Archive pour juillet 2010

Agate, quartz, aigue marine et autres pierres gemmes au musée de minéralogie de l’école des Mines

Samedi 31 juillet 2010

L’exposition “Notre terre, ce joyau” qui se tient actuellement au Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech présente, pour la première fois à Paris, un ensemble d’une centaine de pièces issues des plus grandes collections privées et publiques européennes. Il s’agit à la fois de pierres brutes, véritables chefs d’œuvre de la nature, et de minéraux mis en valeur par des lapidaires.

Le visiteur peut ainsi découvrir des agates, ferites, quartz alpins, pegmatites … Ces pierres ont été trouvées en l’état, dans leur milieu naturel. Il peut aussi admirer des objets artistiques nés de la main de l’Homme. Le catalogue qui complète l’exposition nous confirme que, déjà, nos ancêtres du néolitique façonnaient des bijoux à partir de minéraux dont ils appréciaient la dureté, l’inaltérabilité, la couleur, la transparence, la brillance … Ils conféraient bien souvent un caractère surnaturel à ces pierres rares, si différentes des cailloux ordinaires. Cette incapacité à admettre une origine naturelle aux pierres précieuses a perduré des millénaires, dans toutes les civilisations et sur tous les continents.

Dom Pedro

"Dom Pedro" Omdas Maritimas Aigue Marine Design: Bernd Munsteiner © Henn GmbH

L’exposition comporte des pierres gemmes taillées et des sculptures sur minéraux précieux présentés par la firme Henn d’Idar-Oberstein en Allemagne. Au premier rang de ces pièces se trouve le Dom Pedro III. C’est une pierre pyramidale d’une hauteur de 36 cm et d’une base carrée de près de 10 cm de côté, pesant le poids exceptionnel de 10 395 carats ! Cette aigue marine, d’une teinte et d’une pureté parfaite, a été sculptée en l’honneur des deux empereurs qui ont créé le Brésil moderne : Dom Pedro I et II. Elle est le fruit d’une complicité entre Axel Henn, qui a découvert le cristal au Brésil à la fin des années 80, et Berndt Munsteiner qui l’a sculpté. C’est la plus belle aigue marine jamais traitée par ce dernier.

Bagues or et émail

A gauche : Bague en or 18 carats et émail, diamants poire tanzanite, tourmaline coussin, poire aquamarine et saphir bleu coussin, A droite : Bagues en or 18 carats et émail, cabochons en rubellite tourmaline et grenat mandarin - Photos : Courtesy of Henn of London Ltd. Londres, Angleterre © Henn of London Ltd -Photographie Dom Pedro : Courtesy of Henn GmbH, Idar-Oberstein, Allemagne © Henn GmbH - Photographies (y compris le Dom Pedro) : Lichtblick Fotodesign - Hiltrud & Jürgen Cullmann Schwollen

MédaillonsPar ailleurs, cinq écrins contiennent des parures en graphite ciselé faisant partie du trophée offert au Conservatoire des Arts et Métiers par Jean-Pierre Alibert (1820-1905), découvreur du graphite et des jades de Sibérie. Ornés de néphrite et de diverses pierres dures, ces camées, broches, boucles d’oreilles, décorations et ornements sont l’œuvre de ciseleurs et monteurs d’une particulière habileté. A l’époque où ces pièces ont été réalisées, à la fin du XIXème siècle, Carl Fabergé avait fait de la “néphrite de Sibérie” l’une des pierres favorites des cours européennes.

Boucles d'oreilles en graphite

Boucles d'oreilles, broches, camées, médaillons en graphite - Collection JP Alibert - Photographies : © Musée des Arts et Métiers

On peut voir aussi des acquisitions récentes d’un grand collectionneur italien, Adalberto Giazotto, montrant des créations actuelles de la “minéralogie artistique” ainsi que des ambres du Musée de la Terre à Varsovie. La collection de minéraux du Musée, l’une des plus importantes au monde, reste bien sûr accessible pendant l’exposition.

  • Exposition Notre terre, ce joyau – Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech – 60, boulevard Saint-Michel – 75006 Paris
  • Du 4 mai au 27 août 2010
  • Catalogue Notre terre, ce joyau, à la découverte de la beauté minérale – Editions de l’Analogie

Une exposition pédagogique sur la contrefaçon à la Cité des Sciences et de l’Industrie

Jeudi 22 juillet 2010

Contrefaçon la vrai expo qui parle du fauxAvec “Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux“, la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris nous invite à réfléchir sur un fléau qui pollue aujourd’hui tous les secteurs d’activité : luxe, vêtements, parfums, aliments, médicaments … L’univers du bijou, loin s’en faut, n’est pas épargné. La production des marques prestigieuses est régulièrement contrefaite. Copies et plagiats pénalisent également les créateurs de moindre notoriété. L’exposition pédagogique de la Cité des Sciences et de l’Industrie dévoile non seulement la diversité et l’importance de la contrefaçon dans notre vie quotidienne, mais également ses enjeux géopolitiques, économiques et juridiques. Tout au long de la visite, nous sommes constamment amenés à nous interroger sur ce que les mots veulent dire : création, copie, imitation, plagiat …

La création fait appel à l’intelligence, aux connaissances, à l’intuition … S’appuyant sur les conditions sociales et les moyens techniques de son époque, le créateur fait surgir la nouveauté. Ses œuvres sont souvent reprises, transformées, voire améliorées. Ce n’est pas forcément en mauvaise part. Imiter permet d’apprendre. C’est particulièrement vrai en matière artistique. L’étudiant qui reproduit une toile de maître dans la grande galerie du Louvre ne saurait être assimilé à un faussaire. Pas plus que Picasso lorsqu’il s’inspirait en 1940 du tableau de Delacroix, peint en 1834, “Femmes d’Alger dans leur appartement“. Le passage de témoin de maître à élève a même été officialisé en 1994, avec l’institution des Maîtres d’Art par le Ministère de la Culture. Ils ont mission de transmettre leur savoir faire et leur tour de main à un ou plusieurs élèves. La copie – sous forme de répliques, gravures, photographies … – permet aussi de faire découvrir au plus grand nombre des chefs-d’œuvre qui, sinon, seraient inaccessibles. Les matériaux synthétiques quant à eux rendent abordables, en les imitant, les matières précieuses et les matériaux nobles.

Contrefaçon marque

A gauche : Différentes vues de l'exposition © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

Quand alors y a t-il contrefaçon ? Lorsque le consommateur est abusé et lorsque le producteur est pénalisé, répondent les organisateurs de l’exposition. Faussaires et contrefacteurs s’attaquent à tous les produits connus pour les copier et en tirer profit, au détriment de ceux dont ils ont pillé la technique, le style, les formes, voire la marque. Tout revient en fait à déterminer ce qui est licite et ne l’est pas. Les droits d’auteur sont apparus en France dès le XVIème siècle. La Révolution les favorisera tout en les limitant dans le temps, principalement pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux œuvres littéraires. Au fil des siècles, la nature de la propriété intellectuelle s’est étendue à tous les champs de la création. Aujourd’hui l’acte de créer, de fabriquer un objet, un modèle nouveau, une œuvre inédite est protégé par un droit exclusif qui donne à son titulaire le contrôle de son usage et de son exploitation.

Contrefaçon bijoux

Saisies douanières de contrefaçon de bijoux et de marque © Douane française, photos : Marc Bonodot

Il est parfois difficile de détecter une copie. Les techniques de production des faussaires sont en effet souvent aussi sophistiquées que celles de leurs victimes. L’œil averti d’un expert est nécessaire pour discerner le vrai du faux, qu’il s’agisse d’objets ou d’œuvres d’art. Sur ce dernier point, La National Gallery de Londres présente une exposition passionnante où sont présentées des œuvres qui ont trompé ses propres experts. Seules des techniques avancées – infrarouge, radiographie, microscopie électronique, spectrométrie de masse – ont permis de rétablir la vérité. Ainsi, “Portrait de groupe”, une peinture sur bois achetée en 1923 en tant qu’œuvre du XVe siècle a révélé qu’elle comportait des pigments utilisés seulement à partir du XIXe et un vernis à la gomme-laque pour simuler la patine ! A l’inverse, les mêmes avancées scientifiques ont permis de réhabiliter des œuvres jusqu’alors considérées comme des faux.

Exposition contrefaçon

Vues de l'exposition et saisies douanières de contrefaçons © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

“Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux” montre aussi que la copie frauduleuse n’est pas seulement l’affaire des mafias et autres professionnels de l’arnaque. La technologie Internet notamment met la captation des sons, des images et des textes à la portée de chacun. Le plus souvent ici la copie illicite s’effectue sans le moindre sentiment de culpabilité. Des logiciels ont été mis au point pour faciliter la recherche de plagiat de textes littéraires, d’articles de presse, mais aussi de devoirs scolaires et universitaires. Les États tentent d’encadrer le téléchargement illégal, essentiellement pour protéger les industries audiovisuelles.

Il apparait donc clairement que la contrefaçon met en danger l’économie. Aujourd’hui, elle représente environ 10% du commerce mondial, pour un montant se situant entre 200 et 300 milliards de dollars. Sur les 179 millions d’articles contrefaits saisis par les douanes européennes en 2008, DVD, CD et autres cassettes audio et vidéo se taillent la part du lion avec 44 % des prises, suivies par les cigarettes (23%). La part des vêtements et chaussures représente 10 % et celle des Bijoux et Montres moins de 1 %. Il n’est pas certain que ce faible pourcentage traduise pleinement la réalité vécue par les créateurs de bijoux lorsqu’ils retrouvent – trop souvent – leurs formes et leurs modèles chez d’autres créateurs ou marques.

  • Exposition Contrefaçon, la vrai expo qui parle du faux – Cité des Sciences et de l’Industrie – 30, avenue Corentin-Cariou – 75019 Paris – Du 20 avril 2010 au 13 février 2011
  • Exposition Close Examination : Fakes, mistakes, and discoveries – The National Gallery – Trafalgar Square – Londres – WC2N 5DN – Du 13 juin au 12 septembre 2010

Collier serpent, or blanc et pierres précieuses, et exposition au Cannet en hommage à René Lalique

Jeudi 15 juillet 2010

René Lalique

René Lalique © Lalique

A l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique, la ville du Cannet (Alpes Maritimes) rend hommage à ce créateur d’exception dont les thèmes fondateurs se résument aux trois “F” : la Femme, la Flore et la Faune. Une exposition, présentée à l’Espace Bonnard en collaboration avec la maison Lalique, rassemble une collection d’objets de décoration. Si, malheureusement pour les amateurs, aucun bijou n’est présenté au Cannet, le visiteur peut néanmoins appréhender la puissance et la richesse de celui qui bouleversa les traditions esthétiques du 19ème siècle et fut aussi le précurseur du bijou moderne.

Collier Serpent René Lalique

A gauche : Dessin original - René Lalique, 1898-1900, A droite : Collier Serpent, pièce unique réalisée en 2010 à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique © Lalique

Pour honorer René Lalique, dont le dessin a toujours été l’instrument premier de ses créations, la société Lalique édite également un collier, unique et jamais réalisé jusqu’à présent, d’après un dessin original de 1898-1900. Il représente un serpent. Ce choix n’est pas anodin ; le serpent et la symbolique qui s’y attache – vie, séduction et virilité – ont souvent été traités sous de nombreuses déclinaisons : ornement de corsage, flacon, vase et bien sûr bijoux …  René Lalique a réalisé ses “premiers serpents” pour son amie Sarah Bernhardt.

Collier or blanc diamants émeraudes

Collier en or blanc, diamants et émeraudes - Beat Messerer, d'après le dessin original de René Lalique © Lalique

C’est le joaillier et gemmologue Zurichois Beat Messerer qui a réalisé cet hommage, sous forme d’un collier en or blanc ornementé de 812 pierres précieuses pour un poids total de 17,90 carats. Légèrement flexible, grâce à un dispositif d’articulation caché à l’intérieur du serpent, le collier peut épouser le cou. Une attention particulière a été portée au choix des pierres qui le composent, à l’instar du diamant poire D-IF ornant la tête du serpent et des deux émeraudes des yeux. Cette œuvre de haute joaillerie a nécessité plus de 700 heures de travail. Elle sera vendue aux enchères avant le fin de cette année. Son prix estimatif est de 220 000 €.

  • Hommage à René Lalique – Espace Bonnard – Rue des Orangers, jardin du Tivoli – 06115 Le Cannet
  • Du 10 juillet au 22 août 2010

Création contemporaine chez les Adivasi

Dimanche 11 juillet 2010

Pour quelques jours encore, le Musée du Quai Branly à Paris rend hommage à l’Inde. Il s’agit d’un hommage particulier qui ne sacrifie pas ici à l’immanence du sacré dans un pays fortement attaché à ses traditions et à ses croyances. L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” explore la richesse créative de ces peuples isolés qui vivent dans des zones montagneuses ou forestières.

Peu connus en occident, ceux qu’on nomme Adivasi comptent pourtant globalement soixante millions de personnes toutes détentrices de pratiques culturelles originales et subtiles. Les pièces exposées Quai Branly, que viennent éclairer photographies, gravures et documents d’archives, montrent souvent des oeuvres inspirées de la modernité tout en étant respectueuses des traditions.

A gauche : Bhuta © Musée du quai Branly, photo : Antoine Schneck, A droite : Statuette en bronze représentant un éléphant - Bastar, Asie, population Gond © Musée du quai Branly, photo : Thierry Ollivier, Michel Urtado

Le visiteur découvre successivement une dizaine d’univers spécifiques représentatifs de différents peuples Adivasi. Chaque communauté est caractérisée par ses productions artistiques et rituelles : ce sont les imposantes et magnifiques sculptures en bois du culte des bhuta ; les masques en bronze bastar ; les bas-reliefs d’argile des femmes de Chhattisgarh ou encore les peintures rathava … Nous parlerons ici plus particulièrement des oeuvres des Naga, les seules pour lesquelles des bijoux sont exposés. Ces bijoux sont tous dus à des artistes du XXème siècle. On peut admirer un collier pendentif en perles de verre et têtes humaines en laiton, un collier perles de verre et aluminium et une ceinture de femmes en perles de verre, os et coquillages. Les tribus Naga, originaires des montagnes du nord-est de l’Inde, accordent une importance majeure à l’égalité entre hommes – guerriers et protecteurs – et femmes – en charge du foyer et de la nourriture. On retrouve cette distinction dans leurs créations : sculptures guerrières et armures d’une part, textiles et bijoux d’autre part. Malgré la christianisation, leur créativité reste largement inspirée par leur animisme d’origine.

A gauche : Toile en acrylique représentant un aéroplane - Nankusia Shyam - Collection Leka et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya, A droite : Acrylique sur papier représentant un aéroplane en forme d'oiseau - Dileep Shyam - Collection Lekha et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya

L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” met aussi en avant une dynamique des cultures qui se situe entre tradition et adaptation à la modernité. Après l’indépendance en 1947, les pouvoirs publics indiens ont encouragé l’artisanat dans les campagnes en tant que vecteur de développement de l’emploi et des échanges commerciaux. Cette politique favorisa la naissance d’une iconographie plus contemporaine. Au cours des trente dernières années, de nombreux artistes issus des communautés tribales – essentiellement pardhan gond et bhil – se sont installés en ville. Ils sont aujourd’hui plus de cent cinquante. L’expérience de la vie citadine leur a ouvert de nouveaux horizons. Ils transforment les images de locomotives, automobiles, ou aéroplanes en créatures issues de l’univers mythologique propre à leur communauté ou simplement nées de leur subjectivité. Le visiteur de l’exposition peut ainsi découvrir une série de peintures populaires contemporaines ainsi que les oeuvres de deux artistes mondialement connus : Jivya Soma Mashe (tribu Warli) et Jangarh Singh Shyam (peuple Gond).

A gauche : Pigment sur papier représentant un oiseau imaginaire, A droite : Pigment sur papier représentant un serpent imaginaire - Jangarh Singh Shyam - Autorisation Radfhika et Abhishek Poddar, collection Abhishek et Radhika Poddar © Photo Gireesh GV

  • Exposition Autres maîtres de l’Inde – Musée du quai Branly – 37, quai Branly – 75007 Paris
  • Du 30 mars au 18 juillet 2010

Formation en bijouterie joaillerie au lycée professionnel Jean Guéhenno

Vendredi 2 juillet 2010

Broche créateur

Broche - Fabien Ratane - Pièce d'examen TDMA

Le lycée professionnel Jean Guéhenno de Saint Amand Montrond occupe une place importante dans la formation en bijouterie et joaillerie en France. Yves Denieul, proviseur du Lycée, répond aux questions du Magazine Notes Précieuses.

Notes Précieuses : En quelques mots, pouvez vous présenter la formation bijoutière au Lycée Jean Guéhenno ?

Yves Denieul : C’est le plus grand centre français de formation bijouterie joaillerie. Notre établissement compte 230 élèves dans ce secteur. L’enseignement se prodigue à tous les niveaux : CAP, BMA et DMA. Nous bénéficions également de mentions complémentaires en joaillerie et sertissage.

NP : Comment intègre-t-on le lycée ?

YD : 60 places sont disponibles en première année de CAP bijouterie joaillerie. Les élèves sont sélectionnés sur dossier. Ils viennent de la 3ème , ou se réorientent après une 2nde. Le diplôme s’obtient en deux ans. De nombreux élèves passent ensuite en BMA Art du bijou et du joyau (deux ans d’études également) et certains ensuite en DMA. Les élèves d’autres établissements intègrent directement au niveau BMA à travers la procédure d’orientation post- CAP-BEP. L’entrée en DMA Art du bijou et du joyau, se fait avec la procédure affectation post-bac. Nous avons aussi un CAP en un an de 15 places pour ceux qui ont le baccalauréat avec une sélection sur dossier.

NP : Les élèves qui se lancent dans le métier ont-ils toujours conscience de ses caractéristiques ?

YD : En général, pas vraiment. Au départ, l’enseignement des techniques bijoutières, c’est déconcertant ; il faut beaucoup de persévérance et d’abnégation. Apprendre ici, c’est faire et refaire, car le travail du métal, ce n’est pas facile. Pour les débutants, la période difficile se situe à la fin du 1er et au cours du 2ème trimestre, car on ne se voit pas avancer. Au bout d’un an généralement, on arrive à maîtriser suffisamment les techniques pour obtenir quelque chose. Faire un bijou, c’est avant tout scier, percer, limer … Il faut aussi apprendre à penser en trois dimensions … Mais, ceux qui ont été pugnaces et persévérants sont récompensés lorsqu’ils peuvent réaliser leur première pièce. Pour la plupart, nos étudiants sont enthousiastes.

bague créateur en argent et collier créateur

A gauche : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quels sont les principaux atouts de votre établissement ?

YD : Nous bénéficions d’une bonne image auprès des élèves – qui viennent de toute la France – et d’une bonne renommée auprès des professionnels ; on prend facilement en stage un élève de Guéhenno. Historiquement, nous avons toujours été à la pointe. Le premier BMA ainsi que le premier DMA en établissement public ont été ouvert à J. Guéhenno .

Une volonté d’aller de l’avant avec un parc machine qui évolue sans cesse pour être proche de celui des entreprises. En DMA, nous apportons une bonne pratique machine à nos élèves et en prototypage rapide. C’est apprécié des professionnels. L’établissement a été labellisé lycée des Métiers en 2004.

NP : Le fait d’être situé à Saint-Amand est-il un atout supplémentaire ?

YD : Tout d’abord, étudier à Saint Amand, c’est vivre dans un environnement calme et verdoyant. C’est un point important pour des parents dont les enfants vont vivre loin d’eux. Le lycée est en cours de restructuration. Nous avons un très bon travail de partenariat avec la municipalité de St-Amand. La Mairie accueille toutes nos expositions dans un endroit prestigieux : la Cité de L’Or. De notre côté, nous essayons d’aider la municipalité à développer son Pôle bijou et Métiers du Luxe. En soi, c’est un plus d’avoir un centre de formation à côté d’entreprises des métiers du luxe.

Broche créateur et bague créateur

A gauche : Broche - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA

NP : C’est important le partenariat avec les entreprises durant la scolarité ?

YD : C’est essentiel. Nos élèves découvrent beaucoup en entreprise sur le plan purement métier mais aussi sur les aspects gestion du temps, respect des contraintes … Nous recevons également des professionnels dans nos classes. Cette année, un sertisseur est venu voir comment “travaillaient nos élèves”. Pour nos élèves, le regard des professionnels ainsi que leurs conseils sont très importants.

NP : Les entreprises de la région doivent être beaucoup sollicitées …

YD : Enormément, mais pas seulement les entreprises locales. Nos élèves partent en stage dans toute la France. Le processus est toujours le même. Durant les premières années de leur scolarité, ils cherchent avant tout un stage près de leur domicile. Puis, au fur et à mesure qu’ils avancent dans leur cursus, ils sont plus motivés, plus exigeants et la recherche est plus ciblée. Ils visent alors plutôt l’entreprise – quelle que soit sa localisation – qui leur apportera le plus dans le domaine qui les intéresse.

Collier et broche

A gauche : Collier et pendentif - Christelle Moreau - Pièces d'examen TDMA, A droite : Broche - Christelle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a t il des échanges européens ?

YD : Saint-Amand Montrond est au centre de l’hexagone, mais nous sommes ouverts sur l’Europe. C’est bien que les jeunes de toutes les nationalités puissent échanger. Cette année, dans le cadre de Léonardo, en 1ère année de BMA, sur une classe de 29 élèves, 4 sont allés en Belgique, 7 en Italie et 2 au Portugal. Pour notre part, nous avons accueilli 4 Belges (pendant 15 jours) et des Italiens. Ces élèves font des stages en entreprise et l’école facilite leur présence sur place et assure le suivi de cette formation. A terme, nous souhaiterions envisager des échanges d’élèves sur une plus longue période, mais ce processus coûte cher et on se heurte à des problèmes de financement.

NP : Vos projets pédagogiques vont également au delà de la réalisation de bijoux …

YD : Oui, Le Mur, organe d’expression des élèves bijoutiers, est un outil pédagogique d’ouverture. Il parle de la vie au lycée, de notre travail, des projets pédagogiques … Les élèves travaillent dans l’univers du bijou. Ils visitent, découvrent d’autres expériences, rapportent des matériaux, rencontrent des “collègues” … ; alors ils prennent des notes, rédigent des articles et les publient. Au départ – il y a maintenant plus de vingt ans -, tout cela s’affichait seulement en interne, d’où le nom du Mur. Aujourd’hui, Le Mur est un véritable magazine, renommé, et complété par un site internet. Des échanges européens ont été initiés à travers ce journal et l’association européenne du PLE “Parlement lycéen Européen des écoles de bijouterie et presse lycéenne”. Un réseau pédagogique et professionnel rassemble des écoles de bijouterie européennes autour de projets communs tels que des expositions itinérantes du type “Quand la pierre brute devient bijou“… Deux enseignants et deux élèves ont représenté le lycée Guéhenno à l’Assemblée Générale du “Parlement” qui s’est tenue fin mai à Namur.

Collier créateur et pendentif

A gauche : Collier - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Globalement, quelle est la répartition garçon / fille ?

YD : A tous les niveaux, on constate une tendance forte à la féminisation. Aujourd’hui, tout ce qui est ”artistique” attire plus les filles que les garçons. L’occupation de l’internat est un indice significatif à Saint-Amand Montrond, car nos élèves viennent de toute la France. Il y a dix ans, on dénombrait deux garçons pour une fille ; aujourd’hui, le rapport est inversé. Notons aussi qu’il y a cette année une classe d’une quinzaine d’élèves où l’on ne compte  qu’un seul garçon.

NP : Quels sont actuellement les débouchés dans la filière bijou ?

YD : Sur ce point, comme dans de très nombreux secteurs, la crise économique a pas mal changé la donne. Avant la crise, un tiers de nos élèves diplômés en sertissage partaient travailler en Suisse. Mais cette filière s’est pour l’instant tarie. De façon beaucoup plus générale, on trouve moins facilement de travail aujourd’hui car beaucoup d’ateliers ferment. Ce sont les sous traitants qui souffrent le plus. En revanche, les artisans qui réalisent des bijoux à la demande – autour d’une pierre, par exemple – ou les entreprises à forte capacité créative résistent mieux.

Boucles d oreilles créateur et collier

A gauche : Boucles d oreilles - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a-t-il des stratégies de substitution pour vos diplômés ?

YD : Parfois, les élèves prolongent leurs études : ceux qui ont fait du Design continuent leurs études dans des ateliers de création. Par ailleurs, certains utilisent les acquis de leur enseignement – minutie et persévérance – pour s’orienter vers d’autres métiers, notamment l’électronique. Après le CAP, d’autres mettent à profit leurs compétences techniques pour s’orienter vers la vente en bijouterie

NP : Ne sont-ils pas tentés de se mettre à leur compte ?

YD : Quelques uns effectivement deviennent auto-entrepreneurs, surtout après le DMA. Mais, la plupart de nos élèves s’estiment trop jeunes et n’ont pas envie de se lancer. Ils préfèrent généralement continuer à apprendre et mieux connaître le métier. Ils ne sont pas tentés non plus par la reprise de bijouteries, alors qu’elles sont nombreuses à fermer faute de successeur. Il est vrai aussi, qu’en France, on manque de soutien pour s’établir. Les structures aidantes actuelles, du type pépinières, sont insuffisantes. Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le domaine artistique ou du spectacle avec des lieux de création encadres et aidés.

Bague créateur et collier

A gauche : Bague - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Quelles sont les qualités requises pour réussir à la sortie du lycée ?

YD : Toujours beaucoup de soin et de persévérance. Encore de l’écoute et le sens de l’observation pour capter le savoir faire chez les autres. Les métiers d’artisanat en particulier nécessitent de l’opiniâtreté. La formule célèbre de Boileau “vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage” s’applique particulièrement au secteur bijoutier.

NP : Formez vous également des adultes ?

YD : Nous avons pour ambition de dispenser de la formation pour adultes. Nous avons fait nos premières armes dans le sertissage. Pour les années à venir, nous nous orientons vers la formation de trois adultes par an, pas plus. Il ne s’agira pas d’une formation ex-nihilo, mais d’un perfectionnement dans le cadre du DIF (Droit Individuel à la Formation).

Bagues créateur

A gauche : Bague - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quel regard portez vous sur la bijouterie en France ?

YD : En France, on est un peu traditionaliste : il manque sans doute une catégorie de bijoux entre joaillerie – dont le prix  d’un bijou se monte à quatre chiffres et plus – et la fantaisie tout venant – à deux chiffres. Il manque une tranche de bijoux de qualité – à 3 chiffres – pour qui aime la qualité sans se ruiner. Cette tranche intermédiaire permet de changer plus souvent de bijou, même si l’on n’a pas des revenus très conséquents.

NP : Peut-être êtes vous, vous mêmes, trop classique dans vos formations.

YD : Je ne pense pas. Notre mission première est de préparer les élèves à des examens pour lesquels nous avons des programmes à respecter. Au départ, la formation que nous dispensons est essentiellement celle de joaillier. Après le DMA, certains créateurs mélangent les matériaux. La création ne se réduit pas en effet à un matériau unique, ni obligatoirement très prestigieux. Dans les échanges européens, nos élèves ont appris avec enthousiasme des Italiens que des pierres moins précieuses que celles utilisées en joaillerie traditionnelle, une fois taillées pouvaient avoir de très jolis reflets. Mais, quoiqu’il en soit, nos anciens élèves l’attestent, ce n’est qu’au prix d’une bonne formation qu’on a les coudées franches pour laisser libre court à ses capacités créatrices et pouvoir réaliser ce que l’on aime.

  • Interview réalisée le 19 mai 2010
  • Lycée professionnel Jean Guéhenno – 31 rue des Sables – 18200 Saint Amand Montrond – Tél : 02. 48. 96. 24. 30. – Mail : ce.0180025e@ac-orleans-tours.fr