Bijoux afro-brésiliens en Belgique

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Grand-Hornu-expositionL’importation d’esclaves en provenance d’Afrique a profondément marqué la culture brésilienne dans tous les domaines et principalement la parure. Dans le cadre d’Europalia Brasil, Grand-Hornu Images, le musée d’Hornu, village situé près de Mons, propose Perles de liberté, une exposition consacrée aux bijoux afro-brésiliens. On y trouve ceux qui furent portés, du XVIème au XIXème siècle, par des femmes noires, qu’elles soient esclaves ou libres. Le style des bijoux créoles conçus à Bahia sont un mélange d’orfèvrerie traditionnelle portugaise et africaines. On peut aussi admirer des œuvres contemporaines tels les colliers de Jorge Rodrigues, dans la veine des traditions africaines, ou les bijoux de Junior de Odé, plus sensible aux modes contemporaines. Certains des bijoux exposés sont avant tout des signes de reconnaissance et d’émancipation ; d’autres ont une connotation religieuse forte ; d’autres encore, plus ludiques, ont été portés par des artistes ou à l’occasion du carnaval. Mais quelle que soit leur fonction, tous allient une charge symbolique et émotionnelle forte à leur esthétique flamboyante.

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Bijoux afro-brésiliens – Museu Carlos Costa Pinto @ Saulo Kainuma

Des bijoux or et argent pour parer les esclaves

Bien que la métropole interdise l’usage d’accessoires somptuaires aux couches les plus pauvres de la société brésilienne, les seigneurs – principalement à Bahia qui fut la première capitale du Brésil – étaient soucieux dès l’origine de parer somptueusement leurs esclaves vivant dans l’espace domestique. Elles devaient porter des vêtements et bijoux dignes du statut de leur maître.

Exposition-BruxellesA l’exposition Brazil.Brasil au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, on peut admirer en ce moment, une peinture anonyme du milieu du XIXe siècle représentant une esclave vêtue comme une reine : sur sa robe somptueuse, elle porte onze lourds colliers d’or et, dans les cheveux et autour des poignets, d’autres bijoux opulents. Le peintre a tenu toutefois à montrer en contrepoint l’expression taciturne et résignée de cette femme qui, finalement, n’était pas en adéquation avec ses somptueux atours.

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A gauche : Bijou créole – Museu Carlos Costa Pinto © Saulo Kainuma, A droite : Femme de Bahia – Anonyme – Milieu du XIXème siècle – Acervo do Museu Paulista da Univarsidade de Sao Paulo © Helio Nobre

La plupart du temps, les bijoux portés par les esclaves sont en or ou en argent et on y a parfois ajouté d’autres matières précieuses ou du corail, de l’ivoire, du bois. Ce sont des rangs de perles, d’anneaux, de chaines avec des croix, des rosettes, des pendentifs, des boucles d’oreilles, des bracelets cylindriques, des bagues, des breloques …

Une fois affranchies, les anciennes esclaves continuaient de se parer. Pour elles, la détention de bijoux n’était pas simplement un acte de coquetterie. C’était aussi un moyen d’assurer leur survie dans une société hostile ou encore d’acheter la liberté de parents ou amis.

 Des bijoux imposants pour montrer sa richesse

Pour paraitre riche, il fallait posséder un grand nombre de bijoux. Aussi ne sont-ils pas constitués de métal pur ; ils ne sont pas massifs. Ce qui compte, c’est que le bijou soit visuellement imposant. C’est pourquoi des techniques comme le filigrane et la ciselure étaient couramment pratiquées afin d’accroître la luminosité du métal.

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Balangandas © Museu de Folclore Edison Carneiro

La magie et la religion

Les bijoux afro-brésiliens avaient d’autres vertus que de marquer la richesse, le pouvoir et le statut social. Selon les matériaux utilisés, on leur attribuait également des propriétés magiques et religieuses. De nos jours encore, certains de ces bijoux sont incorporés aux vêtements d’officiantes de rites anciens. Ils sont aussi utilisés dans les bars ou les voitures pour protéger des mauvais présages.

L’exposition « Perles de liberté » montre par ailleurs, des colliers de perles de différentes couleurs et matières qui, dans certains rites, notamment le « candomblé« , accompagnent l’adepte des premiers instants de son initiation jusqu’aux cérémonies funèbres.

L’évolution de ces bijoux permet d’observer l’ascension dans la hiérarchie religieuse de celui qui les porte. Au départ, les colliers sont simples, ascétiques et rigoureux, plus tard ils deviennent opulents et très élaborés, surtout pour les grands chefs religieux.

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Colliers de perles – Junior de Ode Menor © Junior de Ode Menor

Boucle d’oreille créole et collier de perles

La composante africaine ayant progressivement été valorisée dans la culture brésilienne, la femme afro-brésilienne s’est élevée au rang de symbole du métissage. La « Bahianaise » en est le modèle le plus connu : descendante d’esclave, elle était habillée d’une jupe et de plusieurs jupons, d’une blouse à manches courtes, d’un foulard sur le dos, d’un tissu sur la tête et de colliers de perles et de bijoux créoles.

Autrefois ce personnage social constituait un véritable contre pouvoir post-abolitionniste et était considéré comme élément subversif par les élites. Au fil du temps, la « Bahianaise » est devenue un modèle positif, emblématique de la nation brésilienne. Elle s’est ainsi distinguée dans les écoles de Samba, la musique, les arts plastiques, le théâtre et le cinéma, la littérature.

A Hollywood, En 1939, Carmen Miranda en devient l’incarnation – de manière souvent caricaturale – par sa tenue et ses chansons qui mêlaient religiosité, ostentation et érotisme. Avec elle, les bijoux créoles et les colliers de perles du « candomblé » se font connaître dans le monde entier.

D’autres artistes ont pris sa suite. Les bijoux de créoles et les colliers de perles sont encore aujourd’hui ancrés dans la culture brésilienne. Les bijouteries et les magasins de souvenirs en regorgent. Si aujourd’hui, des matériaux bon marché ont remplacé l’or, l’argent et le corail, on a conservé les formes et le goût de l’opulence, et de l’exubérance.

  • Exposition Perles de liberté, Bijoux afro-brésiliens – Grand-Hornu Images – Rue Sainte Louise 82/Belgium – 7301 Hournu – Belgique – Du 23 octobre 2011 au 26 février 2012
  • Exposition Brazil.Brasil – Palais des Beaux Arts – Rue Ravenstein 23 – 1000 Bruxelles – Belgique – Du 6 octobre 2011 au 15 janvier 2012

Une réponse à Bijoux afro-brésiliens en Belgique

  1. emma&chloé dit :

    Très belle collection aussi. Encore une superbe expo que j’ai manquée !!!! Et cette année quel est le thème ?

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