Des bijoux contemporains en hommage à Suzy Solidor

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Exposition bijoux contemporainsQuoi de plus légitime qu’une exposition de bijoux en hommage à Suzy Solidor à Cagnes sur Mer ! Cela fait plusieurs années à présent que, grâce à la Ville, le nom de l’artiste est intimement lié aux bijoux contemporains. C’est à l’espace qui porte son nom – il s’agit de l’ancienne maison de Suzy Solidor -, sur les hauts de Cagnes, que sont organisées les prestigieuses expositions internationales de bijoux contemporains. Jo Bloxham et Benjamin Lignel ont conçu et mis en scène cet hommage, « Mirror – mirror », qui réunit 29 artistes bijoutiers en provenance de 14 pays. Chaque bijoutier a créé une œuvre unique, spécifiquement pour ce projet. L’exposition se poursuivra en octobre à San Francisco.

Collier bleu

A gauche : Broches « Baie de St Malo » en argent, acier, céramique – Peter Hoogeboom, 2012, A droite : Collier « Anémone » en polyolefin – Suzanne Klemm, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Suzy Solidor, une femme à forte personnalité

Suzy Solidor (1900 – 1983) était à la fois chanteuse, modèle, écrivain et actrice. Véritable icône de la vie nocturne parisienne elle se voulait également modèle de liberté. Elle anima des clubs privés mais sa proximité avec les troupes allemandes durant la guerre la conduira à une interdiction d’exercer à la libération. Elle n’ouvrira un nouveau club qu’en 1949, puis déménagera sur la Côte d’Azur dix ans plus tard. Elle y restera jusqu’à sa mort.

Figure emblématique – et narcissique – des années folles, Suzy Solidor a pu constituer une collection de 200 portraits d’elle-même qui la représentent à toutes les heures du jour et de la nuit. Quarante de ces tableaux sont exposés en permanence au Château Grimaldi sur les Hauts de Cagnes. Dans les années trente elle a inspiré des peintres tels Van Dongen, Marie Laurencin, Dufy, Picabia, Cocteau, Kisling, Foujita, Tamara de Lempicka…

Collier serpent

A gauche : Collier « Ssssssssuzy » en argent et objet trouvé – Maisie Broadhead, 2012, A droite : Couronne « Reine d’un jour, reine pour toujours » en cuivre doré – Marie Pendariès, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Des bijoux contemporains inspirés par la vie de l’artiste

Aujourd’hui, ce sont des artistes bijoutiers qui se penchent sur la vie de Suzy Solidor. « Nous croyons que la diversité de leurs réponses constitue un tribut à un parcours de vie hors normes, et qu’il est propice de la lire en dialogue avec les tableaux présentés au Château », soulignent Jo Bloxham et Benjamin Lignel dans le catalogue de l’exposition.

« Le bijou a ceci de singulier qu’il identifie son propriétaire. Il le désigne, mais l’invente aussi : quel meilleur medium que le bijou pour alimenter la mythomanie légère de Solidor ? ».

Collier contemporain

A gauche : Objet « Suzy Solidor » en toile – Leonor Hipólito, 2012, A droite : Collier « Mythe de Nuit » en ambre, coquillages, résine époxy, argent – Natalie Luder, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Des créateurs de bijoux venant des quatre coins du monde

Pour son hommage, Kiko Gianocca (Suisse) a surtout réfléchi « à toutes ces choses que Suzy a faites sans que personne n’en parle ».

Karin Seufert (Allemagne) a utilisé son matériau de prédilection, le PVC, parce qu’il fait partie de notre culture et de la vie de tous les jours.

Kirsten Haydon (Australie) s’est inspirée du film « La Femme du Bout du Monde » (1938), de Jean Epstein où Suzy « sème l’amour, la zizanie et le désespoir » chez les marins d’un navire de prospection minière.

Peter Hoogeboom (Pays Bas) a créé trois broches en argent moulées à partir d’algues, avec de petits vases en céramique style art déco à la place des bourgeons.

Susanne Klemm (Suisse/Pays Bas) a conçu un collier bleu inspiré d’images de l’actrice en matelot.

Maisie Broadhead (Grande Bretagne) dont la démarche passe d’abord par la présence physique du bijou, la redéfinit ensuite pour finalement la consolider via la production de parodies photographiques.

Marie Pendariès (France/Espagne) a réalisé une couronne dorée qui symbolise la fragile revendication de Suzy Solidor à la postérité.

Collier original contemporain

A gauche : Collier « The best moments of my life » en tissus, acier, biorésine, cuir – Jorge Manilla, 2012, A droite : Collier « Rosa Rubea Homuncula » en argent, laiton thermolaqué, sertis grenats du XIXème siècle, saphirs noirs, rubis et saphirs synthétiques type AI203 bruts et semi-transformés (380 carats) – Jivan Astfalck, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Leonor Hipólito (Portugal) veut croire que la véritable Suzy se cache derrière la multitude de ces toiles « qu’elle a si fièrement conservées comme pour dissimuler et protéger un secret ».

Natalie Luder (Suisse) a voulu surtout évoquer « l’oiseau de nuit » à travers un collier fait d’ambre, de coquillages, de résine et d’argent représentant des papillons.

Jorge Manilla (Mexique/Belgique) a voulu évoquer ses changements de noms, ses préférences sexuelles, son androgynie et donner l’image d’une femme forte et libérée, actrice de bouleversements, d’une révolution sociale, au début du XXème siècle.

Jivan Astfalck (Grande Bretagne/Allemagne) utilise ici rubis et saphirs synthétiques pour fabriquer une entité mythologique avec ses variétés de combinaisons et compositions possibles.

Collier contemporain en métal

A gauche : Collier « Suzanne Louise Marie Marion » en coton – Mia Maljojoki, 2012, A droite : Collier « French kiss » en cuir et fer forgé et objet « French kiss » en fer forgé – Sophie Hanagarth, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Pour « mirror-mirror », en réaction à l’image de transparence que l’actrice voulait donner d’elle même, Mia Maljojoki (Finlande/Suisse) a créé un collier de fin coton qui dissimule sans être totalement occultant.

Sophie Hanagarth (Suisse/France) s’est inspirée du “French kiss” comme expression ardente d’un désir à partir d’“Ouvre”, une chanson interprétée par Suzy Solidor.

Ruudt Peters (Pays Bas/Suède) s’est penchée sur la vie émotionnelle et sexuelle de Suzy et a voulu montrer combien elle a été modelée par sa compagne, Yvonne de Bremond d’Ars.

Nathalie Perret (Venezuella/France), en déguisant le plomb en perle, souligne la symbolique oppressive du collier de perles offert aux femmes qui supportent ainsi le poids du cadeau.

Bettina Speckner (Allemagne) dont la plupart des travaux impliquent la médiation de photographies fortement chargées psychologiquement a travaillé les matériaux avec minutie.

Collier de perles

A gauche : Objet/installation « Diaphano » en polyester, verre, silicone, eau distillée – Ruudt Peters, 2012, A droite : Sautoirs et accroches murales « Vénus au collier » en or volé, plomb, peinture, plâtre – Nathalie Perret, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Iris Eichenberg (Allemagne/USA) affirme que « lorsqu’on se regarde dans un miroir, on se voit comme neuf, on renaît ».

Peter Hoogeboom (Pays Bas) a travaillé avec des coquilles de moules à cause de la signification argotique du mollusque et parce que Suzy Solidor était originaire de Saint-Malo, site de production majeur.

Collier original en argent

A gauche : Colliers en set de deux « Sans titre » en acier, brasure or 18 carats et ex votos, objets en set de deux « Sans titre » en cuivre – Rebekah Frank, 2012, A droite : Collier en argent « Suzy » – Constanze Schreiber, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Manon van Kouswijk (Pays Bas/Australie) a produit une variante autour du collier de perles, bijou qui occupe une place fondamentale dans son œuvre.

Carole Deltenre (France) fait se côtoyer des clitoris en cire cassante et de rares congénères coulés en argent.

Rebekah Frank (USA) a été fascinée par le sourire de Suzy Solidor et le charme des dents écartées.

Constanze Schreiber (Suisse) a produit une pièce qui suggère en creux les pieds de la chanteuse.

Bijoux concept

A gauche : Objet « La vie parisienne » en cuir, cuivre, acier, argent, bouteille – Emmanuel Lacoste, 2012, A droite : Tour de hanche/collier/broche « Yin+-Yin » en acier inoxydable, zircon, cuivre émaillé, verre, pile, interrupteur, cables – Lisa Juen, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Emmanuel Lacoste (France) a choisi de traiter des diverses ambigüités de l’artiste tant au plan des mœurs que de son attitude durant la guerre.

Lisa Juen (Allemagne/Chine) a créé, à l’instar de son modèle d’inspiration, une pièce multiple qui se place sur le ventre, centre de la féminité, mais qui peut également être portée comme une broche ou un collier.

Collier en laiton

A gauche : Collier « Put on the lights » avec objet détachable – Seth Papac, 2012, A droite : Objet « Suzy Fetish » en tilleul sculpté, os, laiton, perles – Mike Holmes, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Seth Papac (USA) s’est intéressée à un simple élément domestique : les équipements lumineux.

Mike Holmes (USA) voit Suzy comme un « visage fantomatique cherchant la lumière la plus flatteuse », à la fois distante et séduisante.

Liesbet Bussche (Belgique/Pays Bas) adepte de l’ »urban jewellery » a utilisé la symbolique de la chaîne.

Bijoux charms

A gauche : Installation in situ « Urban Jewellery : Suzy’s charms » d’une chaine et 6 breloques en zinc – Liesbet Bussche, 2012 © Courtesy Liesbet Bussche, A droite : Collier « The lure of radium » en émail, microbiles de verre, pigment photoluminescent, tranfer photographique, cuivre, nylon – Kirsten Haydon, 2012 © Photos Enrico Bartolucci, Design et conception Benjamin Lignel

Nanna Melland (Norvège) estime que Suzy possédait la clé pour se libérer et que c’est pour cela qu’elle obtint respect et admiration pour cela.

Par sa vidéo montrant une femme qui se met du rouge à lèvres, couche après couche, jusqu’à recouvrir sa bouche et ses dents, Lauren Kalman (USA) entend montrer les différentes facettes, publiques et privées, du personnage qu’incarnait Suzy Solidor.

  • Exposition Mirror Mirror – Espace Solidor – Place du Château – Haut de Cagnes – Cagnes-sur-Mer
  • Du 23 juin au 23 septembre 2012, entrée libre

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