Archive pour la catégorie ‘Histoire’

Le vol des joyaux de la Couronne

Samedi 3 décembre 2011

Documentaire-historiqueLa télévision aime les énigmes historiques. Elle se penche aujourd’hui sur le plus grand cambriolage de tous les temps : le vol des joyaux de la couronne de France. Plus de deux siècles après cet évènement, les historiens n’ont pas encore levé, loin s’en faut, tout le voile sur cet imbroglio. Vol effectué par qui ? Pour le compte de qui ? Les plus belles pièces étaient-elles encore là ?… Franck Ferrand se fait leur porte parole et mène l’enquête sur France 3 dans sa série “L’ombre d’un  doute”. A ne pas manquer.

Hotel-de-la-Marine

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Garde meuble de la couronne, actuel Hôtel de la Marine, place de la Concorde © L'ombre d'un doute

Nous sommes en 1792. Entre le Palais des Tuileries et les Champs-Elysées, à l’époque un bois mal fréquenté, se trouve le garde meuble de la Couronne. C’est aussi le premier Musée des Arts décoratifs parisiens. Les joyaux de la couronne y sont désormais conservés dans la salle réservée aux bijoux. Ils ont suivi de peu l’arrivée de Louis XVI, enfermé aux Tuileries. Ce bâtiment contient donc un fabuleux trésor, exceptionnel pour l’époque en Europe, tant au plan géologique que qualitatif et quantitatif : des diamants, des pierres précieuses parmi les plus grosses et les plus rares qui soient et quantité d’objets en or … En tout l’équivalent de 7 tonnes d’or et 8 à 9 milles diamants, plus des pierres de couleurs, saphirs, rubis, émeraudes et des perles d’une grande qualité.

François-1er

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : François 1er, Au centre : Les "Mazarins", A droite : Le Cardinal Mazarin © L'ombre d'un doute

Les origines de ce trésor, remontent à François 1er qui avait décidé que les joyaux de la couronne  n’appartiendraient plus au monarque mais à la Nation. Un rubis “balai” dit spinelle, le “Côte de Bretagne” (212 carats) et sept autres pierres précieuses vont constituer la base du trésor. La collection s’est enrichie au fil des règnes et, sous Louis XIV, elle a pris tout son éclat, notamment grâce aux 18 magnifiques diamants légués par Mazarin, dont le “Sancy” et le “Miroir de Portugal” (26 carats, 3ème Mazarin).

Toison-dor

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : Partie haute de l'Insigne de l'ordre de la "Toison d'or" composée d'un diamant de 32 carats, 2 topazes et 84 brillants et le spinelle "Côte de Bretagne", A droite : Partie basse de l'Insigne de l'ordre de la "Toison d'or" avec le diamant bleu et la toison d'or © L'ombre d'un doute

Louis XIV, grand collectionneur de gemmes, compléta également sa collection par de nombreux diamants rapportés d’Inde dont un magnifique diamant bleu, parfaitement pur et d’une intense couleur de 115 carats, qu’il fit taillé en brillant (le premier de l’histoire). Ce diamant de 69 carats sera par la suite intégré à un chef d’œuvre de joaillerie crée par Jacquemin pour Louis XV, “La toison d’or” avec en son centre  le “Côte de Bretagne” retaillé en dragon par Jacques Gay. Le “Régent”, pièce maitresse de la collection de Louis XV est à l’époque le plus gros diamant du monde. Les Rois et reines portaient les diamants de la couronne pour de grandes occasions et les intégraient à leur coiffure, leurs vêtements ou les portaient en bijoux. Les pierres étaient montées pour une soirée puis démontées et remontées de façon différente à d’autres occasions. Ces joyaux servaient à afficher la puissance et la richesse de l’Etat. La dernière fois où ils ont été arborés comme tels, c’est lors de l’ouverture des Etats Généraux à Versailles, le 5 mai 1789 : Louis XVI portait l’insigne de “La toison d’or” et Marie Antoinette avait glissé le “Sancy” dans sa chevelure.

Marie-Leczinska

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Marie Leczinska, détail, huile sur toile - Carle Van Loo © L'ombre d'un doute

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1792, des cambrioleurs font une première incursion dans le garde meuble. Comme personne ne les dérangeait, ils sont revenus de plus en plus nombreux, et par 4 fois en 1 semaine. Ce n’est finalement que parce que les brigands chantaient et buvaient que les gardes étaient monté à l’étage des bijoux. Brisant les scellées, ils ne purent que constater le vol. Première question, pourquoi un trésor aussi important était-il si mal gardé ? S’étant déroulée dans un climat de guerre civile, l’affaire a donné lieu à un affrontement politique où il était souvent question de complot contre révolutionnaire. Il fallait des coupables et vite. Quelques malfrats pris sur les lieux ont dénoncé des complices. Tous ont été traduits devant les tribunaux. A la fin du procès, sur les 17 accusés, 12 ont été condamnés à mort et 5, effectivement exécutés. Mais il ne s’agissait que de “seconds couteaux”. Paul Miette, le cerveau de l’affaire, a non seulement échappé à la guillotine, mais il a été relaxé. Cette décision de justice a semé un nouveau doute.

Couronne-diamant

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Couronne de sacre de Louis XV avec le Régent au centre © L'ombre d'un doute

Enigme dans l’énigme : les principaux joyaux étaient-ils encore dans le garde meuble au moment du cambriolage ? Si l’inventaire de l’Assemblée Nationale permet d’affirmer qu’à la fin de 1791 toutes les pierres étaient encore à leur place, il n’en était pas de même au printemps 1792. Dans le climat insurrectionnel de l’époque, le responsable du garde meuble, le baron Thierry de Ville d’Avray – un proche de Louis XVI – avait mis en sûreté neuf coffrets contenant les trois quarts des bijoux. Le 10 août 1792, c’était le chaos à Paris. Louis XVI était déchu et sa famille emprisonnés au Temple tandis que le baron Thierry était arrêté. Sur ordre d’une délégation de députés arrivés au garde meuble, les 9 coffrets manquants sont restitués. Mais sans être ouverts. On ignore donc si au moment du cambriolage, les plus gros joyaux étaient encore là.

Les interprétations ne manquent pas face à cette avalanche d’énigmes. Négligence du gouvernement notamment du Ministre Roland, responsable de la sécurité intérieure ? Volonté de ne pas intervenir pendant l’effraction ? On a longtemps soupçonné une manipulation de Danton, ministre de la justice, qui se serait servi des joyaux pour “acheter”  le duc de Brunswick à Valmy. En fait, tous les clans rivaux se sont accusés les uns les autres du vol des bijoux. On a soupçonné le gouvernement de vouloir mettre de l’argent de côté pour lever une armée. On a soupçonné l’ennemi héréditaire, l’Angleterre, d’avoir commis le vol pour l’en empêcher … A moins que ce vol, ne soit tout simplement l’œuvre de brigands qui auraient profité de l’anarchie régnante ?

Sancy

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Le "Sancy" © L'ombre d'un doute

Sans apporter de réponses définitives au pourquoi, le film nous rassure en quelque sorte sur les pierres elles mêmes qui ont été en grande partie retrouvées. Progressivement, les plus grosses pierres ont refait surface, souvent dans d’étranges circonstances. Globalement, en mars 1794, soit un an et demi après le vol, tous les grands diamants étaient réapparus. En fin de compte, les deux tiers des joyaux étaient récupérés. Seules les pierres de plus petits calibres, plus faciles à écouler, avaient à jamais disparu. Certaines de ces pierres emblématiques ont été remises au Musée du Louvre à Paris. C’est là que sont conservés actuellement le “Régent” et le “Sancy” et le rubis historique légué par François 1er le “Côte de Bretagne”. Ce dernier avait été découvert à Londres où Louis XVIII l’avait racheté pendant son exil et lègué à la France à sa mort.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Pierres de couleur de la Galerie du Muséum d'Histoire Naturelle © L'ombre d'un doute

Les pierres de couleurs ont rejoint quant à elles la galerie de minéralogie du Muséum d’Histoire Naturelle. La plus importante est le grand saphir de Louis XIV, dit “Le Ruspoli”, acquis en 1669. Il y a également la grande émeraude de 17 carats que Louis XIV portait en crochet de chapeau lors des chasses et des grands bals de cour. Une troisième pierre importante est constituée par un saphir bicolore – champagne au centre -, utilisé en bague par Marie Leczinska. On compte enfin une topaze dite “Impériale” d’une taille extraordinaire de l’époque Louis XV.

Le-diamant-Hope

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : Modèle en plomb du diamant bleu, Au centre : Le diamant "Hope", A droite : Superposition du diamant "Hope" sur le modèle en plomb du diamant bleu © L'ombre d'un doute

Quant au diamant bleu, et fleuron de la “Toison d’or”, il réapparu en 1812, sous forme d’un diamant oval bleu foncé, de 45 carats, appartenant au riche banquier anglais Henry Philip Hope. Sous le nom de “Diamant Hope” (Hope diamant), il arrive aux Etats-Unis en 1912 et est donné au Smithsonian Institution, le Muséum d’Histoire Naturelle de Washington. En 2007, François Farges, minéralogiste au Muséum d’Histoire Naturelle établira définitivement, grâce à une comparaison du diamant Hope avec le modèle en plomb du diamant bleu, récemment découvert, qu’il s’agissait bien du diamant de la Couronne de France retaillé. Retaillé à la hâte, ce diamant perdit pour toujours sa magnifique taille et sa masse et tout son art baroque. Le diamant Hope est aujourd’hui exposé à Washington.

Diamant-bleu-Hope

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : François Farges explique ses recherches sur le diamant bleu et le diamant "Hope", Au centre : Modèle en plomb du diamant bleu et diamant "Hope" © L'ombre d'un doute

On ne peut pas dire comme dans les contes de fée que tout finit – presque – bien. Si certaines pierres ont été épargnées, de très beaux objets en or ou des parures ont été dépecées ou cassées. Mais la vente en mai 1887, contribua à brader et disperser le trésor. Certains mécènes aujourd’hui s’efforcent de le reconstituer, mais à quel prix. Récemment le “Grand noeud de corsage” de l’Impératrice Eugénie et la “boîte à portrait” de Louis XIV ont été acquis par le Musée du Louvre grâce à la Société des Amis du Louvre.

  • Documentaire historique – Le vol des joyaux de la Couronne : 16 septembre 1792, le casse du Millénaire – L’ombre d’un doute – Franck Ferrand – Réalisation:  Jean Christophe de Revière, Guillaume Perez, Elodie Mialet – France 3 – Première diffusion : 2 novembre 2011, 23h, Rediffusion :  4 décembre, 15h40

Montres anciennes au musée du Temps à Besançon

Lundi 10 janvier 2011

Montres-et-merveillesLes passionnés d’horlogerie ont une nouvelle fois le regard tourné vers Besançon. L’exposition “Montres et Merveilles” dévoile actuellement une des plus importantes collections de montres anciennes et précieuses en France. Quelque 200 pièces sont présentées : des montres bien sûr, mais aussi des boîtiers, des plaques émaillées, de l’outillage et des documents iconographiques. Le parcours de l’exposition retrace les principales évolutions de la montre mécanique depuis le XVIème siècle. Elle n’y est pas présentée uniquement sous son aspect technique ou esthétique. On peut également mesurer sa valeur symbolique, entre quête de précision et marque de statut social.

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De gauche à droite : Montre à complications astronomiques en argent, laiton, 1re moitié du XVIIIe siècle, Allemagne - Kratz Michael Junger - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre de forme octogonale en cristal de roche, XVIIè siècle, France - Jacob De La Croix - Collection Musée du Temps, A droite : Montre astronomique en laiton et argent, Valenciennes vers 1690 - Houzeau - Collection Musée du Temps

Les premières montres, celles des XVIème et XVIIème siècles, sont avant tout de beaux objets, souvent de véritables montres bijoux ouvragés et fabriqués dans les matériaux les plus précieux. En revanche, leur précision est très souvent approximative

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A gauche : Montre à décor émaillé en or, laiton et émail, Paris, vers 1785 - Jean-Antoine Lépine - Collection Musée du Temps, A droite : Montre émaillée, Paris, 1760 - Jean-Antoine Lépine - Collection Musée du Temps

Il faut attendre le XVIIIème siècle pour enregistrer de véritables avancées techniques, aiguillonnées par la quête des chronomètres de marine. Même si la mise en place du calibre Lépine ou du mouvement à ponts sont des avancées déterminantes, le XVIIIème siècle, puis le XIXème ne se caractérisent pas uniquement par l’innovation technique. Les mouvements deviennent de plus en plus précis et la recherche est également esthétique : que les montres soient richement émaillées ou de forme très épurée. Les œuvres de Breguet, Berthoud ou Leroy évoquent le bouillonnement du monde horloger de l’époque. Le public peut également découvrir la collection des montres Lépine ou encore d’autres pièces qui, par exemple, témoignent des tentatives à l’époque révolutionnaire de mise en place d’un temps décimal.

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A gauche : Montre à répétition, Besançon, 1910 - Bossy - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre à complications en argent et laiton, fin du XVIIIème siècle - Collection Musée du Temps, A droite : Boîte de montre, Franche Comté, début XXème siècle - Collection Musée du Temps

L’industrie horlogère du XIXème siècle et du début du XXème siècle est marquée avant tout par la production de masse. Grâce à des objets et documents d’époque, l’exposition souligne l’importance de Besançon, capitale française de la montre à cette époque. Les collections de boîtes et de plaques émaillées présentées rappellent également qu’une grande partie de l’activité bisontine n’était pas la fabrication de mouvements, mais plutôt l’établissage, c’est-à-dire le montage de mouvements dans des boîtes de montres.

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A gauche : Leroy 01 "La montre la plus compliquée du monde" en or, rubis, acier, laiton, émail, Besançon, 1904 - Leroy - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre à complications en argent et laiton, Fin du XVIIIe siècle - Collection Musée du Temps, A droite : Montre sectorielle en argent, laiton et émail, Suisse, XXe siècle - Collection Musée du Temps

L’apogée des savoirs-faire horlogers est symbolisée par la présentation des montres à complications du début du XXème siècle avec en point d’orgue la Leroy 01 en or, rubis, acier, laiton, émail, fabriquée à Besançon. Avec ses 24 complications, elle fut la pièce horlogère la plus complexe jamais produite à l’époque.

  • Exposition Montres et merveilles, collection du musée du Temps – Musée du Temps, Palais Granvelle – 96, Grande Rue – 25000 Besançon
  • Du 9 décembre 2010 au 29 mai 2011, prolongation jusqu’au 18 septembre 2011

Claudette Joannis raconte l’Histoire par les bijoux

Jeudi 14 octobre 2010

Claudette Joannis

Claudette Joannis, conférence au musée de Malmaison

Claudette Joannis, conservateur en chef honoraire du musée de Malmaison a contribué tout au long de sa carrière à enrichir notre connaissance sur les bijoux, thème auquel elle a consacré une grande partie de ses travaux et qu’elle poursuit. Pour le Magazine de Notes Précieuses, elle présente aujourd’hui son parcours et explique son approche.

Notes Précieuses : Une grande partie de vos travaux est consacrée au bijou. Pourquoi cet intérêt ?

Claudette Joannis : C’est vrai que mes travaux m’ont amenée à suivre la “route du bijou“, très peu explorée par mes confrères conservateurs de musée. Au début de ma carrière, c’est un peu le hasard qui m’a conduit vers le bijou. Mais la curiosité et l’ouverture que m’a donnée ma formation d’ethnographe ont très vite consolidé mon intérêt. Je dois reconnaître aussi qu’à titre personnel je suis très attirée par les bijoux de sentiment, principalement ceux du XIXème siècle … que je recherche dans les salles de vente et les brocantes et que mon mari m’a souvent offert.

Bijoux de sentiments

Bague rébus "Pensez à moi" - Bijoux de sentiment - Normandie, XIXè siècle

NP : Vous avez commencé votre carrière au Louvre.

CJ : Après des études d’ethnographie française, j’ai passé le concours de conservateur des musées. Nommée en 1980 au service de  l’Inspection des musées au Louvre, je devais m’occuper des collections ethnographiques  Il y avait là tout ce qui a trait aux arts et traditions populaires : des objets concernant l’agriculture et la vie rurale, des costumes et parfois des bijoux. Mon premier travail, dans ces collections un peu oubliées, a porté sur les jouets et les jeux. Le bijou est véritablement apparu dans ma carrière un peu plus tard lorsque le département des Objets d’Art du Louvre m’a demandé d’écrire un article sur les bijoux populaires pour la revue des Métiers d’art. Cela m’a permis de découvrir, ce que j’ai appelé par la suite “le bijou régional”.

NP : Puis vous êtes passée par les Arts décoratifs et la Bibliothèque Nationale.

CJ : Quand j’ai quitté l’Inspection en 1988, j’ai intégré le Musée des Arts Décoratifs où j’ai étudié les vêtements sous l’angle ethnographique : garde robes, textiles … J’ai aussi constitué une collection de bijoux de mode grâce à des dons de couturiers que j’avais rencontrés tels Castelbajac, Rochas, Carven, Billy Boy. Cela n’avait jamais été fait auparavant. Je ne suis pas restée longtemps au musée de la mode. Il a fermé, pour rouvrir par la suite. J’ai ensuite intégré le département des Arts du Spectacle de la Bibliothèque Nationale. Il y avait de tout : costumes, masques, marionnettes, et seulement quelques bijoux de théâtre. Cela m’a permis de suivre la “route des bijoux” à travers ces bijoux un peu spéciaux.

NP : Et enfin le Musée de Malmaison …

CJ : C’est après six ans de Bibliothèque Nationale, que je suis arrivée au Musée de Malmaison, en 2000. C’était complètement différent de ce que j’avais connu jusqu’alors. J’entrais dans l’Histoire, la grande. J’ai eu la chance dans un premier temps d’organiser une exposition sur les Jouets princiers. Je retrouvais ainsi le fil de mes premières recherches. Puis il a été question de faire une exposition sur les bijoux car le musée de Malmaison possède des joyaux qui ont des origines historiques illustres : certains ont appartenu à l’impératrice  Joséphine et quelques uns à Napoléon. J’ai alors mis toute mon énergie pour concevoir : “Bijoux des deux Empires” qui fut la dernière exposition d’envergure que j’ai organisée. Je suis actuellement conservateur honoraire du musée de Malmaison pour lequel je viens de terminer la mise en ligne sur Internet de la totalité des collections de bijoux des musées de Malmaison et de Compiègne.

NP : Vos premières études concernant le bijou ont porté sur le bijou régional auquel vous avez consacré votre première exposition.

CJ : Dès le début de ma carrière, en fréquentant les musées, je me suis aperçue qu‘il y avait en France de très nombreuses variétés de bijoux, tous différents d’une région à l’autre. Avec des collègues, désireux comme moi de mettre en valeur des collections jusqu’alors peu exploitées, j’ai créé un groupe d’étude vers la fin des années 90. Nous avons pu mesurer la variété de ces bijoux régionaux et envisager de leur consacrer une exposition. Je devrais dire des expositions, car celle qui s’est tenue en 1992 à Paris au Musée du Luxembourg était la première d’une longue série. Elle a voyagé pendant près de 5 ans. D’abord en France : musée de Niort, Martainville, musée de la vie en Bourgogne à Dijon, musée de l’Ain, musée de Quimper. Elle a ensuite été à Montréal et dans d’autres villes du Canada. Une des particularités de cette exposition était qu’elle se renouvelait constamment : dans chaque ville où elle se tenait, les conservateurs locaux ajoutaient quelques bijoux spécifiques à la région. A Niort par exemple, l’exposition s’est enrichie de bijoux en argent tels des châtelaines et des bijoux masculins.

Bijoux des régions de France

Couverture du livre "Bijoux des régions de France", Flammarion 1992

NP : Vous avez également écrit un ouvrage sur les bijoux régionaux

CJ : En préparant l’exposition, avec l’aide de mes collègues, j’ai écrit un ouvrage “Bijoux des Régions de France“. C’était mon deuxième livre (le premier étant “Les petits métiers des jardins publics”) et le premier livre généraliste sur les bijoux de France. Il est sorti au moment de l’exposition. D’autres auteurs ont écrit par la suite des livres sur les bijoux de leur région : bijoux provençal, bourguignon, bressan, des Deux Sèvres. Ces ouvrages ont été diffusés à la suite de l’exposition. Personnellement, mes recherches en vue de réaliser cet ouvrage m’ont permis d’avoir une vue globale des bijoux régionaux. Il y a eu un colloque au musée des Arts et traditions populaires et j’ai fait plusieurs conférences dans différents musées de France. J’ai aussi rédigé la partie consacrée aux bijoux régionaux dans le “Grand dictionnaire du bijou”. C’est ainsi que je suis devenue, un peu par la force des choses, la spécialiste du bijou régional ayant également écrit plusieurs articles dans une très belle revue intitulée “Bijou” mais qui n’a été éditée qu’à quelques numéros .

NP : Que pouvez vous nous dire sur les bijoux de théâtre et de mode ?

CJ : A la Bibliothèque Nationale, j’ai étudié les bijoux de scène, à partir de ceux que possédait la bibliothèque et ceux d’une collection privée conservée par la maison des Artistes (maisons des vieux comédiens de Couilly Pont aux Dames). J’ai découvert qu’à partir de matériaux très frustres comme le laiton ou les fausse pierres tels le strass, le verre ou les perles, on pouvait faire des choses magnifiques et très spectaculaires. On ne s’est pas encore vraiment intéressé à ces bijoux en France. Il n’y a pas de livre sur ce sujet contrairement à l’Italie et les USA, où on trouve des ouvrages sur “les bijoux des grandes Divas” ou “les bijoux faux”. On  met quelquefois en parallèle bijoux de théâtre et bijoux de mode car ils ont des points communs : ce ne sont pas de très beaux bijoux, mais ils bénéficient d’un réel savoir-faire. Je trouve néanmoins que les bijoux de mode sont généralement plus inventifs ; les bijoux de théâtre ne sont généralement que des reproductions des très belles pièces de l’antiquité ou des siècles passés.

Collier torque pour homme

Colliers torque pour homme - Vitrine de l'exposition 'Bijoux d'hommes" au musée d'Argenton sur Creuse en 1999

NP : Vous avez aussi révélé le bijou masculin

CJ : Quand j’ai étudié les bijoux régionaux, j’ai découvert non sans surprise, qu’il existait des bijoux d’homme autres que les boutons de manchette et les épingles de cravate. Il s’agissait souvent de bijoux rituels, en liaison par exemple avec le compagnonnage : boucles et anneaux d’oreilles, broches, boutons … Quelques fois aussi des châtelaines ou des bagues, symboles de métiers. C’était des bijoux beaucoup plus identitaires que ceux que pouvaient porter les femmes, d’où le titre de l’exposition réalisée en 1999 au Musée de la chemise à Argenton sur Creuse : “Bijoux d’hommes, signes et insignes“. Ces bijoux masculins m’ont beaucoup intéressée, en particulier l’anneau d’oreille. Cela m’a occupé au moins deux ans. Déjà en 1997 j’avais rédigé avec une ethnologue allemande un Rapport pour la Mission du patrimoine ethnologique Entre Bagouze et chevalière; les bijoux masculins aujourd’hui“. Une enquête avait été réalisée auprès de 200 personnes. Le rapport n’a pas été publié mais diffusé largement dans les milieux professionnels. Il a connu un vif succès auprès des bijoutiers, des joailliers et de quelques musées. J’en avais rédigé la partie historique.

Bijoux des deux Empires

Affiche de l'exposition "Bijoux des deux Empires" au musée International de la Chaussure, Romans, 2006

NP : Votre exposition “Bijoux des deux Empires” a également marqué les esprits. Quelle en est la genèse ?

CJ : A Malmaison, j’avais d’emblée constaté que le musée possédait une collection de bijoux prestigieuse, certes, mais très peu fournie. Elle ne permettait pas véritablement de construire une exposition. En revanche, le musée possédait une importante collection de plus de 100 bijoux de la période 1830 – 1880 déposée au musée de Compiègne, spécialisé dans le Second Empire. L’exposition “Bijoux des deux Empires (1804-1870), modes et sentiments“, fut l’occasion de rassembler tous ces bijoux et de les faire restaurer. L’exposition s’est ensuite produite à Romans, à Roanne, à Ajaccio dans la maison Bonaparte.

NP : Comment aviez vous conçu l’exposition ?

CJ : Ma sélection de bijoux répondait à certaines thématiques. Quatre vitrines montraient les bijoux ayant appartenu ou en relation avec quatre personnalités : l’Impératrice Joséphine, la reine Hortense (beaucoup de bijoux en cheveux), l’Impératrice Eugénie et la princesse Mathilde. Il y avait les bijoux qui étaient à la mode surtout à partir de 1840, beaucoup de parures et demi parures. J’ai conçu aussi une vitrine comportant des “peignes corbeilles” en corail, perles, strass … Une autre était consacrée aux camés. J’avais aussi exposé des bijoux accessoires qui concernaient le bal : porte bouquet et “pinces relève jupe”.

Bijoux-d-homme-Malmaison

Montres, breloques, boucles de chaussures pour homme - Vitrine de l'exposition "Bijoux des deux Empires" au musée National de Malmaison, 2004

NP : Que vous a apporté personnellement cette exposition ?

CJ : J’ai eu beaucoup de liberté pour faire cette exposition qui était la dernière que j’ai faite ayant une telle importance. Ce projet m’a beaucoup plu. J’ai pu enrichir les bijoux exposés de toute une iconographie. Dans une exposition sur le bijou, la présence de tableaux  précisant le contexte est pour moi très importante. Deux jeunes femmes, stagiaires en provenance de l’école du Louvre et de l’Université m’ont aidée.

NP : Avez vous participé à d’autres expositions que celles évoquées jusqu’à présent ?

CJ : J’ai participé à plusieurs expositions, soit par des prêts soit par des textes dans les catalogues comme “Les  bijoux  romantiques“ au Musée de la vie romantique en 2000, où j’ai prêté plusieurs parures de La Malmaison ainsi que l’exposition sur la Franc maçonnerie au musée de St Denis en  2003.

Parures et bijoux

NP : Vous venez de terminer l’inventaire des bijoux de Malmaison et de Compiègne. Pourquoi avoir choisi internet ?

CJ : Le catalogue que j’avais réalisé pour l’exposition “Bijoux des deux Empires” était assez succinct. Les notices étaient intéressantes, mais il manquait au moins une centaine de bijoux. J’ai donc souhaité être plus exhaustive. On peut dire que le site “Parures et bijoux des musées nationaux de Malmaison et du Palais de Compiègne“, qui vient d’ouvrir en juillet 2010, est le prolongement du livre et de l’exposition. Les “inventaires scientifiques” tels qu’on les conçoit en France, sont assez ennuyeux à consulter sur papier. La Réunion des Musées nationaux (RMN) a donc choisi ici d’utiliser uniquement Internet. Par ce canal on peut donner la même information et, en plus, elle peut être accompagnée d’un nombre important de photographies, montrant le bijou sous tous ses angles. Avec cette présentation, j’ai moi même pris conscience de l’importance des images. En outre, le contenu d’un site internet peut être constamment enrichi.

NP : Quel est l’objectif d’un tel travail ?

CJ : C’est une nouvelle façon de faire connaître le bijou et de faire découvrir des choses parfois insoupçonnées. Par exemple, que sont des bijoux en cheveux, qu’est qu’un camée, à quoi sert le corail … Ce sont des informations à la fois techniques et historiques auxquelles on a facilement accès. Il s’agit également d’informer sur  ce que possèdent les musées et de faire en sorte que les gens s’intéressent au musée. Ils pourront par exemple faire connaissance avec les donateurs. J’espère que tout le monde aura envie de regarder ce catalogue et pas uniquement les professionnels. J’espère que les gens vont s’amuser et que nous aurons un public plus large et plus nombreux.

Boucles-et-pendants-d-oreillesNP : La tâche a dû être lourde

CJ : J’ai travaillé pendant deux ans. J’ai beaucoup lu et me suis servi du travail des archivistes pour rédiger les notices. Cela a été difficile pour moi car il ne s’agissait pas seulement de raconter l’histoire du bijou, mais de l’examiner sur un plan plus technique ce qui m’était moins familier. J’ai été aidée par d’autres spécialistes pour la lecture des poinçons, l’identification des pierres … J’ai étudié les bijoux ; je les ai mesurés, fait nettoyer … Le nettoyage était très important ; beaucoup de ces bijoux, dont on ne s’occupait pas, étaient en argent et avaient noirci. On ne voyait plus le poinçon. Parfois on s’apercevait qu’il y avait deux ors. Ensuite les bijoux étaient confiés au photographe. Ce travail a permis de réaliser une exposition qui ouvre le 21 octobre au musée de Compiègne sous le titre “Ecrins impériaux“.

NP : Pourquoi le bijou est-il si peu étudié, si peu mis en valeur dans les musées français ?

CJ : Un bijou est porteur d’infiniment d’informations au plan esthétique, historique, social … Peu de gens encore en ont conscience en France. Hors des musées, vous remarquerez que les catalogues de vente Drouot sont également toujours extrêmement succincts lorsqu’il s’agit de bijoux. Ils comportent peu d’informations contrairement aux catalogues anglo-saxons. Dans les musées, le manque de mise en valeur a également d’autres explications. Au cours de mes visites, j’ai souvent découvert dans les réserves, des collections qui n’étaient pas exploitées. Il m’est apparu que les conservateurs ne montrent que ce qu’ils connaissent. C’est pourquoi, des objets très variés – et notamment des bijoux – dorment tant qu’un spécialiste ne les a pas exhumés et étudiés. Le bijou nécessite une connaissance particulière. La formation des conservateurs les prédispose plutôt à étudier le mobilier, les tabatières, les horloges, les montres … Beaucoup moins le bijou qui est tellement hétéroclite : les matériaux sont des plus variés … et il y a des bijoux à toutes les époques. En outre, les bijoux sont de petits objets, peu faciles à montrer. Il faut des vitrines adaptées, très bien éclairées. Le coût de présentation est important. Je suis heureuse, maintenant que j’ai un peu plus de temps, d’être appelée dans différents musées pour mettre en valeur des collections de bijoux. Je suis allée notamment au musée Bertrand de Châteauroux où l’on a rassemblé et étudié la collection en vue d’une exposition au printemps ainsi qu’au musée Masséna à Nice.

Epingles-de-cheveux

Grandes épingles de cheveux en vermeil, filigrane et perles émaillées - Alsace, début du XIXème siècle

NP : Quelle est la spécificité de votre regard sur le bijou ?

CJ : La manière de poser des questions pour connaître davantage de choses sur le bijou étudié, c’est toujours cela qui m’a guidé. La curiosité et l’ouverture d’esprit due à ma formation d’ethnographe a aiguisé chez moi l’intérêt qu’on peut avoir pour les gens : ce qu’ils faisaient, disaient, confectionnaient, utilisaient comme matériaux … Cette approche m’a conduit à parler du bijou différemment. Mon livre sur les bijoux régionaux a beaucoup surpris et intéressé. C’était un apport nouveau, différent de celui de l’historien ou de l’esthète. Je sais que je peine un peu dans deux disciplines : l’étude des poinçons – qui a été faite très savamment par bien des personnes – et l’étude des pierres et des matériaux. En revanche, je suis très à l’aise quand il s’agit de raconter des histoires autour des bijoux. Les bijoux, je les comprends, je suis très intéressée par tout ce que je peux trouver comme informations dans la littérature, au théâtre, partout. J’en fais mon miel.

Bijoux-d-hommes

Couverture du catalogue d'exposition - Musée de la chemiserie et de l'élégance masculine à Argenton sur Creuse, 1999

NP : Que peut nous apprendre le bijou au plan personnel ?

CJ : Le bijou nous apprend tout de la vie de quelqu’un. Quand j’ai fait des interviews pour les bijoux d’hommes, je me suis aperçue qu’on touchait souvent à l’intime, au secret. J’ai pu mesurer également tout le poids de la société sur les comportements. L’image que l’on a d’un homme qui porte des bijoux est généralement celle d’un homme efféminé. C’est une image qu’il supporte difficilement, surtout lorsqu’elle est reflétée par sa femme. Beaucoup d’hommes ne portent donc pas de bijoux, malgré le désir qu’ils peuvent en avoir. Souvent, quand ils sont à la retraite, ils se laissent aller à porter ce qu’ils veulent. Ils considèrent qu’ils n’ont plus de devoir envers la société. C’est assez étonnant. Beaucoup d’hommes également m’ont avoué qu’ils auraient aimé vivre au XVIIème ou au XVIIIème siècle, pour porter des bijoux, et porter des vêtements ornés. Chez les hommes, il y a beaucoup de désir rentré concernant les bijoux.

agrafes-de-cape

Agrafes de capes en argent, Poitou XIXème siècle - Vitrine de l'exposition "Bijoux de régions de France" au musée du Luxembourg en 1992

NP : … et au plan social ?

CJ : Je mets aussi beaucoup en valeur dans mes conférences, articles, la différente représentation du bijou en fonction des âges de la vie. Pour les hommes, il y a des bijoux d’enfants, les bijoux d’adolescents, les bijoux qui sont plutôt des insignes de la vie de jeunes gens (j’inclus là, les insignes que l’on porte lorsqu’on est militaire qui se portent comme une décoration). Les bijoux marquent les moments forts de la vie : il y a les bijoux de fiançailles comme les bagues, les bijoux de mariage dont la médaille de mariage, les bijoux de deuil. Il y a aussi les échanges que l’on peut faire en cas de séparation.  Il y a aussi les bijoux liés à la religion : pour le baptême, la communion, la confirmation. Avec les bijoux, on parcourt un peu la vie de ceux qui les portent. Indéniablement, le bijou a aussi un rôle de porte bonheur. Il a un rôle dans l’apparence, la beauté et la rareté mais surtout de talisman qu’on retrouve partout : aussi bien dans l’Egypte antique qu’à l’époque contemporaine.

Bijoux-de-cheveux

Médaillon, bracelets, bague et chaine en cheveux - Musée National de Malmaison et Bois Préau

NP : Parlez nous des bijoux de cheveux.

CJ : Il y a beaucoup de bijoux avec des cheveux au musée de Malmaison : médaillons, bracelets … La plupart du temps, ce sont des cheveux d’un être aimé, d’un enfant, les siens que l’on a coupé. On s’aperçoit que cette pratique est commune aux souverains comme aux personnes les plus simples. Cela apparait dans les romans du XIXème siècle. Sous l’Empire, les jeunes soldats qui devaient partir à la guerre devaient couper leur “cadenette”. Napoléon ne voulait plus que dans l’armée on ait des boucles comme le voulait la coutume. La famille voulait les garder en souvenir. La littérature nous aide à comprendre pourquoi nous avons des médaillons, des bracelets qui contiennent des cheveux.

NP : Quelles sont vos activités présentes ?

CJ : Plusieurs collègues – conservateurs me font signe  pour étudier leurs collections. Je fais des colloques, des réunions. Je suis aussi sollicitée pour écrire des textes dans des catalogues comme dernièrement pour l’exposition “Pour l’honneur et la gloire et les joyaux de l’Empire” qui se tient à Anvers au musée du Diamant. Je continue à écrire pour les musées et pour le grand public. Je suis en train de rédiger un livre qui s’appellera “Le petit roman des bijoux” pour les Editions Du Rocher et qui sortira début de l’année prochaine. Il n’y aura pas de photos, mais j’espère que cela sera accessible et plaisant.

NP : Quels sont les champs que vous n’avez pas abordés et que vous aimeriez explorer ?

CJ : J’ai envie de mieux connaitre et aider à faire connaitre les collections des musées, de poursuivre mon enquête sur les bijoux masculins car en dix ans les mœurs ont évolué. J’aimerais savoir aussi si les pratiques européennes du port du bijou se retrouvent dans d’autres civilisations. En fait ce qui me plait ce n’est pas seulement de raconter l’histoire des bijoux mais de raconter l’Histoire par les bijoux.

  • Interview réalisée le 2 septembre 2010

Bijoux de la Couronne de France : Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre

Lundi 6 septembre 2010

JoaillerieA partir du 16 septembre, pour la première fois, le public pourra admirer le Grand Nœud de Corsage de l’Impératrice Eugénie. Ce joyau, provenant des Diamants de la Couronne de France, sera exposé au Musée du Louvre dans la salle de la Collection Thiers du département des Objets d’Art (aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à proximité des appartements de Napoléon III.  C’est grâce à la Société des Amis du Louvre que le musée a pu faire revenir des Etats-Unis ce bijou exceptionnel, réalisé en 1885 par le joailler François Kramer. C’est grâce également  aux crédits que la Société avait mis à sa disposition que le Louvre a pu préempter, lors de la vente Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, la Boîte à portrait de Louis XIV. Ce portrait a été présenté à Versailles à l’automne 2009, lors de l’exposition “Louis XIV, l’homme et le roi“. Il est actuellement en réserve et sera bientôt exposé au Département des Objets d’Art. Née en 1897, la Société des Amis du Louvre compte aujourd’hui près de 70 000 membres. C’est le premier mécène privé du Louvre. Depuis sa fondation, 704 œuvres d’art ont été acquises et offertes aux huit départements du musée.

Joaillerie Noeud de corsage

Grand Noeud de Corsage de l'impératrice Eugénie © Musée du Louvre 2008, Martine Beck-Coppola, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie : Le dessin du nœud, assorti de glands de passementerie, s’inspire librement de modes de la fin du XVIIème siècle. L’œuvre est composée de 2934 diamants dont 2438 pèsent 140 carats. Le sertissage est entièrement ajouré, articulé et traité en relief, afin que les pierres puissent scintiller au moindre mouvement. En fait, il ne s’agit là que d’une pièce d’un ensemble plus conséquent commandé par Napoléon III lors de l’exposition Universelle de 1855. L’Empereur avait passé des commandes à huit grands joaillers parisiens afin de promouvoir le savoir-faire français. Parmi les réalisations, il y avait une parure de feuilles et fruits de groseilliers par Bapst et Kramer comportant une longue guirlande, un devant de corsage, une suite de broches à pampilles et une ceinture. Cette ceinture, œuvre du  jeune François Kramer, réunissait à elle seule 4500 diamants. Mais, dès 1864, l’impératrice avait renoncé à porter une pièce aussi imposante pour n’en garder que l’élément central, adapté en grand nœud de corsage.

Boîte à portrait

Boîte à portrait de Louis XIV (après restauration), de face et de dos © Les Amis du Louvre 2009, photo : Adrien Dirand, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

La boîte à portrait de Louis XIV : Ce joyau, dû au miniaturiste Jean Petitot (1607-1691), a conservé sa riche garniture : sur la face quatre-vingt douze diamants brillent autour du buste émaillé du roi Louis XIV, sommé de la couronne fleurdelisée ; au revers, tout en émail, le chiffre royal au double L entrelacé est environné de rinceaux. Si de telles boites étaient dans la première moitié du XVII ème siècle des objets de sentiment, Louis XIV en a fait, à partir des années 1660, des instruments du pouvoir royal. Il les distribuait comme marques de distinction honorifique aux dignitaires étrangers, aux hommes de guerre et aux fidèles serviteurs de la monarchie. En dehors de celle-ci, seules deux autres boîtes sont aujourd’hui connues : l’une conservée à Bologne, qui a aussi gardé tous ses diamants, l’autre conservée au musée de La Haye, mais qui n’est plus qu’une carcasse émaillée, sans ses pierres.  L’or et les pierreries ont causé la perte de ces boîtes trop coûteuses. La boîte présentée au Louvre est sans doute la plus ancienne : l’âge du roi incite les spécialistes à proposer une date proche de 1670.

  • Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie (collection permanente, Aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à partir du 16 septembre 2010 et la boîte à portrait de Louis XIV – Musée du Louvre
  • Société des Amis du Louvre – 75058 Paris Cedex 01

Mellerio dits Meller, un joaillier chez les hénokiens

Mardi 29 décembre 2009

leshenokiensQu’est-ce qu’un hénokien ? C’est le membre d’une association qui regroupe les entreprises familiales créées il y a plus de 200 ans, toujours en activité et dont le capital reste détenu par les descendants des créateurs. Le reportage “Dynasties de Légende” sur France 5 nous a récemment proposé la saga de trois de ces sociétés : une entreprise d’hameçons, une soierie et une joaillerie. C’est bien sûr cette dernière qui a plus particulièrement retenu notre attention.

Les deux frères, Olivier et François Mellerio dirigent aujourd’hui Mellerio dits Meller qui est la plus ancienne joaillerie au monde. Ils descendent d’une longue lignée d’entrepreneurs qui ont toujours su valoriser leur art tout en s’adaptant à l’évolution des marchés.

Jean-Baptiste Mellerio, 1765-1850

Jean-Baptiste Mellerio, 1765-1850

La famille Mellerio, originaire de Craveggia, petit village lombard, est arrivée en France au XVIème siècle. Un siècle plus tard, elle développe son activité de joaillerie. Grâce au privilège royal accordé en 1613, de pouvoir faire commerce des bijoux sans acquitter de patente, l’entreprise a su rester au premier rang dans son domaine. Ce privilège sera aboli à la Révolution, mais elle n’en continuera pas moins à prospérer sous Napoléon, la Restauration et le Second Empire. Les Mellerio seront les premiers joailliers à s’installer près de place Vendôme en 1815.

Depuis quatre siècles, l’histoire de Mellerio est intimement liée à celle de la Société et des puissants. A l’origine, en tant qu’orfèvre, l’entreprise fabriquait les objets du culte. Aujourd’hui, c’est le fournisseur officiel des coupes de Roland Garros, du Ballon d’or, de la Cravache d’or …, pour la célébration d’autres cultes. La société réalise aussi des épées d’académiciens.  Hier destinés aux Rois, archevêques, ou grandes familles nobles, les bijoux qui sortent de ses ateliers sont à présent conçus pour les “princes” de la finance et du pétrole. Sur le fond toutefois, rien de changé : chaque pièce – ou presque – est unique et entièrement élaborée et façonnée au sein de la société. La maison Mellerio travaille essentiellement sur commande ; elle conçoit également deux collections annuelles de nouveaux modèles qu’elle propose à ses clients.

Collier Clair de Lune - Mellerio dits Meller

Collier Clair de Lune - Mellerio dits Meller

Au XXIème siècle, Mellerio fonde toujours sa communication sur son expertise, peaufinée au fil des siècles. L’appartenance au cercle très restreint des hénokiens conforte son image. Car, être hénokien c’est synonyme de transmission d’un savoir-faire de génération en génération ; de respect des valeurs familiales. C’est aussi un enracinement profond et une fidélité à la terre qui vous a vu naître. La famille Mellerio a toujours valorisé ses racines lombardes. C’est sans doute pourquoi l’Eglise du village natal (1500 habitants seulement) est dotée de chasubles, tissus et autres objets fastueux et ostentatoires que doivent lui envier bien des cathédrales.

  • Documentaire Dynasties de Légende : Des pierres précieuses aux soieries royales – Jean Etienne Frère et Dominique Pipat – Patly productions 2008 - France 5