Archive pour la catégorie ‘Autour du bijou’

L’Or, une frénésie mondiale et ses conséquences

Samedi 31 décembre 2011

Pepite-d-orSon cours a fluctué au cours des derniers mois. Mais l’or vaut aujourd’hui cinq à six fois plus cher qu’il y a 10 ans. Considéré comme valeur refuge le métal jaune est toujours très recherché. Est-il réellement le placement miracle pour période de crise économique et financière ? Dans tous les pays, la presse s’interroge comme le révèle le dernier numéro de Courrier International. Le diagnostic du magazine américain Forbes est que “L’or reste un des placements les plus performants en 2011 et que les fondamentaux annoncent une nouvelle année très dynamique en 2012″. Sans négliger l’or sous son aspect financier, Courrier International s’attache aussi à livrer à ses lecteurs “la face cachée d’une frénésie mondiale”: au plan économique, social et environnemental.

En 2010, la demande mondiale en or s’est élevée à 4 330 tonnes. Pour la moitié, elle provient des joailliers qui de par leur activité sont en permanence les plus gros consommateurs d’or. On constate qu’actuellement, les particuliers se tournent à nouveau avec frénésie vers les bijoux en or. Ainsi en Asie et au Moyen Orient, après une baisse sensible de la demande au cours des dix dernières années, l’or est redevenu à la mode : 2300 tonnes ont été achetées en 2011 sous forme de bijoux dans ces régions du Monde. La demande d’or par les investisseurs - professionnels de la finance et particuliers – représente quant à elle 38 %. On remarque que les investisseurs n’achètent pas uniquement l’or sous sa forme physique – pièces ou lingots – mais également sous forme d’actions de mines d’or et autres produits financiers cotés sur les marchés. Bien que les monnaies n’aient plus aucun lien direct avec l’or depuis longtemps, les Etats détiennent encore une grande partie de l’or mondial. Les banques Centrales représentent 12 % de la demande. L’or permet de ne pas être à la merci des marchés et des monnaies internationales (dollar et euro), c’est ce qu’apprécient particulièrement les pays émergents.

En quelques années, la Chine est devenue le premier producteur mondial devant l’Australie et les Etats-Unis. Mais ces derniers n’entendent pas se laisser totalement supplanter. Compte tenu des cours actuels du métal jaune, de nombreuses mines d’or redeviennent rentables. En Californie, à la frontière du Mexique et près de San Francisco, des mines abandonnées depuis 150 ans sont remises en exploitation. Au Canada, le territoire du Yukon, témoin il y a plus d’un siècle de l’une des plus grandes ruées vers l’or, connait une répétition de l’Histoire. De plus, en raison de la concurrence, on travaille désormais tout l’hiver malgré la rigueur du climat … Les “sources de l’or” ne sont pas près de tarir. D’autant que les chercheurs d’aujourd’hui sont équipés de matériel sophistiqué qui permet d’exploiter de nouveaux gisements jusqu’alors inaccessibles. Ainsi, une compagnie canadienne projette d’ouvrir une mine d’or à 1600 mètres sous l’eau, au large de la Papouasie Nouvelle Guinée. Ce qui ouvre de nouvelles possibilités car les formations sous marines d’origine volcanique sont riches en minerais de grande qualité.

Cet engouement pour l’or est à l’origine d’une intense spéculation. Si en quelques années la Chine est devenue le premier producteur et leader mondial pour la transformation de l’or et pour l’exportation de bijoux, elle est aussi la championne de la spéculation. Elle compte sur son territoire de nombreux marchés spéculatifs parallèles non contrôlés qui perturbent le cours officiel. On notera par ailleurs que les principaux actionnaires de la société qui gère le projet de réouverture de la mine Rosia Montana en Roumanie sont des fonds spéculatifs

Cet engouement pour l’or engendre également la violence. Au prix actuel, l’or intéresse toutes sortes de malfrats : vol dans les bijouteries, bien sûr, mais aussi dans les mines. En Afrique du Sud, le gouvernement estime le montant de ces vols à 10% de la production nationale. Ici, les voleurs d’or sont appelés “zama-zama“, soit en langue zouloue “ceux qui saisissent leur chance”. Certes les voleurs d’or existent depuis la nuit des temps. Mais auparavant, ils se contentaient des parties de mines abandonnées. Actuellement, ils sont également présents dans celles en exploitation et leur “business” est très organisé. La plupart sont d’anciens mineurs. Des intermédiaires spécialisés se chargent de leur fournir outils et machines et de revendre le butin. La plupart du temps, cet or passe par le Swaziland et le Mozambique avant d’arriver en Inde – un des premiers marché mondial de l’or -, en Chine ou en Suisse. Le prix a payé est un travail de forçat dans les mines les plus profondes et dangereuses des environs de Johannesburg.

Courrier International nous conduit également en Colombie, premier producteur d’Amérique latine, où l’or tend à supplanter la cocaïne. Il présente un avantage par rapport à la drogue : son commerce n’est pas illégal et il peut être librement exporté par des entreprises ou des intermédiaires ayant pignon sur rue. Les mines attirent donc toutes sortes d’acteurs armés et l’Etat ne parvient pas véritablement à assainir le secteur. Guérilleros de gauche, cartels de la drogue et criminels veulent tous leur part. C’est souvent le chef du trafic de drogue de la région qui exploite la mine. La  violence est partout présente dans les zones riches en ressources minières. Les communautés sont expulsées de leurs terres et les mineurs du coin n’ont plus de travail. Cet état de fait n’est pas propre à l’Amérique. En 2008, des émeutes ont eu lieu à la frontière Sénégalo-malienne. La population locale s’est révoltée car elle n’a pas bénéficié de la manne engendrée par les compagnies étrangères exploitant cette zone aurifère.

Bien évidemment, l’exploitation effrénée de l’or ne s’effectue pas non plus sans dommage pour l’environnement. En Colombie, où on néglige les normes de protection environnementale, les conséquences sont catastrophiques sur la pureté de l’eau et sur la production agricole. En Roumanie, les écologistes font valoir que la réouverture de la Mine Rosia Montana entrainerait des dégâts considérables dans le massif Carnic et menacerait plusieurs sites archéologiques. Sans parler des risques de pollution dues à la technique d’extraction au cyanure alors que la région a déjà payé un lourd tribu à l’extraction minière : eaux rouges, collines éventrées … En Alaska, les projets d’exploitation aurifère sur le détroit de Béring risquent de mettre en danger un écosystème encore vierge et d’empoisonner les saumons. Quant au projet de mines sous l’eau, il soulève les inquiétudes des scientifiques.

  • Courrier International – N°1103-1104 – Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

Les bijoux créateurs en argent massif de Christofle

Vendredi 16 décembre 2011

ChristofleChristofle a fait appel à cinq nouvelles signatures pour enrichir ses nouvelles collections de bijoux en argent massif : Claire Devé, Delphine Nardin, Christian Ghion, Camille Toupet et Marion Vidal. Ces créateurs, qui ont par ailleurs une activité sous leur propre nom, ont souhaité mettre leur talent au service de la marque de luxe dont le territoire d’expression privilégié est l’argent. Ils succèdent à Andrée Putman, Adeline Cacheux, Ora-Ïto, Peggy Huyn Kinh et Mathilde Brétillot. Chacun redouble d’imagination pour sublimer le précieux métal. Christofle, dont les créations se déploient dans l’univers de la table et de la maison, compte également aujourd’hui plus d’une vingtaine de collections de bijoux.

Christofle-France

Présentation des collections de bijoux Christofle © Photo Notes Précieuses

Pour sa première collaboration avec Christofle, Marion Vidal, architecte et styliste de formation, a signé deux parures de Haute Orfèvrerie, en édition limitée, entièrement réalisées à la main dans les ateliers Christofle d’Yainville en Normandie.

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A gauche : Marion Vidal © Rebecca Schweins, Au centre : Collier "Baies" en argent 925 et vermeil - Marion Vidal pour Christofle, A droite : Collier "Fleurs" en argent massif - Marion Vidal pour Christofle © Christofle

Marion Vidal réinterprètre le collier plastron, élément phare de sa collection “Un jardin sur la lune”. Le collier “Baies” en argent massif et vermeil est composé d’une série de sphères creuses, reliées par un ruban de soie noir, tandis que le collier “Fleurs” en argent massif rhodié, est un ensemble florale en pétales ajourés.

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A gauche : Pendentif "Twist Again" en argent 925 - Christian Ghion pour Christofle, Au centre : Bague argent massif Christian Ghion pour Christofle © Christofle, A droite : Christian Ghion © Jean Baptiste Mondino

L’architecte designer Christian Ghion tord l’épaisseur du métal pour jouer avec les volumes et obtenir les lignes pures de sa collection  “Twist Again” composée de bracelet cordon, pendentif, ras de cou et bague.

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A gauche : Camille Toupet, Au centre : Bracelet manchette XXL en argent massif - Camille Toupet pour Christofle, A droite : Sautoir en argent massif - Camille Toupet pour Christofle © Christofle

La collection “Silver Skin” dessinée par Camille Toupet, designer haute joaillerie, s’inspire d’architecture, de design et d’anciennes pièces d’orfèvrerie. Pour Christofle, elle a créé la bague et le bracelet manchette XXL.

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A gauche : Claire Dévé © Françoise Dorelli, Au centre : Bracelet jonc en argent 925 - Claire Dévé pour Christofle, A droite : Boucles d'oreilles en argent © Christofle

Claire Dévé propose “Volte Face“, une ligne complète de bijoux très design à la construction géométrique art déco. Géologue et archéologue de formation, Delphine Nardin explore quant à elle la matière sous toutes ses formes. Sa collection “Rivage” donne vie au métal par l’ondulation des courbes de ses bijoux.

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A gauche : Collier rigide en argent massif - Delphine Nardin pour Christofle, Au centre : Bague XL - Delphine Nardin pour Christofle, A droite : Delphine Nardin © Jean Pierre Bertrand

C’est en 2005 que la société Christofle a renoué avec ses origines et son savoir-faire : la bijouterie de luxe. Le fondateur Charles Christofle (1805-1863) qui avait repris l’affaire familiale en 1930 en avait fait, une décennie plus tard, une des plus importantes bijouteries de France. Pour asseoir son développement, il s’est rapidement tourné vers l’orfèvrerie et a révolutionné au fil des temps le style et les techniques, les modes de production et de diffusion de l’orfèvrerie et des Arts décoratifs. Par ailleurs, Christofle a toujours tenu à associer son nom aux grands courants de création et à des artistes célèbres tels Man Ray ou Jean Cocteau, à des architectes d’avant garde tels Gio Ponti, à des orfèvres innovants tels Lino Sabattini et Christian Fjerdingstad et à des designers reconnus tels Andrée Putman, Martin Szekely, Ora-Ïto ou Marcel Wanders.

  • Christofle – 9, rue Royale – 75008 Paris

Le vol des joyaux de la Couronne

Samedi 3 décembre 2011

Documentaire-historiqueLa télévision aime les énigmes historiques. Elle se penche aujourd’hui sur le plus grand cambriolage de tous les temps : le vol des joyaux de la couronne de France. Plus de deux siècles après cet évènement, les historiens n’ont pas encore levé, loin s’en faut, tout le voile sur cet imbroglio. Vol effectué par qui ? Pour le compte de qui ? Les plus belles pièces étaient-elles encore là ?… Franck Ferrand se fait leur porte parole et mène l’enquête sur France 3 dans sa série “L’ombre d’un  doute”. A ne pas manquer.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Garde meuble de la couronne, actuel Hôtel de la Marine, place de la Concorde © L'ombre d'un doute

Nous sommes en 1792. Entre le Palais des Tuileries et les Champs-Elysées, à l’époque un bois mal fréquenté, se trouve le garde meuble de la Couronne. C’est aussi le premier Musée des Arts décoratifs parisiens. Les joyaux de la couronne y sont désormais conservés dans la salle réservée aux bijoux. Ils ont suivi de peu l’arrivée de Louis XVI, enfermé aux Tuileries. Ce bâtiment contient donc un fabuleux trésor, exceptionnel pour l’époque en Europe, tant au plan géologique que qualitatif et quantitatif : des diamants, des pierres précieuses parmi les plus grosses et les plus rares qui soient et quantité d’objets en or … En tout l’équivalent de 7 tonnes d’or et 8 à 9 milles diamants, plus des pierres de couleurs, saphirs, rubis, émeraudes et des perles d’une grande qualité.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : François 1er, Au centre : Les "Mazarins", A droite : Le Cardinal Mazarin © L'ombre d'un doute

Les origines de ce trésor, remontent à François 1er qui avait décidé que les joyaux de la couronne  n’appartiendraient plus au monarque mais à la Nation. Un rubis “balai” dit spinelle, le “Côte de Bretagne” (212 carats) et sept autres pierres précieuses vont constituer la base du trésor. La collection s’est enrichie au fil des règnes et, sous Louis XIV, elle a pris tout son éclat, notamment grâce aux 18 magnifiques diamants légués par Mazarin, dont le “Sancy” et le “Miroir de Portugal” (26 carats, 3ème Mazarin).

Toison-dor

Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : Partie haute de l'Insigne de l'ordre de la "Toison d'or" composée d'un diamant de 32 carats, 2 topazes et 84 brillants et le spinelle "Côte de Bretagne", A droite : Partie basse de l'Insigne de l'ordre de la "Toison d'or" avec le diamant bleu et la toison d'or © L'ombre d'un doute

Louis XIV, grand collectionneur de gemmes, compléta également sa collection par de nombreux diamants rapportés d’Inde dont un magnifique diamant bleu, parfaitement pur et d’une intense couleur de 115 carats, qu’il fit taillé en brillant (le premier de l’histoire). Ce diamant de 69 carats sera par la suite intégré à un chef d’œuvre de joaillerie crée par Jacquemin pour Louis XV, “La toison d’or” avec en son centre  le “Côte de Bretagne” retaillé en dragon par Jacques Gay. Le “Régent”, pièce maitresse de la collection de Louis XV est à l’époque le plus gros diamant du monde. Les Rois et reines portaient les diamants de la couronne pour de grandes occasions et les intégraient à leur coiffure, leurs vêtements ou les portaient en bijoux. Les pierres étaient montées pour une soirée puis démontées et remontées de façon différente à d’autres occasions. Ces joyaux servaient à afficher la puissance et la richesse de l’Etat. La dernière fois où ils ont été arborés comme tels, c’est lors de l’ouverture des Etats Généraux à Versailles, le 5 mai 1789 : Louis XVI portait l’insigne de “La toison d’or” et Marie Antoinette avait glissé le “Sancy” dans sa chevelure.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Marie Leczinska, détail, huile sur toile - Carle Van Loo © L'ombre d'un doute

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1792, des cambrioleurs font une première incursion dans le garde meuble. Comme personne ne les dérangeait, ils sont revenus de plus en plus nombreux, et par 4 fois en 1 semaine. Ce n’est finalement que parce que les brigands chantaient et buvaient que les gardes étaient monté à l’étage des bijoux. Brisant les scellées, ils ne purent que constater le vol. Première question, pourquoi un trésor aussi important était-il si mal gardé ? S’étant déroulée dans un climat de guerre civile, l’affaire a donné lieu à un affrontement politique où il était souvent question de complot contre révolutionnaire. Il fallait des coupables et vite. Quelques malfrats pris sur les lieux ont dénoncé des complices. Tous ont été traduits devant les tribunaux. A la fin du procès, sur les 17 accusés, 12 ont été condamnés à mort et 5, effectivement exécutés. Mais il ne s’agissait que de “seconds couteaux”. Paul Miette, le cerveau de l’affaire, a non seulement échappé à la guillotine, mais il a été relaxé. Cette décision de justice a semé un nouveau doute.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Couronne de sacre de Louis XV avec le Régent au centre © L'ombre d'un doute

Enigme dans l’énigme : les principaux joyaux étaient-ils encore dans le garde meuble au moment du cambriolage ? Si l’inventaire de l’Assemblée Nationale permet d’affirmer qu’à la fin de 1791 toutes les pierres étaient encore à leur place, il n’en était pas de même au printemps 1792. Dans le climat insurrectionnel de l’époque, le responsable du garde meuble, le baron Thierry de Ville d’Avray – un proche de Louis XVI – avait mis en sûreté neuf coffrets contenant les trois quarts des bijoux. Le 10 août 1792, c’était le chaos à Paris. Louis XVI était déchu et sa famille emprisonnés au Temple tandis que le baron Thierry était arrêté. Sur ordre d’une délégation de députés arrivés au garde meuble, les 9 coffrets manquants sont restitués. Mais sans être ouverts. On ignore donc si au moment du cambriolage, les plus gros joyaux étaient encore là.

Les interprétations ne manquent pas face à cette avalanche d’énigmes. Négligence du gouvernement notamment du Ministre Roland, responsable de la sécurité intérieure ? Volonté de ne pas intervenir pendant l’effraction ? On a longtemps soupçonné une manipulation de Danton, ministre de la justice, qui se serait servi des joyaux pour “acheter”  le duc de Brunswick à Valmy. En fait, tous les clans rivaux se sont accusés les uns les autres du vol des bijoux. On a soupçonné le gouvernement de vouloir mettre de l’argent de côté pour lever une armée. On a soupçonné l’ennemi héréditaire, l’Angleterre, d’avoir commis le vol pour l’en empêcher … A moins que ce vol, ne soit tout simplement l’œuvre de brigands qui auraient profité de l’anarchie régnante ?

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Le "Sancy" © L'ombre d'un doute

Sans apporter de réponses définitives au pourquoi, le film nous rassure en quelque sorte sur les pierres elles mêmes qui ont été en grande partie retrouvées. Progressivement, les plus grosses pierres ont refait surface, souvent dans d’étranges circonstances. Globalement, en mars 1794, soit un an et demi après le vol, tous les grands diamants étaient réapparus. En fin de compte, les deux tiers des joyaux étaient récupérés. Seules les pierres de plus petits calibres, plus faciles à écouler, avaient à jamais disparu. Certaines de ces pierres emblématiques ont été remises au Musée du Louvre à Paris. C’est là que sont conservés actuellement le “Régent” et le “Sancy” et le rubis historique légué par François 1er le “Côte de Bretagne”. Ce dernier avait été découvert à Londres où Louis XVIII l’avait racheté pendant son exil et lègué à la France à sa mort.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". Pierres de couleur de la Galerie du Muséum d'Histoire Naturelle © L'ombre d'un doute

Les pierres de couleurs ont rejoint quant à elles la galerie de minéralogie du Muséum d’Histoire Naturelle. La plus importante est le grand saphir de Louis XIV, dit “Le Ruspoli”, acquis en 1669. Il y a également la grande émeraude de 17 carats que Louis XIV portait en crochet de chapeau lors des chasses et des grands bals de cour. Une troisième pierre importante est constituée par un saphir bicolore – champagne au centre -, utilisé en bague par Marie Leczinska. On compte enfin une topaze dite “Impériale” d’une taille extraordinaire de l’époque Louis XV.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : Modèle en plomb du diamant bleu, Au centre : Le diamant "Hope", A droite : Superposition du diamant "Hope" sur le modèle en plomb du diamant bleu © L'ombre d'un doute

Quant au diamant bleu, et fleuron de la “Toison d’or”, il réapparu en 1812, sous forme d’un diamant oval bleu foncé, de 45 carats, appartenant au riche banquier anglais Henry Philip Hope. Sous le nom de “Diamant Hope” (Hope diamant), il arrive aux Etats-Unis en 1912 et est donné au Smithsonian Institution, le Muséum d’Histoire Naturelle de Washington. En 2007, François Farges, minéralogiste au Muséum d’Histoire Naturelle établira définitivement, grâce à une comparaison du diamant Hope avec le modèle en plomb du diamant bleu, récemment découvert, qu’il s’agissait bien du diamant de la Couronne de France retaillé. Retaillé à la hâte, ce diamant perdit pour toujours sa magnifique taille et sa masse et tout son art baroque. Le diamant Hope est aujourd’hui exposé à Washington.

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Extrait du documentaire "L'Ombre d'un doute". A gauche : François Farges explique ses recherches sur le diamant bleu et le diamant "Hope", Au centre : Modèle en plomb du diamant bleu et diamant "Hope" © L'ombre d'un doute

On ne peut pas dire comme dans les contes de fée que tout finit – presque – bien. Si certaines pierres ont été épargnées, de très beaux objets en or ou des parures ont été dépecées ou cassées. Mais la vente en mai 1887, contribua à brader et disperser le trésor. Certains mécènes aujourd’hui s’efforcent de le reconstituer, mais à quel prix. Récemment le “Grand noeud de corsage” de l’Impératrice Eugénie et la “boîte à portrait” de Louis XIV ont été acquis par le Musée du Louvre grâce à la Société des Amis du Louvre.

  • Documentaire historique – Le vol des joyaux de la Couronne : 16 septembre 1792, le casse du Millénaire – L’ombre d’un doute – Franck Ferrand – Réalisation:  Jean Christophe de Revière, Guillaume Perez, Elodie Mialet – France 3 – Première diffusion : 2 novembre 2011, 23h, Rediffusion :  4 décembre, 15h40

Les bijoux de la Castafiore

Mardi 8 novembre 2011

Album-de-tintinAvec le “Secret de la Licorne”, Spielberg a porté Tintin en tête des box offices cinématographiques. Plus modestement, avec “Les bijoux de la Castafiore“, la compagnie Genevoise du Théâtre de Carouge redonne vie à un spectacle culte créé il y a dix ans par “Am Stram Gram”. La pièce, présentée successivement en novembre et décembre 2011 à Bruxelles, Toulouse, Neuchâtel, Genève et Fribourg est intimement inspirée de l’histoire crée par Hergé. Est-il besoin de la rappeler ? Dans le huis clos du château de Moulinsart, Tintin, Milou et leur entourage coulent des jours paisibles … jusqu’à l’arrivée de Bianca Castafiore. Les vocalises et les exclamations de la diva sonnent la fin d’une convalescence tranquille pour un capitaine Haddock à la jambe plâtrée. La cantatrice ne cesse de déplorer la disparition de ses joyaux d’un tonitruant “Ciel ! Mes bijoux”. Après plusieurs fausses alertes, ils finissent par s’envoler bel et bien …

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Pièce de théâtre "Les Bijoux de la Castafiore" © Marc Vanappelghem, 2011

Piece-de-theatre-Les-bijoux-de-la-CastafioreLes bijoux de la Castafiore” ont été la première adaptation théâtrale d’un album de Tintin. Il est vrai que l’histoire se prête à une telle transposition. De l’aveu même d’Hergé, c’est l’épisode le plus théâtral des aventures de son héros. Décrivant la couverture de l’album, il affirme que c’est lui qui s’adresse en fait au lecteur pour lui dire : “Chut ! Et maintenant place au théâtre !”.

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Spectacle © M. Vanappelghem, 2011

Faire passer les personnages des vignettes imprimées aux planches d’un théâtre n’en fut pas moins une gageure pour les metteurs en scène Dominique Catton et Christiane Suter. Comment en effet traduire la “ligne claired’Hergé, son trait simple et ses couleurs en aplats ? Le talent des comédiens, la magie des costumes, le maquillage et plus de 400 effets de sons et d’images y parviennent dans un genre proche de la Commedia dell’arte.

Pièce de théâtre ou album, les admirateurs de la cantatrice peuvent utilement bénéficier de l’éclairage de la journaliste Mireille Moons à travers son Bianca Castafiore, La Diva du vingtième siècle aux Editions Moulinsart. Bijoux-de-la-castafiore-Mireille-MoonsEn 142 pages documentées et abondamment illustrées, l’auteure relate le parcours littéraire de ce personnage qui, au fil des albums – elle est apparue pour la première fois dans “Le sceptre d’Ottokar” -, reflète aussi l’évolution des femmes de son époque. Le 19ème album de la collection des Tintin est sorti en 1963. Ce n’est peut être pas un hasard. Mireille Moons nous rappelle en effet que, tout au long des années cinquante, les bijoux éclairaient la une des journaux vol rocambolesque aux multiples rebondissements des bijoux de la Begum, couronnement de la reine Elisabeth d’Angleterre où les vedettes incontestées étaient les Cullinan qui ornaient le sommet du sceptre et la couronne impériale, mariage du Shah d’Iran où les diamants multicolores brillaient de mille feux dans la coiffure de Farah …

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Extrait de l'ouvrage de M. Moons et la BD d'Hergé © Hergé/Moulinsart 2011

Dans cette actualité, les bijoux étaient vrais et précieux. Qu’en est-il des bijoux de la Castafiore ? Mireille Moons a mené l’enquête. Avant de tenir le premier rôle d’une aventure de Tintin, la Castafiore n’avait fait que de furtives apparitions dans d’autres albums. S’il y était question de bijoux, c’était surtout sous forme d’air d’Opéra, en l’occurrence “l’air des bijoux” du Faust de Gounod. L’observateur attentif aura toutefois remarqué que la star, par ses tenues, mobilise les grands couturiers de son temps. Côté parures et bijoux, Hergé s’est également inspiré de la réalité. Dans “Le sceptre d’Ottokar”, lors de son récital privé à la cour du roi de Syldavie, la star portait un diadème Kokoshnik à aigrette. De telles parures faisaient fureur dans les cours européennes et de nombreux joailliers, dont Cartier, les ont fabriquées jusque dans les années trente. Dans “L’affaire Tournesol”, la Castafiore arborait un collier Renaissance. Mais c’était un bijou de scène, en métal doré, pour le rôle de Marguerite.

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Extraits de l'ouvrage de M. Moons et la BD d'Hergé © Hergé/Moulinsart 2011

Dans l’album des “Bijoux”, au fil des pages, Bianca Castafiore porte des tenues toujours différentes et agrémentées de nombreux bijoux : broche bleue en strass et pendants assortis, pendants girandoles à trois ferrets, boucles d’oreilles pendantes en strass, parure composée d’un collier à quatre rangs de fausses perles blanches, d’un bracelet et boucles d’oreilles en verre coulé, bracelet charms … On remarque particulièrement un collier double rang de grosses perles vertes et rouges griffé “Tristan Bior”. Des griffes célèbres, mais pas de véritables joyaux. Hergé s’est inspiré de la vie réelle où le bijou, hormis dans les grandes occasions n’avait plus d’autre valeur que décorative. Coco Chanel et Elsa Schiaparelli avaient inventé le bijou couture et, en portant des bijoux de chez Trifari, l’épouse du Président Eisenhower avait donné ses lettres de noblesse à la “costume jewelry”. Pour réaliser ses bijoux, Christian Dior, dans les années 50, utilisait de la pâte de verre, de la résine, du strass et du cristal

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Extraits de l'ouvrage de M. Moons et la BD d'Hergé © Hergé/Moulinsart 2011

A Moulinsart, le capitaine Haddock, parle de “verroterie” et de “cailloux” lorsqu’il évoque le contenu de la cassette de la Castafiore. Mireille Moons partage ce point de vue et pense que la diva possède peu ou pas de bijoux de grande valeur, excepté une émeraude de 100 carats. Elle dénonce par ailleurs le mauvais goût de la cantatrice qui, par exemple, porte des bagues à chaque doigt.  Elle n’est pas loin de croire que finalement la Castafiore n’a pas une réelle appétence pour la joaillerie. La Castafiore n’est pas véritablement “une femme à bijoux”, contrairement à des “croqueuses de diamants” telles la Duchesse de Windsor, Eva Perón, Elizabeth Taylor ou même Maria Callas qui, sur certains points, a servi de modèle à Hergé dans cet album.

  • Les bijoux de la Castafiore – Hergé – Edition Casterman
  • Bianca Castafiore – La diva du vingtième siècle – Mireille Moons – Editions Moulinsart
  • Pièce de Théâtre Les Bijoux de la Castafiore d’Hergé – Mise en scène de Dominique Catton et  Christiane Suter – Production Am Stram Gram Le théâtre et coproduction (reprise) Théâtre de Carouge, Atelier de Genève
  • Théâtre Odyssud  – 4, Avenue du Parc – 31706 Blagnac cédex – France – Billeterie : billeterie@odyssud.com et tél : 05. 61. 71. 75. 15 – Du 11 au 15 novembre 2011
  • Théâtre du Passage – 4, passage Maximilien de Meuron – CP 3172 – 2001 Neuchâtel – Suisse – Billeterie : billeterie@theatredupassage.ch et tél : +41. (0)32. 71. 79. 07. – Du 18 au 20 novembre 2011
  • Théâtre de Carouge, Atelier de Genève – Salle François Simon – Rue Ancienne, 39 – CH 1227 Carouge – Suisse – Billeterie : info@tcag.ch et tél :+41. (0)22. 343. 43. 43. – Du 23 novembre au 18 décembre 2011
  • Théâtre L’Equilibre – Place Jean Tiguely  1 – 1700 Fribourg – Suisse – Billeterie : spectacles@fribourgtourisme.ch et tél. +41. (0)26. 350. 11. 00. – Du 27 au 30 décembre 2011

Un livre précieux sur les bijoux

Mardi 1 mars 2011

Livre-bijouLe petit roman des bijoux” vient de paraître. Son auteur, Claudette Joannis – qui, en septembre dernier, avait bien voulu évoquer son parcours pour Le Magazine Notes Précieuses – est Conservateur en chef honoraire des Musées de France et Professeur à l’Ecole du Louvre. Unanimement reconnue comme la spécialiste du bijou, en 130 pages, elle ouvre dans ce livre de multiples portes pour nous faire découvrir un univers passionnant.

Claudette Joannis nous explique pourquoi et comment les grands événements de la viebaptême, communion, fiançailles, mariage … – sont marqués par le bijou, cet objet qui permet aussi d’afficher son rang et sa fortune et révèle la personnalité de celui qui le porte. Elle souligne l’importance des bijoux autres que ceux qui sont en or ou en “poussière d’étoiles“, nom que les Grecs donnaient au Diamant. Sont aussi disséqués ces pièces si particulières que sont les bijoux message ou à rébus ou les talismans ou encore les bijoux de cheveux très prisés au milieu du XIXème siècle.

L’auteur montre combien les bijoux peuvent accompagner les événements historiques … et pas uniquement chez les “Grands”. En témoignent des morceaux de pierres de la Bastille enchâssés dans de l’or ou les boucles d’oreilles en forme de … guillotines. Un chapitre du livre est consacré aux principales maisons de la place Vendôme dont Claudette Joannis brosse le parcours et rappelle le nom de clients prestigieux. Coco Chanel n’est pas oubliée qui inventa le bijou couture où se mêlent allégrement perles de culture – vraies et fausses -, pierres fines et précieuses, strass … ; ni sa concurrente Elsa Schiaparelli pour qui Dali et Cocteau ont dessiné modèles et bijoux. Un glossaire termine l’ouvrage et nous permet, entre autres, de découvrir ce que sont les dormeuses, les châtelaines ou les poissardes.

Le petit roman des bijoux” nous aide donc à comprendre la fascination qui nous porte – Femme ou Homme – vers le bijou, cet objet singulier qui est abordé ici sous tous les angles : historique, ethnologique, sociologique, sans oublier l’anecdotique. Saviez vous par exemple qu’Edith Piaf offrait à chacun de ses amants une panoplie identique de bijoux signés Cartier ? Ce livre savant fourmille d’exemples et de rares illustrations au trait lui confèrent un aspect précieux qui sied au sujet abordé. On ne peut que recommander cette mini-encyclopédie qui se lit comme un roman.

  • Le petit roman des bijoux – Claudette Joannis – Collection dirigée par Vladimir Fédorovski – Editions du Rocher, 2011

Réflexions sur le bijou contemporain français

Vendredi 18 février 2011

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© Photo La Garantie

Designer, essayiste, commissaire d’expositions et lui même créateur de bijoux, Benjamin Lignel livre, pour le Magazine Notes Précieuses, ses réflexions sur le bijou contemporain et nous parle de l’exposition itinérante “Also known as jewellery” qu’il a organisée conjointement avec Christian Alandete.

Notes Précieuses : Comment est née l’exposition “Also known as jewellery” actuellement présentée aux Ateliers de Paris ?

Benjamin Lignel : L’idée de l’exposition coïncide avec la création en 2007 de l’association pour le bijou La Garantie, association destinée à promouvoir le bijou dans ses différentes pratiques. Créer une exposition internationale pour faire découvrir le bijou contemporain français constituait l’un des trois projets de départ de l’association.

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Collier "Mutter tag" en bitume, papier, fibre de lin, pyrite, onyx, fer - Pièce unique - Babette Boucher, 2006 © Photo Babette Boucher

NP : Quels étaient les deux autres projets de la Garantie ?

BJ : D’abord en 2008, une Journée d’étude à Normale Sup sur le bijou, ses fonctions et ses usages, de la préhistoire à nos jours, organisée par Cécile Michaud et Delphine Lesbros. Cela  a permis de croiser l’analyse d’une vingtaine de doctorants de différentes disciplines. C’était passionnant. Deuxième projet : nous avons réuni les trois départements de formation spécialisés en France dans le bijou contemporain qui se trouvent à Paris (AFEDAP), à Strasbourg (ENSAD) et à Limoges (ESAD). Cette manifestation aussi a été un succès permettant des confrontations intéressantes entre formateurs, créateurs, galeristes … En référence à l’Oktoberfest de Munich, nous l’avions baptisée Dezemberfest : ce projet a été mené par Emmanuel Lacoste et moi-même.

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Collier "8/9B-C" en porcelaine émaillée, cuivre - Claire Baloge, 2007 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Le champ de l’exposition, lui, est délibérément international …

BJ : Oui. Il s’agissait de montrer à l’étranger des œuvres de très haute qualité pour convaincre qu’en France aussi il se passe quelque chose dans le domaine du bijou contemporain. Notre ambition avec Christian Alandete était de répondre, par cette exposition, au manque de visibilité des bijoutiers contemporains français à l’étranger.

NP : Le  bijou contemporain français est à ce point inexistant dans le monde ?

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Broche "Chardon" en or, fer - Ulrike Kämpfert, 2005 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Très souvent à l’étranger, on me pose la question “qu’est ce que vous faites en France” ? Dans le tout petit milieu mondial du bijou contemporain - en gros un millier de personnes au total -, les Français sont très peu représentés. A Munich, haut lieu mondial du bijou contemporain, la France était perçue comme un pays où il ne se passe rien.

NP : Arrêtons nous un instant sur les définitions … Qu’est ce qu’un bijou contemporain ?

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Bague "Camé noir" en argent oxydé, or - Catherine Le Gal, 2007 © Photo Jacques Davis

BJ : Donner une définition devient de plus en plus difficile car le bijou contemporain a pris beaucoup de latitude au cours des 5 ou 10 dernières années. Je vous livre ici une définition très personnelle. Pour moi, le bijou contemporain prend la pratique comme sujet d’expérimentation. Le propos n’est pas de faire des bijoux, mais de savoir comment on peut questionner le bijou. La recherche des créateurs porte sur “comment fonctionne le bijou ?” et non pas sur “comment faire beau et séduisant ?”. Par analogie, on peut se référer à Perec et Calvino qui, dans les années 60 ont écrit des livres qui parlaient de l’écriture ; le vrai sujet de leur travail n’était pas la narration mais l’écriture. Mais j’ai tout à fait conscience qu’une telle définition n’est pas unanimement partagée.

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Bague "Petit poney" en fimo, plastique, paillettes - Maud Traon, 2007 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Quelle pourrait être alors une définition plus universelle ?

BJ : Pour aller au plus simple, je dirais que c’est le produit de la démarche d’un artiste qui conçoit et réalise des pièces uniques, fait des expositions personnelles dans des galeries et … parfois vend. Ici, pas de distribution en série ou extrêmement peu. Un créateur bosse pendant plusieurs années sur un thème avant de livrer au public le fruit de son travail dans une galerie  de bijou contemporain, qui fonctionne exactement comme une galerie d’art.

NP : Quels sont les thèmes sur lesquels travaillent les créateurs de bijoux contemporains ?

Collier pectoral "Anémone" en cuivre émaillé - Joanne Grimonprez, 2007 © Photo Joanne Grimonprez

BJ :  Quand on leur pose la question de leurs outils de réflexion, les créateurs citent aussi bien la philosophie, la sociologie, l’anthropologie ou la littérature. Dans l’exposition, “Also known as jewellery”, il y a 17 créateurs. Ils ont des formations très différentes et abordent tous des thèmes différents. Certains traitent du corps, d’autres questionnent le genre, ou d’autres encore interpellent les problématiques sociales … Comme avec l’art contemporain, on peut déboucher sur le politique au sens large.

NP : Et qu’est-ce qu’un bijou conceptuel ?

BJ : Le bijou conceptuel implique, je pense, une forme de dématérialisation de l’objet. On demande au spectateur d’appréhender non pas une réalisation formelle, mais un processus et une idée. Très peu de gens aujourd’hui font du bijou conceptuel selon cette définition, mais je citerais en exemple la pièce “Redundancy of Matter”, de l’artiste israélien Attaï Chen, et l’ensemble de l’œuvre de l’allemande Suska Mackert.

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"Roads never trave" Chambres à air ajourées - Amandine Meunier, 2007/2008 © Photo Johann Fusinelli

NP : Revenons à l’exposition proprement dite : comment le projet a t il vu  le jour ?

BJ : Tout a commencé à Londres, au vernissage d’une exposition de bijoux italiens. J’ai longuement discuté avec la directrice de la Flow Gallery qui s’est montrée enthousiaste à l’idée de présenter des bijoux français. Pour que notre projet soit viable, il nous fallait au moins trois partenaires. Nous avons convaincu ensuite les galeries Alternative à Rome et Velvet da Vinci à San Francisco. Notre projet devenait alors possible et tout a commencé. Ensuite, nous avons convaincu l’Institut Français de Munich et la Villa Bengel d’Idar-Oberstein. La conservatrice du Falkenberg Museum est venue à nous après avoir vu l’exposition à Munich, enthousiaste de pouvoir mettre en regard cette exposition avec ce qui se passe en Suède dans le domaine.

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Collier "Barbie" en plastique, vernis à ongle, fil - Jana Natier, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Quels ont été les critères de sélection des créateurs présentés et qui devenaient en quelque sorte “ambassadeurs du bijou français”?

BJ : On ne peut pas vraiment parler d’ambassadeur au sens strict : nous avons privilégié une sélection assez restreinte qui correspond à notre approche mais ne peut résumer la diversité des pratiques du bijou contemporain en France.

NP : Le sélection a t elle été difficile ?

BJ : Nous avions une idée très précise de l’axe dans lequel nous voulions aller, de ce que nous souhaitions montrer. Il y a une part d’arbitraire nécessairement dans les choix qui sont pris. Nous sommes partis des pratiques qui correspondaient le mieux à notre approche du bijou contemporain et de là nous avons définis des critères précis pour le choix des pièces.

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"Beauty Tool", rouge à lèvres (by Terry) en or 920 - Frédéric Braham, 2006 © Photo Paul Duchovel, AAA Production

NP : Qui a choisi les pièces exposées, les créateurs ou les organisateurs ?

BJ : Christian et moi. Nous connaissions déjà le travail de la plupart des créateurs et, chez certains, il y avait des pièces que l’on tenait à présenter. Dans notre sélection, la grande majorité des objets est portable. Ceux qui ne le sont pas (par exemple, certaines pièces de Frédéric Braham et de Christophe Marguier) font référence à l’ornement et sont affiliés à ses codes.

NP : En tant que créateur vous même, votre sélection n’est-elle pas entachée d’un certain biais ?

BJ : Je ne pense pas avoir privilégié ici des gens dont le boulot ressemble au mien. Je suis intimement persuadé que quelqu’un d’autre chargé de faire la même expo sur le bijou contemporain français aurait aboutit à quelque chose d’approchant dans le choix des créateurs. Peut-être pas les mêmes pièces …

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"Hier, le surlendemain" en fer, cuivre, émail, peinture - Christophe Marguier, 2003/2005 © Photo Christophe Marguier

NP : Vous n’avez pas exposé votre propre travail …

BJ : Non, et pour une raison évidente : déontologiquement, on ne peut pas s’auto choisir. Je ne le regrette pas car n’ayant pas été exposé moi même, j’ai eu l’impression de mieux défendre la cause … et c’était plus simple pour moi.

NP : Comment s’est effectuée entre Christian Alandete et vous la répartition des tâches ?

BJ : Il n’y a pas eu réellement de répartition des rôles. En ce qui concerne la sélection des créateurs, nous avons chacun nos préférés, mais à aucun moment il n’y a eu de conflit sur le choix de tel ou tel. Et au plan de l’organisation, nous avons simplement optimisé nos savoir faire spécifiques : en tant que commissaire d’exposition, Christian a une connaissance des institutions et un réel savoir faire dans les arcanes administratives ; en tant que designer, c’est plus facile pour moi de m’occuper de la réalisation de la scénographie par exemple.

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Bijou de langue, 2 pièces en or fin - Emmanuel Lacoste, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

NP : Vous travaillez depuis longtemps ensemble ?

BJ : J’ai connu Christian à l’occasion de l’ exposition “Un vrai bijou” qu’il avait montée en 2005 sur les bijoux contemporains en France à la galerie Artcore à Paris, puis à Cagnes-Sur-Mer. Il avait su donner un esprit de corps à la trentaine de créateurs présentés. C’est aussi un des fondateurs de la Garantie. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus sur ce que l’on voulait faire avec l’exposition itinérante.

NP : Quelles difficultés avez vous rencontrées pour monter l’exposition ?

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Collier "Performance" en plâtre, gaze, boite en bois - Nathalie Perret, 2007 © Photo Nathalie Perret

BJ : Le projet a été long à monter, il a eu beaucoup de difficultés à trouver un financement en France, en dépit de l’intérêt manifeste de nos partenaires étrangers. La position hybride du bijou contemporain – ni vraiment dans l’art, ni vraiment dans l’artisanat – permet à chacun de se renvoyer la balle sans sortir son carnet de chèque. Sauf pour l’exposition de l’Institut Français de Munich qui a été financée par la Ville de Cagnes-sur-Mer et celle aux Ateliers de Paris par la Ville de Paris. Le catalogue a été en partie financé par les bijoutiers et principalement par les ventes à l’étranger.

NP : Parlez nous justement du catalogue …

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Collier en argent, jouets en plastiques - Carole Deltenre, 2006 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Nous nous sommes livrés à un travail de fond pour mettre en valeur la richesse du travail de chacun. Nous avons édité un catalogue bilingue avec pour chaque créateur : un texte, des photos de studio réalisées par Enrico Bartolucci  pour les bijoux présentés et un poster des bijoux portés shooté par Elene Usdin. Pour chaque bijoutier nous avons contacté, en concertation avec eux, des auteurs qui pouvaient donner une approche intéressante de leur travail qu’ils soient historiens, critiques d’art, sociologues, philosophes …  Il y a une photo très forte de Nathalie Perret qui a réalisé un collier fait de sacs de plâtre. Le bijou qu’elle porte, c’est la trace de plâtre sur la robe. Il n’y a pas d’objet …

NP : Les pièces exposées à Paris étaient-elles les mêmes qu’à Londres, Rome, Munich, … ?

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Collier de naissance "Naissance neuf perles" à usage plus universel, en résine blanche imprimée, dorure à la feuille, plexiglass blanc, anneau de métal - Florence Lehmann, 2002 © Photo Jean-Louis Hess

BJ : L’exposition a un peu évolué dans son itinérance. Les créateurs ont toujours été les mêmes. Et si un cinquième des pièces environ a changé c’est tout simplement parce que des œuvres ont été vendues et qu’il a fallu les remplacer.

NP : Et la présentation a t elle évolué ?

BJ : Oui, d’une certaine manière car nous avons du nous adapter aux différents espaces et mobiliers existants. Il n’y a vraiment qu’à Paris qu’il y a une scénographie.

NP : Une scénographie très remarquée effectivement. La présentation dans des valises, c’est parce que l’exposition a beaucoup voyagé ?

BJ : Certes … Mais c’est avant tout un clin d’œil de nous autres créateurs. Nos œuvres voyagent constamment. Il y a en permanence des collections de bijoux qui transitent dans le monde par la poste, en train et en avion. La valise est intimement liée au bijou, car elle peut facilement accueillir ces petits objets.

NP : Also known as jewellery : pourquoi un titre en anglais ?

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Broche en argent, or, émail - Monika Brugger, 2008 © Photo Corinne Janier

BJ : Lors du vernissage à Paris, nous avons été critiqués sur ce point par quelques défenseurs de la langue française. Le choix de l’appellation mérite donc une explication. Ce n’est pas de notre part un parti pris d’anglicisme, mais une volonté d’efficacité. Nous voulions un titre qui fasse sens : on présente des objets qui couvrent deux ou trois champs de la création et sont aussi connus comme bijoux, mais en dernier lieu seulement. Autrement dit : “des objets qu’on connait aussi sous le nom de … bijoux”. Reconnaissez que l’expression anglaise est plus efficace que s’il avait fallu le dire en Français. D’autant que A.K.A. est un poncif de la langue anglaise qui veut dire “alias”. En anglais, on traduit mieux l’ambiguïté des objets qu’on présente ici. Et puis, dans les six pays où l’exposition a tourné avant Paris, le Français était loin d’être la langue la plus pratiquée.

NP : Pourquoi Paris en dernier ?

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Collier en écharpe "Toison aux pattes dorées" en cotte de maille en acier inox, pattes en argent plaqué or - Sophie Hanagarth, 2004 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : Au départ l’exposition, compte tenu de ses objectifs, était essentiellement destinée à l’étranger. Après Rome, Londres et San Francisco nous avons sollicité des institutions en France et des galeries à l’étranger. Exposer en France n’était pas gagné d’avance. C’est difficile de convaincre les institutions d’accepter quelque chose qui n’est pas institutionnalisé. En France, on aime les spécialisations et on ne mélange pas artisanat et art contemporain par exemple. Aussi sommes nous redevables à Françoise Seince d’avoir levé les barrières et de nous avoir ouvert les portes des Ateliers de Paris.

NP : Paris est la dernière étape de l’exposition ?

BJ : Oui.  A trop la prolonger, l’exposition ne serait plus vraiment actuelle. Elle présente des œuvres qui ont deux ans ou plus. En outre, sur le plan personnel, nous nous sommes fortement impliqués, Christian et moi, depuis deux ans et nous souhaitons nous consacrer à d’autres projets.

NP : Quelles ont été les réactions du public dans les différents pays ?

BJ : Chaque pays a eu des réactions différentes. Cela tient beaucoup au fait qu’il y a eu des publics différents. En Angleterre, par exemple, tous les principaux professeurs des écoles d’art sont venus avec leurs étudiants. On a eu droit à des clins d’yeux et hochements de têtes de ce public d’initiés signifiant “maintenant on comprend … “. A Rome, ce sont surtout les clients de la galerie Alternative qui sont venus : ils se sont souvent montrés déroutés, déboussolés. Nous étions loin de leur expérience. A San Francisco, le public était plus varié : collectionneurs, artistes, voire les gens de la rue … Dans cette ville – berceau des réflexions sur le genre, la sexualité, le féminisme, des œuvres comme celles de Carole Deltenre, Florence Lehmann ou Monica Brugger ont été comprises immédiatement et appréciées, même par des non initiés. Les américains de la côte ouest reconnaissaient cette manière de parler du féminin. A Munich, centre mondial du bijou contemporain, nous avons remporté notre examen de passage : plus de 400 personnes sont venues pendant les quatre jours qu’a duré l’exposition, les catalogues se sont arrachés et l’expo a été jugée cohérente.

NP : Et en France ?

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Bague "Promesse (camé)" en or fin, fer - Brune Boyer-Pellerej, 2008 © Photo Enrico Bartolucci

BJ : En France, les réactions sont positives aussi. J’ai eu beaucoup de retours de personnes qui se disaient bluffées par la scénographie et le travail réalisé. Elles ne s’imaginaient pas qu’on puisse faire tant de choses avec le bijou.

NP : C’est donc une réussite ?

BJ : C’est un travail de longue haleine car les barrières culturelles sont plus fortes en France que dans bien d’autres pays : l’Angleterre, l’Allemagne, la hollande, l’Italie … par exemple qui n’ont pas totalement rompu avec leur passé médiéval en matière d’artisanat. Le secteur est très bien structuré à l’étranger avec un nombre considérable de galeries spécialisées qui fonctionnent sur le modèle des galeries d’art contemporain avec des expositions temporaires régulières. Nous avons difficilement ça en France. En France, où il n’y a plus de joailliers de quartier, on semble aveuglé par la toute puissance de la Place Vendôme. Mais je suis assez optimiste. Petit à petit, les gens vont s’habituer à de nouveaux critères artistiques … Pour l’exposition à Paris, nous avons eu un article dans le Figaro, média grand public. Nous en sommes ravis.

NP : Les institutions françaises s’intéressent-elles au bijou contemporain ?

BJ : Non, pas véritablement car, comme je l’ai dit tout à l’heure, on ne sait pas très bien où le placer. Pour une action dans la durée, on doit toutefois saluer l’action de l’Espace Solidor à Cagnes-sur-Mer. C’est le seul espace public à garder le cap et sa programmation ne faiblit pas.

NP : Et la formation, c’est important ?

BJ : Je préfère parler de transmission professeurs-élèves dans le bijou contemporain. On reconnait déjà des filiations par les œuvres des étudiants de Monika Brugger qui enseigne à Limoges, de Florence Lehmann et Sophie Hanagarth qui enseignent à Strasbourg et de Brune Boyer qui a enseigné à Paris pendant 12 ans avant de passer le flambeau à Patricia Lemaire. Mais il faut être conscient que les promotions de Paris, Limoges et Strasbourg réunies se montent annuellement à une dizaine d’étudiants, alors que 600 étudiants sont formés chaque année en Grande Bretagne.

NP : Comment voyez vous évoluer le bijou contemporain ?

BJ : Son avenir ne tient qu’à nous. Nous avons montré que nous savions utiliser les moyens du bord. Il y a de nombreuses choses qui se passent actuellement : des tas d’initiatives privées. Au rendez vous “Le dit du bijou”, on le constate chaque mois. On travaille aussi sur des projets, notamment un parcours du bijou contemporain qui devrait voir le jour d’ici deux ans. C’est bouillonnant, mais nous avons pas mal d’écueils à éviter, particulièrement celui de la compartimentalisation. Chercher sa légitimité ne doit pas pousser le bijou contemporain à surdéfinir son terrain d’action en érigeant des murailles, pour ne pas être confondu par exemple avec le design, et créer un territoire restreint et isolé. N’oublions pas que design, art et artisanat sont les trois fées qui se sont penchées sur son berceau.

  • Interview réalisée le 1er février 2011
  • Exposition Also known as jewellery -  Les Ateliers de Paris – 30, rue du Faubourg Saint-Antoine – 75012 Paris – Du 13 janvier au 12 mars 2011, du mardi au samedi de 13h à 19h – Entrée libre
  • Catalogue Also known as jewellery, A touring exhibition of french jewellery – Février 2009, disponible à la vente

Montres anciennes au musée du Temps à Besançon

Lundi 10 janvier 2011

Montres-et-merveillesLes passionnés d’horlogerie ont une nouvelle fois le regard tourné vers Besançon. L’exposition “Montres et Merveilles” dévoile actuellement une des plus importantes collections de montres anciennes et précieuses en France. Quelque 200 pièces sont présentées : des montres bien sûr, mais aussi des boîtiers, des plaques émaillées, de l’outillage et des documents iconographiques. Le parcours de l’exposition retrace les principales évolutions de la montre mécanique depuis le XVIème siècle. Elle n’y est pas présentée uniquement sous son aspect technique ou esthétique. On peut également mesurer sa valeur symbolique, entre quête de précision et marque de statut social.

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De gauche à droite : Montre à complications astronomiques en argent, laiton, 1re moitié du XVIIIe siècle, Allemagne - Kratz Michael Junger - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre de forme octogonale en cristal de roche, XVIIè siècle, France - Jacob De La Croix - Collection Musée du Temps, A droite : Montre astronomique en laiton et argent, Valenciennes vers 1690 - Houzeau - Collection Musée du Temps

Les premières montres, celles des XVIème et XVIIème siècles, sont avant tout de beaux objets, souvent de véritables montres bijoux ouvragés et fabriqués dans les matériaux les plus précieux. En revanche, leur précision est très souvent approximative

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A gauche : Montre à décor émaillé en or, laiton et émail, Paris, vers 1785 - Jean-Antoine Lépine - Collection Musée du Temps, A droite : Montre émaillée, Paris, 1760 - Jean-Antoine Lépine - Collection Musée du Temps

Il faut attendre le XVIIIème siècle pour enregistrer de véritables avancées techniques, aiguillonnées par la quête des chronomètres de marine. Même si la mise en place du calibre Lépine ou du mouvement à ponts sont des avancées déterminantes, le XVIIIème siècle, puis le XIXème ne se caractérisent pas uniquement par l’innovation technique. Les mouvements deviennent de plus en plus précis et la recherche est également esthétique : que les montres soient richement émaillées ou de forme très épurée. Les œuvres de Breguet, Berthoud ou Leroy évoquent le bouillonnement du monde horloger de l’époque. Le public peut également découvrir la collection des montres Lépine ou encore d’autres pièces qui, par exemple, témoignent des tentatives à l’époque révolutionnaire de mise en place d’un temps décimal.

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A gauche : Montre à répétition, Besançon, 1910 - Bossy - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre à complications en argent et laiton, fin du XVIIIème siècle - Collection Musée du Temps, A droite : Boîte de montre, Franche Comté, début XXème siècle - Collection Musée du Temps

L’industrie horlogère du XIXème siècle et du début du XXème siècle est marquée avant tout par la production de masse. Grâce à des objets et documents d’époque, l’exposition souligne l’importance de Besançon, capitale française de la montre à cette époque. Les collections de boîtes et de plaques émaillées présentées rappellent également qu’une grande partie de l’activité bisontine n’était pas la fabrication de mouvements, mais plutôt l’établissage, c’est-à-dire le montage de mouvements dans des boîtes de montres.

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A gauche : Leroy 01 "La montre la plus compliquée du monde" en or, rubis, acier, laiton, émail, Besançon, 1904 - Leroy - Collection Musée du Temps, Au milieu : Montre à complications en argent et laiton, Fin du XVIIIe siècle - Collection Musée du Temps, A droite : Montre sectorielle en argent, laiton et émail, Suisse, XXe siècle - Collection Musée du Temps

L’apogée des savoirs-faire horlogers est symbolisée par la présentation des montres à complications du début du XXème siècle avec en point d’orgue la Leroy 01 en or, rubis, acier, laiton, émail, fabriquée à Besançon. Avec ses 24 complications, elle fut la pièce horlogère la plus complexe jamais produite à l’époque.

  • Exposition Montres et merveilles, collection du musée du Temps – Musée du Temps, Palais Granvelle – 96, Grande Rue – 25000 Besançon
  • Du 9 décembre 2010 au 29 mai 2011, prolongation jusqu’au 18 septembre 2011

Brune ou blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma

Mardi 4 janvier 2011

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Pénélope Cruz dans "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo E. Pereda et P. Ardizzoni/El Deseo, graphisme Lot 49/Cinémathèque française

Recouverte d’une immense “chevelure”- œuvre d’Alice Anderson -, la façade de la Cinémathèque française annonce une exposition originale, “Brune Blonde”, qui convie le visiteur à réfléchir sur la représentation de la chevelure féminine au cinéma, mais aussi dans l’art et la société. Héritier de la peinture et de la littérature, le cinéma prolonge la fascination pour la chevelure féminine et la gestuelle qui lui est liée en lui donnant de surcroit le mouvement. En outre, selon l’expression d’Alain Bergala, commissaire de l’exposition : “Parler de la chevelure, c’est embrasser l’histoire de l’art et celle de nos sociétés. Blonds ou roux, coupés courts ou portés longs, relevés ou lâchés, les cheveux des femmes entretiennent depuis toujours un rapport étroit à l’histoire des sociétés et à la mythologie.”

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A gauche : Vue extérieure de La Cinémathèque française pendant l'exposition Brune Blonde. La façade accueille la sculpture intitulée "The Isolated Child" d'Alice Anderson, constituée de 5000 mètres de cheveux de poupée, A droite : Cette installation rejoint l'espace d'exposition - Sculpture "The Isolated Child - Alice Anderson, 2010 - Courtesy Alice Anderson © Photos Notes Précieuses

Depuis l’avènement du VIIème Art, les stars d’Hollywood et des studios européens se sont substituées aux figures légendaires incarnées par la peinture, de Botticelli à Mucha en passant par les préraphaélites, pour forger de nouveaux archétypes féminins.

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A gauche : Scénographie de l'exposition © Photo Notes Précieuses, A droite : Pénélope Cruz portant des boucles d'oreilles en forme d'oeil dans le film "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, 2009 © Photo Emilio Pereda et Paola Ardizzoni/El Deseo

Amplement relayés par les magazines et la publicité, les modèles se fondent en grande partie sur la coiffure.

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A gauche : Scénographie de l'exposition, Au milieu : Sérigraphie faite à partir d'encre sur toile et acrylique représentant Lana Turner - Andy Warhol, 1985, The Andy Warhol Museum, Pittsburgh, A droite : Scénographie représentant Les blondes dans les magazines © Photos Notes Précieuses

Dans les années 20, les jeunes femmes portent des cheveux courts à la Louise Brooks ; dans les années 30, c’est une chevelure platinée à la Jean Harlow et dans les années 40, de longues mèches ondulantes à la Véronika Lake. Vers 1950, la mode est aux coiffures lâchées, comme celle de Brigitte Bardot et en 1960 aux coupes androgynes comme Jean Seberg … La plupart de ces actrices sont blondes et la blondeur a envahi le XXème siècle occidental car elle est accessible à chaque femme grâce aux produits colorants. Aujourd’hui, cet impérialisme est nettement en recul avec la montée de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. On ne peut oublier, non plus, que la blondeur fut aussi l’instrument de mise à l’écart de minorités - noirs ou latinos aux Etats-Unis – ou symbole d’une prétendue pureté aryenne dans l’Allemagne nazie.

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A gauche : Lithographie de l'affiche française "La Môme vert de gris" de Bernard Borderie - Jean Mascii, 1952 - Cinémathèque française, Paris, Au milieu : Offset de l'affiche allemande "Die Büchse der Pandora" ("Loulou") de Georg Wilhem Pabst - Bottlik, 1929 - Cinémathèque française, Paris, A droite : Huile et collage sur toile "La storia del Cinema (L'histoire du cinéma) - Mimmo Rotella, 1991 - Cinémathèque française, Paris © Photos Notes Précieuses

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Blondes, brunes ou rousses au cinéma - Films de l'exposition © Notes Précieuses

En ce qui concerne la blondeur, l’Occident n’a cessé d’osciller entre le pur et l’impur, le bien et le mal, l’innocence et la tentation … Le cinéma a hérité de cette ambiguïté. Originellement symbole de pureté, la femme blonde peut aussi se révéler être une vamp, garce sulfureuse et vénéneuse. C’est l’éternelle rivalité brune / blonde. David Lynch, a compliqué l’équation : dans “Mulholland Drive“, blondes et brunes ne sont plus rivales, mais les deux faces d’une même figure féminine. On notera que les rousses ne sont arrivées au cinéma qu’avec le Technicolor. Le travestissement permet aussi de jouer avec la frontière des genres. Quoiqu’il en soit, Hitchcock, Mizoguchi, Bunuel, Antonioni, Bergman, Godard, Lynch, Fassbinder … ont, à travers la chevelure féminine, développé des thématiques fortes telles que la rivalité, le changement d’identité, le fétichisme voire le sacrifice.

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De gauche à droite : Tirages photographiques contrecollés sur aluminium représentant Elizabeth Taylor sur le tournage de "Suddenly last Summer" ("Soudain l'été dernier") de Joseph L.Mankiewicz - Burt Glinn, 1959 - Courtesy Burt Glinn/Magnum Photos - Marilyn Monroe sur le tournage des "Misfits" ("Les Désaxés") de John Huston - Eve Arnold, 1960 - Courtesy Eve Arnold/Magnums photos - Brigitte Bardot - Philippe Hasman, 1951 - Courtesy Philippe Halsman/Magnum Photos - Simone Signoret sur le tournage de "The Deadly Affair" de Sidney Lumet - Eve Arnold, 1966 - Courtesy Eve Arnold/Magnum Photos © Photo Notes Précieuses

La gestuelle cinématographique de la chevelure – voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner … – s’inscrit dans une longue tradition iconographique, particulièrement riche au XIXème siècle. Les cinéphiles français ont sur ce point leurs images cultes telles Catherine Deneuve défaisant son chignon dans la maison close de “Belle de jour” de Luis Buñuel ou Anna Karina faisant voltiger sa chevelure dans “le Petit Soldat” de Jean-Luc Godard.

Jannis-Kounellis-Mc-Dermott

A gauche : Huile sur toile de lin "I lived for an hour, 1967" (J'ai vécu pour une heure, 1967) - Mc Dermott et MC Gough, 2008 - Collection Colony capital Europe, courtesy Jérôme de Noirmont, Paris © Cinémathèque française, au milieu : Plaque d'acier et tresse de cheveux "senza titolo" (sans titre) - Jannis Kounellis, 1969 - Centre Pompidou, Musée National d'art moderne/Centre de création industrielle, Paris, A droite : Encre sur papier "Paysage-chevelure" - Marie Drouet, 2008/2009 - Collection de l'artiste © Photos Notes Précieuses

Au fil de l’exposition, il apparait clairement que, tant sur la pellicule qu’en peinture, la chevelure a cessé d’être un simple appendice pour devenir principal vecteur d’émotion. Chez Antonioni par exemple, toujours en mouvement, les cheveux de Monica Vitti prennent une valeur émotionnelle indépendante du personnage. Certains sculpteurs font également du cheveu une œuvre en soi, tel Jannis Kounellis qui expose le fétiche capillaire sur un fond-socle, réactivant la fascination que la tresse a exercé sur Freud en tant que “pagne primitif “. Comment ne pas évoquer ici aussi, les bijoux de sentiments qui, sous le Second Empire, laissaient la part belle aux cheveux. Il s’agissait de médaillons où étaient conservés les cheveux d’un être aimé disparu ou d’un enfant, de bracelets tressés en cheveux ou de chaînes tissées.

Méduse

A gauche : Relief en papier mâché peint représentant un bouclier avec le visage de Méduse - Arnold Böcklin, 1897 - Musée d'Orsay, Paris, Au milieu : Planche à la mine de plomb représentant une tête de femme couronnée de corail, étude de corail (Heliopora coerulea) - Gustave Moreau - Musée National Gustave Moreau, Paris, A droite : Planche à la plume et encre brune, mine de plomb sur papier calque contrecollé comportant étude en rapport avec Galatée - Gustave Moreau, 1880 - Musée National Gustave Moreau, Paris © Photos Notes Précieuses

La chevelure suscite de nombreuses métaphores poétiques : une vague, un ruisseau, un banc d’algues, un rideau végétal mais aussi un nid de serpents. Dès la Renaissance, à travers les récits et les représentations picturales, Méduse, monstre marin à la chevelure formée de serpents, est un sujet de fascination. Les amateurs de bijoux retiennent que, dans la mythologie, le corail est né du sang de sa tête. Ovide, raconte dans “Les Métamorphoses” que, voyant qu’au contact de ce sang les algues se pétrifiaient, les nymphes transformèrent d’autres algues de la même façon.

Bruna-Brunelleschi-Rossetti

A gauche : Tableau "Bruna Brunelleschi" - Dante Gabriel Rossetti, 1878 © Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, A droite : Extrait du film de l'exposition © Photo Notes Précieuses

La chevelure se prête volontiers aux accessoires. Ils augmentent sa présence, voire sa charge érotique. On retrouve déjà rubans, diadèmes, guirlandes de fleurs, bijoux de tête et autres aigrettes dans les tableaux des grands maitres. Imaginerait-on, comme le souligne le catalogue de l’exposition, la Fornarina de Raphaël sans son turban ou les Léda de Tintoret sans leurs diadèmes de nacre ? Dante Gabriel Rossetti, un des fondateurs du mouvement préraphaélite, transforme par des jeux de lumière la chevelure des femmes qu’il peint en une matière aussi précieuses que la soie et l’or, notamment dans “Bruna Brunelleschi”. De même, comme chez les autres préraphaélites, les bijoux – principalement les bijoux orientaux – occupent dans ses oeuvres une place prépondérante. Il aime parer les cheveux fauves ou bruns aux reflets cuivrés de ses modèles de barrettes en fleurs exotiques multicolores ou de doubles bijoux de tête en forme de spirale.

Têtes-byzantines-Mucha

A gauche : Lithographie couleur "Têtes byzantines, Brune" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust Cambridge, A droite : Lithographie couleur "Têtes byzantines, blonde" - Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust, Cambridge © Photo Notes Précieuses

Dans la lignée des Préraphaélites, l’Art nouveau, privilégie lui aussi le rôle créatif de la décoration. Chez Klimt ou Mucha, l’ornementation est essentielle. Florale, aquatique ou aérienne, la longue chevelure féminine est dans les oeuvres de Mucha un motif à part entière. Dans ses lithographies “Têtes byzantines”, les coiffures sont serties de tiares, de perles et de pierres précieuses. Il s’inspira aussi des ondulations, des arabesques pour créer des bijoux raffinés, tout comme René Lalique. Les épingles et surtout les peignes s’imposèrent comme les instruments indispensables au maintien des volumineux chignons très en vogue dans les années 1890. Mucha et Lalique perpétuent le culte de la femme fleur. Pour Lalique, la chevelure est l’emblème de la féminité, de la sensualité, voire de l’érotisme. Il utilise aussi dans ses bijoux la chevelure serpent, symbole de vie et de séduction, faisant de la femme l’incarnation du péché. Tantôt animal ou végétal, la femme est innocente ou vénéneuse.

  • Exposition Brune Blonde, une exposition arts et cinéma – la cinémathèque française – 51, rue de Bercy – 75012 Paris
  • Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011
  • Catalogue de l’exposition Brune Blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma – Coédition Skira Flammarion/Cinémathèque française – Ouvrage publié sous la direction d’Alain Bergala et Anne Marquez, 2010

Claudette Joannis raconte l’Histoire par les bijoux

Jeudi 14 octobre 2010

Claudette Joannis

Claudette Joannis, conférence au musée de Malmaison

Claudette Joannis, conservateur en chef honoraire du musée de Malmaison a contribué tout au long de sa carrière à enrichir notre connaissance sur les bijoux, thème auquel elle a consacré une grande partie de ses travaux et qu’elle poursuit. Pour le Magazine de Notes Précieuses, elle présente aujourd’hui son parcours et explique son approche.

Notes Précieuses : Une grande partie de vos travaux est consacrée au bijou. Pourquoi cet intérêt ?

Claudette Joannis : C’est vrai que mes travaux m’ont amenée à suivre la “route du bijou“, très peu explorée par mes confrères conservateurs de musée. Au début de ma carrière, c’est un peu le hasard qui m’a conduit vers le bijou. Mais la curiosité et l’ouverture que m’a donnée ma formation d’ethnographe ont très vite consolidé mon intérêt. Je dois reconnaître aussi qu’à titre personnel je suis très attirée par les bijoux de sentiment, principalement ceux du XIXème siècle … que je recherche dans les salles de vente et les brocantes et que mon mari m’a souvent offert.

Bijoux de sentiments

Bague rébus "Pensez à moi" - Bijoux de sentiment - Normandie, XIXè siècle

NP : Vous avez commencé votre carrière au Louvre.

CJ : Après des études d’ethnographie française, j’ai passé le concours de conservateur des musées. Nommée en 1980 au service de  l’Inspection des musées au Louvre, je devais m’occuper des collections ethnographiques  Il y avait là tout ce qui a trait aux arts et traditions populaires : des objets concernant l’agriculture et la vie rurale, des costumes et parfois des bijoux. Mon premier travail, dans ces collections un peu oubliées, a porté sur les jouets et les jeux. Le bijou est véritablement apparu dans ma carrière un peu plus tard lorsque le département des Objets d’Art du Louvre m’a demandé d’écrire un article sur les bijoux populaires pour la revue des Métiers d’art. Cela m’a permis de découvrir, ce que j’ai appelé par la suite “le bijou régional”.

NP : Puis vous êtes passée par les Arts décoratifs et la Bibliothèque Nationale.

CJ : Quand j’ai quitté l’Inspection en 1988, j’ai intégré le Musée des Arts Décoratifs où j’ai étudié les vêtements sous l’angle ethnographique : garde robes, textiles … J’ai aussi constitué une collection de bijoux de mode grâce à des dons de couturiers que j’avais rencontrés tels Castelbajac, Rochas, Carven, Billy Boy. Cela n’avait jamais été fait auparavant. Je ne suis pas restée longtemps au musée de la mode. Il a fermé, pour rouvrir par la suite. J’ai ensuite intégré le département des Arts du Spectacle de la Bibliothèque Nationale. Il y avait de tout : costumes, masques, marionnettes, et seulement quelques bijoux de théâtre. Cela m’a permis de suivre la “route des bijoux” à travers ces bijoux un peu spéciaux.

NP : Et enfin le Musée de Malmaison …

CJ : C’est après six ans de Bibliothèque Nationale, que je suis arrivée au Musée de Malmaison, en 2000. C’était complètement différent de ce que j’avais connu jusqu’alors. J’entrais dans l’Histoire, la grande. J’ai eu la chance dans un premier temps d’organiser une exposition sur les Jouets princiers. Je retrouvais ainsi le fil de mes premières recherches. Puis il a été question de faire une exposition sur les bijoux car le musée de Malmaison possède des joyaux qui ont des origines historiques illustres : certains ont appartenu à l’impératrice  Joséphine et quelques uns à Napoléon. J’ai alors mis toute mon énergie pour concevoir : “Bijoux des deux Empires” qui fut la dernière exposition d’envergure que j’ai organisée. Je suis actuellement conservateur honoraire du musée de Malmaison pour lequel je viens de terminer la mise en ligne sur Internet de la totalité des collections de bijoux des musées de Malmaison et de Compiègne.

NP : Vos premières études concernant le bijou ont porté sur le bijou régional auquel vous avez consacré votre première exposition.

CJ : Dès le début de ma carrière, en fréquentant les musées, je me suis aperçue qu‘il y avait en France de très nombreuses variétés de bijoux, tous différents d’une région à l’autre. Avec des collègues, désireux comme moi de mettre en valeur des collections jusqu’alors peu exploitées, j’ai créé un groupe d’étude vers la fin des années 90. Nous avons pu mesurer la variété de ces bijoux régionaux et envisager de leur consacrer une exposition. Je devrais dire des expositions, car celle qui s’est tenue en 1992 à Paris au Musée du Luxembourg était la première d’une longue série. Elle a voyagé pendant près de 5 ans. D’abord en France : musée de Niort, Martainville, musée de la vie en Bourgogne à Dijon, musée de l’Ain, musée de Quimper. Elle a ensuite été à Montréal et dans d’autres villes du Canada. Une des particularités de cette exposition était qu’elle se renouvelait constamment : dans chaque ville où elle se tenait, les conservateurs locaux ajoutaient quelques bijoux spécifiques à la région. A Niort par exemple, l’exposition s’est enrichie de bijoux en argent tels des châtelaines et des bijoux masculins.

Bijoux des régions de France

Couverture du livre "Bijoux des régions de France", Flammarion 1992

NP : Vous avez également écrit un ouvrage sur les bijoux régionaux

CJ : En préparant l’exposition, avec l’aide de mes collègues, j’ai écrit un ouvrage “Bijoux des Régions de France“. C’était mon deuxième livre (le premier étant “Les petits métiers des jardins publics”) et le premier livre généraliste sur les bijoux de France. Il est sorti au moment de l’exposition. D’autres auteurs ont écrit par la suite des livres sur les bijoux de leur région : bijoux provençal, bourguignon, bressan, des Deux Sèvres. Ces ouvrages ont été diffusés à la suite de l’exposition. Personnellement, mes recherches en vue de réaliser cet ouvrage m’ont permis d’avoir une vue globale des bijoux régionaux. Il y a eu un colloque au musée des Arts et traditions populaires et j’ai fait plusieurs conférences dans différents musées de France. J’ai aussi rédigé la partie consacrée aux bijoux régionaux dans le “Grand dictionnaire du bijou”. C’est ainsi que je suis devenue, un peu par la force des choses, la spécialiste du bijou régional ayant également écrit plusieurs articles dans une très belle revue intitulée “Bijou” mais qui n’a été éditée qu’à quelques numéros .

NP : Que pouvez vous nous dire sur les bijoux de théâtre et de mode ?

CJ : A la Bibliothèque Nationale, j’ai étudié les bijoux de scène, à partir de ceux que possédait la bibliothèque et ceux d’une collection privée conservée par la maison des Artistes (maisons des vieux comédiens de Couilly Pont aux Dames). J’ai découvert qu’à partir de matériaux très frustres comme le laiton ou les fausse pierres tels le strass, le verre ou les perles, on pouvait faire des choses magnifiques et très spectaculaires. On ne s’est pas encore vraiment intéressé à ces bijoux en France. Il n’y a pas de livre sur ce sujet contrairement à l’Italie et les USA, où on trouve des ouvrages sur “les bijoux des grandes Divas” ou “les bijoux faux”. On  met quelquefois en parallèle bijoux de théâtre et bijoux de mode car ils ont des points communs : ce ne sont pas de très beaux bijoux, mais ils bénéficient d’un réel savoir-faire. Je trouve néanmoins que les bijoux de mode sont généralement plus inventifs ; les bijoux de théâtre ne sont généralement que des reproductions des très belles pièces de l’antiquité ou des siècles passés.

Collier torque pour homme

Colliers torque pour homme - Vitrine de l'exposition 'Bijoux d'hommes" au musée d'Argenton sur Creuse en 1999

NP : Vous avez aussi révélé le bijou masculin

CJ : Quand j’ai étudié les bijoux régionaux, j’ai découvert non sans surprise, qu’il existait des bijoux d’homme autres que les boutons de manchette et les épingles de cravate. Il s’agissait souvent de bijoux rituels, en liaison par exemple avec le compagnonnage : boucles et anneaux d’oreilles, broches, boutons … Quelques fois aussi des châtelaines ou des bagues, symboles de métiers. C’était des bijoux beaucoup plus identitaires que ceux que pouvaient porter les femmes, d’où le titre de l’exposition réalisée en 1999 au Musée de la chemise à Argenton sur Creuse : “Bijoux d’hommes, signes et insignes“. Ces bijoux masculins m’ont beaucoup intéressée, en particulier l’anneau d’oreille. Cela m’a occupé au moins deux ans. Déjà en 1997 j’avais rédigé avec une ethnologue allemande un Rapport pour la Mission du patrimoine ethnologique Entre Bagouze et chevalière; les bijoux masculins aujourd’hui“. Une enquête avait été réalisée auprès de 200 personnes. Le rapport n’a pas été publié mais diffusé largement dans les milieux professionnels. Il a connu un vif succès auprès des bijoutiers, des joailliers et de quelques musées. J’en avais rédigé la partie historique.

Bijoux des deux Empires

Affiche de l'exposition "Bijoux des deux Empires" au musée International de la Chaussure, Romans, 2006

NP : Votre exposition “Bijoux des deux Empires” a également marqué les esprits. Quelle en est la genèse ?

CJ : A Malmaison, j’avais d’emblée constaté que le musée possédait une collection de bijoux prestigieuse, certes, mais très peu fournie. Elle ne permettait pas véritablement de construire une exposition. En revanche, le musée possédait une importante collection de plus de 100 bijoux de la période 1830 – 1880 déposée au musée de Compiègne, spécialisé dans le Second Empire. L’exposition “Bijoux des deux Empires (1804-1870), modes et sentiments“, fut l’occasion de rassembler tous ces bijoux et de les faire restaurer. L’exposition s’est ensuite produite à Romans, à Roanne, à Ajaccio dans la maison Bonaparte.

NP : Comment aviez vous conçu l’exposition ?

CJ : Ma sélection de bijoux répondait à certaines thématiques. Quatre vitrines montraient les bijoux ayant appartenu ou en relation avec quatre personnalités : l’Impératrice Joséphine, la reine Hortense (beaucoup de bijoux en cheveux), l’Impératrice Eugénie et la princesse Mathilde. Il y avait les bijoux qui étaient à la mode surtout à partir de 1840, beaucoup de parures et demi parures. J’ai conçu aussi une vitrine comportant des “peignes corbeilles” en corail, perles, strass … Une autre était consacrée aux camés. J’avais aussi exposé des bijoux accessoires qui concernaient le bal : porte bouquet et “pinces relève jupe”.

Bijoux-d-homme-Malmaison

Montres, breloques, boucles de chaussures pour homme - Vitrine de l'exposition "Bijoux des deux Empires" au musée National de Malmaison, 2004

NP : Que vous a apporté personnellement cette exposition ?

CJ : J’ai eu beaucoup de liberté pour faire cette exposition qui était la dernière que j’ai faite ayant une telle importance. Ce projet m’a beaucoup plu. J’ai pu enrichir les bijoux exposés de toute une iconographie. Dans une exposition sur le bijou, la présence de tableaux  précisant le contexte est pour moi très importante. Deux jeunes femmes, stagiaires en provenance de l’école du Louvre et de l’Université m’ont aidée.

NP : Avez vous participé à d’autres expositions que celles évoquées jusqu’à présent ?

CJ : J’ai participé à plusieurs expositions, soit par des prêts soit par des textes dans les catalogues comme “Les  bijoux  romantiques“ au Musée de la vie romantique en 2000, où j’ai prêté plusieurs parures de La Malmaison ainsi que l’exposition sur la Franc maçonnerie au musée de St Denis en  2003.

Parures et bijoux

NP : Vous venez de terminer l’inventaire des bijoux de Malmaison et de Compiègne. Pourquoi avoir choisi internet ?

CJ : Le catalogue que j’avais réalisé pour l’exposition “Bijoux des deux Empires” était assez succinct. Les notices étaient intéressantes, mais il manquait au moins une centaine de bijoux. J’ai donc souhaité être plus exhaustive. On peut dire que le site “Parures et bijoux des musées nationaux de Malmaison et du Palais de Compiègne“, qui vient d’ouvrir en juillet 2010, est le prolongement du livre et de l’exposition. Les “inventaires scientifiques” tels qu’on les conçoit en France, sont assez ennuyeux à consulter sur papier. La Réunion des Musées nationaux (RMN) a donc choisi ici d’utiliser uniquement Internet. Par ce canal on peut donner la même information et, en plus, elle peut être accompagnée d’un nombre important de photographies, montrant le bijou sous tous ses angles. Avec cette présentation, j’ai moi même pris conscience de l’importance des images. En outre, le contenu d’un site internet peut être constamment enrichi.

NP : Quel est l’objectif d’un tel travail ?

CJ : C’est une nouvelle façon de faire connaître le bijou et de faire découvrir des choses parfois insoupçonnées. Par exemple, que sont des bijoux en cheveux, qu’est qu’un camée, à quoi sert le corail … Ce sont des informations à la fois techniques et historiques auxquelles on a facilement accès. Il s’agit également d’informer sur  ce que possèdent les musées et de faire en sorte que les gens s’intéressent au musée. Ils pourront par exemple faire connaissance avec les donateurs. J’espère que tout le monde aura envie de regarder ce catalogue et pas uniquement les professionnels. J’espère que les gens vont s’amuser et que nous aurons un public plus large et plus nombreux.

Boucles-et-pendants-d-oreillesNP : La tâche a dû être lourde

CJ : J’ai travaillé pendant deux ans. J’ai beaucoup lu et me suis servi du travail des archivistes pour rédiger les notices. Cela a été difficile pour moi car il ne s’agissait pas seulement de raconter l’histoire du bijou, mais de l’examiner sur un plan plus technique ce qui m’était moins familier. J’ai été aidée par d’autres spécialistes pour la lecture des poinçons, l’identification des pierres … J’ai étudié les bijoux ; je les ai mesurés, fait nettoyer … Le nettoyage était très important ; beaucoup de ces bijoux, dont on ne s’occupait pas, étaient en argent et avaient noirci. On ne voyait plus le poinçon. Parfois on s’apercevait qu’il y avait deux ors. Ensuite les bijoux étaient confiés au photographe. Ce travail a permis de réaliser une exposition qui ouvre le 21 octobre au musée de Compiègne sous le titre “Ecrins impériaux“.

NP : Pourquoi le bijou est-il si peu étudié, si peu mis en valeur dans les musées français ?

CJ : Un bijou est porteur d’infiniment d’informations au plan esthétique, historique, social … Peu de gens encore en ont conscience en France. Hors des musées, vous remarquerez que les catalogues de vente Drouot sont également toujours extrêmement succincts lorsqu’il s’agit de bijoux. Ils comportent peu d’informations contrairement aux catalogues anglo-saxons. Dans les musées, le manque de mise en valeur a également d’autres explications. Au cours de mes visites, j’ai souvent découvert dans les réserves, des collections qui n’étaient pas exploitées. Il m’est apparu que les conservateurs ne montrent que ce qu’ils connaissent. C’est pourquoi, des objets très variés – et notamment des bijoux – dorment tant qu’un spécialiste ne les a pas exhumés et étudiés. Le bijou nécessite une connaissance particulière. La formation des conservateurs les prédispose plutôt à étudier le mobilier, les tabatières, les horloges, les montres … Beaucoup moins le bijou qui est tellement hétéroclite : les matériaux sont des plus variés … et il y a des bijoux à toutes les époques. En outre, les bijoux sont de petits objets, peu faciles à montrer. Il faut des vitrines adaptées, très bien éclairées. Le coût de présentation est important. Je suis heureuse, maintenant que j’ai un peu plus de temps, d’être appelée dans différents musées pour mettre en valeur des collections de bijoux. Je suis allée notamment au musée Bertrand de Châteauroux où l’on a rassemblé et étudié la collection en vue d’une exposition au printemps ainsi qu’au musée Masséna à Nice.

Epingles-de-cheveux

Grandes épingles de cheveux en vermeil, filigrane et perles émaillées - Alsace, début du XIXème siècle

NP : Quelle est la spécificité de votre regard sur le bijou ?

CJ : La manière de poser des questions pour connaître davantage de choses sur le bijou étudié, c’est toujours cela qui m’a guidé. La curiosité et l’ouverture d’esprit due à ma formation d’ethnographe a aiguisé chez moi l’intérêt qu’on peut avoir pour les gens : ce qu’ils faisaient, disaient, confectionnaient, utilisaient comme matériaux … Cette approche m’a conduit à parler du bijou différemment. Mon livre sur les bijoux régionaux a beaucoup surpris et intéressé. C’était un apport nouveau, différent de celui de l’historien ou de l’esthète. Je sais que je peine un peu dans deux disciplines : l’étude des poinçons – qui a été faite très savamment par bien des personnes – et l’étude des pierres et des matériaux. En revanche, je suis très à l’aise quand il s’agit de raconter des histoires autour des bijoux. Les bijoux, je les comprends, je suis très intéressée par tout ce que je peux trouver comme informations dans la littérature, au théâtre, partout. J’en fais mon miel.

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Couverture du catalogue d'exposition - Musée de la chemiserie et de l'élégance masculine à Argenton sur Creuse, 1999

NP : Que peut nous apprendre le bijou au plan personnel ?

CJ : Le bijou nous apprend tout de la vie de quelqu’un. Quand j’ai fait des interviews pour les bijoux d’hommes, je me suis aperçue qu’on touchait souvent à l’intime, au secret. J’ai pu mesurer également tout le poids de la société sur les comportements. L’image que l’on a d’un homme qui porte des bijoux est généralement celle d’un homme efféminé. C’est une image qu’il supporte difficilement, surtout lorsqu’elle est reflétée par sa femme. Beaucoup d’hommes ne portent donc pas de bijoux, malgré le désir qu’ils peuvent en avoir. Souvent, quand ils sont à la retraite, ils se laissent aller à porter ce qu’ils veulent. Ils considèrent qu’ils n’ont plus de devoir envers la société. C’est assez étonnant. Beaucoup d’hommes également m’ont avoué qu’ils auraient aimé vivre au XVIIème ou au XVIIIème siècle, pour porter des bijoux, et porter des vêtements ornés. Chez les hommes, il y a beaucoup de désir rentré concernant les bijoux.

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Agrafes de capes en argent, Poitou XIXème siècle - Vitrine de l'exposition "Bijoux de régions de France" au musée du Luxembourg en 1992

NP : … et au plan social ?

CJ : Je mets aussi beaucoup en valeur dans mes conférences, articles, la différente représentation du bijou en fonction des âges de la vie. Pour les hommes, il y a des bijoux d’enfants, les bijoux d’adolescents, les bijoux qui sont plutôt des insignes de la vie de jeunes gens (j’inclus là, les insignes que l’on porte lorsqu’on est militaire qui se portent comme une décoration). Les bijoux marquent les moments forts de la vie : il y a les bijoux de fiançailles comme les bagues, les bijoux de mariage dont la médaille de mariage, les bijoux de deuil. Il y a aussi les échanges que l’on peut faire en cas de séparation.  Il y a aussi les bijoux liés à la religion : pour le baptême, la communion, la confirmation. Avec les bijoux, on parcourt un peu la vie de ceux qui les portent. Indéniablement, le bijou a aussi un rôle de porte bonheur. Il a un rôle dans l’apparence, la beauté et la rareté mais surtout de talisman qu’on retrouve partout : aussi bien dans l’Egypte antique qu’à l’époque contemporaine.

Bijoux-de-cheveux

Médaillon, bracelets, bague et chaine en cheveux - Musée National de Malmaison et Bois Préau

NP : Parlez nous des bijoux de cheveux.

CJ : Il y a beaucoup de bijoux avec des cheveux au musée de Malmaison : médaillons, bracelets … La plupart du temps, ce sont des cheveux d’un être aimé, d’un enfant, les siens que l’on a coupé. On s’aperçoit que cette pratique est commune aux souverains comme aux personnes les plus simples. Cela apparait dans les romans du XIXème siècle. Sous l’Empire, les jeunes soldats qui devaient partir à la guerre devaient couper leur “cadenette”. Napoléon ne voulait plus que dans l’armée on ait des boucles comme le voulait la coutume. La famille voulait les garder en souvenir. La littérature nous aide à comprendre pourquoi nous avons des médaillons, des bracelets qui contiennent des cheveux.

NP : Quelles sont vos activités présentes ?

CJ : Plusieurs collègues – conservateurs me font signe  pour étudier leurs collections. Je fais des colloques, des réunions. Je suis aussi sollicitée pour écrire des textes dans des catalogues comme dernièrement pour l’exposition “Pour l’honneur et la gloire et les joyaux de l’Empire” qui se tient à Anvers au musée du Diamant. Je continue à écrire pour les musées et pour le grand public. Je suis en train de rédiger un livre qui s’appellera “Le petit roman des bijoux” pour les Editions Du Rocher et qui sortira début de l’année prochaine. Il n’y aura pas de photos, mais j’espère que cela sera accessible et plaisant.

NP : Quels sont les champs que vous n’avez pas abordés et que vous aimeriez explorer ?

CJ : J’ai envie de mieux connaitre et aider à faire connaitre les collections des musées, de poursuivre mon enquête sur les bijoux masculins car en dix ans les mœurs ont évolué. J’aimerais savoir aussi si les pratiques européennes du port du bijou se retrouvent dans d’autres civilisations. En fait ce qui me plait ce n’est pas seulement de raconter l’histoire des bijoux mais de raconter l’Histoire par les bijoux.

  • Interview réalisée le 2 septembre 2010

Bijoux de la Couronne de France : Nouvelles acquisitions du Musée du Louvre

Lundi 6 septembre 2010

JoaillerieA partir du 16 septembre, pour la première fois, le public pourra admirer le Grand Nœud de Corsage de l’Impératrice Eugénie. Ce joyau, provenant des Diamants de la Couronne de France, sera exposé au Musée du Louvre dans la salle de la Collection Thiers du département des Objets d’Art (aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à proximité des appartements de Napoléon III.  C’est grâce à la Société des Amis du Louvre que le musée a pu faire revenir des Etats-Unis ce bijou exceptionnel, réalisé en 1885 par le joailler François Kramer. C’est grâce également  aux crédits que la Société avait mis à sa disposition que le Louvre a pu préempter, lors de la vente Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, la Boîte à portrait de Louis XIV. Ce portrait a été présenté à Versailles à l’automne 2009, lors de l’exposition “Louis XIV, l’homme et le roi“. Il est actuellement en réserve et sera bientôt exposé au Département des Objets d’Art. Née en 1897, la Société des Amis du Louvre compte aujourd’hui près de 70 000 membres. C’est le premier mécène privé du Louvre. Depuis sa fondation, 704 œuvres d’art ont été acquises et offertes aux huit départements du musée.

Joaillerie Noeud de corsage

Grand Noeud de Corsage de l'impératrice Eugénie © Musée du Louvre 2008, Martine Beck-Coppola, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie : Le dessin du nœud, assorti de glands de passementerie, s’inspire librement de modes de la fin du XVIIème siècle. L’œuvre est composée de 2934 diamants dont 2438 pèsent 140 carats. Le sertissage est entièrement ajouré, articulé et traité en relief, afin que les pierres puissent scintiller au moindre mouvement. En fait, il ne s’agit là que d’une pièce d’un ensemble plus conséquent commandé par Napoléon III lors de l’exposition Universelle de 1855. L’Empereur avait passé des commandes à huit grands joaillers parisiens afin de promouvoir le savoir-faire français. Parmi les réalisations, il y avait une parure de feuilles et fruits de groseilliers par Bapst et Kramer comportant une longue guirlande, un devant de corsage, une suite de broches à pampilles et une ceinture. Cette ceinture, œuvre du  jeune François Kramer, réunissait à elle seule 4500 diamants. Mais, dès 1864, l’impératrice avait renoncé à porter une pièce aussi imposante pour n’en garder que l’élément central, adapté en grand nœud de corsage.

Boîte à portrait

Boîte à portrait de Louis XIV (après restauration), de face et de dos © Les Amis du Louvre 2009, photo : Adrien Dirand, avec l'aimable autorisation de la Société des Amis du Louvre

La boîte à portrait de Louis XIV : Ce joyau, dû au miniaturiste Jean Petitot (1607-1691), a conservé sa riche garniture : sur la face quatre-vingt douze diamants brillent autour du buste émaillé du roi Louis XIV, sommé de la couronne fleurdelisée ; au revers, tout en émail, le chiffre royal au double L entrelacé est environné de rinceaux. Si de telles boites étaient dans la première moitié du XVII ème siècle des objets de sentiment, Louis XIV en a fait, à partir des années 1660, des instruments du pouvoir royal. Il les distribuait comme marques de distinction honorifique aux dignitaires étrangers, aux hommes de guerre et aux fidèles serviteurs de la monarchie. En dehors de celle-ci, seules deux autres boîtes sont aujourd’hui connues : l’une conservée à Bologne, qui a aussi gardé tous ses diamants, l’autre conservée au musée de La Haye, mais qui n’est plus qu’une carcasse émaillée, sans ses pierres.  L’or et les pierreries ont causé la perte de ces boîtes trop coûteuses. La boîte présentée au Louvre est sans doute la plus ancienne : l’âge du roi incite les spécialistes à proposer une date proche de 1670.

  • Le Grand Noeud de Corsage de l’impératrice Eugénie (collection permanente, Aile Richelieu, 1er étage, salle 74), à partir du 16 septembre 2010 et la boîte à portrait de Louis XIV – Musée du Louvre
  • Société des Amis du Louvre – 75058 Paris Cedex 01