 juin au 12 septembre 2010

Collier serpent, or blanc et pierres précieuses, et exposition au Cannet en hommage à René Lalique

Jeudi 15 juillet 2010

René Lalique

René Lalique © Lalique

A l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique, la ville du Cannet (Alpes Maritimes) rend hommage à ce créateur d’exception dont les thèmes fondateurs se résument aux trois “F” : la Femme, la Flore et la Faune. Une exposition, présentée à l’Espace Bonnard en collaboration avec la maison Lalique, rassemble une collection d’objets de décoration. Si, malheureusement pour les amateurs, aucun bijou n’est présenté au Cannet, le visiteur peut néanmoins appréhender la puissance et la richesse de celui qui bouleversa les traditions esthétiques du 19ème siècle et fut aussi le précurseur du bijou moderne.

Collier Serpent René Lalique

A gauche : Dessin original - René Lalique, 1898-1900, A droite : Collier Serpent, pièce unique réalisée en 2010 à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique © Lalique

Pour honorer René Lalique, dont le dessin a toujours été l’instrument premier de ses créations, la société Lalique édite également un collier, unique et jamais réalisé jusqu’à présent, d’après un dessin original de 1898-1900. Il représente un serpent. Ce choix n’est pas anodin ; le serpent et la symbolique qui s’y attache – vie, séduction et virilité – ont souvent été traités sous de nombreuses déclinaisons : ornement de corsage, flacon, vase et bien sûr bijoux …  René Lalique a réalisé ses “premiers serpents” pour son amie Sarah Bernhardt.

Collier or blanc diamants émeraudes

Collier en or blanc, diamants et émeraudes - Beat Messerer, d'après le dessin original de René Lalique © Lalique

C’est le joaillier et gemmologue Zurichois Beat Messerer qui a réalisé cet hommage, sous forme d’un collier en or blanc ornementé de 812 pierres précieuses pour un poids total de 17,90 carats. Légèrement flexible, grâce à un dispositif d’articulation caché à l’intérieur du serpent, le collier peut épouser le cou. Une attention particulière a été portée au choix des pierres qui le composent, à l’instar du diamant poire D-IF ornant la tête du serpent et des deux émeraudes des yeux. Cette œuvre de haute joaillerie a nécessité plus de 700 heures de travail. Elle sera vendue aux enchères avant le fin de cette année. Son prix estimatif est de 220 000 €.

  • Hommage à René Lalique – Espace Bonnard – Rue des Orangers, jardin du Tivoli – 06115 Le Cannet
  • Du 10 juillet au 22 août 2010

Création contemporaine chez les Adivasi

Dimanche 11 juillet 2010

Pour quelques jours encore, le Musée du Quai Branly à Paris rend hommage à l’Inde. Il s’agit d’un hommage particulier qui ne sacrifie pas ici à l’immanence du sacré dans un pays fortement attaché à ses traditions et à ses croyances. L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” explore la richesse créative de ces peuples isolés qui vivent dans des zones montagneuses ou forestières.

Peu connus en occident, ceux qu’on nomme Adivasi comptent pourtant globalement soixante millions de personnes toutes détentrices de pratiques culturelles originales et subtiles. Les pièces exposées Quai Branly, que viennent éclairer photographies, gravures et documents d’archives, montrent souvent des oeuvres inspirées de la modernité tout en étant respectueuses des traditions.

A gauche : Bhuta © Musée du quai Branly, photo : Antoine Schneck, A droite : Statuette en bronze représentant un éléphant - Bastar, Asie, population Gond © Musée du quai Branly, photo : Thierry Ollivier, Michel Urtado

Le visiteur découvre successivement une dizaine d’univers spécifiques représentatifs de différents peuples Adivasi. Chaque communauté est caractérisée par ses productions artistiques et rituelles : ce sont les imposantes et magnifiques sculptures en bois du culte des bhuta ; les masques en bronze bastar ; les bas-reliefs d’argile des femmes de Chhattisgarh ou encore les peintures rathava … Nous parlerons ici plus particulièrement des oeuvres des Naga, les seules pour lesquelles des bijoux sont exposés. Ces bijoux sont tous dus à des artistes du XXème siècle. On peut admirer un collier pendentif en perles de verre et têtes humaines en laiton, un collier perles de verre et aluminium et une ceinture de femmes en perles de verre, os et coquillages. Les tribus Naga, originaires des montagnes du nord-est de l’Inde, accordent une importance majeure à l’égalité entre hommes – guerriers et protecteurs – et femmes – en charge du foyer et de la nourriture. On retrouve cette distinction dans leurs créations : sculptures guerrières et armures d’une part, textiles et bijoux d’autre part. Malgré la christianisation, leur créativité reste largement inspirée par leur animisme d’origine.

A gauche : Toile en acrylique représentant un aéroplane - Nankusia Shyam - Collection Leka et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya, A droite : Acrylique sur papier représentant un aéroplane en forme d'oiseau - Dileep Shyam - Collection Lekha et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya

L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” met aussi en avant une dynamique des cultures qui se situe entre tradition et adaptation à la modernité. Après l’indépendance en 1947, les pouvoirs publics indiens ont encouragé l’artisanat dans les campagnes en tant que vecteur de développement de l’emploi et des échanges commerciaux. Cette politique favorisa la naissance d’une iconographie plus contemporaine. Au cours des trente dernières années, de nombreux artistes issus des communautés tribales – essentiellement pardhan gond et bhil – se sont installés en ville. Ils sont aujourd’hui plus de cent cinquante. L’expérience de la vie citadine leur a ouvert de nouveaux horizons. Ils transforment les images de locomotives, automobiles, ou aéroplanes en créatures issues de l’univers mythologique propre à leur communauté ou simplement nées de leur subjectivité. Le visiteur de l’exposition peut ainsi découvrir une série de peintures populaires contemporaines ainsi que les oeuvres de deux artistes mondialement connus : Jivya Soma Mashe (tribu Warli) et Jangarh Singh Shyam (peuple Gond).

A gauche : Pigment sur papier représentant un oiseau imaginaire, A droite : Pigment sur papier représentant un serpent imaginaire - Jangarh Singh Shyam - Autorisation Radfhika et Abhishek Poddar, collection Abhishek et Radhika Poddar © Photo Gireesh GV

  • Exposition Autres maîtres de l’Inde – Musée du quai Branly – 37, quai Branly – 75007 Paris
  • Du 30 mars au 18 juillet 2010

Bijoux, accessoires et costumes de Divas

Vendredi 25 juin 2010

Le Centre National du Costume de Scène de Moulin (Allier) rend actuellement hommage aux Divas, qu’elles soient chanteuses d’opéras, actrices, meneuses de revue ou stars de la chanson. L’exposition “Vestiaire de Divas” présente une centaine d’effets – vêtements, bijoux et autres accessoires – qui ont contribué à leur aura. Elles sont une trentaine et se nomment entre autres Hortense Schneider, Sarah Bernhardt, Cecile Sorel,  Marie Bell, Maria Callas, Isabelle Adjani ou encore Zizi Jeanmaire, Edith Piaf ou Dalida … En parcourant l’exposition, et à la lecture du somptueux catalogue qui la complète, on entre de plain pied dans la légende de ces grandes dames. On peut aussi mesurer l’évolution du concept même de Diva au fil du temps.

Costume-et-pendants-d'oreilles

A gauche : Coiffure turban avec pendants d’oreilles, garnie de strass et de pierres turquoises. Robe longue style années 1930 avec bustier en tulle brodé de paillettes et de strass et jupe en mousseline - Costume pour le rôle de Lulu, acte I, scène 3, Opéra d'Alban Berg, A droite : Collier de pampilles de pierres irisées bleu foncé, strass et perles or attenant à la robe. Coiffure perruque recouverte de crin noir et ornée de différents bijoux. Robe brochée avec patchwork de lamés, dentelles et galons or, recouvert de tulle noir. Manteau à longue traîne en soie, recouvert de dentelle vieil or et tulle noir - Costume pour le rôle de Clytemnestre d'Elektra, opéra de Richard strauss - Collections CNCS/ONP © Photos : CNCS, Pascal François

Les costumes de scène témoignent des moments magiques qu’ont connus acteurs et spectateurs lors des représentations. A l’aube du XIXe siècle, les Divas - Diva est alors synonyme de cantatriceimposaient leurs choix artistiques : rôles, partenaires, mises en scène, et bien sûr accessoires et costumes. Les bijoux de luxe, les parures, la robe constituent la panoplie de la diva. Les tenues rivalisaient d’éclat : pierres précieuses, perles et paillettes, strass, plumes, somptueux tissus, riches broderies et fourrures. L’émulation était grande, chacune souhaitant faire mieux que sa rivale du moment. Chanteuses et comédiennes ont longtemps été propriétaires de leurs costumes, comme l’exigeaient leurs contrats.

Bijou casque et costume de scène

A gauche : Collier en métal patiné or avec sequins. Turban en soie et lamé or, avec diadème en métal or et sequins. Grande robe tunique en soie avec traîne doublée de lamé or. Etole en mousseline avec paillettes cuivre - Costume porté par Jessy Norman pour le rôle de Didon, Opéra Didon et Enée d'Henry Purcell - Collections CNCS/ONP, A droite : Bijou casque au cimier de plumes pour l'Africaine, Opéra de Meyerbeer, créé à l'Opéra de Paris en 1865 - Collection BNF, BMO © Photos : CNCS, Pascal François

Au théâtre, Sarah Bernhardt (1844 – 1923), plus que toute autre, veillait de près à ses tenues de scène. Elle les dessinait parfois elle même et accordait une grande importance aux bijoux, énormes, somptueux, voyants. Colliers, bagues, broches, fibules et diadèmes, devaient chatoyer sous les feux de la rampe. “La Divine” achetait ses bijoux à René Lalique ou à Georges Fouquet et les faisait dessiner par Mucha. Plus tard, Lucienne Bréval (1870-1935), tragédienne lyrique de l’Opéra de Paris, adorait aussi les bijoux, à la ville comme à la scène. Certains d’entre eux lui furent offerts par Sarah Bernhardt. A chaque création de rôle, elle faisait réaliser les bijoux qu’elle porterait sur son costume : ainsi une double agrafe pour son manteau de la Walkyrie, un trident en diamants, des bracelets de différents styles et tailles. A titre personnel également, nombreuses sont les artistes qui, à l’instar de Mary Garden ou d’Adelina Patti (1843-1919) se voient couvrir de bijoux et de diamants par leurs nombreux admirateurs. “La Patti” n’était-elle pas surnommée “la diva aux millions“?

Bracelet et broche Sarah Bernhardt

A gauche : Bracelet émaillé appartenant à Sarah Bernhardt, A droite : Broche représentant les masques de la Tragédie et de la Comédie avec inscription "A Sarah Bernhardt, la gloire de l’art français, décembre 1896" - René Lalique, 1896 - Collection Comédie-Française © Photos : CNCS, Pascal François

Après la Seconde Guerre Mondiale, le public s’intéressera surtout aux stars d’Hollywood … jusqu’à l’arrivée de Maria Callas (1923-1977) qui dirigera à nouveau les projecteurs vers les cantatrices. Pour Médée, son unique rôle au cinéma en tant qu’actrice, Maria Callas porte un costume pour le rituel impressionnant. Piero Tosi, créateur des costumes (en collaboration avec Umberto Tirelli), se souvient que Pasolini, le réalisateur, voulait des costumes et accessoires des cultures méditerranéennes antiques. Il dut effectuer de nombreuses recherches sur les femmes sardes, marocaines, tunisiennes et sur le bijou traditionnel et ancien. Ce qui donnera cette longue robe, manteau et mantille agrémentés de nombreux colliers archaïques, tribaux, colliers de boules de métal travaillées et diadème.

Bijoux Maria Callas

A gauche : Bijoux imposants, accumulation de colliers de type archaïque ou tribal. Robe et manteau brodés dans un tissu lourd et précieux. Voile et diadème. Poignard et hache, armes archaïques - Collection Palazzo Pitti, Florence © Photo : Mario Tursi, A droite : Collier avec boules de métal travaillées - Collection Jewel House, Rome © Photo CNCS, Pascal François - Bijoux et costume du rituel portés par Maria Callas dans le film Médée de Pier Paolo Pasolini, 1969

Aujourd’hui, nos Divas, quelle que soit leur discipline, interviennent moins directement dans les choix artistiques. Ce sont les costumiers et le metteur en scène qui les habillent, pour respecter l’unité esthétique de la production ; ce qui n’exclut pas que l’artiste manifeste certaines exigences car le costume est son outil de travail, sa “seconde peau”, qui doit lui permettre de donner libre cours à son talent. Si beaucoup d’entre elles,  aimaient les bijoux, le plus souvent parce qu’ils étaient offerts par leurs admirateurs, certaines Divas de la deuxième moitié du XXème siècle ont eu une attitude plus distanciée. Jane Rhodes, par exemple, affirme n’en avoir porté qu’un ou deux dans toute sa carrière, n’étant généralement guidée dans ses choix que par des engouements “affectifs”.

Colliers ethniques

Colliers ethniques - Collection Jewel House, Rome - Bijoux portés par Maria Callas dans le film Médée de Pasolini © Photo CNCS, Pascal François

“Vestiaire de Diva” : une exposition à ne pas manquer, sans oublier le catalogue, pour découvrir ces merveilleux costumes qui constituaient l’univers des Divas. En effet, le Centre National du Costume de Scène n’expose pas de collections permanentes, compte tenu de la fragilité des matériaux. Dépôt de la Bibliothèque nationale, la Comédie-Française et l’Opéra de Paris, il a pour mission la conservation, l’étude et la valorisation d’un ensemble de plus de 9 000 costumes ainsi que de toiles de décors peints.

Bijoux de théâtre

Bijoux de théâtre, bustiers soutiens-gorge pour les spectacles du Palais Garnier - Collections BNF, BMO © Photo : CNCS, Pascal François

Pour compléter cette exposition, le CNCS organise différents stages et ateliers autour du thème de la Diva. Vous pourrez participer le 16 août et le 27 décembre au stage “De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas” animé par Cécile Vallet, créatrice textile. Après croquis et étude préparatoire, vous pourrez exprimer votre créativité en réalisant un accessoire. Les petits ne sont pas oubliés avec l’atelier Bijoux et parures le 9 juillet et 13 août, animé par Bérangère Giraud, créatrice de bijoux. Ils iront à la découverte du bijou à travers les parures présentées et réaliseront eux mêmes un bijou original. Les enfants s’amuseront également avec Cécile Vallet, créatrice textile, à transformer un accessoire du quotidien pour le rendre exceptionnel en suivant l’atelier “C’est Extraordinaire” le 13 juillet et 31 août. Ils pourront aussi créer des coiffes avec différents matériaux à l’atelier “Coiffure et couvre-chefs” le 3 août avec Céline Deloche, costumière.

  • Exposition Vestiaire de Divas, de Maria Callas à Dalida … – Centre National du Costume de Scène – Quartier Villars, Route de Montilly – 0300 Moulins – Du 5 juin au 31 décembre 2010
  • Catalogue Vestiaire de Divas – Sous la direction de Delphine Pinasa – Coéditions CNCS, Gourcuff Gradenigo
  • Stages De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas – Le 16 août et 27 décembre 2010, de 10h30 à 17h30 – Dès 16 ans et adultes – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarifs : 20 € (-25 ans), 50 €
  • Ateliers Bijoux et parures – Le 9 juillet et 13 août 2010 – De 10h15 à 12h30 pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h, dès 7 ans, familial – Animation : Bérangère Giraud, créatrice de bijoux – Tarif : 5 €
  • Ateliers Extraordinaire – Le 13 juillet et 31 août 2010 – De 10h15 à 12h15 pour les 4 à 6ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarif : 5 €
  • Ateliers Coiffure et couvre-chefs – Le 3 août 2010 – De 10h15 à 12h15, pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Céline Deloche, costumière – Tarif : 5 €

Prades célèbre le grenat de Perpignan pour la Journée du Patrimoine de Pays

Mardi 15 juin 2010

Le 20 juin prochain aura lieu la treizième édition de la Journée du Patrimoine de Pays, Journée des Moulins. Elle aura pour thème “dates et personnages” et permettra de faire prendre conscience au public de la richesse et de la diversité du patrimoine non protégé en France. Le visiteur pourra notamment s’initier à des savoirs faire spécifiques et participer à des démonstrations et à des ateliers encadrés par des professionnels.

Dans le cadre de cette manifestation, la ville de Prades, Pyrénées Orientales, met en valeur son savoir faire dans la bijouterie en grenat de Perpignan et le patrimoine de son territoire rural.

A gauche : Jean-Michel Calvet dans son "musée d'entreprise" A droite : Amandine, jeune recrue de l'atelier Calvet en plein travail © Maison Quès Calvet

La Maison Quès Calvet, la plus ancienne bijouterie artisanale française (200 ans), ouvrira ses portes. Jean-Michel Calvet, artisan bijoutier de la confrérie du Grenat de Perpignan effectuera une démonstration et Laurent Fonquernie, historien et responsable de l’Institut du grenat, animera une conférence.

Il sera également possible de visiter les ateliers de la Manufacture du Grenat, classée Entreprise du patrimoine vivant et d’assister à une conférence sur l’histoire du bijou catalan.

  • 200 ans de bijouterie à Prades : La Maison Quès Calvet – Bijouterie Calvet – 140, avenue Général de Gaulle – 66500 Prades – 20 juin 2010 : Conférences gratuites à 11h et 15h et démonstrations
  • La Manufacture du Grenat – Rond-point du Canigou – 66500 Prades – Visites gratuites les 19 et 20 juin. Le 20 juin : visite à 9h30, 12h, 14h, 18h

Bijoux de tête, coiffes et couronnes : les parures ethniques d’Antoine de Galbert

Lundi 14 juin 2010

Antoine de Galbert portant une coiffe pende (ancienne collection Arman) - Afrique Centrale, République Démocratique du Congo © Etienne Pottier

Davantage connu pour ses collections d’art contemporain et d’art brut, Antoine de Galbert présente aujourd’hui, pour la première fois, les pièces les plus significatives de sa collection de coiffes ethniques. Parures, chapeaux et autres objets d’usage rituel, social ou utilitaire sont exposés à la Maison Rouge à Paris jusqu’au 26 septembre prochain. Ces “bibis des antipodes” offrent au visiteur la possibilité d’une immersion poétique dans les arcanes du génie humain. Loin d’être de simples colifichets ou accessoires frivoles, les coiffes présentées nous livrent une multitude d’informations concernant celui ou celle qui les portent.

Ici l’Afrique dialogue avec l’Océanie, l’Asie centrale avec le monde sibérien … Le parti pris est d’abandonner une lecture “ethnologique” traditionnelle et de proposer une approche transversale à travers des thématiques universelles. Ainsi, l’exposition se décline en plusieurs chapitres. D’abord, il est bien sûr question du cheveu car la frontière est ténue entre coiffe et coiffure. Dans chaque culture, hommes ou femmes entretiennent une relation forte avec leur chevelure qui peut révéler une position sociale, un prestige politique ou spirituel ou plus simplement l’âge ou le statut matrimonial. Les cheveux sont très souvent aussi associés à la force vitale et à la vigueur sexuelle. L’art de la parure parle aussi de l’humain qui cherche à s’approprier les forces et les vertus du monde animal. Avec ces coiffes hérissées de becs, de griffes et de cornes l’homme rivalise avec la majesté des grands fauves ou l’élégance immatérielle des oiseaux. L’exposition souligne l’ambiguïté du chasseur qui nourrit la communauté tout en versant le sang et celle du guerrier qui protège la communauté en infligeant la mort. Elle montre également combien, chefs et monarques abusent des couronnes et autres tiares pour mieux affirmer leur pouvoir terrestre ou spirituel.

Couronne de tête

A gauche : Couronne de tête Karen (portée avec un turban) en argent, XXème siècle, Asie, Birmanie et Ornement de tête frontal Atoni Tetum en argent et cuivre, fin XIXème siècle, Asie, Indonésie, Ouest Timor © Etienne Pottier, A droite : Luhupa, grande parure de guerrier Naga composée d'une coiffe et d'un ornement en forme de croissant se portant autour du visage en fibres végétales, bois, fourrure, laiton, coton, plumes, graines, coquillages d'eau douce - Asie, Nagaland, Manipur, Arunachal Pradesh, Assam, Myanmar (Birmanie) © Notes Précieuses

Une part importante de l’exposition est consacrée à l’art de se parer au féminin. Les coiffes des femmes oscillent le plus souvent entre talisman et bijou, vêtement et coiffure. Les pièces présentées attestent d’un grand éclectisme dans le choix des matériauxcuir, métal, tissu, perles, pierres, fibres végétales – et dans la forme - diadème, couronnes, bandeaux, tiares, calottes, voiles … Ici, dimension esthétique et prophylactique se conjuguent le plus souvent pour rehausser la beauté de la femme et écarter les mauvais génies, généralement pour assurer une nombreuse descendance au clan. Les coiffes peuvent signaler ces rites de passage – l’entrée en puberté, le mariage, la naissance du premier enfant … – qui ponctuent la vie d’une femme. Elles expriment le prestige et le rang du père ou de l’époux. Mais, au delà des superstitions et des croyances, les coiffes, qu’elles émanent du Proche Orient, d’Asie centrale, d’Asie du Sud-Est ou d’Indonésie sont avant tout d’indéniables instruments de séduction.

Diadème

Diadème Shokila en argent doré (vermeil), corail, turquoise, agate ou cornaline, pierreries - Asie Centrale, Khorezm, Ouzbékistan © Notes Précieuses

La parure en plumes d’oiseaux, signe de virilité et de vaillance au combat, est primordiale pour les Indiens d’Amazonie et les amérindiens. L‘identité, l’appartenance à une tribu ou à un clan se fait par le choix des plumes et la manière de les assembler. C’est aussi un instrument chamanique, le véhicule des esprits et des rêves.

Parures en plumes

De gauche à droite : Okopari Cimier Kayapo en plumes d'ara et bois, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Ornement de tête en plumes et fibres végétales, Océanie, Hautes Terres, Papouasie Nouvelle Guinée - Diadème Kayapo en plumes, osier et laine, Amérique du Sud, Etat de Para, Brésil - Coiffe Kamayura en fibres végétales, coton et plumes, Amérique du Sud, Etat de Xingu, Brésil - Bandeau Jivaro en fibres végétales et plumes de toucan, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Diadème Karaja en plumes, fibres végétales, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Bonnet Kayapo en plumes, structure en osier, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Couronne Yanomani en roseau, coton, fibres végétales et plumes (dépouilles partielles d'oiseaux), Amérique du Sud, Rio Ocamo, Vénézuela © Marc Domage

En écho à cette exposition, La Maison Rouge présentera une sélection de coiffes ethniques ainsi qu’une oeuvre d’Olivier Babin dans le cadre de Paris et Création. Cette opération organisée par les Galeries Lafayette permet à 8 institutions culturelles parisiennes dont le Centre Pompidou, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Les Arts Décoratifs, le Lieu du Design, Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Palais de Tokyo, le Parc de la Villette, de s’exprimer dans les vitrines du boulevard Haussmann.

  • Exposition Voyage dans ma tête, la collection de coiffes ethniques d’Antoine de Galbert – La Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert – 10, bd de la Bastille – 75012 Paris – Du 12 juin au 26 septembre 2010
  • Paris et Création – Galeries Lafayette – 40, bd Haussmann – 75009 Paris – Du 12 juillet au 5 août 2010 – Inauguration publique le 12 juillet de 20h30 à 22h

Bijoux gemmes et pierres gemmes pour l’exposition inaugurale du Pôle Bijou de Baccarat

Jeudi 3 juin 2010

L’exposition inaugurale du Pôle Bijou de Baccarat se déroulera du 5 juillet au 31 octobre 2010. Elle sera consacrée aux pierres gemmes et proposera aux visiteurs de découvrir la nature minérale sous tous ses aspects.

De la formation à la commercialisation des gemmes, de leur taille à leur classification, le visiteur découvrira diverses facettes de ces pierres qui nous fascinent tant.

Après un bref rappel de l’histoire de la pierre et de la gemme en bijouterie, l’exposition intitulée “Les Bijoux Gemmes” mettra également en avant la création contemporaine et le rapport qu’elle entretient avec les pierres.

A gauche : Bague Bourgeon en or forgé, chrysobéryl oeil de chat - Martin Spreng, Galerie Elsa Vanier, A droite : Broche Corail en argent, céramique, verre et corail - Julie Rouault

Cette exposition est l’occasion de découvrir les œuvres de créateurs de bijoux qui proposent une vision originale de la gemme et du bijou. Environ trente artistes, aux univers parfois très différents, seront présentés. Parmi eux : André Ribeiro, Ornella Iannuzzi, Seconde Nature, Vitalis Kubach, Thierry Vendôme, Lydia Courteille, Jacqueline Cullen, Cat Priem, Dieter Lorenz, Tasso Mattar, Siegfried De Buck, Max Mazlo, Benedikt Aichele, Daniel Koch, Astrid Meyer, Julie Rouault, Maryline Fontenelle, Yiry Ledecky, Laurent Louis, Dilip Jindal, la Galerie Elsa Vanier et ses créateurs Hélène Courtaigne Delalande, Martin Spreng, Agathe Saint Girons, Sonia Yael

A gauche : Collier Silver Stone en argent, caillou, et corde d'acier - Vitalis Kubach, A droite : Bague Cubic Crystallization en argent, rhodié noir et feuille d'or sur cubes, pyrite sertie - Ornella Lannuzzi © Simon Armitt

En parallèle, deux expositions complémentaires seront proposées : du 5 juillet au 5 septembre, l’exposition “Le Grenat de Perpignan, une gemme de caractère, présentée en collaboration avec l’Institut du Grenat, le Syndicat artisanal des bijoutiers des Pyrénées orientales et la Confrérie du Grenat de Perpignan. C’est la première fois depuis 1937, année de l’exposition internationale de Paris, que cette bijouterie se met en scène en dehors des Pyrénées Orientales. Cette exposition sera par la suite présentée à Barcelone et à Perpignan en décembre. Le catalogue, qui paraîtra en juillet 2010, permettra de découvrir le grenat, le métier de grenatier et la fabrication de bijoux en grenat de Perpignan. L’autre exposition complémentaire, “l’Art de la taille”, se tiendra du 6 septembre au 31 octobre et permettra de découvrir l’art du lapidaire en présentant différents tours de taille et de multiples démonstrations.

A gauche : Pendentif Galet en pâte résine, corde de guitare, argent vernis polyuréthane - Marilyne Fontenelle, A droite : Bague Engrenage en bronze brossé et micromartelé, argent brossé et hématite - Max Mazlo

L’exposition se tiendra au “Pôle Bijou Galerie“, bâtiment de 500 m2 rénové, situé en plein centre ville et destiné à accueillir expositions, conférences, formations dans le cadre du Pôle Bijou … Il se trouve dans un cadre privilégié verdoyant, à proximité immédiate des commerces et des attraits touristiques de la ville de Baccarat.

  • Exposition Les bijoux Gemmes – Pôle Bijou de Baccarat, Galerie – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat- Du 5 juillet au 31 octobre 2010
  • Exposition Le Grenat de Perpignan, une gemme de caractère – Pôle Bijou de Baccarat – Du 5 juillet au 5 septembre 2010
  • Catalogue de l’exposition Le Grenat de Perpignan – Laurent Fonquernie – 40 pages – Edition APHPO, Institut du Grenat – Parution juillet 2010 – Prix : 10 € – Possibilité de le commander dès maintenant. Pour plus d’informations : contact@institutdugrenat.com
  • Exposition L’Art de la taille – Pôle Bijou de Baccarat – Du 6 septembre au 31 octobre 2010

Bijoux de créateurs Israéliens

Jeudi 27 mai 2010

Parce qu’Israël est un pays où la création de bijoux est particulièrement active, l’Espace Solidor de Cagnes-sur-Mer organise, du 5 juin au 10 octobre 2010, l’exposition Bijoux d’Israël. Les deux créatrices présentées ont un style et une approche différente, mais traduisent bien la réalité du mouvement actuel. Toutes deux professeurs de renom, Vered Kaminski et Deganit Stern Schocken proposent leurs œuvres et chacune a sélectionné un ancien étudiant diplômé, pour lui permettre d’exposer à ses côtés.

Bracelet créateur

A gauche : Bracelet en argent - Vered Kaminski, 2003, A droite : Broches "Forgotten Things" en argent, émail, feuille d'or, acier inox, nitrate de cuivre shibuichi - Attaï Chen, 2007 - 2010 © Photographie : Mire Takeuchi

Vered Kaminski (57 ans) enseigne aujourd’hui  à l’Académie Bezalel de Jérusalem. Elle a effectué des études supérieures de bijouterie et de design à Jérusalem, Amsterdam et Paris. Ses œuvres sont présentes dans les collections permanentes du Musée d’Israël, des Arts Décoratifs de Paris et la Pinakothek der Moderne de Munich. Elle a convié Attaï Chen qui travaille avec de très fines couches d’argent soudées ensemble. La technique de cette jeune orfèvre est traditionnelle, mais elle a développé ses propres façons de traiter la surface, la forme et la couleur des pièces.

Broche créateur

A gauche : Broche "How Many is One" en argent, pierres fines - Deganit Stern Schocken, 2003, A droite : Bagues "Gory story" en argent et plastique - Grégory Larin

Deganit Stern Schocken (63 ans), qui a effectué ses études à Jérusalem et Londres a fondé le Département de Création de Bijoux de l’Université Shenkar de Tel Aviv et l’a présidé de 1998 à 2007. Ses œuvres sont présentes dans les musées et des collections privées partout dans le monde. Professeur honoraire auprès du département de création de bijoux et du département de création textile, elle a sélectionné Gregory Larin jeune créateur d’origine Russe émigré en Israël qui met en scène le plastique, l’aluminium, les pierres et l’or. Notons par ailleurs qu’en 2009, Deganit Stern Schocken a regroupé neuf joailliers Israéliens au sein de “Inyanim” dont l’exposition inaugurale “No Problem ?” a débuté à la Gallery Loupe dans le New Jersey, aux Etats-Unis, en 2010.

  • Exposition Bijoux d’Israël – Espace Solidor – Place du Château – Haut de Cagnes
  • Du 5 juin au 10 octobre 2010

Objets d’art de Méroé

Mercredi 19 mai 2010

Méroé un empire sur le NilLe Louvre consacre actuellement une exposition au vaste empire qui s’était constitué autour de Méroé, cité née au IIIème siècle avant notre ère sur les bords du Nil, à 220 kilomètres au nord de l’actuelle Khartoum. Près de deux cents oeuvres – constituées essentiellement de prêts du musée de Khartoum et de grands musées européens – permettent au visiteur d’approcher les systèmes de pouvoir et de croyances d’une civilisation antique où se mêlent des influences culturelles multiples ; influences que l’on retrouve aussi au niveau de la vie quotidienne, de l’artisanat et de l’art.

Durant six siècles, Méroé fut la capitale d’un empire qui s’étendait sur plus de 1700 kilomètres le long du Nil et de ses grands affluents du sud. Cet empire, qui se place historiquement dans la continuité des grands royaumes de Kerma et de Napata, a été marqué par des influences croisées issues de l’Égypte, de la Méditerranée, de la Grèce, de Rome et, bien sûr, de l’Afrique. Son déclin progressif, à partir du IIIe siècle de notre ère, est dû essentiellement à la montée du christianisme.

Monarchie centralisée, le royaume de Méroé réunissait aussi bien des agriculteurs sédentaires que des pasteurs nomades. Le roi, responsable devant les dieux, était garant de l’ordre du monde. Et, parce qu’à Méroé on croyait en une vie après la mort et à la nécessité d’emporter un bagage funéraire, les témoignages archéologiques son abondants. Les tombes de la famille royale et de l’élite, tout comme les temples et palais, ont livré des objets de grande qualité qui attestent la maîtrise des artisans méroïtes dans le travail de la faïence, du verre et des métaux précieux. Les motifs décoratifs et les techniques sont souvent empruntés aux civilisations voisines ; ce qui ne signifie pas pour autant que le style méroïtique se réduise au simple amalgame d’éléments étrangers.

Bracelet à fermoir

Bracelet à fermoir en or, pâtes de verre et émail, au décor géométrique en cloisonné, provenant du trésor de la reine Amanishakheto - Méroé, nécropole nord, 1ère moitié du 1er siècle après JC - Munich, Staatliches Museum Ägyptischer Kunst, AS 2455 © Jürgen Liepe

L’orfèvrerie, notamment, offre une synthèse de techniques autochtones, pharaoniques et grecques, comme en témoignent les pièces du fabuleux trésor de la reine Amanishakheto (1ère moitié du 1er siècle après J-C.), découvert au début du XIXème siècle. La variété des motifs des anneaux, des bagues, des sceaux, des bracelets et des colliers permet de mieux comprendre les ornements royaux que l’on trouve sur les reliefs des temples et les chapelles des pyramides. Les bracelets sont ornés d’un décor en cloisonné qui repose sur la création de petites alvéoles juxtaposées et serties de matières colorée. Ces alvéoles sont en fils plats, dans le respect de la tradition égyptienne. Les surfaces planes sont animées de touches de couleurs, comme les créations du Moyen et Nouvel Empire, mais s’en distinguent par l’utilisation de l’émail (vert et bleu) en lieu et place des pierres fines et pâtes de verre taillées. Les artisans de Méroé affirment ainsi la prépondérance de la polychromie dans leur production. Les clous d’oreilles ronds, pour oreilles percées, sont fortement influencés par les modèles grecs fabriqués depuis l’époque archaïque (vers 620-40 avant J.C.). Ils sont formés d’un disque aux parois coniques décoré de représentations inspirées du panthéon pharaonique ou de motifs végétaux stylisés. Les bagues rappellent les bagues-cachet du Nouvel Empire Egyptien (vers 1550 -1069 avant J.C.). Elles ont un chaton, parfois rond mais le plus souvent ovale, orné d’une scène figurative gravée ou ciselée. Leur monochromie, due à leur fonction de scellement, est une exception dans le répertoire très coloré des bijoux de Méroé.

Boucles d'oreilles

Clou d'oreille en or décoré d'une déesse mère - Méroé, nécropole Ouest, 1er et IIIème siècle après JC - Musée National de Khartoum, Soudan, 1974 © Musée du Louvre 2010, photo : Christian Décamps

Pour l’essentiel, les objets du quotidien sont en argile et en métal. Les potiers ont produit deux types de céramique décorée : l’une faite au tour dans une argile blanche, l’autre montée à la main dans une argile cuite dont la couleur va du brun au noir. Pure création méroïtique, la céramique blanche est souvent peinte, parfois estampée. Gobelets, bols et coupes sont faits de kaolin ; leurs minces parois sont illustrées de thèmes naturalistes - végétaux, animaux – ou des symboles répétés. La céramique noire, quant à elle, est produite au Soudan depuis la préhistoire. Les jarres, gobelets, bols, écuelles, modelés ou façonnés au colombin, portent des décors composés de motifs géométriques incisés ou imprimés au peigne qui évoquent l’aspect extérieur des vanneries. Méroé constituait aussi un foyer majeur d’artisanat du métal qui relève d’une antique tradition africaine.

Jarre

A gauche : Jarre globulaire à décor en terre cuite, exécuté au peigne pivotant. Décor : 10 bovins à cornes conduits par un pasteur - Ouad ben Naga, 1ère moitié du 1er siècle après JC © Musée du Louvre 2010, photo Georges Poncet A droite : 3 fours de potier et de briquetier, quartier industriel de Mouweis © Olivier Cabon, mission archéologique du Louvre au Soudan

“Méroé, un empire sur le Nil” fait découvrir au visiteur une civilisation peu connue. L’exposition consacre une importance particulière aux recherches archéologiques menées dans la région par les équipes françaises. Jusqu’à très récemment, le Louvre n’avait aucune tradition archéologique au-delà de la 1ère cataracte du Nil.

  • Exposition Méroé. Un empire sur le Nil – Aile Richelieu, entresol – Musée du Louvre
  • Du 26 mars au 6 septembre 2010

Les créations surréalistes et poétiques des Lalanne

Mercredi 28 avril 2010

Absentes des musées parisiens depuis 1977, les œuvres de Claude et François-Xavier Lalanne peuvent être actuellement (re)découvertes au musée des Arts Décoratifs de Paris. L’exposition couvre 40 années de créations d’un couple d’artistes qui a toujours fait “exposition commune”. Dans un décor de jardin de château et rassemblées autour de différents thèmes illustrant la variété de leur création, plus de 150 pièces invitent le visiteur à découvrir l’univers de sculpteurs décidément inclassables. Leurs œuvres vont de la sculpture monumentale aux objets du quotidien : sièges, objets de table ou bijoux.

François Xavier Lalanne et Claude Lalanne

François-Xavier et Claude Lalanne en 1976 - Premier plan : Chameaux en mousse polyester gainée de toile et peau de brebis, manèches, teintée, armature en acier et bois, tête en fonte d'aluminium patine noire - François-Xavier Lalanne, 1973 - Au fond : Minotaure en bronze - François-Xavier Lalanne © Pierre Boulat, Cosmos

François-Xavier Lalanne (1927-2008) s’est formé à l’Académie Julian. En 1952 il a rencontré sa future femme, Claude, de deux ans son ainée qui, elle, a suivi les cours de l’École des Arts décoratifs de Paris. Leur première exposition personnelle commune s’est tenue en 1964 sous le titre Zoophites. François-Xavier y présentait le Rhinocrétaire, premier rhinocéros bureau en laiton et Claude des Choupattes, mi-chou mi-animal. Le ton de leur production était donné et une longue collaboration allait commencer avec le galeriste Alexandre Iolas, défenseur des surréalistes et des nouveaux-réalistes. D’emblée, les Lalanne ont été reconnus. Des collectionneurs prestigieux tels les Rothschild, les Noailles ou Yves Saint Laurent ont salué leur talent et l’État, également, leur a passé de nombreuses commandes.

Rhinocrétaire et choupatte Lalanne

A gauche : Rhinocrétaire II en laiton, corne de rhinocéros, bois gainé tôle de laiton, queue en cuir avec armature en acier - François-Xavier Lalanne, 1966 - Musée des Arts décoratifs, Paris, ADAGP © Les Arts décoratifs, photo Jean Tholance, A droite : Choupatte en cuivre et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Toute la carrière de ces deux artistes est tendue par la volonté de désacraliser la sculpture, en lui rendant une dimension familière, voire un usage. Une sculpture, selon eux est faite pour être regardée, mais également touchée. On l’ouvre aussi parfois, on s’y assoit, on la porte au cou … C’est ainsi que les animaux facétieux de François-Xavier ont dans leur ventre des fonctions cachées : ses moutons sont aussi des sièges ou des banquettes et l’un de ses hippopotames s’ouvre pour devenir baignoire … Les animaux permettent aussi une multiplicité des formes. Claude, elle, moule et assemble les corps, les feuilles, les pommes, les choux.

Atelier Lalanne et Gorille de Sureté Lalanne

A gauche : Atelier de François-Xavier Lalanne - Photo de Paul Kasmin, 2008, A droite : Gorille de sûreté II en bronze, armure acier, serrure à chiffre - François-Xavier Lalanne, 1970 - Collection particulière, Photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Si les Lalanne ont en commun des partis pris esthétiques forts, leurs productions respectives n’en sont pas moins bien distinctes. Ils aimaient à dire qu’ils faisaient “table commune, mais atelier séparé”. D’abord, chacun a développé un savoir-faire spécifique. François-Xavier, a trouvé dans la sculpture son principal mode d’expression. Il transforme la matière. Il préférait la technique du métal repoussé et soudé, tout en s’intéressant ponctuellement à la résine de polyester ou au cuir. Il a lui-même exécuté ses grandes sculptures de laiton ou cuivre. Les œuvres de Claude sont réalisées à partir des techniques liées à l’empreinte, au moulage et à la galvanoplastie, procédé fondé sur des principes électrolytiques qui lui permettait de reproduire feuilles, fleurs ou fruits sur des supports variés.

Collier laiton et couverts en argent

A gauche : Collier Soleil en bronze et laiton - Claude Lalanne, vers 1970 - Collection particulière © DR, A droite : Couverts en argent - Claude Lalanne, 1966 - Réalisés pour Alexandre Iolas - Collection particulière, photo Alexandre Bailhache © ADAGP

Leur différence se remarque également au plan des thèmes abordés : à lui le bestiaire espiègle ; à elle la nature. On doit à Claude des pièces plus intimes, voire plus baroques. Son travail est délicat et fin. Son inspiration, c’est le monde imaginaire, le surréalisme et l’Art Nouveau et ses références constantes à la nature dénotent un sens réel de la poésie. Elle travaille beaucoup le bronze. Très tôt aussi, elle s’est intéressée aux bijoux qu’elle a d’abord réalisés pour elle-même puis pour les autres notamment pour Yves Saint Laurent ou Alexandre Iolas. Exposés pour la première fois en 1966, ses bijoux prendront par la suite des formes variées et se prolongeront en ceintures, petits sacs et chapeaux.

Bracelet bronze et Pomme bouche

A gauche : Bracelet Bouche en bronze - Claude Lalanne, vers 1975 - Collection particulière, A droite : Pomme bouche d'Alan en cuivre galvanique et bronze - Claude Lalanne - Collection particulière, 2008, photo DR © ADAGP

Bijoux et accessoires de mode sont réalisés par galvanoplastie. Il s’agit soit de pièces uniques, soit d’éditions de la galerie Art Curial. Ses bijoux s’inspirent de la nature et du végétal comme la broche Anémone en or (1972), boucles d’oreilles à deux feuilles en alliage cuivreux (1974), bracelet petit papillon en bronze patiné doré (1978), collier Libellule en or (1980), collier Groseille en or (1979). Certaines pièces comme le sautoir Ronces en argent (1975) ou les broches serpent en métal plaqué or (1994), sont en rupture avec les conventions du bijou parure. Parmi les pièces exposées, on remarque particulièrement pour leur parti pris surréaliste les bagues “Bouts de doigts en or” (1970) qui prennent la forme du doigt et l’”Oreille de Teeny” en or (1970). Claude a également produit de petites sculptures, proches de l’univers du bijou, comme les pommes montres ou les montres oignons. On remarque que le thème de la pomme revient souvent, comme un hommage à Dali. Afin d’évoquer la partie la plus intime de son travail, ces pièces sont présentées sur le mobilier du quotidien de Claude.

Une rétrospective à ne pas manquer pour découvrir ou redécouvrir deux artistes marquants. Laissant une large place aux photographies, le catalogue de l’exposition replace judicieusement le travail des Lalanne dans l’histoire de la sculpture et des arts décoratifs.

  • Exposition Les Lalanne – Les Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli – 75001 Paris
  • Du 18 mars au 4 juillet 2010
  • Catalogue Les Lalanne – Sous la direction de Béatrice Salmon et Dominique Forest – Texte d’Olivier Gabet, conservateur du patrimoine – Editions Les Arts Décoratifs