Archive pour la catégorie ‘Autour du bijou’

Une exposition pédagogique sur la contrefaçon à la Cité des Sciences et de l’Industrie

Jeudi 22 juillet 2010

Contrefaçon la vrai expo qui parle du fauxAvec “Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux“, la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris nous invite à réfléchir sur un fléau qui pollue aujourd’hui tous les secteurs d’activité : luxe, vêtements, parfums, aliments, médicaments … L’univers du bijou, loin s’en faut, n’est pas épargné. La production des marques prestigieuses est régulièrement contrefaite. Copies et plagiats pénalisent également les créateurs de moindre notoriété. L’exposition pédagogique de la Cité des Sciences et de l’Industrie dévoile non seulement la diversité et l’importance de la contrefaçon dans notre vie quotidienne, mais également ses enjeux géopolitiques, économiques et juridiques. Tout au long de la visite, nous sommes constamment amenés à nous interroger sur ce que les mots veulent dire : création, copie, imitation, plagiat …

La création fait appel à l’intelligence, aux connaissances, à l’intuition … S’appuyant sur les conditions sociales et les moyens techniques de son époque, le créateur fait surgir la nouveauté. Ses œuvres sont souvent reprises, transformées, voire améliorées. Ce n’est pas forcément en mauvaise part. Imiter permet d’apprendre. C’est particulièrement vrai en matière artistique. L’étudiant qui reproduit une toile de maître dans la grande galerie du Louvre ne saurait être assimilé à un faussaire. Pas plus que Picasso lorsqu’il s’inspirait en 1940 du tableau de Delacroix, peint en 1834, “Femmes d’Alger dans leur appartement“. Le passage de témoin de maître à élève a même été officialisé en 1994, avec l’institution des Maîtres d’Art par le Ministère de la Culture. Ils ont mission de transmettre leur savoir faire et leur tour de main à un ou plusieurs élèves. La copie – sous forme de répliques, gravures, photographies … – permet aussi de faire découvrir au plus grand nombre des chefs-d’œuvre qui, sinon, seraient inaccessibles. Les matériaux synthétiques quant à eux rendent abordables, en les imitant, les matières précieuses et les matériaux nobles.

Contrefaçon marque

A gauche : Différentes vues de l'exposition © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

Quand alors y a t-il contrefaçon ? Lorsque le consommateur est abusé et lorsque le producteur est pénalisé, répondent les organisateurs de l’exposition. Faussaires et contrefacteurs s’attaquent à tous les produits connus pour les copier et en tirer profit, au détriment de ceux dont ils ont pillé la technique, le style, les formes, voire la marque. Tout revient en fait à déterminer ce qui est licite et ne l’est pas. Les droits d’auteur sont apparus en France dès le XVIème siècle. La Révolution les favorisera tout en les limitant dans le temps, principalement pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux œuvres littéraires. Au fil des siècles, la nature de la propriété intellectuelle s’est étendue à tous les champs de la création. Aujourd’hui l’acte de créer, de fabriquer un objet, un modèle nouveau, une œuvre inédite est protégé par un droit exclusif qui donne à son titulaire le contrôle de son usage et de son exploitation.

Contrefaçon bijoux

Saisies douanières de contrefaçon de bijoux et de marque © Douane française, photos : Marc Bonodot

Il est parfois difficile de détecter une copie. Les techniques de production des faussaires sont en effet souvent aussi sophistiquées que celles de leurs victimes. L’œil averti d’un expert est nécessaire pour discerner le vrai du faux, qu’il s’agisse d’objets ou d’œuvres d’art. Sur ce dernier point, La National Gallery de Londres présente une exposition passionnante où sont présentées des œuvres qui ont trompé ses propres experts. Seules des techniques avancées – infrarouge, radiographie, microscopie électronique, spectrométrie de masse – ont permis de rétablir la vérité. Ainsi, “Portrait de groupe”, une peinture sur bois achetée en 1923 en tant qu’œuvre du XVe siècle a révélé qu’elle comportait des pigments utilisés seulement à partir du XIXe et un vernis à la gomme-laque pour simuler la patine ! A l’inverse, les mêmes avancées scientifiques ont permis de réhabiliter des œuvres jusqu’alors considérées comme des faux.

Exposition contrefaçon

Vues de l'exposition et saisies douanières de contrefaçons © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

“Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux” montre aussi que la copie frauduleuse n’est pas seulement l’affaire des mafias et autres professionnels de l’arnaque. La technologie Internet notamment met la captation des sons, des images et des textes à la portée de chacun. Le plus souvent ici la copie illicite s’effectue sans le moindre sentiment de culpabilité. Des logiciels ont été mis au point pour faciliter la recherche de plagiat de textes littéraires, d’articles de presse, mais aussi de devoirs scolaires et universitaires. Les États tentent d’encadrer le téléchargement illégal, essentiellement pour protéger les industries audiovisuelles.

Il apparait donc clairement que la contrefaçon met en danger l’économie. Aujourd’hui, elle représente environ 10% du commerce mondial, pour un montant se situant entre 200 et 300 milliards de dollars. Sur les 179 millions d’articles contrefaits saisis par les douanes européennes en 2008, DVD, CD et autres cassettes audio et vidéo se taillent la part du lion avec 44 % des prises, suivies par les cigarettes (23%). La part des vêtements et chaussures représente 10 % et celle des Bijoux et Montres moins de 1 %. Il n’est pas certain que ce faible pourcentage traduise pleinement la réalité vécue par les créateurs de bijoux lorsqu’ils retrouvent – trop souvent – leurs formes et leurs modèles chez d’autres créateurs ou marques.

  • Exposition Contrefaçon, la vrai expo qui parle du faux – Cité des Sciences et de l’Industrie – 30, avenue Corentin-Cariou – 75019 Paris – Du 20 avril 2010 au 13 février 2011
  • Exposition Close Examination : Fakes, mistakes, and discoveries – The National Gallery – Trafalgar Square – Londres – WC2N 5DN – Du 13 juin au 12 septembre 2010

Formation en bijouterie joaillerie au lycée professionnel Jean Guéhenno

Vendredi 2 juillet 2010

Broche créateur

Broche - Fabien Ratane - Pièce d'examen TDMA

Le lycée professionnel Jean Guéhenno de Saint Amand Montrond occupe une place importante dans la formation en bijouterie et joaillerie en France. Yves Denieul, proviseur du Lycée, répond aux questions du Magazine Notes Précieuses.

Notes Précieuses : En quelques mots, pouvez vous présenter la formation bijoutière au Lycée Jean Guéhenno ?

Yves Denieul : C’est le plus grand centre français de formation bijouterie joaillerie. Notre établissement compte 230 élèves dans ce secteur. L’enseignement se prodigue à tous les niveaux : CAP, BMA et DMA. Nous bénéficions également de mentions complémentaires en joaillerie et sertissage.

NP : Comment intègre-t-on le lycée ?

YD : 60 places sont disponibles en première année de CAP bijouterie joaillerie. Les élèves sont sélectionnés sur dossier. Ils viennent de la 3ème , ou se réorientent après une 2nde. Le diplôme s’obtient en deux ans. De nombreux élèves passent ensuite en BMA Art du bijou et du joyau (deux ans d’études également) et certains ensuite en DMA. Les élèves d’autres établissements intègrent directement au niveau BMA à travers la procédure d’orientation post- CAP-BEP. L’entrée en DMA Art du bijou et du joyau, se fait avec la procédure affectation post-bac. Nous avons aussi un CAP en un an de 15 places pour ceux qui ont le baccalauréat avec une sélection sur dossier.

NP : Les élèves qui se lancent dans le métier ont-ils toujours conscience de ses caractéristiques ?

YD : En général, pas vraiment. Au départ, l’enseignement des techniques bijoutières, c’est déconcertant ; il faut beaucoup de persévérance et d’abnégation. Apprendre ici, c’est faire et refaire, car le travail du métal, ce n’est pas facile. Pour les débutants, la période difficile se situe à la fin du 1er et au cours du 2ème trimestre, car on ne se voit pas avancer. Au bout d’un an généralement, on arrive à maîtriser suffisamment les techniques pour obtenir quelque chose. Faire un bijou, c’est avant tout scier, percer, limer … Il faut aussi apprendre à penser en trois dimensions … Mais, ceux qui ont été pugnaces et persévérants sont récompensés lorsqu’ils peuvent réaliser leur première pièce. Pour la plupart, nos étudiants sont enthousiastes.

bague créateur en argent et collier créateur

A gauche : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quels sont les principaux atouts de votre établissement ?

YD : Nous bénéficions d’une bonne image auprès des élèves – qui viennent de toute la France – et d’une bonne renommée auprès des professionnels ; on prend facilement en stage un élève de Guéhenno. Historiquement, nous avons toujours été à la pointe. Le premier BMA ainsi que le premier DMA en établissement public ont été ouvert à J. Guéhenno .

Une volonté d’aller de l’avant avec un parc machine qui évolue sans cesse pour être proche de celui des entreprises. En DMA, nous apportons une bonne pratique machine à nos élèves et en prototypage rapide. C’est apprécié des professionnels. L’établissement a été labellisé lycée des Métiers en 2004.

NP : Le fait d’être situé à Saint-Amand est-il un atout supplémentaire ?

YD : Tout d’abord, étudier à Saint Amand, c’est vivre dans un environnement calme et verdoyant. C’est un point important pour des parents dont les enfants vont vivre loin d’eux. Le lycée est en cours de restructuration. Nous avons un très bon travail de partenariat avec la municipalité de St-Amand. La Mairie accueille toutes nos expositions dans un endroit prestigieux : la Cité de L’Or. De notre côté, nous essayons d’aider la municipalité à développer son Pôle bijou et Métiers du Luxe. En soi, c’est un plus d’avoir un centre de formation à côté d’entreprises des métiers du luxe.

Broche créateur et bague créateur

A gauche : Broche - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA

NP : C’est important le partenariat avec les entreprises durant la scolarité ?

YD : C’est essentiel. Nos élèves découvrent beaucoup en entreprise sur le plan purement métier mais aussi sur les aspects gestion du temps, respect des contraintes … Nous recevons également des professionnels dans nos classes. Cette année, un sertisseur est venu voir comment “travaillaient nos élèves”. Pour nos élèves, le regard des professionnels ainsi que leurs conseils sont très importants.

NP : Les entreprises de la région doivent être beaucoup sollicitées …

YD : Enormément, mais pas seulement les entreprises locales. Nos élèves partent en stage dans toute la France. Le processus est toujours le même. Durant les premières années de leur scolarité, ils cherchent avant tout un stage près de leur domicile. Puis, au fur et à mesure qu’ils avancent dans leur cursus, ils sont plus motivés, plus exigeants et la recherche est plus ciblée. Ils visent alors plutôt l’entreprise – quelle que soit sa localisation – qui leur apportera le plus dans le domaine qui les intéresse.

Collier et broche

A gauche : Collier et pendentif - Christelle Moreau - Pièces d'examen TDMA, A droite : Broche - Christelle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a t il des échanges européens ?

YD : Saint-Amand Montrond est au centre de l’hexagone, mais nous sommes ouverts sur l’Europe. C’est bien que les jeunes de toutes les nationalités puissent échanger. Cette année, dans le cadre de Léonardo, en 1ère année de BMA, sur une classe de 29 élèves, 4 sont allés en Belgique, 7 en Italie et 2 au Portugal. Pour notre part, nous avons accueilli 4 Belges (pendant 15 jours) et des Italiens. Ces élèves font des stages en entreprise et l’école facilite leur présence sur place et assure le suivi de cette formation. A terme, nous souhaiterions envisager des échanges d’élèves sur une plus longue période, mais ce processus coûte cher et on se heurte à des problèmes de financement.

NP : Vos projets pédagogiques vont également au delà de la réalisation de bijoux …

YD : Oui, Le Mur, organe d’expression des élèves bijoutiers, est un outil pédagogique d’ouverture. Il parle de la vie au lycée, de notre travail, des projets pédagogiques … Les élèves travaillent dans l’univers du bijou. Ils visitent, découvrent d’autres expériences, rapportent des matériaux, rencontrent des “collègues” … ; alors ils prennent des notes, rédigent des articles et les publient. Au départ – il y a maintenant plus de vingt ans -, tout cela s’affichait seulement en interne, d’où le nom du Mur. Aujourd’hui, Le Mur est un véritable magazine, renommé, et complété par un site internet. Des échanges européens ont été initiés à travers ce journal et l’association européenne du PLE “Parlement lycéen Européen des écoles de bijouterie et presse lycéenne”. Un réseau pédagogique et professionnel rassemble des écoles de bijouterie européennes autour de projets communs tels que des expositions itinérantes du type “Quand la pierre brute devient bijou“… Deux enseignants et deux élèves ont représenté le lycée Guéhenno à l’Assemblée Générale du “Parlement” qui s’est tenue fin mai à Namur.

Collier créateur et pendentif

A gauche : Collier - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Globalement, quelle est la répartition garçon / fille ?

YD : A tous les niveaux, on constate une tendance forte à la féminisation. Aujourd’hui, tout ce qui est ”artistique” attire plus les filles que les garçons. L’occupation de l’internat est un indice significatif à Saint-Amand Montrond, car nos élèves viennent de toute la France. Il y a dix ans, on dénombrait deux garçons pour une fille ; aujourd’hui, le rapport est inversé. Notons aussi qu’il y a cette année une classe d’une quinzaine d’élèves où l’on ne compte  qu’un seul garçon.

NP : Quels sont actuellement les débouchés dans la filière bijou ?

YD : Sur ce point, comme dans de très nombreux secteurs, la crise économique a pas mal changé la donne. Avant la crise, un tiers de nos élèves diplômés en sertissage partaient travailler en Suisse. Mais cette filière s’est pour l’instant tarie. De façon beaucoup plus générale, on trouve moins facilement de travail aujourd’hui car beaucoup d’ateliers ferment. Ce sont les sous traitants qui souffrent le plus. En revanche, les artisans qui réalisent des bijoux à la demande – autour d’une pierre, par exemple – ou les entreprises à forte capacité créative résistent mieux.

Boucles d oreilles créateur et collier

A gauche : Boucles d oreilles - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a-t-il des stratégies de substitution pour vos diplômés ?

YD : Parfois, les élèves prolongent leurs études : ceux qui ont fait du Design continuent leurs études dans des ateliers de création. Par ailleurs, certains utilisent les acquis de leur enseignement – minutie et persévérance – pour s’orienter vers d’autres métiers, notamment l’électronique. Après le CAP, d’autres mettent à profit leurs compétences techniques pour s’orienter vers la vente en bijouterie

NP : Ne sont-ils pas tentés de se mettre à leur compte ?

YD : Quelques uns effectivement deviennent auto-entrepreneurs, surtout après le DMA. Mais, la plupart de nos élèves s’estiment trop jeunes et n’ont pas envie de se lancer. Ils préfèrent généralement continuer à apprendre et mieux connaître le métier. Ils ne sont pas tentés non plus par la reprise de bijouteries, alors qu’elles sont nombreuses à fermer faute de successeur. Il est vrai aussi, qu’en France, on manque de soutien pour s’établir. Les structures aidantes actuelles, du type pépinières, sont insuffisantes. Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le domaine artistique ou du spectacle avec des lieux de création encadres et aidés.

Bague créateur et collier

A gauche : Bague - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Quelles sont les qualités requises pour réussir à la sortie du lycée ?

YD : Toujours beaucoup de soin et de persévérance. Encore de l’écoute et le sens de l’observation pour capter le savoir faire chez les autres. Les métiers d’artisanat en particulier nécessitent de l’opiniâtreté. La formule célèbre de Boileau “vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage” s’applique particulièrement au secteur bijoutier.

NP : Formez vous également des adultes ?

YD : Nous avons pour ambition de dispenser de la formation pour adultes. Nous avons fait nos premières armes dans le sertissage. Pour les années à venir, nous nous orientons vers la formation de trois adultes par an, pas plus. Il ne s’agira pas d’une formation ex-nihilo, mais d’un perfectionnement dans le cadre du DIF (Droit Individuel à la Formation).

Bagues créateur

A gauche : Bague - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quel regard portez vous sur la bijouterie en France ?

YD : En France, on est un peu traditionaliste : il manque sans doute une catégorie de bijoux entre joaillerie – dont le prix  d’un bijou se monte à quatre chiffres et plus – et la fantaisie tout venant – à deux chiffres. Il manque une tranche de bijoux de qualité – à 3 chiffres – pour qui aime la qualité sans se ruiner. Cette tranche intermédiaire permet de changer plus souvent de bijou, même si l’on n’a pas des revenus très conséquents.

NP : Peut-être êtes vous, vous mêmes, trop classique dans vos formations.

YD : Je ne pense pas. Notre mission première est de préparer les élèves à des examens pour lesquels nous avons des programmes à respecter. Au départ, la formation que nous dispensons est essentiellement celle de joaillier. Après le DMA, certains créateurs mélangent les matériaux. La création ne se réduit pas en effet à un matériau unique, ni obligatoirement très prestigieux. Dans les échanges européens, nos élèves ont appris avec enthousiasme des Italiens que des pierres moins précieuses que celles utilisées en joaillerie traditionnelle, une fois taillées pouvaient avoir de très jolis reflets. Mais, quoiqu’il en soit, nos anciens élèves l’attestent, ce n’est qu’au prix d’une bonne formation qu’on a les coudées franches pour laisser libre court à ses capacités créatrices et pouvoir réaliser ce que l’on aime.

  • Interview réalisée le 19 mai 2010
  • Lycée professionnel Jean Guéhenno – 31 rue des Sables – 18200 Saint Amand Montrond

L’Institut du Grenat préserve et valorise la bijouterie roussillonnaise

Mercredi 12 mai 2010

Bague Grenat de Perpignan

Bague contemporaine © Le Grenat de Perpignan

En février 2009, l’Association pour la Promotion de l’Histoire dans les Pyrénées-Orientales (APHPO) a créé l’Institut du Grenat, en développant une collaboration avec le Syndicat Artisanal des Bijoutiers des Pyrénées-Orientales. Cet Institut est animé par l’historien Laurent Fonquernie, par ailleurs auteur de “Grenats de Perpignan, bijoux du Roussillon“. Pour le Magazine Notes Précieuses, il définit les ambitions de l’Institut.

Notes Précieuses : Pourquoi un Institut du Grenat ?

Laurent Fonquernie : Cet Institut a été créé pour permettre la reconnaissance et la valorisation de la bijouterie traditionnelle roussillonnaise qui est un élément fort du patrimoine culturel local. Délibérément artisanale, cette bijouterie est menacée par les pratiques industrielles mises en oeuvre aujourd’hui et les lois économiques qui privilégient le bon marché au détriment de la qualité.

Collier en grenat de Perpigan

A gauche : Collier en grenats de Perpignan Art Déco, A droite : Collier avec pendentif corbeille de fleurs présenté à l'Exposition Internationale de Paris en 1937 © Institut du Grenat

NP : Qu’appelle-t-on bijouterie roussillonnaise ?

LF : Fondamentalement, c’est l’alliage de deux matériaux nobles : l’or jaune et le grenat rouge (grenat Almandin ou grenat Pyrope). Le grenat rouge - il existe des grenats de toutes les couleurs – est taillé selon certaines caractéristiques : “taille rose” dite aussi “taille de Perpignan“. La pierre est sertie à la main dans des chatons à fonds emboutis. Cette petite cuvette de métal, tapissée d’un paillon d’argent, renforce la réflexion de la lumière à travers les facettes de la pierre. Cette pratique d’estampage et de serti clos – pratique, répétons le, totalement manuelle – a disparu partout ailleurs qu’à Perpignan au profit des procédés de fontes. La réalisation du serti clos et paillon dans le bijou de Perpignan peut être de style traditionnel, Art Déco ou contemporain.

Grenat

Grenats de taille Perpignan du début du XXème siècle © Institut du Grenat

NP : A quand remontent ces techniques ?

LF : Ce sont les techniques de la bijouterie du XVIIIème siècle. A cette époque, les pierres fines transparentesgrenats, rubis, saphirs, topazes … – sont largement employées en joaillerie et montées de la sorte pour former des bijoux de toutes les couleurs. Il faut attendre l’Empire et la Restauration en Roussillon, pour qu’une seule couleur soit privilégiée dans une même parure. Le grenat est alors monté autant que la citrine et les doublets de différentes couleurs. C’est après 1870 que le bijou grenat devient la spécialité de Perpignan et que les bijoutiers locaux se spécialisent dans le montage des grenats en serti clos.

NP : Pourquoi le grenat ?

LF : Le grenat était très répandu autour du massif du Canigou et aux environs d’Estagel. A la fin du XIXème siècle, les bijoutiers de Perpignan ont aussi choisi de créer une ligne de bijoux qui symbolise les racines catalanes. Avec la force du mouvement régionaliste, le bijou en grenats s’est imposé comme le symbole du Roussillon.

NP : Qui achète ces bijoux actuellement ?

LF : Actuellement, la clientèle essentiellement régionale (et militante) cherche à valoriser ou revendiquer l’identité catalane. Les catalanes arborent bagues, boucles d’oreilles, broches, bracelets …  aux couleurs “sang et or” du drapeau catalan. Les bijoutiers profitent également de cette vogue identitaire. Le bijou dit de Perpignan est aussi un élément de la parure provençale dans sa ligne traditionnelle : boucles d’oreilles à pendeloques ou croix Badine d’inspiration XVIIème et XVIIIème siècle. Nombre d’entre eux sont revendus en Arles par exemple.

Croix Badine

Croix Badine du XIXème siècle sur correspondance d'un bijoutier de Perpignan - Collection Calvet, Prades © Institut du Grenat

NP : L’Institut a donc une fonction de préservation de l’identité culturelle locale …

LF : Oui, et une fonction de mémoire. Une de nos ambitions premières est de créer un centre de documentation pour archiver tout ce qui a été et sera découvert sur le sujet. Un véritable travail d’enquête s’impose, notamment pour prendre en charge la mémoire du geste car cette transmission ne se fait pas toujours d’un atelier à un autre. Un groupe de travail a été créé avec l’Université de Perpignan (Département d’Etude Catalanes, Histoire et histoire de l’Art, sociologie) pour définir les notions de tradition, de geste et de savoir-faire.

Sertissage grenat

A gauche : Bijoutier sertissant un grenat sur une boucle d'oreille en cours de fabrication A droite : Croix et boucles d'oreilles en grenat de Perpignan © Au Grenat Laviose

NP : Mais la Catalogne ce n’est pas uniquement de ce côté-ci de la frontière.

LF : Nous avons aussi des projets transfrontaliers et européens, par exemple : créer un véritable pont entre Barcelone et Perpignan et prolonger cet axe via le Pôle Bijou de Baccarat. Bien que notre bijouterie soit fortement liée à la Catalogne, nous souhaitons affirmer son appartenance à la joaillerie française de par son savoir faire et sa qualité. Un programme de formation est aussi à l’étude en collaboration avec l’Escola Massana, école d’Art Appliqué et de Design de Barcelone.

NP : Il y a aussi le côté pratique de la transmission du savoir faire …

LF : Effectivement, aujourd’hui, seulement une douzaine de bijoutiers locaux sont capables de fabriquer un bijou selon la technique traditionnelle ou simplement de réparer un bijou ancien. Il y a quelques années, on en comptait encore une trentaine ! La relève doit être assurée. Il faut former des artisans capables de manier les outils traditionnels et d’acquérir ce savoir faire ancestral. L’Institut étudie donc la possibilité, en partenariat avec des institutions de formation, d’ouvrir une section d’apprentissage complémentaire à la formation de bijoutier tournée vers les techniques traditionnelles du bijou Roussillonnais. En outre, pour valoriser le travail de l’artisan et l’aider à lutter contre le faussaire, il serait utile de créer un label reconnaissant la qualité artisanale et patrimoniale de cet artisanat.

Bague et pendentif grenat de Perpignan

Bague contemporaine goutte et pendentifs contemporains géométriques - Ligne développée par le groupement artisanal Le Grenat de Perpignan © Le Grenat de Perpignan

NP : Il faut aussi le faire savoir !

LF : Un de nos objectifs est également, en collaboration avec des musées d’entreprises, de mettre à terme un centre d’interprétation pédagogique à la disposition de tous ceux qui s’intéressent au bijou : créer une exposition permanente qui soit un lieu d’accueil pour mieux comprendre. L’explication et la communication sont les éléments clés de notre réussite. Nous avons bien sûr un site Internet. Personnellement, au niveau local, j’anime souvent des conférences en compagnie d’un bijoutier avec projection. Des cycles de réflexion sur différents thèmes du bijou ont été mis en place depuis 2009, notamment au musée Puig de Perpignan. Du 5 juillet au 31 août prochains, nous produirons en collaboration avec la Confrérie du Grenat de Perpignan une exposition au pôle Bijou de Baccarat : “Le grenat de Perpignan, une gemme de caractère “. Des bijoux actuels et anciens témoigneront de l’histoire et de la spécificité du bijou roussillonnais. Cette exposition pourrait devenir itinérante.

Bijouterie Grenat de Perpignan

A gauche : Laurent Fonquernie lors d'une conférence à Canet-en-Roussillon, A droite : Atelier Velzy en 1900 © Institut du Grenat

NP : Vous êtes aussi à l’origine d’éléments forts de la vie locale.

LF : Début décembre 2009, la fête de la Saint Eloi a connu un vif succès. Une semaine de festivité a animé Perpignan autour du Grenat : un colloque a été organisé à la maison d’Art et d’histoire de Perpignan ; on a aussi débattu au Forum de la FNAC autour de l’histoire de la bijouterie locale et des objectifs de l’Institut du grenat, la confrérie du bijou a défilé dans les rues avec cape et musique catalane …

NP : Vous bénéficiez également d’un atout avec le tourisme.

LF : C’est effectivement un atout de pouvoir faire découvrir cette bijouterie aux touristes en tant qu’élément important de la richesse patrimoniale régionale. Mais il convient d’éviter l’écueil “folklorique”. La production actuelle pâtit de cette connotation car une partie de la population locale, par méconnaissance, estime ce type de bijou passéiste.

NP : Et la profession, comment se positionne-t-elle ?

LF : Un de nos objectifs majeurs est d’obtenir localement le soutien de toute la profession. C’est un travail de longue haleine car on peut aisément comprendre les réticences de certains artisans. Ils ont envie d’évoluer, mais se cherchent encore. Aujourd’hui, le bijou en grenats doit totalement s’inscrire dans le secteur du luxe et de la mode. Tout en véhiculant des valeurs locales fortes, l’Institut peut permettre au bijou grenat de devenir à nouveau un symbole de modernité et être considéré comme part intégrante de la joaillerie française.

  • Interview réalisée le 16 avril 2010
  • Institut du Grenat – 22, bd Wilson – 66000 Perpignan
  • Exposition Grenat de Perpignan, une gemme de caractère – Pôle Bijou de Baccarat – Communauté de Communes des Vallées du Cristal – 20 rue Humbépaire – 54120 Baccarat – Du 5 juillet au 5 septembre 2010

Le corail corse : l’or rouge de méditerranée

Samedi 8 mai 2010

Parce que les importants courants des bouches de Bonifacio drainent de nombreuses particules organiques, la Corse possède le plus beau corail rouge au monde. Les polypes qui vivent à la surface du corail se nourrissent en effet de plancton. La structure de leur squelette étant calcaire, c’est la concentration en oxyde de fer qui leur donne une belle couleur rouge. Dans l’excellente série documentaire “A la poursuite des pierres précieuses” rediffusée dernièrement sur France 5, Patrick Voillot nous fait découvrir cet “or rouge” de la Corse.

Le reportage met tout d’abord l’accent sur le difficile travail des corailleurs. Ces plongeurs spécialisés dans la collecte du corail travaillent de mai à octobre, quand les conditions climatiques sont les plus favorables. Mais, à 80 mètres de profondeur – les corailleurs corses n’ont pas le droit d’opérer à une moindre profondeur -, il fait toujours froid et les conditions de travail sont pénibles : courants forts, luminosité réduite et même rencontre avec des requins dont la présence est due au réchauffement climatique. Un plongeur bonifacien met également l’accent sur les risques inhérents à la décompression : “50% des plongeurs meurent d’embolie pulmonaire”.

Aujourd’hui, le corail rouge n’est pas en voie de disparition, mais les stocks diminuent sensiblement. En 25 ans, le produit d’une plongée est passé de 10 kg à 300g/500g. Des règles strictes de collecte ont été instaurées : seules les plus grandes branches sont récoltées pour laisser aux plus jeunes le temps de se développer. Par ailleurs, une centaine de plongées seulement sont autorisées chaque année et il n’y a plus qu’une dizaine de corailleurs habilités. La réserve naturelle de Scandola, crée en 1975, est le “laboratoire vivant” qui permet une surveillance et une préservation efficace de l’espèce, comme le souligne le responsable du parc naturel régional de Corse.

Le reportage de Patrick Voillot nous transporte ensuite en Italie, car le corail Corse n’est pas transformé sur place. C’est à Torre del Greco, ville de 100 000 habitants située près de Naples, que depuis 1805 des artisans se sont spécialisés dans le traitement de “l’or rouge”. Sept mille personnes travaillent la gravure sur corail, coquillages et camé. Compte tenu de la haute technicité requise, il y a des spécialistes pour chaque tâche : couper, sculpter, percer et polir.

Le corail corse comporte de nombreuses nuances allant du rouge foncé, plutôt rare, au plus clair. Il est très prisé et s’exporte dans le monde entier sous des formes très élaborées en joaillerie et sous forme de boules et cabochons en bijouterie. Le corail a toujours fasciné les élites. Joséphine, dont Napoléon avait fait une ambassadrice en matière de luxe possédait des parures de diamants et de rubis, mais aussi en acier, en émail et … en corail issu des ateliers de Torre del Greco. Mais actuellement, le corail corse n’échappe pas non plus à la contrefaçon. Certaines entreprises italiennes, pour maintenir leur activité à flot, travaillent sur des imitations telles le “bambou”, qui est un corail blanc du pacifique teinté en rouge ; le corail rouge du pacifique, qui lui est verni ; et la résine rouge.

Un très intéressant reportage sur ce corail qui offre à la Corse des ressources économiques tout en s’inscrivant dans sa culture. Le corail a toujours fait partie des croyances et des traditions locales. Des morceaux de corail dans les maisons sont sensés protéger du “mauvais œil” et de nombreux objets en corail étaient utilisés autrefois pour développer la foi chrétienne.

  • Documentaire Le Corail rouge de Corse – A la poursuite des pierres précieuses – Patrick Voillot – France 5 – MC4 productions, 2008

L’Espace Solidor de Cagnes sur Mer célèbre le bijou contemporain

Lundi 19 avril 2010

Bague en argent - Christophe Verot - Fond de l'Espace Solidor

Bague en argent - Christophe Verot - Fonds Espace Solidor

Quand l’équipe municipale emmenée par Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes sur Mer, a pris ses fonctions en 1997, il y avait sur le haut de la ville, quelques ateliers occupés par de jeunes artistes bijoutiers locaux. Sous l’impulsion de Roland Constant, adjoint au Maire et délégué à la Culture et aux Musées, cet endroit est devenu l’Espace Solidor, lieu de référence du bijou contemporain. Pour Le Magazine Notes Précieuses, Roland Constant présente l’Espace Solidor.

Notes Précieuses : Quand vous avez pris vos fonctions en 1997, étiez-vous déjà familier du monde du bijou ?

Roland Constant : A l’époque non, et certainement beaucoup moins qu’aujourd’hui. Mais j’ai tout de suite compris que la “niche culturelle” du bijou contemporain était une chance à saisir pour notre ville labellisée “Ville et Métiers d’Art”. Il aurait été dommage de ne pas faire vivre ce label.

NP : Pourquoi une chance ?

RC : Avec le bijou contemporain, nous pouvions développer une activité culturelle originale en France et faire des choses intéressantes pour un budget compatible avec les finances de la ville. En outre, nous disposions d’un lieu privilégié

NP : L’Espace Solidor est en effet un lieu magique …

RC : Oui, dès que j’ai pris mes fonctions, j’ai immédiatement été séduit par le lieu. Et comme il fallait quelque chose qui soit digne de nos ambitions, la municipalité a procédé à des acquisitions immobilières et entrepris des travaux pour réunir plusieurs bâtiments, dont la maison de Suzy Solidor. Aujourd’hui, nous disposons d’espaces d’expositions, qui sont de véritables écrins pour nos bijoux, et d’un centre de documentation. Nous allons aussi bientôt mettre des résidences-ateliers à la disposition de jeunes artistes.

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

L'Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer : Extérieur et intérieur

NP : Comment définissez vous le bijou contemporain ?

RC : Il n’y a pas de définition “passe partout”. Pour moi, c’est une œuvre unique créée par un artiste. Pour définir le bijou contemporain, il faut faire apparaître les notions de création, d’unicité de l’œuvre. Ce qui est certain aussi, c’est que pour ce type de bijou, le matériau utilisé a moins d’importance que l’idée qu’il porte. Le non initié peut être surpris par la forme des bijoux ou la nature de leurs composants, mais la communauté s’y reconnait tout de suite. C’est plus une histoire, une idée, une expression artistique. Ici, on est proche de la sculpture et des arts plastiques.

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann (fond Espace Solidor)

Bague Libellule en argent - Etsy Grossmann - Fonds Espace Solidor

NP : Quels sont les axes principaux de votre action ?

RC : Nous organisons trois expositions par an dont une internationale et une où nous présentons les bijoux de notre fonds. Nous avons en effet une ligne d’acquisitions de bijoux contemporains, généralement en provenance des collections d’artistes que nous avons exposés. Nous possédons à ce jour 80 pièces de créateurs du monde entier.

NP : Quelles mission vous êtes vous assignées ?

RC : La France a beaucoup de retard en ce qui concerne le bijou contemporain. D’abord, faire reconnaitre le bijou contemporain en misant sur la qualité extrême. Ensuite, le rendre accessible au plus grand nombre.

Broche Unreal Sun 22 en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004

Broche "Unreal Sun 22" en argent 950 plaqué or, or 750, polycarbonate, acier inox dans une boîte en plastique avec miroir et poudre à maquillage (Chanel) - Frédéric Braham, 2004 - Exposition à l'Institut français de Munich, 2010

NP : Pensez vous avoir atteint vos objectifs sur le premier point ?

RC : Oui, depuis longtemps. Nos expositions valent à Cagnes-sur-Mer d’être reconnue aujourd’hui dans le monde entier comme la place française de référence dans le bijou contemporain. Les visiteurs étrangers – principalement allemands et italiens – sont très nombreux pendant les vacances. Notons aussi que, par notre intermédiaire et grâce au soutien immédiat de Louis Nègre, Sénateur-Maire de Cagnes-sur-Mer dans la réalisation de ce projet, pour la première fois, des créateurs français de bijoux contemporains étaient présents cette année à l‘Institut français de Munich en Allemagne pendant le salon “Schmuck 2010″.

NP : Et au plan pédagogique ?

RC : Il nous parait important avant tout de faire découvrir cet art aux enfants et former leurs goûts dans des ateliers pédagogiques. Marianne Anselin, jeune artiste de 28 ans au parcours prometteur, que nous avons présentée en 2009, a déjà animé des ateliers dans le cadre du Centre de Loisirs de Cagnes-sur-Mer. En outre, parce que les visiteurs ont souvent besoin d’explications, nous formons le personnel d’accueil à répondre aux questions du public.

NP : Y a t il des thèmes de prédilection qui se dégagent des expositions de l’Espace Solidor ?

RC : Nous avons produit une trentaine d’expositions jusqu’à présent à l’Espace Solidor. Elles étaient toutes différentes, consacrées à des artistes de diverses provenances géographiques comme l’Australie avec l’exposition “Melbourne – Australie“, mais aussi l’Italie, les Pays-Bas …, ou à des thèmes particuliers comme par exemple la Matière : l’or, le papier, voire le caillou. Tous les courants d’inspiration du monde entier ont vocation à être présentés ; le seul critère véritablement discriminant est la qualité et l’innovation.

NP : Quelles expositions vous ont, vous même, le plus marqué ?

RC : C’est très difficile de répondre à une telle question. On aime généralement la dernière en date ; je vous répondrai donc “L’éducation sentimentale“, qui se tient jusqu’au 23 mai prochain. Spontanément, j’évoquerai également le regard que nous avons porté à l’été 2006 sur le bijou italien à travers trois générations de créateurs unis par une même vision architecturale et sculpturale du bijou. C’était esthétiquement superbe. Dans un autre registre, je dois reconnaître que j’ai un faible – sans doute pour son côté déjanté – pour l’exposition “I don’t wear jewels, I drive them” qui s’est tenue au printemps 2004. C’était une exposition extrêmement originale organisée autour de l’automobile, objet symbole de notre civilisation : design, industrie, mais aussi drames routiers …

A gauche : Broche Vento en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella A droite : Bracelet "Porsche bracelet" en polyuréthane et stéréolithographie - Gijs Bakker, 2000, édition 2/5

A gauche : Broche "Vento" en résine, laque, or et argent - Annamaria Zanella - Exposition Regard sur l'Italie, 2006 A droite : Bracelet "Porsche bracelet" stéréolithographie, polyuréthane - Gijs Bakker, 2000 - Exposition "I don't wear jewels, I drive them", 2004

NP : Diversité et éclectisme marquent vos choix ; en sera t il toujours ainsi ?

RC : C’est notre vocation, en insistant toujours sur l’aspect qualitatif des choses. Nous pouvons nous appuyer sur l’expertise des meilleurs commissaires d’expositions internationaux en matière de bijoux contemporains. Aujourd’hui, notre programme est bouclé jusqu’en 2013 et nous réfléchissons déjà au programme des années ultérieures.

NP : Qu’allez-vous proposer prochainement ?

RC : Cet été, nous allons faire découvrir de jeunes talents israéliens grâce à une exposition qui a déjà été produite aux Etats-Unis et en Israël. En 2011, nous présenterons certainement une sélection du Schmuck.

En outre, nous allons multiplier les partenariats pour porter haut le flambeau du bijou contemporain. Actuellement, nous avons déjà engagé des échanges avec l’Allemagne.

NP : L’avenir du bijou contemporain est donc serein …

RC : Certainement. Selon moi, le bijou contemporain est un peu la Formule 1 de la bijouterie. La “place Vendôme” est universellement reconnue, mais si on s’y intéresse c’est encore trop souvent pour les matériaux précieux. Pour sortir des sentiers battus, la bijouterie traditionnelle – qui reste un secteur privilégié – a de grandes idées à puiser, en termes de concept, de formes et de lignes dans la bijouterie contemporaine.

  • Interview réalisée le 23 mars 2010
  • Espace Solidor – Place du Château – Haut-de-Cagnes

Entretien avec Nathalie Rolland Huckel

Vendredi 2 avril 2010

nathalie-rolland-huckel-11Bague en bois laqué, bijou pendentif, sautoirs, collier original, boucles d oreilles dormeuses …, chaque bijou de Nathalie Rolland Huckel est un véritable tableau. Elle conçoit et fabrique elle-même ses collections en Alsace, sa terre natale. Pour Le Magazine Notes Précieuses, elle présente aujourd’hui son parcours et définit son approche créative.

Notes Précieuses : Vous occupez une place tout à fait caractéristique dans le monde des bijoux de créateur …

Nathalie Rolland Huckel : On reconnait effectivement ma façon de faire et les gens trouvent en général mon travail original. Ils découvrent des pièces qu’on ne trouve pas en boutique. C’est peut-être parce que je regarde très peu moi même les boutiques de bijoux. Cela peut paraître étonnant, mais quand je regarde des bijoux je suis surtout attirée par la production des grands joailliers. En outre, les couleurs mises à part, je ne cherche pas à être dans l’air du temps. J’ai même pleinement conscience que mon souci d’esthétisme n’est pas forcément à la mode en ce moment.

NP : Qu’est-ce qui a déterminé votre style ?

NRH : Je suis venue au bijou un peu par hasard. J’accorde en fait une place essentielle au dessin et à la peinture, disciplines qui m’ont toujours attiré. Aujourd’hui encore, j’ai plutôt tendance à me définir en tant que “Peintre sur céramique”

Bracelet en bois laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses Notes Précieuses

Bracelet en bois laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses © Notes Précieuses

NP : Peinture et céramique, c’est là votre véritable vocation ?

NRH : Oui, et cela vient de l’enfance. Je me souviens par exemple, à l’âge de 11-12 ans, avoir été captivée par les miniatures, les enluminures, la palette des couleurs du livre de prières “Les très riches heures du duc de Berry”. J’aime ce qui est minutieux. J’étais également fascinée par le service de table en porcelaine de Lunéville de ma grand-mère …

NP : C’était plus que des engouements d’enfant, c’étaient les prémices d’une carrière …

NRH : Certainement. Dès 14-15 ans, j’ai fait des stages dans des ateliers de céramique en Alsace et délibérément orienté mes études dans le domaine artistique. J’ai obtenu mon Bac “Arts plastiques” à Strasbourg et passé dans la foulée le concours de l’école des Arts décoratifs de Limoges, spécialisée dans la porcelaine. Ensuite les choses se sont accélérées et avant même d’avoir obtenu mon Brevet des arts du feu, puis le DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique), j’ai multiplié les stages professionnels.

NP : Vous gardez un bon souvenir de vos stages ?

NRH : Assurément. J’ai été en stage durant deux ans dans les ateliers de création de Bernardaud. Ce fut une expérience professionnelle très riche … que je n’ai pas poursuivie pour cause de déménagement de l’entreprise à Paris. Mais je ne suis pas restée inactive pour autant car la société limougeaude Médard de Noblat m’a confié la création de ses collections. Ma collaboration a duré plusieurs années en tant que free-lance. J’étais définitivement entrée dans la profession.

NP : Vous avez d’abord eu un parcours de créatif pour de grandes marques de porcelaine internationales.

NRH : Oui. J’ai œuvré ensuite exclusivement dans le domaine de la porcelaine internationale. Je vendais mes motifs aux grandes marques anglaises, italiennes, japonaises … Je réalisais deux collections par an et présentais mes dessins dans les salons : New York, Frankfort … J’ai beaucoup voyagé.

NP : Cela devait être passionnant !

NRH : Ça l’était, mais c’était épuisant. Au bout de quelques années, j’ai eu peur de ne plus pouvoir suivre le rythme imposé. J’avais aussi l’impression d’avoir tout dit. Heureusement, ma carrière a pu prendre un tournant grâce à ma rencontre, il y a douze ans, avec Jean-Louis Dumas. Il m’a confié l’édition de mon premier service chez Hermès. Dessiner pour cette maison, c’était pour moi la consécration. C’était aussi la sérénité car la signature d’un contrat d’exclusivité avec cette marque prestigieuse m’a permis de quitter mes autres activités industrielles.

Collier en argent et ébène laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses Notes Précieuses

Collier en argent et ébène laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses © Notes Précieuses

NP : Cela vous a laissé aussi la possibilité d’avoir une création plus personnelle …

NRH : Oui et cela était aussi très important pour moi. J’avais travaillé pendant quinze ans exclusivement dans l’industrie de la porcelaine ; c’était comme si j’avais été happée par l’industrie. Il me fallait aussi élargir mon univers créatif. J’ai alors peint de petits objets…

NP : Dont des bijoux …

NRH : Oui. Mais, comme je vous le disais tout à l’heure, mon entrée dans l’univers du bijou de créateurs s’est faite un peu par hasard : parce qu’une amie m’avait incité à confier quelques pièces à une galerie … et que cela a marché. Je ne pensais pas au bijou a priori, mais cela correspondait bien à mes aspirations : le travail de la matière plus du dessin plus de la couleur.

NP : Quels sont précisément vos matériaux de prédilection ?

NRH : La céramique, bien sûr. J’ai naturellement commencé par des bijoux en porcelaine. Mais ils trouvent leurs limites dans leur particulière fragilité. Pour cette raison, et pour ne pas m’ennuyer, il me fallait donc enrichir ma palette. En ce moment, je suis  particulièrement attirée par tout ce qui est laque. Pour plusieurs raisons. Avant de travailler la laque, on peut faire un travail sur la matière : incrustations, nacre … La laque se prête au travail des couleurs intenses. Mais elle a aussi ses contraintes, notamment un temps de séchage très long … Chaque matériau a sa particularité. Il faut savoir en jouer. Par exemple, je pratique la peinture sur porcelaine en hiver car c’est moins toxique. J’ajouterai que j’aime beaucoup aussi l’émail, mais ne pratique pas cette technique au plan professionnel.

NP : Comment déterminez vous les couleurs de vos bijoux ?

NRH : Pour les couleurs, je travaille à partir de cahiers de tendances que j’établis deux fois par an. Mes sources pour ce répertoire de couleurs sont diverses : les magazines de mode (Vogue, Elle …),  mais aussi des recherches en bibliothèque ; je fréquente beaucoup la Bibliothèque Forney. Et puis je regarde beaucoup ce qui se passe autour de moi. Un créateur doit se nourrir d’images en permanence.

NP : Et les motifs ?

NRH : Pour les motifs, c’est plus intemporel et plus personnel. Je parts de mon répertoire de formes. Depuis des années, je remplis des cahiers de notes et de dessins. Mon inspiration se nourrit à de nombreuses sources. J’aime beaucoup les arts asiatiques et j’ai été passionnée par mon récent voyage au Japon. Je suis également attirée par les miniatures persanes. Inutile de vous dire que je suis une habituée du Musée Guimet …  J’aime aussi les gravures anciennes d’oiseaux, de feuillages. L’infiniment petit me fascine. Je dirai aussi que tout ce qui m’émeut, j’ai à cœur ensuite de l’interpréter sur mes bijoux.

Bague en bois laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses Notes Précieuses

Bague en bois laqué - Nathalie Rolland Huckel - Bijouterie en ligne Notes Précieuses © Notes Précieuses

NP : Comment s’effectue la réalisation finale de vos bijoux  ?

NRH : Mes tiroirs sont pleins de perles en bois montées sur pics de toutes couleurs et de toutes formes. Pendant deux ou trois mois je travaille mes perles – 15 ou 20 pièces en même temps. Je prépare le support : ponçage, séchage, puis couleur. Ensuite je décore. J’ai, a priori, une idée pour chaque pièce, mais je ne fais jamais de crayonné préalable. C’est avant une exposition que je consacre une à deux semaines au montage des pièces. Comme vous le voyez, je ne travaille pas trop de façon rationnelle, comme le ferait un artisan mais plus selon l’envie du moment.

NP : Comment définissez vos bijoux ?

NRH : Comme des bijoux de créateurs et non pas des bijoux fantaisies qui sont des séries. Créer des bijoux est, selon moi, une démarche intellectuelle et pas seulement artisanale. Mais, notre place de créateurs, il faut se battre pour l’avoir et la garder. Même si dans d’autres pays – Royaume Uni, Allemagne -, ces secteurs sont mieux valorisés,  je suis assez optimiste sur la reconnaissance des métiers d’art en France. Progressivement, les amateurs de bijoux en auront assez de retrouver la même chose à tous les coins de rue.

NP : Que vous a apporté personnellement la création de bijoux ?

NRH : Le métier de créateur est passionnant. Cela fait 25 ans que je le pratique, dont 12 ans en tant que créatrice de bijoux. Grâce au bijou, j’ai aujourd’hui un contact direct avec le public et les galeristes. C’est bon de voir porter ses créations et de constater qu’on donne du plaisir aux autres. Ça encourage beaucoup. J’ai des échanges très positifs avec les gens qui pour la plupart ont un réel respect du travail effectué. En ce qui me concerne, on évoque souvent la minutie, la finesse, le temps passé … Dans l’industrie, c’est technique, on ressent moins d’émotions.

Nathalie Rolland Huckel dans son atelier Nathalie Rolland Huckel

Nathalie Rolland Huckel dans son atelier © Nathalie Rolland Huckel

NP : Quelles sont, selon vous, les clés de la réussite pour un créateur de bijoux ?

NRH : Tout le monde peut faire quelque chose artistiquement. Mais il faut d’autres compétences pour réussir et principalement savoir se vendre et vendre son travail et respecter les contraintes de la production. Certains sont doués artistiquement, mais pas forcément de bons commerçants ; pour d’autres, c’est l’inverse. En fait, il faut réunir les deux ;

NP : Et la formation, c’est important à vos yeux ?

NRH : J’y crois beaucoup. La fréquentation d’écoles d’art ouvre l’esprit, aiguise la curiosité, éduque le regard. Il est important d’éveiller les jeunes esprits à l’art ; j’interviens moi même dans des collèges et lycées lors des forums métiers. Par ailleurs, techniquement, on a toujours quelque chose à apprendre. Pour ma part, je travaille tous les jours ; J’évolue techniquement. Avec les années j’acquiers plus d’habilité, mais cela ne m’empêche pas d’avoir recours à la formation : j’ai suivi, et je continue toujours avec Isabelle Emmerique, maitre d’art ma formation en laque ; j’ai fait aussi tout récemment, un stage sur la pâte d’argent à Baccarat.

NP : Vous n’avez pas mentionné le talent …

NRH : Plus qu’à l’idée de talent, je crois en la curiosité, à l’éveil. Le métier d’art est difficile car il faut avoir quelque chose à dire. Il faut donc se cultiver sans cesse, voyager, regarder ce qui se passe ailleurs dans l’art contemporain et … ne pas être trop cantonné sur le bijou. Ma conviction est qu’il faut aussi toujours éprouver du plaisir dans son travail c’est à dire savoir s’ouvrir et diversifier son activité. Je suis moi même dans cette démarche. Actuellement, je mets la dernière main aux pièces que je présenterai dans le cadre de l’exposition sur “Le chemin d’Arts Sacrés en Alsace” en juin prochain. J’exposerai des boites en laque, des coupes en porcelaines, ainsi que des panneaux muraux dans deux églises tandis que mon mari, le peintre Aymery présentera des toiles grand format. Les projets d’exposition ne manquent pas, ainsi je montrerai également ce travail au Conseil de l’Europe en décembre. Je suis contente de travailler en beaucoup plus grand, même si le changement d’échelle – et les changements dans la composition que cela impose – n’est pas évident. Etre créateur, c’est avant tout un métier de passion. Je dois reconnaître qu’en ce qui me concerne, je bénéficie d’un bon compromis entre le travail que je réalise pour les autres et mes créations personnelles. Cela me permet d’aborder mon travail en artiste.

  • Interview réalisée le 9 mars 2010

L’art verrier sous Louis XIV

Mercredi 24 mars 2010

verreries-royales-dorleansGrâce à Bernard Perrot, des chefs-d’œuvre – pièces de prestige ou verres du quotidien – sont nés de la Verrerie Royale d’Orléans, puis de celle de ses successeurs à Fay-aux-Loges (Loiret). À l’occasion du tricentenaire de son décès, le musée des Beaux-Arts d’Orléans consacre une exposition à celui qui fut le plus célèbre artiste verrier du siècle de Louis XIV. Pour la première fois sont rassemblés, autour de la collection du Musée historique et archéologique de l’Orléanais, près de 200 pièces prêtées par des musées et des collectionneurs français et européens.

Bernardo Perrotto (1640- 1709), né en Italie, immigré en France et naturalisé en 1666 est le produit d’une longue tradition de l’art verrier : pratiqué en Italie et diffusé en Europe par des migrations successives depuis le XVème siècle. C’est parce que la ville d’Orléans bénéficiait d’une situation privilégiée – approvisionnement facile en bois, en sables et proximité de Paris pour les débouchés – que le jeune homme, à 28 ans, y a créé la Verrerie Royale. Il va très rapidement contribuer aux avancées techniques et artistiques du moment. D’emblée, il est reconnu pour ses découvertes comme le verre rouge transparent. La cathédrale d’Orléans fut ainsi le premier monument à retrouver des vitraux rouges. On lui doit également l’émail, l’imitation de la porcelaine importée d’Orient, des pierres dures comme l’agate, le lapis-lazuli … Il était aussi reconnu pour ses innovations comme le procédé du verre coulé en table pour réaliser notamment les grands médaillons représentant le Roi et, vraisemblablement, le duc d’Orléans.

Portrait de Louis XIV en verre coulé, moulé, transparent, oncolore, cadre en bois sculpté et doré - bernard Perrot - Orléans entre 1687 et 1695 - Orléans, Musée historique et archéologique de l’Orléanais A.7162, © musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie et à droite : Présentoir à confiserie en verre soufflé et travaillé à la pince transparent, incolore et rouge - Attribué à bernard perrot - Orléans, derniers tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Paris, Les Arts décoratifs, musée des Arts décoratifs 23438, © Paris, Les Arts décoratifs, photo : Jean Tholance

Portrait de Louis XIV en verre coulé, moulé, transparent, incolore et cadre en bois sculpté doré - Bernard Perrot - Orléans, entre 1687 et 1695 - Orléans, Musée Historique et Archéologique de l’Orléanais © Musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie et A droite : Présentoir à confiserie en verre soufflé et travaillé à la pince, transparent, incolore et rouge - Attribué à Bernard Perrot - Orléans, derniers tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Les Arts décoratifs, Musée des Arts décoratifs de Paris © Les Arts décoratifs de Paris, photo : Jean Tholance

A la lumière de découvertes historiques récentes, l’exposition propose un éclairage neuf sur la production de verre du XVIIème siècle. On y découvre de nouvelles pièces attribuées à Perrot. Sont également livrés des secrets de fabrication pour lesquels il avait obtenu l’exclusivité du Roi puis du Régent. On sait par exemple aujourd’hui que le rouge transparent, dont la formule avait été perdue au Moyen Âge, était obtenu en associant l’or et l’arsenic. On sait aussi que l’aiguière marbrée de rouge, œuvre majeure de Perrot prêtée par le musée d’Écouen, est opacifiée aux arséniates de plomb alors que d’autres pièces porcelanées le sont à l’antimoine. Du musée des Beaux-Arts de Dijon viennent d’exceptionnels vases en verre transparent ambré, auxquels l’étamage intérieur donne l’aspect de l’or, comme c’est également le cas pour des salerons, flacons et autres objets précieux.

A gauche : Aiguière en verre porcelané marbré de rouge - Bernard Perrot, Orléans, dernier tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Ecouen, Musée national de la Renaissance E.Cl. 8626, © RMN photo presse / Gérard Blot A droite : Gobelet à devise en verre soufflé, opalin à décor émaillé polychrome - Attribué aux successeurs de Bernard Perrot, Orléans ou Fay-aux-Loges en 1727 - Orléans, Musée historique et archéologique de l’Orléanais 2006.2.3, © musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo François Lauginie

A gauche : Aiguière en verre porcelané marbré de rouge - Bernard Perrot - Orléans, dernier tiers du XVIIème et début du XVIIIème siècle - Ecouen, Musée National de la Renaissance © RMN, photo : Gérard Blot et A droite : Gobelet à devise en verre soufflé, opalin à décor émaillé polychrome - Attribué aux successeurs de Bernard Perrot - Orléans ou Fay-aux-Loges, 1727 - Orléans, Musée Historique et Archéologique de l’Orléanais © Musée des Beaux-Arts d’Orléans, photo : François Lauginie

La production d’objets de luxe de Perrot est le plus souvent liée aux arts de la table : flacons, gobelets, vases, aiguières… Certaines des pièces annoncent les nouveaux usages qui rompent avec les traditions culinaires médiévales au profit de la gastronomie française. D’autres pièces sont purement décoratives comme des statuettes figurant des putti ou des bergers de fantaisie ; mais il n’y a pas à proprement parler de bijoux. Beaucoup à découvrir néanmoins sur un matériau, le verre, jusqu’ici mal connu du grand public. L’étape s’impose donc à Orléans d’autant qu’on peut en profiter pour visiter les collections permanentes du musée des Beaux-Arts qui, comptant parmi les plus anciens musées français, offre un vaste panorama de la création artistique en Europe du XVème au XXIème siècle.

En marge de l’exposition, on notera les Colloques des 28 et 29 mai prochains organisés en collaboration avec l’Association française pour l’archéologie du verre.

  • Exposition Bernard Perrot, Secrets et chefs-d’oeuvre des verreries royales d’Orléans – Musée des Beaux-Arts d’Orléans – 1, rue Fernand Rabier – 45000 Orléans – Du 13 mars au 27 juin 2010
  • Colloque Perrot et l’influence des verriers d’Altare et de Venise sur les productions françaises et européennes des XVIIème et XVIIIème siècles – Le 28 mai 2010
  • Colloque Actualité de la recherche sur l’histoire et l’archéologie du verre, de la plus haute Antiquité aux périodes contemporaines, en France et à l’étranger – Le 29 mai 2010

Bijoux ethniques et pierres gemmes au Musée Barbier Mueller de Genève

Mardi 16 mars 2010

MQT COUVERTURE PARURES.inddDans une exposition originale, présentée actuellement à Genève, les bijoux de la collection Barbier-Mueller dialoguent avec des pierres gemmes et des cristaux multicolores réunis par un représentant de la quatrième génération des Mueller. Les bijoux occupent une place importante dans les collections initiées par Josef Mueller en 1907 et poursuivies par ses héritiers. Les quelque deux cents bijoux ethniques sélectionnés ici relèvent de toutes les époques et de tous les continents – les parisiens avaient pu en découvrir certains en 1994 au Musée des Arts Décoratifs. Ils racontent leur histoire et sont indissociables de la culture et de la pensée des peuples qui les ont produits.

A gauche : Pendentif en or représentant un batracien  - Période VI (environ 1000-1500 après JC ?) - Costa Rica ou région de Diquis ? A droite : Boucles d'oreilles Thandatti en feuille d'or et laque - Inde du Sud - Tamil Nadu, XIXème et XXème siècle © Musée Barbier Mueller, Photo : Studio Ferrazzini Bouchet

A gauche : Pendentif en or représentant un batracien - Période VI (environ 1000-1500 après JC) - Costa Rica ou région de Diquis A droite : Boucles d'oreilles Thandatti en feuille d'or et laque - Tamil Nadu, XIXème et XXème siècle - Inde du Sud © Musée Barbier Mueller, Photo : Studio Ferrazzini Bouchet

Mais si l’Homme concrétise ses ambitions esthétiques en usant le plus souvent des matériaux offerts par son environnement, une mise en perspective des bijoux n’en suscite pas moins certaines interrogations. Par exemple : pourquoi, durant l’antiquité, les populations d’Afrique, d’Asie ou des Amériques ont-elles si peu utilisé les pierres semi-précieuses alors qu’elles étaient très prisées en Europe ? Certes, il existe les colliers vieux de trois mille ans de la civilisation de Chavin (Pérou) constitués de boules de cristal de roche. Mais comment se fait-il que ces mêmes civilisations andines, disposant à profusion de cristaux d’améthyste, les aient ignorés ?

Autres questions : pourquoi les Congolais n’ont-ils jamais incorporé l’amazonite – plus dure et d’un bleu plus raffiné que la turquoise – dans leurs parures, alors qu’ils l’exportaient au Maroc où les Berbères en étaient friands ? L’agate ou le lapis-lazuli sont absents des bijoux des tribus turkmènes, du Beloutchistan ou des Bédouins. Mais pour leur part, les peuples qui ont occupé les mêmes régions du Moyen et du Proche-Orient avant notre ère, cherchaient, eux, par tous les moyens à se procurer ces mêmes pierres.

A gauche : Bracelet Kha-nikhaga to'yo en alliage cuivreux - Style gan, XIXème XXème siècle - Burkina Faso - A droite : Collier en argent - Groupe Hmong ou Mien - Nord de la Thaïlande, Triangle d'or, XIXème XXème siècle © Musée Barbier Mueller, Photo : Studio Ferrazzini Bouchet

A gauche : Bracelet Kha-nikhaga to'yo en alliage cuivreux - Style gan, XIXème XXème siècle - Burkina Faso A droite : Collier en argent - Groupe Hmong ou Mien, XIXème XXème siècle - Nord de la Thaïlande, Triangle d'or © Musée Barbier Mueller, Photo : Studio Ferrazzini Bouchet

L’exposition offre une place de choix à la pratique des fondeurs de bijoux en alliage de cuivre. Les “bronzes” africains sont généralement en laiton, mélange de cuivre et de zinc et non de cuivre et d’étain et la technique employée est celle de la “cire perdue“. On peut admirer les “bronzes” remarquables des Yoruba du Nigeria ainsi que ceux des populations voltaïques, leurs “concurrents” les plus actifs.

Après Genève, l’exposition sera présentée au Musée Barbier-Mueller d’Art Precolombíen de Barcelone et au Gold of Africa Barbier-Mueller Museum de Cape Town (Afrique du Sud).

  • Exposition Bijoux de l’homme (collections du musée Barbier-Mueller) et Bijoux de la terre (collection Alexis Barbier-Mueller) – Musée Barbier-Mueller de Genève – Rue Jean Calvin, 10 – 1204 Genève
  • Du 1er décembre 2009 au 15 septembre 2010

Les Saul Bell Design Awards 2010

Lundi 8 mars 2010

Tous nos vœux accompagnent Angela Baduel-Crispin qui est en lice pour les Saul Bell Design Awards 2010. Cette talentueuse créatrice qui réside en Bretagne est l’une des cinq finalistes dans la catégorie Metal Clay.

Depuis dix ans, les Saul Bell Design Awards récompensent des joaillers du monde entier pour une œuvre originale et innovante et la qualité de sa réalisation. Palmarès : le 5 juin à Las Vegas ! A suivre …

Bague en pâte d'argent fin et or 24 carats - Angela Baduel-Crispin, septembre 2008

Bague en pâte d'argent fin et or 24 carats - Pièce présentée au Saul Bell Design Awards 2010 - Angela Baduel-Crispin, septembre 2008

Et, comme Angela aime partager son art, elle poursuit son travail de formatrice. Nous avons déjà mentionné ici les stages qu’elle anime dans le cadre du Pôle Bijou de Baccarat. Elle organise également, avec la créatrice Holly Gage, des stages-séjours en Bretagne sur des techniques novatrices : serti du Titanium ou de pierres inhabituelles, gravage de surface pour un effet style “repoussé”, bague sans joint, association de la pâte d’argent et des nouvelles pâtes de cuivre

Portes ouvertes au centre de formation en bijouterie de l’AFEDAP

Mercredi 3 mars 2010

afedapSi les métiers du bijou vous intéressent, plusieurs organismes de formations existent en France.

Parmi ceux-ci, l’AFEDAP, l’Association pour la Formation et le Développement des Arts Plastiques, forme aux métiers de :

Bijoutier métier d’Art, Artisan, Ouvrier qualifié

Designer en bureau d’études (dessinateur, maquettiste)

Créateur indépendant (bijoux contemporain)

Les cursus proposés s’adressent à des adultes néophytes (à partir de 18 ans) cherchant une reconversion professionnelle ou à des professionnels de la bijouterie souhaitant acquérir de nouvelles connaissances et compétences.

Profitez des portes ouvertes qui auront lieu les 5 et 6 mars, de 10h à 18h30, pour vous informer et rencontrer les équipes pédagogiques et les élèves.

  • Portes ouvertes AFEDAP – AFEDAP – 15, rue Henri Murger – 75019 Paris
  • 5 et 6 mars 2010, de 10h à 18h30