Colliers géants en verre de Murano d’Othoniel au Centre Georges Pompidou

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Exposition-OthonielLe Centre Georges Pompidou à Paris retrace actuellement le parcours de Jean-Michel Othoniel. C’est la première fois qu’une grande institution culturelle consacre une exposition à cet artiste de 47 ans qui est en milieu de carrière. Cette exposition sera ensuite présentée à Séoul, Tokyo et New York. Sous le titre My Way, un ensemble inédit de quatre-vingts œuvres propose au public un cheminement qui va des pièces intimes des débuts – mais où l’on trouve déjà le vocabulaire artistique d’aujourd’hui – aux réalisations actuelles, plus monumentales.

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Othoniel et le thème de la souffrance

Jusqu’au milieu des années 1990, Jean-Michel Othoniel s’est emparé de matériaux précaires – soufre, phosphore, cire -, généralement peu utilisés dans le champ artistique pour étayer sa réflexion sur le corps, la souffrance, la disparition.

Si le soufre occupe une place privilégiée, c’est pour sa couleur intense mais aussi pour les rapprochements possibles avec le verbe souffrir …

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A gauche : « Histoire de peintures péninsulaires », soufre,chemises, courges – Jean-Michel Othoniel, 1991 – Centre National des Arts Plastiques, A droite : « El Albero, l’actéon », peinture sous verre, papillon, soufre, sable – Jean-Michel Othoniel, 1987 – Collection Laurence Dumaine Calle, Paris © Photos Notes Précieuses

Plus généralement, la fragilité des matériaux employés renvoie à la fragilité de la vie. N’oublions pas que le début des années 1990 est marqué par l’extension rapide des ravages du sida.

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« Le collier-Cicatrice », performance photographiée, Europride 1997, Paris – Jean-Michel Othoniel, 1997 – Courtesy Jean-Michel Othoniel © Photos Notes Précieuses

Othoniel questionne les limites du genre – féminin-masculin, mais aussi frontières entre l’Homme, l’animal, le végétal, le minéral – et engage délibérément ses sculptures du côté de l’indétermination sexuelle.

La pointe de sein devient un de ses motifs privilégiés et il intègre dans son processus créatif des pratiques féminines telles que la broderie et l’enfilage de perles.

Le collier en perles rouges cicatrice

« Le collier cicatrice », réalisé en souvenir de Félix Gonzales-Torres victime du sida, est une de ses œuvres marquantes. Othoniel a produit mille colliers de perles rouges qu’il a offerts aux passants lors de l’Europride 1997. Une condition toutefois : qu’ils acceptent de se laisser photographier collier au cou ! Othoniel porte lui même ce collier.

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A gauche : « Les amants suspendus » en verre de Murano – Jean-Michel Othoniel, 1999 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris et « Le Contrepet », sculpture obsidienne – Jean-Michel Othoniel, 1992 – Collection de l’artiste, A droite : « Sans titre » en verre de Murano – Jean-Michel Othoniel, 1997 – Collection de l’artiste et « Les amants suspendus » © Photos Notes Précieuses

L’obsidienne

C’est un peu par hasard, que l’artiste a découvert la beauté de l’obsidienne, ce verre naturel noir issu de la lave des volcans. Il réussit, avec l’appui du Cirva (Centre international de recherche sur le verre), à le recréer pour l’intégrer dans son œuvre.

Le verre de Murano

Mais c’est quelques années plus tard qu’il entame son véritable travail sur le verre, d’abord avec les verriers de Murano. Il « blesse » le verre pour y faire apparaître des cicatrices.

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A gauche : « Diary of Happiness » en verre de Murano et bois – Jean-Michel Othoniel, 2008 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris, A droite : « Lagrimas », table, verre, eau – Jean-Michel Othoniel, 2003 – Fondation Louis Vuitton pour la Création © Photos Notes Précieuses

La découverte des possibilités de ce matériau, marque un réel tournant chez Othoniel.

  • D’abord au plan technique parce qu’il doit déléguer le geste artistique aux techniciens.
  • Ensuite au plan artistique compte tenu de la palette de couleurs et de toutes ses possibilités plastiques qu’offre le verre.

L’œuvre de Jean-Michel Othoniel aborde alors une phase plus sculpturale et plus féérique.

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A gauche et au milieu : « Le collier double » en verre de Murano, cristal, ambre et alessandrita – Jean-Michel Othoniel, 2010 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris, A droite : « La Mandorle d’or blanc » en verre de Murano et or, réalisé pour l’exposition – Jean-Michel Othoniel, 2011 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris © Photos Notes Précieuses

Il puise désormais son inspiration dans l’univers des contes et du religieux. Jouant de l’aspect à la fois fragile et monstrueux du verre, le sculpteur, qui n’entend pas exclure la beauté du champ artistique, crée des formes qui rejoignent parfois le territoire de la décoration et de l’ornementation.

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Photos Notes Précieuses

Le collier en verre

Le collier, objet fétiche, est un thème qui revient chez lui très régulièrement comme ses colliers géants en verre de Murano :

  • « Le collier double », cristal, ambre et alessandrita ;
  • « Rivière blanche » en perles de verre opaque et
  • « La Mandorle d’or blanc » créée spécialement pour l’exposition.
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Photos Notes Précieuses

Avec « Le bateau des larmes » il montre toutefois qu’il continue de prendre en compte une actualité tragique, mais son boat people est ornementé d’un dais de verre coloré.

Ces dernières années, Othoniel élabore une « physique de la poésie » qui allie la démarche esthétique à la rigueur des formulations mathématiques.

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A gauche : « Le grand noeud autoporté » en verre de Murano, métal, réalisé pour l’exposition – Jean-Michel Othoniel, 2011 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris, et « Le Noeud de Lacan » en verre miroité et métal – Jean-Michel Othoniel, 2009 – Collection François Odermatt, courtesy Galerie Perrotin, Paris, Au milieu : « Le Noeud de Lacan », « le grand double noeud de Lacan et « La Mandorle d’or blanc », A droite : « Le grand double noeud de Lacan » en verre miroité et métal, réalisé pour l’exposition – Jean-Michel Othoniel, 2011 – Courtesy Jean-Michel Othoniel et Galerie Perrotin, Paris © Photos Notes Précieuses

Le noeud borroméen

Si certaines œuvres relèvent de la simplification d’objets existants, notamment le collier, d’autres mettent en espace des modélisations mathématiques, comme le nœud borroméen dont Lacan s’est inspiré pour représenter le lien des trois dimensions de l’imaginaire, du symbolique et du réel.

Pour l’exposition de 2011, il a crée entre autres « Le grand double nœud de Lacan » et « Le grand noeud autoporté ».

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A gauche : « Le petit théâtre de Peau d’Ane », en verre, bois laqué, broderies, dentelles, tissu, soie. Ensemble composé de 4 tables dressoirs, la table du monstrueux, la table du temps, la table du soleil, la table de la lune sur lesquelles sont présentées, sous globe de verre, des petites architectures en verre filé – Jean-Michel Othoniel, 2004 – Collection Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne Paris, Don conjoint de l’artiste et de la Galerie Perrotin Paris. Cette installation comprend 60 marionnettes réalisées par Pierre Loti enfant entre 1861 et 1865 – Collection Maison de Pierre Loti, Ville de Rochefort – A droite : « Precious Stonewall », briques de verre soufflées et taillées en Inde, colliers de verre – Jean-Michel Othoniel, 2010 – Courtesy Galerie Perrotin, Paris © Photos Notes Précieuses

L’exposition est complétée par le « Le réel merveilleux », un atelier qui permet de sensibiliser les enfants à l’univers de l’artiste.

Deux œuvres emblématiques y sont présentées :

  • « Le petit théâtre de Peau d’Ane » et
  • « Precious Stonewall ». Cette dernière sculpture en briques de verre recouverte de colliers de perles est visible pour la première fois en France.
  • Exposition « Jean-Michel Othoniel, My way » – Centre Pompidou, Galeries du musée, 4ème étage – 75191 Paris cedex 04 – Du 2 mars au 23 mai 2011
  • Exposition-atelier « Le réel merveilleux » – Centre Pompidou, Galerie des enfants, RDC – 75191 Paris cedex 04 – Du 12 février au 22 août 2011

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  1. Ping : Qu’y-a-t-il de commun entre la station du métro Palais Royal à Paris et l’Ile de Murano dans l’archipel de Venise? | Prenons le large

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