Le bouton comme accessoire de mode

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Accessoire de modeAvec l’exposition Le Bouton comme Accessoire de Mode, le Musée de la Nacre et de la Tabletterie de Méru dans l’Oise souligne l’importance de la mode sur l’évolution de l’art du Bouton. De nombreuses collections de boutons de différents styles et de différentes époques sont présentées et mises en perspective grâce aux costumes et accessoires qui leur correspondent. L’exposition évoque la place primordiale du bouton dans la création des vêtements dès le milieu du XIXème siècle et son influence sur l’évolution des mœurs. Le bouton d’artiste n’est bien sûr pas oublié. Hommage est ainsi rendu à une activité autrefois prépondérante en Picardie, quand Méru était la « capitale mondiale » du bouton de nacre.

Le bouton bijou

Objet à la fois usuel et raffiné, le bouton délivre toujours un message. Au XVIIIème siècle, il définit un statut. Sur leurs costumes, les courtisans arboraient des boutons comme de précieux bijoux.

Véritables joyaux d’orfèvrerie, ces accessoires étaient décorés d’émail ou d’arabesques gravées. Ils pouvaient aussi être ciselés, taillés en facettes, enrichis de diamants et de perles… De leur côté, les bourgeois recouraient au strass et aux pierres semi-précieuses pour imiter ces « marqueurs » aristocratiques.

Boutons révolution

A gauche : Bouton représentant le bonnet phrygien, vitre de protection cerclée de cuivre, Au centre : Bouton à la « Constitution » également appelé « Rocambole », vitre de protection cerclée de cuivre, A droite : Bouton époque révolutionnaire, gravure sous vitre de protection cerclée de cuivre – Fin XVIIIème siècle © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Cette course au prestige est stoppée en France par la Révolution qui prône la simplicité. Mais c’est alors l’Histoire – la petite comme la grande – qui s’impose alors sur les boutons. On y trouve des symboles – emblème des états généraux, constitution… – ou des scénettes de la vie quotidienne.

Boutons luxe

En haut, A gauche : Miniature sur ivoire, entourage de strass – Début du XIXème siècle – Collection Gilles Osvald, Au centre : Bouton en laiton, nacre blanche et haliotide teintée. Soleil et roseaux gravés en son centre – Début du XIXème siècle, A droite : Bouton en forme de croix pattée. Cuivre, velour et clous. Le velours servait à recueillir le parfum déposé – Fin du XIXème siècle – Collection Gilles Osvald, En bas, A droite : Bouton édité lors de l’Exposition Universelle de 1889, représentant la Tour Eiffel construite pour l’occasion. Bronze – Collection Gilles Osvald © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Les boutons, signe d’élégance

La Révolution oubliée, le luxe est de nouveau de mise au XIXème siècle. Le bouton redevient marqueur, mais d’élégance cette fois. En soulignant un pli, en accusant la taille, il précise la silhouette. Il apporte souvent aussi une touche d’originalité. La mode est désormais dictée par quelques groupes clairement identifiés tels le flâneur, le dandy, la parisienne ou encore la grisette…

Parallèlement, le développement des grands magasins et l’émergence de la presse féminine entrainent une forte augmentation de la demande d’accessoires et de vêtements … plus souples qu’auparavant, plus confortables, pour répondre aux exigences d’une société plus fonctionnelle. Des vêtements qui nécessitent de nouveaux boutons, en plus grand nombre et à des prix abordables.

Le secteur de la boutonnerie doit donc faire preuve d’innovation permanente pour imiter les matériaux précieux à moindre cout : recours aux alliages d’or et d’argent, grande utilisation du cuivre… Au milieu du siècle, on découvre aussi l’aventurine, pierre semi précieuse très transparente ; on expérimente les sulfures qui ressemblent à des camées… Mais démocratisation rime aussi avec uniformisation et banalisation. Ce sont les maisons de couture qui vont redonner au bouton ses lettres de noblesse.

Notons également que les boutons érotiques, connaitront un fort engouement à partir des années 1850. Ils dévoilent à l’être aimé les désirs les plus secrets ! Avec Flaubert, se développe également une littérature érotique qui insiste sur une vision fétichiste du bouton.

Un objet d’art

Pendant la première moitié du XIXème siècle, c’étaient les manufacturiers qui choisissaient les motifs, les formes et les couleurs des collections. Les boutons étaient destinés à des costumes réalisés sur mesure, à la demande des clients.  La création était au cœur du travail des boutonniers qui devaient, grâce à des formes, matières et couleurs plus attrayantes, se distinguer de leurs concurrents.

Art nouveau

A gauche : Bouton Belle Epoque style Lalique. Profil féminin estampé ou frappé sur cuivre – Collection Gilles Osvald, Au centre : Bouton Belle Epoque. Profil de femme entourée de rinceaux fleuris. Bronze – Collection Gilles Osvald, A droite : Bouton Belle Epoque. Profil de femme aux libellules estampé ou frappé en cuivre argenté signé A. Bargas – Collection Gilles Osvald © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Par la suite, le processus s’est inversé. Ce sont les maisons de Haute Couture qui imposent leur style et utilisent le bouton comme une griffe pour signer leurs créations et se démarquer du prêt-à-porter. Le bouton permettait ainsi d’identifier les tendances artistiques du moment. Les motifs floraux et féminins de l’art nouveau sont reproduits souvent sur les boutons des années trente. On reconnait souvent la « patte » de Lalique. D’autres gravures succombent à la mode inspirée par les fouilles de Pompéi.

Artistes

En haut, A gauche : Bouton en ivoire – François Hugo, début XXème siècle – Collection Gilles Osvald, Au centre : Bouton – François Hugo, A droite : Bouton  en céramique vernie – François Hugo pour Elsa Schiaparelli, début XXème siècle – Collection Gilles Osvald, En bas, Au centre : Bouton en émail peint conçu par Lewy Kurt (1898-1963) – Collection Gilles Osvald, A droite : Bouton en émail peint conçu par Lewy Kurt (1898-1963) – Collection Gilles Osvald © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Les artistes du début du XXème siècle mettent aussi leur talent au service des boutons, comme en témoigne la transcription opérée par François Hugo des œuvres d’artistes tels Picasso, Giacometti, Ernst, Arp et son épouse Sophie Taeuber… Cocteau, Vlaminck ont aussi créé pour la boutonnerie ainsi que Sonia Delaunay et Line Vautrin.

Bijoux boutons

En haut, A gauche : Bouton en céramique peinte – Jean Clément, XXème siècle – Collection Gilles Osvald, Au centre : Bouton – Jean Clément, A droite : Bouton – Alberto Giacometti, En bas, A ghauche : Bouton – Jean Cocteau, Au centre : Bouton – Max Ernst © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Bouton

A gauche : Bouton en aluminium – Jean Schlumberger, début XXème siècle – Collection Gilles Osvald, Au centre : Bouton en laiton – Jean Schlumberger, début du XXème siècle – Collection Gilles Osvald, A droite : Bouton en résine et métal – Alix Grès portant la mention « Grès Paris », XXème siècle – Collection Gilles Osvald © Musée de la Nacre et de la Tabletterie

Dans la deuxième moitié du XXème siècle – alors que le bouton en nacre est définitivement supplanté par le bouton en plastique – , certains  boutonniers traditionnels ont misé à nouveau sur la Haute Couture pour relancer leur activité. Dior, Balenciaga, Givenchy, Hermès, Balmain ont renoué avec la mode des boutons faits main et en très petite quantité.

  • Exposition Le bouton, accessoire de mode, 1850-1930 – Musée de la Nacre et de la Tabletterie – 51, rue Roger Salengro – 60110 Méru – Du 10 septembre 2013 au 28 février 204

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