Archive pour la catégorie ‘Institutions’

L’Institut du Grenat préserve et valorise la bijouterie roussillonnaise

Mercredi 12 mai 2010

Bague Grenat de Perpignan

Bague contemporaine © Le Grenat de Perpignan

En février 2009, l’Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (APHPO) a créé l’Institut du Grenat, en développant une collaboration avec le Syndicat Artisanal des Bijoutiers des Pyrénées-Orientales. Cet Institut est animé par l’historien Laurent Fonquernie, par ailleurs auteur de “Grenats de Perpignan, bijoux du Roussillon“. Pour le Magazine Notes Précieuses, il définit les ambitions de l’Institut.

Notes Précieuses : Pourquoi un Institut du Grenat ?

Laurent Fonquernie : Cet Institut a été créé pour permettre la reconnaissance et la valorisation de la bijouterie traditionnelle roussillonnaise qui est un élément fort du patrimoine culturel local. Délibérément artisanale, cette bijouterie est menacée par les pratiques industrielles mises en oeuvre aujourd’hui et les lois économiques qui privilégient le bon marché au détriment de la qualité.

Collier en grenat de Perpigan

A gauche : Collier en grenats de Perpignan Art Déco, A droite : Collier avec pendentif corbeille de fleurs présenté à l'Exposition Internationale de Paris en 1937 © Institut du Grenat

NP : Qu’appelle-t-on bijouterie roussillonnaise ?

LF : Fondamentalement, c’est l’alliage de deux matériaux nobles : l’or jaune et le grenat rouge (grenat Almandin ou grenat Pyrope). Le grenat rouge - il existe des grenats de toutes les couleurs – est taillé selon certaines caractéristiques : “taille rose” dite aussi “taille de Perpignan“. La pierre est sertie à la main dans des chatons à fonds emboutis. Cette petite cuvette de métal, tapissée d’un paillon d’argent, renforce la réflexion de la lumière à travers les facettes de la pierre. Cette pratique d’estampage et de serti clos – pratique, répétons le, totalement manuelle – a disparu partout ailleurs qu’à Perpignan au profit des procédés de fontes. La réalisation du serti clos et paillon dans le bijou de Perpignan peut être de style traditionnel, Art Déco ou contemporain.

Grenat

Grenats de taille Perpignan du début du XXème siècle © Institut du Grenat

NP : A quand remontent ces techniques ?

LF : Ce sont les techniques de la bijouterie du XVIIIème siècle. A cette époque, les pierres fines transparentesgrenats, rubis, saphirs, topazes … – sont largement employées en joaillerie et montées de la sorte pour former des bijoux de toutes les couleurs. Il faut attendre l’Empire et la Restauration en Roussillon, pour qu’une seule couleur soit privilégiée dans une même parure. Le grenat est alors monté autant que la citrine et les doublets de différentes couleurs. C’est après 1870 que le bijou grenat devient la spécialité de Perpignan et que les bijoutiers locaux se spécialisent dans le montage des grenats en serti clos.

NP : Pourquoi le grenat ?

LF : Le grenat était très répandu autour du massif du Canigou et aux environs d’Estagel. A la fin du XIXème siècle, les bijoutiers de Perpignan ont aussi choisi de créer une ligne de bijoux qui symbolise les racines catalanes. Avec la force du mouvement régionaliste, le bijou en grenats s’est imposé comme le symbole du Roussillon.

NP : Qui achète ces bijoux actuellement ?

LF : Actuellement, la clientèle essentiellement régionale (et militante) cherche à valoriser ou revendiquer l’identité catalane. Les catalanes arborent bagues, boucles d’oreilles, broches, bracelets …  aux couleurs “sang et or” du drapeau catalan. Les bijoutiers profitent également de cette vogue identitaire. Le bijou dit de Perpignan est aussi un élément de la parure provençale dans sa ligne traditionnelle : boucles d’oreilles à pendeloques ou croix Badine d’inspiration XVIIème et XVIIIème siècle. Nombre d’entre eux sont revendus en Arles par exemple.

Croix Badine

Croix Badine du XIXème siècle sur correspondance d'un bijoutier de Perpignan - Collection Calvet, Prades © Institut du Grenat

NP : L’Institut a donc une fonction de préservation de l’identité culturelle locale …

LF : Oui, et une fonction de mémoire. Une de nos ambitions premières est de créer un centre de documentation pour archiver tout ce qui a été et sera découvert sur le sujet. Un véritable travail d’enquête s’impose, notamment pour prendre en charge la mémoire du geste car cette transmission ne se fait pas toujours d’un atelier à un autre. Un groupe de travail a été créé avec l’Université de Perpignan (Département d’Etude Catalanes, Histoire et histoire de l’Art, sociologie) pour définir les notions de tradition, de geste et de savoir-faire.

Sertissage grenat

A gauche : Bijoutier sertissant un grenat sur une boucle d'oreille en cours de fabrication A droite : Croix et boucles d'oreilles en grenat de Perpignan © Au Grenat Laviose

NP : Mais la Catalogne ce n’est pas uniquement de ce côté-ci de la frontière.

LF : Nous avons aussi des projets transfrontaliers et européens, par exemple : créer un véritable pont entre Barcelone et Perpignan et prolonger cet axe via le Pôle Bijou de Baccarat. Bien que notre bijouterie soit fortement liée à la Catalogne, nous souhaitons affirmer son appartenance à la joaillerie française de par son savoir faire et sa qualité. Un programme de formation est aussi à l’étude en collaboration avec l’Escola Massana, école d’Art Appliqué et de Design de Barcelone.

NP : Il y a aussi le côté pratique de la transmission du savoir faire …

LF : Effectivement, aujourd’hui, seulement une douzaine de bijoutiers locaux sont capables de fabriquer un bijou selon la technique traditionnelle ou simplement de réparer un bijou ancien. Il y a quelques années, on en comptait encore une trentaine ! La relève doit être assurée. Il faut former des artisans capables de manier les outils traditionnels et d’acquérir ce savoir faire ancestral. L’Institut étudie donc la possibilité, en partenariat avec des institutions de formation, d’ouvrir une section d’apprentissage complémentaire à la formation de bijoutier tournée vers les techniques traditionnelles du bijou Roussillonnais. En outre, pour valoriser le travail de l’artisan et l’aider à lutter contre le faussaire, il serait utile de créer un label reconnaissant la qualité artisanale et patrimoniale de cet artisanat.

Bague et pendentif grenat de Perpignan

Bague contemporaine goutte et pendentifs contemporains géométriques - Ligne développée par le groupement artisanal Le Grenat de Perpignan © Le Grenat de Perpignan

NP : Il faut aussi le faire savoir !

LF : Un de nos objectifs est également, en collaboration avec des musées d’entreprises, de mettre à terme un centre d’interprétation pédagogique à la disposition de tous ceux qui s’intéressent au bijou : créer une exposition permanente qui soit un lieu d’accueil pour mieux comprendre. L’explication et la communication sont les éléments clés de notre réussite. Nous avons bien sûr un site Internet. Personnellement, au niveau local, j’anime souvent des conférences en compagnie d’un bijoutier avec projection. Des cycles de réflexion sur différents thèmes du bijou ont été mis en place depuis 2009, notamment au musée Puig de Perpignan. Du 5 juillet au 31 août prochains, nous produirons en collaboration avec la Confrérie du Grenat de Perpignan une exposition au pôle Bijou de Baccarat : “Le grenat de Perpignan, une gemme de caractère “. Des bijoux actuels et anciens témoigneront de l’histoire et de la spécificité du bijou roussillonnais. Cette exposition pourrait devenir itinérante.

Bijouterie Grenat de Perpignan

A gauche : Laurent Fonquernie lors d'une conférence à Canet-en-Roussillon, A droite : Atelier Velzy en 1900 © Institut du Grenat

NP : Vous êtes aussi à l’origine d’éléments forts de la vie locale.

LF : Début décembre 2009, la fête de la Saint Eloi a connu un vif succès. Une semaine de festivité a animé Perpignan autour du Grenat : un colloque a été organisé à la maison d’Art et d’histoire de Perpignan ; on a aussi débattu au Forum de la FNAC autour de l’histoire de la bijouterie locale et des objectifs de l’Institut du grenat, la confrérie du bijou a défilé dans les rues avec cape et musique catalane …

NP : Vous bénéficiez également d’un atout avec le tourisme.

LF : C’est effectivement un atout de pouvoir faire découvrir cette bijouterie aux touristes en tant qu’élément important de la richesse patrimoniale régionale. Mais il convient d’éviter l’écueil “folklorique”. La production actuelle pâtit de cette connotation car une partie de la population locale, par méconnaissance, estime ce type de bijou passéiste.

NP : Et la profession, comment se positionne-t-elle ?

LF : Un de nos objectifs majeurs est d’obtenir localement le soutien de toute la profession. C’est un travail de longue haleine car on peut aisément comprendre les réticences de certains artisans. Ils ont envie d’évoluer, mais se cherchent encore. Aujourd’hui, le bijou en grenats doit totalement s’inscrire dans le secteur du luxe et de la mode. Tout en véhiculant des valeurs locales fortes, l’Institut peut permettre au bijou grenat de devenir à nouveau un symbole de modernité et être considéré comme part intégrante de la joaillerie française.

  • Interview réalisée le 16 avril 2010
  • Institut du Grenat – 22, bd Wilson – 66000 Perpignan
  • Exposition Grenat de Perpignan, une gemme de caractère – Pôle Bijou de Baccarat – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat – Du 5 juillet au 5 septembre 2010

L’Espace Solidor de Cagnes sur Mer célèbre le bijou contemporain

Lundi 19 avril 2010

Bague en argent - Christophe Verot - Fond de l'Espace Solidor

Bague en argent - Christophe Verot - Fonds Espace Solidor

Quand l’équipe municipale emmenée par Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes sur Mer, a pris ses fonctions en 1997, il y avait sur le haut de la ville, quelques ateliers occupés par de jeunes artistes bijoutiers locaux. Sous l’impulsion de Roland Constant, adjoint au Maire et délégué à la Culture et aux Musées, cet endroit est devenu l’Espace Solidor, lieu de référence du bijou contemporain. Pour Le Magazine Notes Précieuses, Roland Constant présente l’Espace Solidor.

Notes Précieuses : Quand vous avez pris vos fonctions en 1997, étiez-vous déjà familier du monde du bijou ?

Roland Constant : A l’époque non, et certainement beaucoup moins qu’aujourd’hui. Mais j’ai tout de suite compris que la “niche culturelle” du bijou contemporain était une chance à saisir pour notre ville labellisée “Ville et Métiers d’Art”. Il aurait été dommage de ne pas faire vivre ce label.

NP : Pourquoi une chance ?

RC : Avec le bijou contemporain, nous pouvions développer une activité culturelle originale en France et faire des choses intéressantes pour un budget compatible avec les finances de la ville. En outre, nous disposions d’un lieu privilégié

NP : L’Espace Solidor est en effet un lieu magique …

RC : Oui, dès que j’ai pris mes fonctions, j’ai immédiatement été séduit par le lieu. Et comme il fallait quelque chose qui soit digne de nos ambitions, la municipalité a procédé à des acquisitions immobilières et entrepris des travaux pour réunir plusieurs bâtiments, dont la maison de Suzy Solidor. Aujourd’hui, nous disposons d’espaces d’expositions, qui sont de véritables écrins pour nos bijoux, et d’un centre de documentation. Nous allons aussi bientôt mettre des résidences-ateliers à la disposition de jeunes artistes.

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

NP : Comment définissez vous le bijou contemporain ?

RC : Il n’y a pas de définition “passe partout”. Pour moi, c’est une œuvre unique créée par un artiste. Pour définir le bijou contemporain, il faut faire apparaître les notions de création, d’unicité de l’œuvre. Ce qui est certain aussi, c’est que pour ce type de bijou, le matériau utilisé a moins d’importance que l’idée qu’il porte. Le non initié peut être surpris par la forme des bijoux ou la nature de leurs composants, mais la communauté s’y reconnait tout de suite. C’est plus une histoire, une idée, une expression artistique. Ici, on est proche de la sculpture et des arts plastiques.

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann (fond Espace Solidor)

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann - Fonds Espace Solidor

NP : Quels sont les axes principaux de votre action ?

RC : Nous organisons trois expositions par an dont une internationale et une où nous présentons les bijoux de notre fonds. Nous avons en effet une ligne d’acquisitions de bijoux contemporains, généralement en provenance des collections d’artistes que nous avons exposés. Nous possédons à ce jour 80 pièces de créateurs du monde entier.

NP : Quelles mission vous êtes vous assignées ?

RC : La France a beaucoup de retard en ce qui concerne le bijou contemporain. D’abord, faire reconnaitre le bijou contemporain en misant sur la qualité extrême. Ensuite, le rendre accessible au plus grand nombre.

Broche Unreal Sun 22 en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004

Broche "Unreal Sun 22" en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004 - Exposition à l'Institut français de Munich, 2010

NP : Pensez vous avoir atteint vos objectifs sur le premier point ?

RC : Oui, depuis longtemps. Nos expositions valent à Cagnes-sur-Mer d’être reconnue aujourd’hui dans le monde entier comme la place française de référence dans le bijou contemporain. Les visiteurs étrangers – principalement allemands et italiens – sont très nombreux pendant les vacances. Notons aussi que, par notre intermédiaire et grâce au soutien immédiat de Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes-sur-Mer dans la réalisation de ce projet, pour la première fois, des créateurs français de bijoux contemporains étaient présents cette année à l‘Institut français de Munich en Allemagne pendant le salon “Schmuck 2010″.

NP : Et au plan pédagogique ?

RC : Il nous parait important avant tout de faire découvrir cet art aux enfants et former leurs goûts dans des ateliers pédagogiques. Marianne Anselin, jeune artiste de 28 ans au parcours prometteur, que nous avons présentée en 2009, a déjà animé des ateliers dans le cadre du Centre de Loisirs de Cagnes-sur-Mer. En outre, parce que les visiteurs ont souvent besoin d’explications, nous formons le personnel d’accueil à répondre aux questions du public.

NP : Y a t il des thèmes de prédilection qui se dégagent des expositions de l’Espace Solidor ?

RC : Nous avons produit une trentaine d’expositions jusqu’à présent à l’Espace Solidor. Elles étaient toutes différentes, consacrées à des artistes de diverses provenances géographiques comme l’Australie avec l’exposition “Melbourne – Australie“, mais aussi l’Italie, les Pays-Bas …, ou à des thèmes particuliers comme par exemple la Matière : l’or, le papier, voire le caillou. Tous les courants d’inspiration du monde entier ont vocation à être présentés ; le seul critère véritablement discriminant est la qualité et l’innovation.

NP : Quelles expositions vous ont, vous même, le plus marqué ?

RC : C’est très difficile de répondre à une telle question. On aime généralement la dernière en date ; je vous répondrai donc “L’éducation sentimentale“, qui se tient jusqu’au 23 mai prochain. Spontanément, j’évoquerai également le regard que nous avons porté à l’été 2006 sur le bijou italien à travers trois générations de créateurs unis par une même vision architecturale et sculpturale du bijou. C’était esthétiquement superbe. Dans un autre registre, je dois reconnaître que j’ai un faible – sans doute pour son côté déjanté – pour l’exposition “I don’t wear jewels, I drive them” qui s’est tenue au printemps 2004. C’était une exposition extrêmement originale organisée autour de l’automobile, objet symbole de notre civilisation : design, industrie, mais aussi drames routiers …

A gauche : Broche Vento en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella A droite : Bracelet "Porsche bracelet" en polyuréthane et stéréolithographie - Gijs Bakker, 2000, édition 2/5

A gauche : Broche "Vento" en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella - Exposition Regard sur l'Italie, 2006 A droite : Bracelet "Porsche bracelet" stéréolithographie, polyuréthane - Gijs Bakker, 2000 - Exposition "I don't wear jewels, I drive them", 2004

NP : Diversité et éclectisme marquent vos choix ; en sera t il toujours ainsi ?

RC : C’est notre vocation, en insistant toujours sur l’aspect qualitatif des choses. Nous pouvons nous appuyer sur l’expertise des meilleurs commissaires d’expositions internationaux en matière de bijoux contemporains. Aujourd’hui, notre programme est bouclé jusqu’en 2013 et nous réfléchissons déjà au programme des années ultérieures.

NP : Qu’allez-vous proposer prochainement ?

RC : Cet été, nous allons faire découvrir de jeunes talents israéliens grâce à une exposition qui a déjà été produite aux Etats-Unis et en Israël. En 2011, nous présenterons certainement une sélection du Schmuck.

En outre, nous allons multiplier les partenariats pour porter haut le flambeau du bijou contemporain. Actuellement, nous avons déjà engagé des échanges avec l’Allemagne.

NP : L’avenir du bijou contemporain est donc serein …

RC : Certainement. Selon moi, le bijou contemporain est un peu la Formule 1 de la bijouterie. La “place Vendôme” est universellement reconnue, mais si on s’y intéresse c’est encore trop souvent pour les matériaux précieux. Pour sortir des sentiers battus, la bijouterie traditionnelle – qui reste un secteur privilégié – a de grandes idées à puiser, en termes de concept, de formes et de lignes dans la bijouterie contemporaine.

  • Interview réalisée le 23 mars 2010
  • Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes

Cité de l’Or à Saint-Amand-Montrond : Pour découvrir l’or sous tous ses aspects

Samedi 7 novembre 2009

Cité de l'Or

Cité de l'Or

Depuis qu’un bijoutier parisien, lassé du tumulte de la capitale, a décidé en 1888 d’ouvrir son atelier à Saint-Amand-Montrond, l’histoire de la Ville est intimement liée à l’or et à la bijouterie. Car le parisien a fait des émules et aujourd’hui une dizaines d’entreprises de la filière emploient localement plus de 350 spécialistes. Cinq tonnes d’or sont traitées chaque année – soit 10% du marché national – ce qui place le pôle berrichon au 3éme rang, immédiatement après Paris et Lyon. En 2006, Saint-Amand-Montrond a été labellisé “Pôle technologique de la Bijouterie” parmi les pôles d’excellence rurale.

Pour célébrer le précieux métal, une Cité de l’Or a été érigée il y a quatre ans. Ce bâtiment, en forme de pyramide, abrite musée, salles de spectacle et d’expositions ainsi que divers services aux entreprises. L’espace muséographique, interactif et ludique, raconte l’histoire de l’or, ses utilisations et ses transformations : de l’extraction au bijou fini en passant par les applications industrielles. Un spectacle utilisant la technique du théâtre optique évoque les légendes et les réalités de l’industrie bijoutière locale. On peut aussi assister à des démonstrations de coulée de lingots d’or.

Fabrication d'un lingot d'or

Fabrication d'un lingot d'or

A la Cité de l’Or, le bijou occupe une place centrale ; une collection de 260 pièces témoigne d’un siècle et demi de tradition bijoutière. Des expositions temporaires sont également régulièrement organisées. Ainsi, du 19 janvier au 4 février 2010, se tiendra l’exposition “Bijoux Européens 2010” dans laquelle les élèves du Lycée Jean Guéhenno de Saint-Amand-Montrond, – le plus gros établissement français de formation de la filière Art du Bijou et du Joyau – sont intimement impliqués .

Bijoux exposés à la Cité de l'Or

Bijoux exposés à la Cité de l'Or

Si vous voulez vous familiariser avec le monde du bijou, si vous voulez savoir comment l’or est extrait de la terre ou des rivières ; pourquoi il est rose, jaune, gris ou rouge ; comment se fabrique le célèbre collier en maille palmier  – la spécialité locale ! – …., Saint-Amand-Montrond vous attend, au coeur de la France, sur les bords du canal de Berry.

  • La Cité de l’Or – Rue Pelletier Doisy – 18208 Saint-Amand-Montrond

Le Pôle Bijou de Baccarat : Un projet ambitieux

Jeudi 29 octobre 2009
Monique Manoha dans son atelier

Monique Manoha dans son atelier

Entretien avec Monique Manoha, Chargée de Mission

Monique Manoha a découvert le bijou contemporain aux Ateliers de Fontblanche, école d’art nîmoise aujourd’hui disparue. Elle s’y était inscrite, sans réelle vocation à l’origine, après un parcours de travailleur social et d’urbaniste. Elle fut rapidement fascinée et émue par ce “qui se dégage de ces sculptures de petite taille”. Elle en a également exploré la dimension humaine : “lorsqu’on façonne un bijou, on travaille pour quelqu’un, pas pour un musée”. Elle a aussi beaucoup réfléchi à la dimension sociale du bijou : objet de célébration d’un rite ou langage du corps.

En 1998, Monique Manoha a ouvert un atelier de bijoux d’artiste. Comme elle éprouvait le besoin d’expliquer pour chaque œuvre son cheminement artistique, elle s’est résolument placée dans une démarche pédagogique et a créé la Biennale du bijou contemporain, qui s’est tenue à Nîmes de 1999 à 2005.

Sa connaissance du bijou, ses réseaux universitaires et artistiques, elle les met aujourd’hui au service du Pôle Bijou de Baccarat qu’elle coordonne depuis septembre 2006.

Elle livre, dans un entretien accordé au Magazine Notes Précieuses, les ressorts de ce projet ambitieux, porté et géré par la Communauté de Communes du Cristal.

Notes Précieuses : Quand le Pôle Bijou de Baccarat va-t-il ouvrir ?

Monique Manoha : L’inauguration est prévue en juin 2010. Plus exactement, ce seront deux bâtiments, réhabilités en centre ville, qui seront inaugurés : le premier destiné à accueillir des entreprises de la filière bijou ; le deuxième réservé aux expositions temporaires et comportant également des show-rooms, des espaces dédiés à la pratique amateur … Dans les faits, le Pôle bijou fonctionne depuis plusieurs années déjà, mais “hors les murs”.

NP : De quand date ce projet ?

MM : Tout a commencé en 2003, avec le Plan social – et la suppression afférente de 300 emplois – qui a frappé la cristallerie Baccarat SA, principal employeur de la ville. Il fallait créer des emplois de substitution et accueillir de nouvelles entreprises. L’idée du Pôle bijou a germé et pour élaborer ce plan ambitieux – coût global 2 millions d’euros -, la Direction de Baccarat SA a travaillé en étroite collaboration avec les services spécialisés de l’Etat et les collectivités locales. L’obtention du label “Excellence rurale”, en juillet 2006, a réellement consacré la naissance du Pôle Bijou.

NP : Pourquoi avoir privilégié le bijou ?

MM : Le domaine du bijou s’est très rapidement imposé. Pour plusieurs raisons. D’abord la vente de bijoux en cristal représentait plus du quart du chiffre d’affaires de la société Baccarat SA. Et comme cette activité faisait largement appel à la sous-traitance, il y avait là un premier débouché possible pour les entreprises de la filière. De plus, le secteur du bijou est un secteur porteur.

NP : N’y avait-il pas aussi des “arrières pensées” touristiques ?

MM : Le bijou peut effectivement présenter un atout supplémentaire pour la ville au plan touristique. Baccarat accueille chaque année 50 000 visiteurs, attirés par la renommée de son cristal. La présence du Pôle Bijou devrait contribuer à augmenter la durée moyenne des séjours. N’oublions pas non plus que la Lorraine est une des régions françaises les plus riches artistiquement et à terme, Baccarat peut être un pôle fédérateur des métiers d’art de la Région.

NP : On déborde là du cadre d’un plan de reconversion classique …

MM : Certainement car, très vite, quatre axes de développement se sont imposés : le développement économique, la mise en valeur du bijou et de la filière bijoutière, la Recherche et Développement, la formation. La coexistence de ces quatre axes est essentielle car ils se nourrissent les uns les autres.

NP : Parlez nous d’abord du volet économique …

Il s’agit d’accueillir des entreprises du secteur de la bijouterie au sens large. A ce jour, quatre entreprises de la filière se sont déjà installées (traitement de surface, prototypage, joaillerie, développement bijoux d’enfant) ainsi que des artisans créateurs. L’objectif à terme est d’accueillir au moins une dizaine d’entreprises. La prochaine ouverture du bâtiment proposant des locaux industriels doit faciliter leur implantation.

Ancienne taillerie de Baccarat SA en travaux. Ce bâtiment abritera les entreprises du Pôle bijou.

L'ancienne taillerie de Baccarat SA, actuellement en travaux, accueillera en 2010 les entreprises labellisées Pôle Bijou.

NP : Le Pôle Bijou conserve-t-il un lien privilégié avec la société Baccarat SA ?

MM : Les entreprises “labellisées Pôle Bijou” ont naturellement une grande proximité avec la société Baccarat SA (qui compte toujours 700 employés). Mais elles ne souhaitent pas s’en tenir au seul domaine du cristal.

NP : Quelles difficultés rencontrez-vous ?

MM : Avec un projet aussi ambitieux, c’est forcément compliqué. On part de rien et on se heurte parfois à la peur de l’inconnu. Par exemple, en 2007, nous avons mis en place un “Club des créateurs réunissant les professionnels lorrains de la filière bijou. Au départ, la plupart des entreprises se vivaient avant tout comme concurrentes entre elles. Ce n’est qu’au fur et à mesure des rencontres que leurs dirigeants ont pris conscience qu’ils avaient plein de choses à partager et faire ensemble.

NP : Venons en au deuxième volet : qu’entendez-vous par mise en valeur du bijou et de la filière bijoutière ?

MM : C’est la mise en scène du bijou. Un bâtiment entier sera bientôt consacré aux expositions, show-rooms … Dès 2010 une grande exposition sera montée sur le thème “Bijoux gemmes”, sous tous ses aspects : joaillerie mais aussi extraction avec tous les problèmes pendants. Notre volonté est de mieux faire connaître, aussi bien aux relais d’opinion qu’au grand public, le bijou sous toutes ses facettes. Avec l’exposition “Interroger le matériau”, nous avons tenu dès l’automne 2006 à bien positionner l’action du Pôle bijou. Il s’agissait de montrer la diversité de la filière et d’attester qu’il peut y avoir des bijoux haut de gamme issus de matériaux non conventionnels.

NP : Qu’en est-il de l’axe Recherche et Développement ?

MM : C’est l’axe où nous sommes le moins avancés, mais nous travaillons à l’élaboration d’un cahier des charges pour être classés “Pôle d’innovation de l’artisanat” d’ici trois ou quatre ans. Notre ambition est d’intervenir aussi bien au plan technologique – process technique et matériaux – que des sciences humaines. Le bijou doit être reconnu comme un champ d’études sérieux qui permet de mieux comprendre la société et l’histoire du corps humain.

NP : Et la formation ?

MM : En matière de formation, nous menons depuis l’origine un important travail de fond : rencontres avec syndicats professionnels, les écoles, les fédérations, les chambres de commerce et de métiers … Les nombreuses manifestations – expositions, colloques, rencontres, concours – que nous avons organisées depuis 2006 nous ont également permis d’affiner notre réflexion sur ce volet. L’exposition “A la découverte des écoles du bijou” a permis de découvrir en 2007 le savoir faire d’écoles de bijouterie belges et françaises ; le concours “Jeune créateur” a positionné le Pôle sur le plan de la découverte de nouveaux talents, de même que le concours “Bijou d’enfance” qui se déroule actuellement. En 2007, des journées d’études ont réuni 120 personnes en provenance de Suisse, d’Allemagne, du Royaume Unie, de Belgique.

NP : Concrètement, que comptez-vous faire dans le domaine de la formation ?

MM : Un de nos objectifs est de promouvoir les travaux des écoles et de valoriser les métiers du bijou. Trop souvent en France – comme c’est le cas pour les travaux dits manuels – on porte un regard condescendant sur ces métiers. Pourtant, c’est un fait, les “bijoutiers” reçoivent de vraies formations comportant un volet “culture générale” dans un cursus qui peut durer 6 ans !

Nous souhaitons bien évidemment également mettre en place des formations. En 2008, nous avons créé des stages pratiques où  des amateurs venus de toute la France ont bénéficié de l’enseignement des créateurs locaux. Dès 2010-2011, nous envisageons la mise en place de formations professionnelles.

NP : Quel regard portez vous sur le bijou en France aujourd’hui ?

Le marché du bijou est “pollué” par les bijoux bas de gamme. Et il n’y a pas réellement d’outils permettant de mener une vraie réflexion au plan national. La géographie du bijou ne se limite pas à la Place Vendôme. Il n’y a pas réellement de publication spécialisée en France, et le bijou est souvent traité en “parent pauvre” dans la presse grand public. De plus, les quelques rares expositions de prestige consacrées au Bijou se tiennent le plus souvent à Paris …

NP : Que peut apporter le Pôle Bijou de Baccarat ?

MM : Notre ambition est “d’élever le niveau” en créant un espace où chacun pourra satisfaire son besoin de connaissances. Plus on forme le public, plus on lui donne à voir des choses de qualité, plus on le rend exigeant.

NP : Et vous avez bon espoir ?

MM : A l’échelle régionale, nous suscitons un intérêt certain tant de la presse que du public et bénéficions du soutien des instances officielles. Alors que le Pôle Bijou n’existe pas encore physiquement, c’est bon signe.

  • Interview réalisée le 7 octobre 2009
  • Pôle Bijou de Baccarat – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat