Colliers en nacre, bracelets plumes et cheveux à l’Abbaye de Daoulas

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Exposition-Abbaye-de-DaoulasL’exposition Rencontres en Polynésie présentée à l’Abbaye de Daoulas (Finistère) nous invite à découvrir la Polynésie, ses coutumes et ses objets à travers le regard de Victor Segalen (1878-1919). Gravures, bijoux, parures, statuettes et autres documents, souvent inédits, nous permettent d’accompagner l’écrivain breton lors de son premier voyage, au tout début du XXème siècle. On peut également mesurer la modernité de son regard. Loin des représentations stéréotypées véhiculées par la littérature de son époque et renforcées par les Expositions Universelles, Segalen nous aide à réfléchir sur la notion même d’exotisme. Il se demande également comment les Polynésiens ont vécu les épisodes d’apparition des Blancs. Pour la première fois, dans un récit de voyage, un auteur s’est placé aussi du point de vue des populations rencontrées.

Segalen-Victor

A gauche : Portrait de la reine de Tahiti Pomaré IV, huile sur toile – Sébastien Charles Giraud, vers 1850 – Musée du Quai Branly © Scala, A droite : Portrait de Victor Segalen, huile sur toile – George Daniel de Monfreid, 1909 – Collection particulière

Les bijoux ethniques polynésiens

L’exposition « Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme » donne à voir l’exotisme au travers d’objets réels empruntés à la culture polynésienne. On découvre ainsi la couronne en ivoire et écailles de tortue qui était portée par les chefs guerriers des Iles Marquises ; les chevillières en plume qui s’agitaient selon les mouvements des danseurs ; un ornement d’oreille féminin en ivoire de cétacé et coquillage qui se portait dans le lobe de l’oreille.

Les bracelets présentés sont en cheveux qui sont souvent ceux des victimes de guerre ; ils permettaient aux grands chefs de s’accaparer la force du vaincu. Il y a également le pompon d’un bonnet de plumes rouges ou l’image d’un corps tatoué … Autant d’objets qui suscitent l’interrogation.

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A gauche : Collier de nacre – XIXème siècle – Iles de la Société, Tahiti © Musée d’Art et d’Histoire de Langres, A droite : Parure de tête « Pa’ekea » en nacre et écaille de tortue – Vers 1840 – Iles Marquises – Musée de Vannes © Musée d’Art et d’Histoire, Vannes

La nacre, symbole du sacré

La sensation d’exotisme, pour l’écrivain voyageur, par ailleurs médecin de marine, c’est d’abord la surprise, l’étonnement devant la nouveauté. Selon lui, il fallait pouvoir admettre la beauté hors des canons qui nous sont habituels.

Par exemple, des Iles Hawaï à la Nouvelle Zélande, lumière, blancheur et brillance éclatante étaient perçues comme les reflets du sacré. Cela explique la grande place de la nacre de coquillage dans ces contrées. On la trouvait dans le costume et le masque de deuilleur, dans les coiffures, sur les pectoraux, en colliers. Pour obtenir plus d’éclat encore, aux Iles Samoa, les nacres des grandes coiffes de chef seront remplacées par des miroirs.

Les plumes

En Polynésie également, les plumes rouges avaient une valeur extrême. Elles décoraient les costumes d’apparat, les effigies religieuses ou étaient offertes telles quelles aux invités de marque. Elles pouvaient aussi servir de monnaie d’échange. James Cook avait compris que le plus petit morceau d’étoffe garni de ces plumes « produisait la folle joie que ressentirait un européen qui aurait trouvé le diamant du Grand Moghol ».

A Hawaï, les plumes symbolisaient la noblesse et la royauté : les capes « Ah Hula » faites de résilles, les coiffures des hommes et les effigies de vannerie du Dieu Ku, toutes recouvertes de plumes rouges et jaunes, attestaient de l’origine divine de ceux qui les portaient.

Bijoux-cheveux-bracelet

A gauche : Ornement en plumes rouges – XIXème siècle – Iles Cook © Musée d’Histoire Naturelle, de Géologie et d’Etnographie de Lille, A droite : Bracelets « Poe i’ima » de cheveux humains – Vers 1840/1844 – Iles Marquises © Musée d’Art et d’Histoire de Rochefort

Symboles et interprétations

Admettre une nouvelle forme de beauté ne suffit pas. Encore faut-il mesurer la distance qui sépare les cultures et comprendre la démarche des autochtones. Sinon, c’est l’incompréhension.

Colliers de nacre, ornements de plumes, habits de deuil, figures étranges témoignent ainsi à l’Abbaye de Daoulas des malentendus qui se nouèrent au moment de la rencontre entre Blancs et Polynésiens.

Parce que lumière et blancheur étaient les reflets du sacré, les Polynésiens pensaient que les Blancs qui envahissaient leurs terres étaient liés aux Dieux. L’attirail qui les accompagnait renforçait cette interprétation : miroirs, métal poli des canons, verrerie, éclair des fusées … Le Capitaine Cook fut pris pour le Dieu de la Paix puis pour celui de la Guerre ; ce qui le mena à la mort.

Par ailleurs, Segalen souligne l’étroitesse d’esprit des missionnaires qui condamnaient les tatouages, au moment même où les marins occidentaux l’adoptaient pour eux mêmes et allaient le diffuser en occident.

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A gauche : Le cloître de l’Abbaye de Daoulas, A droite : L’abbaye de Daoulas et son jardin © CDP29

Une quête du paradis perdu à l’époque de Victor Segalen

Ethnologue précurseur, Victor Segalen annonce le tournant qu’a pris au milieu du XXème siècle l’étude culturaliste des contrées lointaines. Certes, au XIXème siècle déjà, l’intérêt était grand en Europe pour les décors Océaniens. Mais il s’agissait simplement de s’inspirer de lignes graphiques.

Les pendentifs de jade « Hei tiki » des Maoris, aussi étaient très prisés des collectionneurs. Charles X, lui même en possédait un. Et si on dépassait l’aspect purement esthétique, le désir des Européens de découvrir un ailleurs relevait surtout de la quête du Paradis perdu : un état de nature dont auraient été porteuses certaines sociétés traditionnelles.

Nombreux sont les artistes, de toutes disciplines, qui sont partis à la recherche de ce primitivisme. Segalen n’échappa pas totalement à cet état d’esprit. A la mort de Gauguin en 1903, il avait lu avec passion les textes de l’artiste et le considérait comme l’artisan inespéré d’une renaissance polynésienne.

  • Exposition Rencontres en Polynésie, Victor Segalen et l’exotisme – Abbaye de Daoulas – Chemins du patrimoine en Finistère – 29460 Daoulas
  • Du 22 avril au 6 novembre 2011

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