Joaillerie, bijoux fantaisie et décorations du Second Empire au Palais de Compiègne

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Ecrins ImpériauxMêlant joaillerie, bijoux fantaisie et parures de scène, le Palais impérial de Compiègne offre actuellement un panorama de la bijouterie française au XIXème siècle. L’exposition Ecrins impériaux, l’apparat et l’apparence, Bijoux et décorations du Second Empire dévoile, pour la première fois au public depuis l’exposition Bijoux des deux Empires, l’ensemble des bijoux conservés à Compiègne. Organisée à l’occasion de la parution sur Internet du catalogue des musées de Malmaison et de Compiègne réalisé par Claudette Joannis, elle présente 160 pièces entièrement restaurées. Les bijoux destinés aux femmes – colliers, broches, médaillons, pendants d’oreilles ou châtelaine – prédominent, mais on peut aussi découvrir des bijoux masculins tels qu’épingles de cravate, breloques de chaîne de montre ou boutons de manchette. Des peintures, dessins, photographies, costumes permettent de situer les bijoux dans leur contexte social et de les rattacher aux personnalités qui les portaient.

Bracelet-en-or

Les bracelets et bagues des souverains

Côté cour tout d’abord. Réputée pour sa beauté et pour son élégance, l’Impératrice montra un engouement certain pour les bijoux. Tout au long de son règne, elle fit monter et remonter les diamants de la Couronne en diadèmes, peignes, broches … Elle utilisait souvent le régent, un des plus beaux diamants, comme aigrette dans les cheveux.

Malheureusement, ces bijoux ont disparu, dispersés sous la IIIème République. Seules quelques pièces ont pu être rachetées par le musée du Louvre, qui a vocation à rassembler les Joyaux de la Couronne.

Le musée de Compiègne est toutefois en mesure de présenter des bijoux commandés sur les fonds personnels du couple impérial : boucle de ceinture de l’Impératrice, épingle de cravate de Louis Napoléon Bonaparte ou du Prince impérial … de même que certains bijoux offerts par les souverains en signe d’amitié ou de reconnaissance, tels ce bracelet orné de portraits reçu par une dame de la cour à l’occasion de son mariage, ou des bagues, épingles de cravate ou boîtes en or à son effigie ou à son chiffre donnés par Napoléon III.

A gauche : Broche en or, diamants taillés en brillants, corail blanc à pendeloques, XIXème siècle, Au milieu : Détail huile sur toile d’Elisabeth-Ann Haryett, comtesse de Beauregard – Henriette Cappelaere, 1850, A droite : Broche et pendants d’oreilles en or, diamants taillés en brillants, perles fines et corail rose, vers 1840 © Photos Notes Précieuses

Le bijou de sentiment

Dans un registre plus intime, affectif, il y a également des bijoux de sentiment qui incluent souvent des cheveux – ils pouvaient aussi être tissés en chaîne ou en bracelet – et des photographies.

Ainsi, le médaillon de deuil du baron Corvisart, un proche de Napoléon III, contient des cheveux de l’Empereur et une photographie ; le pendentif de la princesse Mathilde comporte l’image du comte de Nieuwerkerke, son amant. La photographie commence à s’imposer et remplace les miniatures.

A gauche : Paire de peignes articulés en or, perles fines, écailles pouvant former une couronne et broche en or et grenats en pendeloque, vers 1860, Au milieu : Broche médaillon en argent, coquillage gravé en camée, représentant le roi David jouant de la harpe, première moitié du XIXème siècle, A droite : broche en argent, métal doré, pierre de lave (calcite) gravée en camée, figurant Nessus et Déjanire, XIXème siècle © Photos Notes Précieuses

La parure, symbole du statut social

A la ville aussi, durant le Second Empire, le bijou était important, accessoire de mode certes et surtout symbole de statut social. Le jour, les élégantes portaient des broches et pendentifs sur des robes montantes, dont de hautes boucles de ceinture soulignaient la taille.

Le soir, le décolleté s’exposait et la broche de corsage était assortie en parure aux boucles d’oreilles et au collier. Coiffures et chignons étaient maintenus par des ornements tels des peignes de perles.

Les bijoux tendance de l’époque

Si la collection du Palais de Compiègne ne comporte pas de riches parures de perles ou de diamants, fort appréciées tout au long du XIXème siècle, elle n’en témoigne pas moins des tendances de l’époque. On constate par exemple un engouement pour :

  • les thèmes antiques,
  • la Renaissance ou
  • le XVIIIème siècle ;

Manifestement, les pièces anciennes inspirent les bijoutiers. En témoignent ces demi-parures « à la Sévigné » ou ces nombreux camées à l’antique.

On peut de même constater une ouverture sur le monde par le choix des matériaux :

  • lave du Vésuve,
  • corail méditerranéen,
  • topazes et améthystes du Brésil.

La multiplication des échanges permet aussi l’importation de bijoux exotiques : en provenance du Maroc, de Syrie (turquoise), d’Inde, d’Autriche, d’Ecosse.

Boucles d oreilles perles fines

En haut, de gauche à droite : Broche en argent doré, diamants taillés en brillants, émeraudes, rubis, perles baroques, dans le style du XVIIème siècle – Collier à pendeloques en argent, émeraudes, rubis, perles baroques, Afrique du Nord, XIXème siècle – Broche en or, diamants et améthystes, constitué de 2 pendants d’oreilles, Portugal, XIXème siècle – En bas, de gauche à droite : Broche en or, émeraudes, constituée de 2 pendants, Espagne fin du XVIII, début du XIXème siècle – Grande broche de décolleté en or, améthystes et perles fines, vers 1860 – paire de boucles d’oreilles en « girandoles » en or filigrané, perles d’eau douce, perles baroques, Italie, XVIIIème siècle – Broche fibule en argent, émail, pierres fines, Afrique du Nord, après 1830 © Photos Notes Précieuses

Les bijoux fantaisie de théâtre et de scène

Compiègne possède également les bijoux de la comédienne et chanteuse Hortense Schneider, égérie d’Offenbach. Ont pu être conservés principalement, et donc présentés, les bijoux qu’elle portait dans ses grands rôles, notamment la Belle Hélène (1864) et la Grande Duchesse de Gérolstein (1867).

Très courtisée à la fleur de son âge, la chanteuse – qui inspira à Zola le personnage de Nana -, dû vendre pour survivre la plupart de ses pièces de joaillerie personnelles à partir de 1881. Quelques objets personnels sont présentés : des boutons en strass et acier faceté, en émail (de style Louis XV et Louis XVI), breloques, châtelaines et chaînes

A gauche : Agrafe de ceinture ovale en laiton et pierres d’imitation appartenant à Hortense Schneider, deuxième moitié du XIXème siècle – Au milieu : Ensemble de 4 boutons ronds figuratifs en métal et émail peint sur métal appartenant à Hortense Schneider, seconde moitié du XIXème siècle et bouton rond en cuivre, émail peint sur cuivre et verre figurant Athéna et Arachné, début du XIXème siècle – A droite : Breloque en vermeil et argent en forme de corne de chasse appartenant à Hortense Schneider – S. Mordan et C°, vers 1870 © Photos Notes Précieuses

Les parures de scène ne sont pas sans intérêt, principalement pour l’historien. Conçues pour le plaisir des yeux et pour caractériser un personnage, elles utilisent la symbolique du bijou comme marqueur social et culturel.

Par ailleurs, les bijoux de théâtre font appel à de nouveaux procédés (argenture et dorure, estampage mécanique) qui favorisèrent à partir de 1850 le développement d’une bijouterie meilleur marché.

« Faire chic et pas cher était le grand principe du Second Empire » souligne Laure Chabanne, commissaire de l’exposition. Comme les « bijoux fantaisie », les bijoux de théâtre utilisent des matériaux nouveaux :

  • l’acier,
  • le laiton,
  • le plaqué or,
  • le strass,
  • le verre blanc ou coloré et
  • les pierres d’imitation …

A gauche : Collier et boucles d’oreilles en laiton doré portés par Hortense Schneider dans « La Mariée du mardi gras », vers 1861, Au milieu : Grand croix du Gérolstein en laiton et strass porté par Hortense Schneider dans « La grande duchesse de Gérolstein » – Joseph Hirsch, 1867, A droite : Ornement de coiffure ou bracelet (bijou de théâtre) en laiton doré et strass et boucle d’oreille en fleur de lotus en métal doré et strass (bijou de théâtre) ayant appartenu à Hortense Schneider © Photos Notes Précieuses

Les médailles et les insignes

L’exposition évoque également ces bijoux particuliers que sont les décorations, insignes d’honneur et de mérite. Indiquant l’appartenance à un ordre et le grade reçu dans celui-ci, ils étaient portés lors des cérémonies officielles.

Au XIXème siècle, l’échange des ordres et décorations faisait partie intégrante de la diplomatie internationale. Napoléon III remit ainsi la Légion d’honneur à de nombreux chefs d’Etat et fut pour sa part décoré des ordres étrangers existant à son époque.

Le Palais de Compiègne, qui conserve les ordres et décorations de la famille impériale, présente actuellement une sélection de pièces en avant première de l’exposition qui se tiendra en 2011 au Musée National de la Légion d’Honneur à Paris.

On peut admirer ici l’ensemble des décorations de la famille impériale et des décorations et ordres (insignes et plaques) des souverains invités par Napoléon III lors de l’exposition Universelle de 1867.

  • Exposition Ecrins Impériaux, l’apparat et l’apparence – Bijoux et décorations du Second Empire – Musées et domaine nationaux du palais de Compiègne – 60200 Compiègne – Du 11 octobre 2010 au 3 janvier 2011
  • Visites adultes sous la conduite d’un conférencier : 22, 29 novembre, 6 et 13 décembre à 15h – « Du sautoir au camée » : autour de l’exposition, découvrez les noms et usage des bijoux : dimanche 5 décembre à 14h et 16h
  • Visites jeune public : Découverte de l’art de paraître sous le Second Empire et création d’un bijou : 20, 22,23, 27, 29, 30 décembre à 15h

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