Le vol des joyaux de la Couronne

Histoire | Laisser un commentaire

Documentaire-historiqueLa télévision aime les énigmes historiques. Elle se penche aujourd’hui sur le plus grand cambriolage de tous les temps : le vol des joyaux de la couronne de France. Plus de deux siècles après cet évènement, les historiens n’ont pas encore levé, loin s’en faut, tout le voile sur cet imbroglio. Vol effectué par qui ? Pour le compte de qui ? Les plus belles pièces étaient-elles encore là ?… Franck Ferrand se fait leur porte parole et mène l’enquête sur France 3 dans son émission « L’ombre d’un doute ». A ne pas manquer.

Hotel-de-la-Marine

Garde meuble de la couronne, actuel Hôtel de la Marine, place de la Concorde © Extraits de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Les joyaux de la couronne

Nous sommes en 1792. Entre le Palais des Tuileries et les Champs-Elysées, à l’époque un bois mal fréquenté, se trouve le garde meuble de la Couronne. C’est aussi le premier Musée des Arts décoratifs parisiens. Les joyaux de la couronne y sont désormais conservés dans la salle réservée aux bijoux. Ils ont suivi de peu l’arrivée de Louis XVI, enfermé aux Tuileries.

Ce bâtiment contient donc un fabuleux trésor, exceptionnel pour l’époque en Europe, tant au plan géologique que qualitatif et quantitatif : des diamants, des pierres précieuses parmi les plus grosses et les plus rares qui soient et quantité d’objets en or … En tout l’équivalent de 7 tonnes d’or et 8 à 9 milles diamants, plus des pierres de couleurs, saphirs, rubis, émeraudes et des perles d’une grande qualité.

François-1er

A gauche : François 1er, Au centre : Les « Mazarins », A droite : Le Cardinal Mazarin © Extraits de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Les origines du trésor de la couronne de France

Les origines de ce trésor, remontent à François 1er qui avait décidé que les joyaux de la couronne n’appartiendraient plus au monarque mais à la Nation. Un rubis « balai » dit spinelle, le « Côte de Bretagne » (212 carats) et sept autres pierres précieuses vont constituer la base du trésor.

La collection s’est enrichie au fil des règnes et, sous Louis XIV, elle a pris tout son éclat, notamment grâce aux 18 magnifiques diamants légués par Mazarin, dont le « Sancy » et le « Miroir de Portugal » (26 carats, 3ème Mazarin).

Toison-dor

A gauche : Partie haute de l’Insigne de l’ordre de la « Toison d’or » composée d’un diamant de 32 carats, 2 topazes et 84 brillants et le spinelle « Côte de Bretagne », A droite : Partie basse de l’Insigne de l’ordre de la « Toison d’or » avec le diamant bleu et la toison d’or © Extraits de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Louis XIV, grand collectionneur de gemmes, compléta également sa collection par de nombreux diamants rapportés d’Inde dont un magnifique diamant bleu, parfaitement pur et d’une intense couleur de 115 carats, qu’il fit taillé en brillant (le premier de l’histoire).

Ce diamant de 69 carats sera par la suite intégré à un chef d’œuvre de joaillerie crée par Jacquemin pour Louis XV, « La toison d’or » avec en son centre le « Côte de Bretagne » retaillé en dragon par Jacques Gay. Le « Régent », pièce maitresse de la collection de Louis XV est à l’époque le plus gros diamant du monde.

Afficher sa puissance

Les Rois et reines portaient les diamants de la couronne pour de grandes occasions et les intégraient à leur coiffure, leurs vêtements ou les portaient en bijoux. Les pierres étaient montées pour une soirée puis démontées et remontées de façon différente à d’autres occasions.

Ces joyaux servaient à afficher la puissance et la richesse de l’Etat. La dernière fois où ils ont été arborés comme tels, c’est lors de l’ouverture des Etats Généraux à Versailles, le 5 mai 1789 : Louis XVI portait l’insigne de « La toison d’or » et Marie Antoinette avait glissé le « Sancy » dans sa chevelure.

Marie-Leczinska

Marie Leczinska, détail, huile sur toile – Carle Van Loo © Extrait de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Les bijoux et les pierres précieuses volés en 1792

Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1792, des cambrioleurs font une première incursion dans le garde meuble. Comme personne ne les dérangeait, ils sont revenus de plus en plus nombreux, et par 4 fois en 1 semaine. Ce n’est finalement que parce que les brigands chantaient et buvaient que les gardes étaient monté à l’étage des bijoux. Brisant les scellées, ils ne purent que constater le vol.

Première question, pourquoi un trésor aussi important était-il si mal gardé ? S’étant déroulée dans un climat de guerre civile, l’affaire a donné lieu à un affrontement politique où il était souvent question de complot contre révolutionnaire. Il fallait des coupables et vite.

Quelques malfrats pris sur les lieux ont dénoncé des complices. Tous ont été traduits devant les tribunaux. A la fin du procès, sur les 17 accusés, 12 ont été condamnés à mort et 5, effectivement exécutés. Mais il ne s’agissait que de « seconds couteaux ». Paul Miette, le cerveau de l’affaire, a non seulement échappé à la guillotine, mais il a été relaxé. Cette décision de justice a semé un nouveau doute.

Couronne-diamant

Couronne de sacre de Louis XV avec le Régent au centre © Extrait de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Un vol mystérieux en des temps troubles

Enigme dans l’énigme : les principaux joyaux étaient-ils encore dans le garde meuble au moment du cambriolage ? Si l’inventaire de l’Assemblée Nationale permet d’affirmer qu’à la fin de 1791 toutes les pierres étaient encore à leur place, il n’en était pas de même au printemps 1792.

Dans le climat insurrectionnel de l’époque, le responsable du garde meuble, le baron Thierry de Ville d’Avray – un proche de Louis XVI – avait mis en sûreté neuf coffrets contenant les trois quarts des bijoux. Le 10 août 1792, c’était le chaos à Paris. Louis XVI était déchu et sa famille emprisonnés au Temple tandis que le baron Thierry était arrêté. Sur ordre d’une délégation de députés arrivés au garde meuble, les 9 coffrets manquants sont restitués. Mais sans être ouverts. On ignore donc si au moment du cambriolage, les plus gros joyaux étaient encore là.

Les interprétations ne manquent pas face à cette avalanche d’énigmes. Négligence du gouvernement notamment du Ministre Roland, responsable de la sécurité intérieure ? Volonté de ne pas intervenir pendant l’effraction ? On a longtemps soupçonné une manipulation de Danton, ministre de la justice, qui se serait servi des joyaux pour « acheter » le duc de Brunswick à Valmy.

En fait, tous les clans rivaux se sont accusés les uns les autres du vol des bijoux. On a soupçonné le gouvernement de vouloir mettre de l’argent de côté pour lever une armée. On a soupçonné l’ennemi héréditaire, l’Angleterre, d’avoir commis le vol pour l’en empêcher … A moins que ce vol, ne soit tout simplement l’œuvre de brigands qui auraient profité de l’anarchie régnante ?

Sancy

Le « Sancy » © Extrait de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

La plupart des pierres précieuses finalement retrouvées

Sans apporter de réponses définitives au pourquoi, le film nous rassure en quelque sorte sur les pierres elles mêmes qui ont été en grande partie retrouvées. Progressivement, les plus grosses pierres ont refait surface, souvent dans d’étranges circonstances.

Globalement, en mars 1794, soit un an et demi après le vol, tous les grands diamants étaient réapparus. En fin de compte, les deux tiers des joyaux étaient récupérés. Seules les pierres de plus petits calibres, plus faciles à écouler, avaient à jamais disparu.

Certaines de ces pierres emblématiques ont été remises au Musée du Louvre à Paris. C’est là que sont conservés actuellement :

  • le « Régent »,
  • le « Sancy »,
  • le « Côte de Bretagne », le rubis historique légué par François 1er. Ce dernier avait été découvert à Londres où Louis XVIII l’avait racheté pendant son exil et lègué à la France à sa mort.
Pierre-de-couleur

Pierres de couleur de la Galerie du Muséum d’Histoire Naturelle © Extrait de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Les pierres de couleurs ont rejoint quant à elles la galerie de minéralogie du Muséum d’Histoire Naturelle :

  • La plus importante est le grand saphir de Louis XIV, dit « Le Ruspoli », acquis en 1669.
  • Il y a également la grande émeraude de 17 carats que Louis XIV portait en crochet de chapeau lors des chasses et des grands bals de cour.
  • Une troisième pierre importante est constituée par un saphir bicolore – champagne au centre -, utilisé en bague par Marie Leczinska.
  • On compte enfin une topaze dite « Impériale » d’une taille extraordinaire de l’époque Louis XV.
Le-diamant-Hope

A gauche : Modèle en plomb du diamant bleu, Au centre : Le diamant « Hope », A droite : Superposition du diamant « Hope » sur le modèle en plomb du diamant bleu © Extraits de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Le diamant bleu et le Hope

Quant au diamant bleu, et fleuron de la « Toison d’or », il réapparu en 1812, sous forme d’un diamant oval bleu foncé, de 45 carats, appartenant au riche banquier anglais Henry Philip Hope. Sous le nom de « Diamant Hope » (Hope diamant), il arrive aux Etats-Unis en 1912 et est donné au Smithsonian Institution, le Muséum d’Histoire Naturelle de Washington.

En 2007, François Farges, minéralogiste au Muséum d’Histoire Naturelle établira définitivement, grâce à une comparaison du diamant Hope avec le modèle en plomb du diamant bleu, récemment découvert, qu’il s’agissait bien du diamant de la Couronne de France retaillé. Retaillé à la hâte, ce diamant perdit pour toujours sa magnifique taille et sa masse et tout son art baroque. Le diamant Hope est aujourd’hui exposé à Washington.

Diamant-bleu-Hope

A gauche : François Farges explique ses recherches sur le diamant bleu et le diamant « Hope », Au centre : Modèle en plomb du diamant bleu et diamant « Hope » © Extraits de l’émission « L’Ombre d’un doute », France 3

Les bijoux de la couronne finalement vendus en 1887

On ne peut pas dire comme dans les contes de fée que tout finit – presque – bien. Si certaines pierres ont été épargnées, de très beaux objets en or ou des parures ont été dépecées ou cassées. Mais la vente en mai 1887, contribua à brader et disperser le trésor.

Certains mécènes aujourd’hui s’efforcent de le reconstituer, mais à quel prix. Récemment le « Grand noeud de corsage » de l’Impératrice Eugénie et la « boîte à portrait » de Louis XIV ont été acquis par le Musée du Louvre grâce à la Société des Amis du Louvre.

  • Emission d’Histoire – Le vol des joyaux de la Couronne : 16 septembre 1792, le casse du Millénaire – L’ombre d’un doute – Franck Ferrand – Réalisation : Jean Christophe de Revière, Guillaume Perez, Elodie Mialet – France 3 – Première diffusion : 2 novembre 2011, 23h, Rediffusion : 4 décembre, 15h40

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *