L’Or, une frénésie mondiale et ses conséquences

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Pepite-d-orSon cours a fluctué au cours des derniers mois. Mais l’or vaut aujourd’hui cinq à six fois plus cher qu’il y a 10 ans. Considéré comme valeur refuge le métal jaune est toujours très recherché. Est-il réellement le placement miracle pour période de crise économique et financière ? Dans tous les pays, la presse s’interroge comme le révèle le dernier numéro de Courrier International. Le diagnostic du magazine américain Forbes est que « L’or reste un des placements les plus performants en 2011 et que les fondamentaux annoncent une nouvelle année très dynamique en 2012 ». Sans négliger l’or sous son aspect financier, Courrier International s’attache aussi à livrer à ses lecteurs « la face cachée d’une frénésie mondiale »: au plan économique, social et environnemental.

L’or et la demande mondiale

En 2010, la demande mondiale en or s’est élevée à 4 330 tonnes. Pour la moitié, elle provient des joailliers qui de par leur activité sont en permanence les plus gros consommateurs d’or. On constate qu’actuellement, les particuliers se tournent à nouveau avec frénésie vers les bijoux en or.

Ainsi en Asie et au Moyen Orient, après une baisse sensible de la demande au cours des dix dernières années, l’or est redevenu à la mode : 2300 tonnes ont été achetées en 2011 sous forme de bijoux dans ces régions du Monde.

Les investisseurs

La demande d’or par les investisseurs – professionnels de la finance et particuliers – représente quant à elle 38 %. On remarque que les investisseurs n’achètent pas uniquement l’or sous sa forme physique – pièces ou lingots – mais également sous forme d’actions de mines d’or et autres produits financiers cotés sur les marchés.

Bien que les monnaies n’aient plus aucun lien direct avec l’or depuis longtemps, les Etats détiennent encore une grande partie de l’or mondial. Les banques Centrales représentent 12 % de la demande. L’or permet de ne pas être à la merci des marchés et des monnaies internationales (dollar et euro), c’est ce qu’apprécient particulièrement les pays émergents.

Des mines d’or à nouveaux exploitées et rentables

En quelques années, la Chine est devenue le premier producteur mondial devant l’Australie et les Etats-Unis. Mais ces derniers n’entendent pas se laisser totalement supplanter. Compte tenu des cours actuels du métal jaune, de nombreuses mines d’or redeviennent rentables :

  • En Californie, à la frontière du Mexique et près de San Francisco, des mines abandonnées depuis 150 ans sont remises en exploitation.
  • Au Canada, le territoire du Yukon, témoin il y a plus d’un siècle de l’une des plus grandes ruées vers l’or, connait une répétition de l’Histoire.

De plus, en raison de la concurrence, on travaille désormais tout l’hiver malgré la rigueur du climat … Les « sources de l’or » ne sont pas près de tarir.

Des équipements sophistiqués

D’autant que les chercheurs d’aujourd’hui sont équipés de matériel sophistiqué qui permet d’exploiter de nouveaux gisements jusqu’alors inaccessibles. Ainsi, une compagnie canadienne projette d’ouvrir une mine d’or à 1600 mètres sous l’eau, au large de la Papouasie Nouvelle Guinée. Ce qui ouvre de nouvelles possibilités car les formations sous marines d’origine volcanique sont riches en minerais de grande qualité.

Une bulle spéculative

Cet engouement pour l’or est à l’origine d’une intense spéculation. Si en quelques années la Chine est devenue le premier producteur et leader mondial pour la transformation de l’or et pour l’exportation de bijoux, elle est aussi la championne de la spéculation.

Elle compte sur son territoire de nombreux marchés spéculatifs parallèles non contrôlés qui perturbent le cours officiel. On notera par ailleurs que les principaux actionnaires de la société qui gère le projet de réouverture de la mine Rosia Montana en Roumanie sont des fonds spéculatifs …

Vols dans les bijouteries et les mines

Cet engouement pour l’or engendre également la violence. Au prix actuel, l’or intéresse toutes sortes de malfrats : vol dans les bijouteries, bien sûr, mais aussi dans les mines. En Afrique du Sud, le gouvernement estime le montant de ces vols à 10% de la production nationale. Ici, les voleurs d’or sont appelés « zama-zama », soit en langue zouloue « ceux qui saisissent leur chance ».

Certes les voleurs d’or existent depuis la nuit des temps. Mais auparavant, ils se contentaient des parties de mines abandonnées. Actuellement, ils sont également présents dans celles en exploitation et leur « business » est très organisé :

  • La plupart sont d’anciens mineurs.
  • Des intermédiaires spécialisés se chargent de leur fournir outils et machines et de revendre le butin.
  • La plupart du temps, cet or passe par le Swaziland et le Mozambique avant d’arriver en Inde – un des premiers marché mondial de l’or -, en Chine ou en Suisse.

Le prix a payé est un travail de forçat dans les mines les plus profondes et dangereuses des environs de Johannesburg.

Augmentation de la violence

Courrier International nous conduit également en Colombie, premier producteur d’Amérique latine, où l’or tend à supplanter la cocaïne. Il présente un avantage par rapport à la drogue : son commerce n’est pas illégal et il peut être librement exporté par des entreprises ou des intermédiaires ayant pignon sur rue.

Les mines attirent donc toutes sortes d’acteurs armés et l’Etat ne parvient pas véritablement à assainir le secteur. Guérilleros de gauche, cartels de la drogue et criminels veulent tous leur part. C’est souvent le chef du trafic de drogue de la région qui exploite la mine.

La violence est partout présente dans les zones riches en ressources minières. Les communautés sont expulsées de leurs terres et les mineurs du coin n’ont plus de travail. Cet état de fait n’est pas propre à l’Amérique. En 2008, des émeutes ont eu lieu à la frontière Sénégalo-malienne. La population locale s’est révoltée car elle n’a pas bénéficié de la manne engendrée par les compagnies étrangères exploitant cette zone aurifère.

L’écologie et l’environnement en danger

Bien évidemment, l’exploitation effrénée de l’or ne s’effectue pas non plus sans dommage pour l’environnement. En Colombie, où on néglige les normes de protection environnementale, les conséquences sont catastrophiques sur la pureté de l’eau et sur la production agricole.

En Roumanie, les écologistes font valoir que la réouverture de la Mine Rosia Montana entrainerait des dégâts considérables dans le massif Carnic et menacerait plusieurs sites archéologiques. Sans parler des risques de pollution dues à la technique d’extraction au cyanure alors que la région a déjà payé un lourd tribu à l’extraction minière : eaux rouges, collines éventrées …

En Alaska, les projets d’exploitation aurifère sur le détroit de Béring risquent de mettre en danger un écosystème encore vierge et d’empoisonner les saumons. Quant au projet de mines sous l’eau, il soulève les inquiétudes des scientifiques.

  • Dossier L’or la face cachée d’une frénésie mondiale – Courrier International – N°1103-1104 – Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

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