Bijoux Art nouveau d’Eugène Grasset à Lausanne

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Eugene-GrassetLe Musée Cantonal des Beaux-Arts de Lausanne consacre une rétrospective à Eugène Grasset (1845-1917). Lausannois de naissance, cet artiste a exercé une influence majeure sur la renaissance des arts décoratifs en France. Il est internationalement reconnu pour ses illustrations dans « Harper’s Magazine », « L’Illustration », « Paris illustré », ou « le Figaro illustré » et ses affiches, particulièrement la « Semeuse à tout vent », emblème des Editions Larousse. Il a su mettre aussi sa connaissance des matériaux et des techniques au service de l’esthétique des objets du quotidien : meubles, tapisseries, céramiques, vitraux et bijoux … Des artistes tels Alphonse Mucha, Augusto Giacometti, Maurice Pillard-Verneuil ou Paul Berthon ont affirmé son rôle de précurseur et de théoricien de l’Art nouveau. Ses bijoux, dessinés pour le joaillier Henri Vever, ont connu un vif succès en 1900 à l’Exposition Universelle de Paris.

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A gauche : Emblème des éditions Larousse « Semeuse (Je sème à tout vent) » – Eugène Grasset, vers 1890 © Lausanne, Musée Cantonal des Beaux-Arts, photo Nora Rupp, Au centre : Eugène Grasset vers 1875 – Photographe J. Tarin © Lausanne, musée de l’Élysée, A droite : Chromolithographie, « Encre L. Marquet – La meilleure de toutes les encres » – Eugène Grasset, 1892 © Museum für Gestaltung Zurich, Plakatsammlung Photo Franz Xaver Jaggy

Le joaillier Henri Vever et Grasset collaborent

René Lalique avait, le premier, réalisé des bijoux Art Nouveau et de nombreux bijoutiers souhaitaient s’engager dans cette même voie : tandis que Georges Fouquet faisait appel à Alphonse Mucha, Henri Vever, lui, se rapprochait d’Eugène Grasset.

Mucha et Grasset ont inventé des « bijoux de peintre » dont l’intérêt est dans la composition et dans les harmonies. Evelyne Possémé le souligne dans le catalogue de l’exposition : « Les harmonies colorées très particulières sont certainement le résultat d’une collaboration poussée entre Grasset, l’artiste peintre, et Vever, le bijoutier rompu à toutes les possibilités de son métier. Vever renforce le caractère barbare, primitif de ces bijoux en employant l’émail opaque dans des colorations sourdes et en semant les surfaces de pierres aux couleurs franches, taillées en cabochon ».

La plupart des critiques s’accordent à considérer les bijoux dessinés par Grasset comme des pièces de vitrine, non véritablement destinés à être portées. D’ailleurs, ses bijoux ont essentiellement été acquis par les musées ; le plus grand nombre fut donné par Henri Vever au musée des Arts déco de Paris en 1924.

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A gauche : Paravent « Les Quatre Saisons » en bois et broderies polychromes – Eugène Grasset © Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, photo Eric Emo, Petit Palais, Roger-Viollet, A droite : Peigne « Assyrienne » en corne, or, émail, améthystes et brillants – Maison Vever bijoutier d’après un dessin de Grasset, 1900 © Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, photo Patrick Pierrain, Petit Palais, Roger-Viollet

Des bijoux Art nouveau aux nombreuses influences

Influencé par les courants néomédiéviste, japoniste et symboliste, il a décoré ses bijoux ainsi que ses objets du quotidien d’une variété infinie de motifs : animaux, végétaux, ornements géométriques.

Grasset mettait également en scène des personnages féminins légendaires ou chimériques. Chez lui, la femme était réduite à une typologie maniériste, ondulante et rousse, empruntée aux préraphaélites anglais et, à travers eux, à Boticelli. Ce qui ne l’empêchait pas de voir également en elle « l’ennemie héréditaire de l’homme, une harpie embusquée sous des oripeaux calculés pour faire disparaître ses imperfections » (Carnet, 1910).

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A gauche : Crayon et aquarelle « Avril » sur papier vélin, projet pour le Calendrier pour 1896 offert par La Belle Jardinière – Eugène Grasset © Collection Julien et Vivant Gautrot, photo Thomas Hennocque, Paris, Au centre : Chromolithographie « Jalousie » (n°9, 10 estampes décoratives – Eugène Grasset, 1897 © Ville de Genève, musée d’Art et d’Histoire, cabinet d’Arts graphiques, photo Jacot-Descombes, A droite : Chromolithographie « Madrid International Exhibition of 1893-94, Palacio de la Industria y de las Artes » – Eugène Grasset, 1893 © Bruxelles, collection du musée d’Ixelles, photo Mixed Media

D’autres collaborations artistiques

Si c’est avec le joaillier Henri Vever qu’il a réalisé une vingtaine de bijoux universellement reconnus comme des chefs d’œuvre, Eugène Grasset a également travaillé avec d’autres artisans, dans de multiples disciplines.

Il a réalisé des tapisseries avec les ateliers Jean-Louis Leclercq de Tourcoing, des horloges en grès émaillé avec la firme Emile Muller & Co, des panneaux en faïence avec la manufacture de Sarreguemines …

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A gauche : Chromolithographie « Abricotine. Délicieuse liqueur » – Eugène Grasset, vers 1900 © Collection particulière, A droite : Chromolithographie « Le Parasol » – Eugène Grasset, 1900 © Ville de Genève, Musée d’Art et d’Histoire, Cabinet d’Arts graphiques, photo Bevilacqua

C’est le procédé inventé par l’imprimeur Charles Gillot permettant la reproduction d’images à faible coût qui lui a permis de fournir des sujets à la grande presse, aux maisons d’édition et aux éditeurs de musique. Ces nombreuses collaborations l’ont placé au cœur d’un renouveau esthétique et industriel.

  • Exposition Eugène Grasset, l’Art et l’ornement – Musée Cantonal des Beaux-Arts – Palais de Rumine, place de la Riponne 6 CP – CH-1014 Lausanne – Suisse – Du 18 mars au 13 juin 2011
  • Visite commentée le 9 juin, à 18h30 par Sandrine Moeschler, médiatrice
  • Catalogue Eugène Grasset, l’art et l’ornement – Editions Cinq Continents et Le Seuil

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