Lucas Cranach et le pouvoir des femmes

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Expo-CranachL’exposition Cranach et son temps, proposée actuellement par le Musée du Luxembourg à Paris, est l’occasion pour les Français de mieux connaître un des artistes majeurs de la renaissance germanique. Lucas Cranach (1472 – 1553) a été impliqué dans les bouleversements politiques et religieux d’une époque fortement marquée par la Réforme protestante. Son parcours est jalonné de rencontres avec les principaux représentants de la vie politique et religieuse. Portraitiste de talent, on lui doit les effigies de Charles Quint, Martin Luther ou encore Marguerite d’Autriche. Artiste de cour, on lui doit également de nouvelles thématiques et principalement celle de la femme dont il a réalisé, sous différentes formes, des portraits marquants où le bijou est parfois très présent.

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A gauche :

Exposition-Cranach

« Lucrèce », tilleul – Lucas Cranach l’Ancien, 1510-1513 – Collection privée © Collection privée

Des colliers en or et pierres précieuses

Cranach, qui puise son inspiration aussi bien dans l’univers biblique que mythologique, pare très souvent le cou et la gorge de ses déesses, héroïnes ou allégories de fastueux bijoux en or.

Mais la précision de la représentation des accessoires – ces femmes portent souvent également un chapeau à larges bords – ne se transforme pas pour autant chez lui en religion du détail.

Par leur lourdeur recherchée, les fastueux bijoux en or et pierres fines évoquent essentiellement un univers de luxure.

Si certaines femmes sont revêtues de somptueuses robes de cour – rouges le plus souvent – richement brodées et rehaussées de brocard, il a aussi représenté des nus en grand nombre, ceux là même qui ont contribué à asseoir sa renommée. Une section entière de l’exposition leur est consacrée.

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« Portrait idéalisé de jeune femme », huile sur panneau – Lucas Cranach l’Ancien, 1530 – Collection privée © Courtesy Galerie de Jonckheere, Paris

Des bijoux de luxe parent des femmes dénudées

A contempler les nus de Cranach, on hésite entre la satisfaction du plaisir des yeux et la perception du message moral et didactique que l’artiste est sensé faire passer.

Le plus souvent, même dénudés, les modèles sont parés de chaînes en or. Cet apport ajoute à l’ambiguïté de ses tableaux qui mêlent étroitement érotisme et morale.

La tradition des portraits à mi corps ou au genou de femmes, vertueuses ou légères, a fait leur apparition dans l’œuvre de Cranach vers 1510. Véronique Bücken souligne dans le catalogue de l’exposition « Cranach et son temps » que la mise en page du peintre, « sans doute inspirée des portraits de Memling et de certains modèles italiens, permet de résumer en une seule image forte toute la tragique histoire des jeunes femmes. »

Lucrece-Cranach

« Lucrèce », huile panneau bois – Lucas Cranach Le Jeune, vers 1540-1545 – Coll privée © Courtesy Gal de Jonckheere

Lucas Cranach, une production standardisée

Par ailleurs, même l’observateur le moins avisé remarque une constance dans la représentation des lourds bijoux en or et pierres précieuses d’un tableau à l’autre.

Artiste à succès et homme d’affaire averti, Cranach avait organisé son atelier pour répondre le plus rapidement possible à des commandes toujours plus nombreuses ; ce qui a amené l’artiste à décliner les mêmes thèmes sous des formes variées.

Pour ce faire, il avait recours à des formats et des compositions standardisées ainsi qu’à des figures types, que l’on retrouve dans ses œuvres, même si aucun de ses tableaux ne peut apparaitre comme la simple copie d’un autre.

Salome-Cranach

« Salomé tenant la tête de saint Jean-Baptiste », tilleul – Lucas Cranach l’Ancien, vers 1526-1530 – Budapest, Szépmuvészeti Mùseum © Budapest, Szépmuvészeti Mùseum

Les trois grâces au Louvre

Contrairement à ses contemporains Léonard de Vinci, Michel Ange, Raphaël ou Dürer, Cranach ne pratiquait pas d’études préliminaires.

Il représente des corps dont le canon se distingue nettement des proportions idéales prisées à la Renaissance. Pourtant leur élégant tracé continue d’être très apprécié à notre époque et a même suscité l’admiration d’un Picasso.

Le succès de la récente souscription organisée par le Louvre pour acquérir Les Trois Grâces, actuellement exposé dans l’aile Richelieu, est également une preuve de l’intérêt manifesté pour ce peintre.

  • Exposition Cranach et son temps – Musée du Luxembourg- 19, rue de Vaugirard – 75006 Paris – Du 9 février au 23 mai 2011
  • Les Trois Grâces de Lucas Cranach l’Ancien, Tableau du mois – Le Louvre, Galerie Médicis, Aile Richelieu, 2ème étage – Du 2 mars au 30 mai 2011 – A partir du mois de juin 2011, le tableau prendra sa place salle 18, salle consacrée à la peinture des Ecoles du Nord

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