Les bijoux amérindiens de George Catlin

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George CatlinL’exposition à la National Portrait Gallery de Londres d’une cinquantaine de portraits d’Indiens d’Amérique du Nord peints par George Catlin permet de mesurer comment s’est forgée la représentation des Indiens par les Européens. Réalisée en collaboration avec le Smithsonian American Art Museum, elle apporte un matériel ethnographique essentiel. C’est au cours des années 1830, que George Catlin (1796-1872), originaire de Pennsylvanie, explora l’ouest des États-Unis. Son objectif était de découvrir la culture des peuples amérindiens avant qu’elle ne soit totalement altérée par la civilisation anglo-américaine. Grâce à ses voyages dans le grand ouest, l’artiste a réalisé des images puissantes où l’on mesure l’importance de l’ornementation corporelle : tatouage, peintures, parures et bijoux amérindiens. Dans les années 1850, il a présenté son « Indian Gallery » à un vaste public en Amérique et en Europe. A l’occasion de cette exposition, la National Portrait Gallery a édité un beau catalogue.

Amérindiens

Shónka, The Dog, Chief of the Bad Arrow Points Band Western Sioux/Lakota – George Catlin, 1832 © Smithsonian American Art Museum

Des bijoux, signe identitaire

Les données archéologiques et les témoignages de missionnaires attestent que la pratique de l’ornementation est très ancienne dans les populations amérindiennes. Les tombes de hauts personnages recèlent de nombreux bijoux. Ces parures, comme dans bien des civilisations, sont signe d’appartenance à un groupe social ou à une tribu.

Certains bijoux peuvent également marquer les grandes étapes de la vie ou, élément important chez les Indiens, la mise en relation avec des animaux totémiques ou des esprits. Des matériaux tels les coquillages, griffes d’ours ou serres d’oiseaux de proie sont en outre parés de vertus spécifiques et dotés de forces magiques.

On peut constater également des échanges de techniques entre tribus et avec les « blancs », mexicains ou colonisateurs, et cela dès le XVIIème siècle. Des éléments d’ornementation fabriqués par les blancs tels que montres ou croix, sont souvent réinterprétés, notamment par les Iroquois. On a pu remarquer également que des médailles et pièces de monnaies, reçues en compensation de l’achat de terre par les colons, ont été transformées en bijoux. Elles ont été martelées puis découpées et décorées ou ajourées.

Bijoux amérindiens

Ladóokea, Buffalo Bull, a Grand Pawnee Warrior Pawnee – George Catlin, 1832 © Smithsonian American Art Museum

Les colliers des Indiens d’Amérique du Nord

Chez les Amérindiens, les bijoux avaient la forme de pectoraux, de pendants d’oreilles, de bracelets et surtout, dans les plaines du Nord, de colliers. La plupart de ces colliers sont des créations uniques réalisées en fonction des expériences personnelles et mystiques de leur propriétaire.

Le collier en griffes de grizzli représentait un des symboles majeurs de la virilité dans les tribus de la Prairie. Si tous les hommes collectionnaient les griffes d’ours, seuls quelques privilégiés, comme les guerriers, avaient le droit d’en faire un collier. Dans la peuplade des Crow, le collier de dents de castors était réputé avoir le pouvoir protecteur et curatif des « êtres sous l’eau ». Un guerrier cheyenne, quant à lui, arborait un collier composé de perles, de flèches – assimilées au tonnerre.

Bijoux indiens d'Amérique

Heeoh’kstekin, Rabbit’s Skin Leggings, a Brave Nez Percé – George Catlin, 1832 © Smithsonian American Art Museum

Les bijoux de tête

Chez les Amérindiens, un soin particulier était apporté aux ornements de coiffure. Dans les années 1900, à l’occasion des fêtes, les jeunes hommes Sioux notamment portaient, à l’arrière de la chevelure, des ornements surmontés de plumes et d’une mèche de crin de cheval. Pour faire la cour aux jeunes filles, les jeunes garçons Comanches, eux, se paraient d’une coiffure de plumes et de colliers de griffes de chat sauvage, de dents de loup et de queues de coyote.

Indiens d'Amérique

A gauche : Eehnískim, Crystal Stone, Wife of the Chief Blackfoot/Kainai – George Catlin, 1832, A droite : Stumickosúcks, Buffalo Bull’s Back Fat, Head Chief, Blood Tribe Blackfoot/Kainai – George Catlin, 1832 © Smithsonian American Art Museum

Les perles

Si les parures des Amérindiens comprenaient des plumes, de la fourrure, des griffes…, les perles, que l’on trouve dans des sépultures très anciennes, furent un élément d’ornementation essentiel.

Les perles pouvaient avoir un rôle qui dépassait largement la parure. Le missionnaire Joseph-François Lafitau notait en 1724 l’importance des perles cylindriques de nacre blanches et violettes dans les sociétés huronnes et iroquoises. Ces perles, appelées wampums, étaient organisées en ceintures dont la taille était proportionnelle à l’importance de l’affaire traitée. Elles tenaient lieu d’actes public, d’annales, de registres et d’archives.

D’autres perles, en verre cette fois, furent introduites par « l’homme blanc ». Elles provenaient souvent d’Europe et, à l’origine, étaient de couleur bleu, blanc, noir et rouge. Ces perles « pony » passèrent de mode dans les années 1860 et furent remplacées par des perles beaucoup plus petites (« seed beads ») qui étaient moins lourdes et offraient une plus grande diversité de coloris et de possibilités d’arrangement.

Les bijoux en argent et turquoises des Navajos

Certaines tribus amérindiennes sont particulièrement réputées pour leur artisanat de bijoux. Il en va ainsi des Navajos et leurs bijoux en argent et turquoise. Ils ont acquis leur technique au milieu du XIXème siècle auprès d’artisans mexicains.

Le collier « boutons de fleurs de courges » est en quelque sorte la marque de la joaillerie Navajo. Les premiers fabricants Navajos de boucles de ceintures, bracelets, pendentifs… fondaient des pièces d’argent pour en faire des lingots que le forgeron façonnait ensuite au marteau. L’argent pouvait aussi être coulé dans des moules en terre ou en grès, puis sculpté ou décoré de dessins exécutés à l’aide d’un ciseau à froid et d’une lime.

L’explosion de la production de bijoux en argent à la fin du XIXème siècle, fit du bijou un élément clé du système financier Navajo : les richesses étaient converties en « bijoux-épargne de précaution ». Après 1900, les marchands ouvrirent le marché de la bijouterie Navajo afin de satisfaire la demande toujours plus forte des touristes.

  • Exposition George Catlin, American Indian portraits – National Portrait Gallery – St Martin’s Place – London – WC2H 0HE – Angleterre
  • Du 7 mars au 23 juin 2013
  • Catalogue George Catlin, American Indian portraits – Stephanie Pratt and Joan Carpenter Troccoli – Edition National Portrait Gallery Publications, mars 2013

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