Brune ou blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma

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Brune BlondeRecouverte d’une immense « chevelure »- œuvre d’Alice Anderson -, la façade de la Cinémathèque française annonce une exposition originale, Brune Blonde, qui convie le visiteur à réfléchir sur la représentation de la chevelure féminine au cinéma, mais aussi dans l’art et la société. Héritier de la peinture et de la littérature, le cinéma prolonge la fascination pour la chevelure féminine et la gestuelle qui lui est liée en lui donnant de surcroit le mouvement. En outre, selon l’expression d’Alain Bergala, commissaire de l’exposition : « Parler de la chevelure, c’est embrasser l’histoire de l’art et celle de nos sociétés. Blonds ou roux, coupés courts ou portés longs, relevés ou lâchés, les cheveux des femmes entretiennent depuis toujours un rapport étroit à l’histoire des sociétés et à la mythologie. »

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Les cheveux de la femme

Depuis l’avènement du VIIème Art, les stars d’Hollywood et des studios européens se sont substituées aux figures légendaires incarnées par la peinture, de Botticelli à Mucha en passant par les préraphaélites, pour forger de nouveaux archétypes féminins.

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A gauche : Scénographie de l’exposition © Photo Notes Précieuses, A droite : Pénélope Cruz portant des boucles d’oreilles en forme d’oeil dans le film « Etreintes brisées » de Pedro Almodovar, 2009 © Photo Emilio Pereda et Paola Ardizzoni/El Deseo

Amplement relayés par les magazines et la publicité, les modèles se fondent en grande partie sur la coiffure.

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A gauche : Scénographie de l’exposition, Au milieu : Sérigraphie faite à partir d’encre sur toile et acrylique représentant Lana Turner – Andy Warhol, 1985, The Andy Warhol Museum, Pittsburgh, A droite : Scénographie représentant Les blondes dans les magazines © Photos Notes Précieuses

  • Dans les années 20, les jeunes femmes portent des cheveux courts à la Louise Brooks ;
  • dans les années 30, c’est une chevelure platinée à la Jean Harlow et
  • dans les années 40, de longues mèches ondulantes à la Véronika Lake.
  • Vers 1950, la mode est aux coiffures lâchées, comme celle de Brigitte Bardot et
  • en 1960 aux coupes androgynes comme Jean Seberg …

Blonde, brune  ou rousse

La plupart de ces actrices sont blondes et la blondeur a envahi le XXème siècle occidental car elle est accessible à chaque femme grâce aux produits colorants.

Aujourd’hui, cet impérialisme est nettement en recul avec la montée de nouveaux modèles venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. On ne peut oublier, non plus, que la blondeur fut aussi l’instrument de mise à l’écart de minorités – noirs ou latinos aux Etats-Unis – ou symbole d’une prétendue pureté aryenne dans l’Allemagne nazie.

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A gauche : Lithographie de l’affiche française « La Môme vert de gris » de Bernard Borderie – Jean Mascii, 1952 – Cinémathèque française, Paris, Au milieu : Offset de l’affiche allemande « Die Büchse der Pandora » (« Loulou ») de Georg Wilhem Pabst – Bottlik, 1929 – Cinémathèque française, Paris, A droite : Huile et collage sur toile « La storia del Cinema (L’histoire du cinéma) – Mimmo Rotella, 1991 – Cinémathèque française, Paris © Photos Notes Précieuses

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Blondes, brunes ou rousses au cinéma – Films de l’exposition © Notes Précieuses

En ce qui concerne la blondeur, l’Occident n’a cessé d’osciller entre le pur et l’impur, le bien et le mal, l’innocence et la tentation …

Le cinéma a hérité de cette ambiguïté. Originellement symbole de pureté, la femme blonde peut aussi se révéler être une vamp, garce sulfureuse et vénéneuse. C’est l’éternelle rivalité brune / blonde. David Lynch, a compliqué l’équation : dans « Mulholland Drive », blondes et brunes ne sont plus rivales, mais les deux faces d’une même figure féminine.

On notera que les rousses ne sont arrivées au cinéma qu’avec le Technicolor. Le travestissement permet aussi de jouer avec la frontière des genres.

Quoiqu’il en soit, Hitchcock, Mizoguchi, Bunuel, Antonioni, Bergman, Godard, Lynch, Fassbinder … ont, à travers la chevelure féminine, développé des thématiques fortes telles que la rivalité, le changement d’identité, le fétichisme voire le sacrifice.

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De gauche à droite : Tirages photographiques contrecollés sur aluminium représentant Elizabeth Taylor sur le tournage de « Suddenly last Summer » (« Soudain l’été dernier ») de Joseph L.Mankiewicz – Burt Glinn, 1959 – Courtesy Burt Glinn/Magnum Photos – Marilyn Monroe sur le tournage des « Misfits » (« Les Désaxés ») de John Huston – Eve Arnold, 1960 – Courtesy Eve Arnold/Magnums photos – Brigitte Bardot – Philippe Hasman, 1951 – Courtesy Philippe Halsman/Magnum Photos – Simone Signoret sur le tournage de « The Deadly Affair » de Sidney Lumet – Eve Arnold, 1966 – Courtesy Eve Arnold/Magnum Photos © Photo Notes Précieuses

La gestuelle cinématographique de la chevelure – voiler/dévoiler, relever/lâcher, dénouer, brosser, orner … – s’inscrit dans une longue tradition iconographique, particulièrement riche au XIXème siècle.

Les cinéphiles français ont sur ce point leurs images cultes telles Catherine Deneuve défaisant son chignon dans la maison close de « Belle de jour » de Luis Buñuel ou Anna Karina faisant voltiger sa chevelure dans « le Petit Soldat » de Jean-Luc Godard.

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A gauche : Huile sur toile de lin « I lived for an hour, 1967″ (J’ai vécu pour une heure, 1967) – Mc Dermott et MC Gough, 2008 – Collection Colony capital Europe, courtesy Jérôme de Noirmont, Paris © Cinémathèque française, au milieu : Plaque d’acier et tresse de cheveux « senza titolo » (sans titre) – Jannis Kounellis, 1969 – Centre Pompidou, Musée National d’art moderne/Centre de création industrielle, Paris, A droite : Encre sur papier « Paysage-chevelure » – Marie Drouet, 2008/2009 – Collection de l’artiste © Photos Notes Précieuses

Vecteur d’émotions

Au fil de l’exposition, il apparait clairement que, tant sur la pellicule qu’en peinture, la chevelure a cessé d’être un simple appendice pour devenir principal vecteur d’émotion.

Chez Antonioni par exemple, toujours en mouvement, les cheveux de Monica Vitti prennent une valeur émotionnelle indépendante du personnage. Certains sculpteurs font également du cheveu une œuvre en soi, tel Jannis Kounellis qui expose le fétiche capillaire sur un fond-socle, réactivant la fascination que la tresse a exercé sur Freud en tant que « pagne primitif « .

Comment ne pas évoquer ici aussi, les bijoux de sentiments qui, sous le Second Empire, laissaient la part belle aux cheveux. Il s’agissait de médaillons où étaient conservés les cheveux d’un être aimé disparu ou d’un enfant, de bracelets tressés en cheveux ou de chaînes tissées.

Méduse

A gauche : Relief en papier mâché peint représentant un bouclier avec le visage de Méduse – Arnold Böcklin, 1897 – Musée d’Orsay, Paris, Au milieu : Planche à la mine de plomb représentant une tête de femme couronnée de corail, étude de corail (Heliopora coerulea) – Gustave Moreau – Musée National Gustave Moreau, Paris, A droite : Planche à la plume et encre brune, mine de plomb sur papier calque contrecollé comportant étude en rapport avec Galatée – Gustave Moreau, 1880 – Musée National Gustave Moreau, Paris © Photos Notes Précieuses

Mythologie et métaphores

La chevelure suscite de nombreuses métaphores poétiques : une vague, un ruisseau, un banc d’algues, un rideau végétal mais aussi un nid de serpents.

Dès la Renaissance, à travers les récits et les représentations picturales, Méduse, monstre marin à la chevelure formée de serpents, est un sujet de fascination.

Les amateurs de bijoux retiennent que, dans la mythologie, le corail est né du sang de sa tête. Ovide, raconte dans « Les Métamorphoses » que, voyant qu’au contact de ce sang les algues se pétrifiaient, les nymphes transformèrent d’autres algues de la même façon.

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A gauche : Tableau « Bruna Brunelleschi » – Dante Gabriel Rossetti, 1878 © Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, A droite : Extrait du film de l’exposition © Photo Notes Précieuses

Les bijoux de cheveux des préraphaélites

La chevelure se prête volontiers aux accessoires. Ils augmentent sa présence, voire sa charge érotique.

On retrouve déjà rubans, diadèmes, guirlandes de fleurs, bijoux de tête et autres aigrettes dans les tableaux des grands maitres. Imaginerait-on, comme le souligne le catalogue de l’exposition, la Fornarina de Raphaël sans son turban ou les Léda de Tintoret sans leurs diadèmes de nacre ?

Dante Gabriel Rossetti, un des fondateurs du mouvement préraphaélite, transforme par des jeux de lumière la chevelure des femmes qu’il peint en une matière aussi précieuses que la soie et l’or, notamment dans « Bruna Brunelleschi ».

De même, comme chez les autres préraphaélites, les bijoux – principalement les bijoux orientaux – occupent dans ses oeuvres une place prépondérante. Il aime parer les cheveux fauves ou bruns aux reflets cuivrés de ses modèles de barrettes en fleurs exotiques multicolores ou de doubles bijoux de tête en forme de spirale.

Mucha

A gauche : Lithographie couleur « Têtes byzantines, Brune » – Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust Cambridge, A droite : Lithographie couleur « Têtes byzantines, blonde » – Alphonse Mucha, 1897, Mucha Trust, Cambridge © Photo Notes Précieuses

L’Art nouveau et la chevelure des femmes

Dans la lignée des Préraphaélites, l’Art nouveau, privilégie lui aussi le rôle créatif de la décoration. Chez Klimt ou Mucha, l’ornementation est essentielle.

Florale, aquatique ou aérienne, la longue chevelure féminine est dans les oeuvres de Mucha un motif à part entière. Dans ses lithographies « Têtes byzantines », les coiffures sont serties de tiares, de perles et de pierres précieuses. Il s’inspira aussi des ondulations, des arabesques pour créer des bijoux raffinés, tout comme René Lalique. Les épingles et surtout les peignes s’imposèrent comme les instruments indispensables au maintien des volumineux chignons très en vogue dans les années 1890.

Mucha et Lalique perpétuent le culte de la femme fleur. Pour Lalique, la chevelure est l’emblème de la féminité, de la sensualité, voire de l’érotisme. Il utilise aussi dans ses bijoux la chevelure serpent, symbole de vie et de séduction, faisant de la femme l’incarnation du péché. Tantôt animal ou végétal, la femme est innocente ou vénéneuse.

  • Exposition Brune Blonde, une exposition arts et cinéma – la cinémathèque française – 51, rue de Bercy – 75012 Paris – Du 6 octobre 2010 au 16 janvier 2011
  • Catalogue de l’exposition Brune Blonde, la chevelure féminine dans l’art et le cinéma – Coédition Skira Flammarion/Cinémathèque française – Ouvrage publié sous la direction d’Alain Bergala et Anne Marquez, 2010

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