Objets d’art de Méroé

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MéroéLe Louvre consacre actuellement une exposition au vaste empire qui s’était constitué autour de Méroé, cité née au IIIème siècle avant notre ère sur les bords du Nil, à 220 kilomètres au nord de l’actuelle Khartoum. Près de deux cents œuvres dont des bijoux – constituées essentiellement de prêts du musée de Khartoum et de grands musées européens – permettent au visiteur d’approcher les systèmes de pouvoir et de croyances d’une civilisation antique où se mêlent des influences culturelles multiples ; influences que l’on retrouve aussi au niveau de la vie quotidienne, de l’artisanat et de l’art.

Méroé, une ville sous influences

Durant six siècles, Méroé fut la capitale d’un empire qui s’étendait sur plus de 1700 kilomètres le long du Nil et de ses grands affluents du sud.

Cet empire, qui se place historiquement dans la continuité des grands royaumes de Kerma et de Napata, a été marqué par des influences croisées issues de l’Égypte, de la Méditerranée, de la Grèce, de Rome et, bien sûr, de l’Afrique.

Son déclin progressif, à partir du IIIe siècle de notre ère, est dû essentiellement à la montée du christianisme.

Monarchie centralisée, le royaume de Méroé réunissait aussi bien des agriculteurs sédentaires que des pasteurs nomades. Le roi, responsable devant les dieux, était garant de l’ordre du monde.

Et, parce qu’à Méroé on croyait en une vie après la mort et à la nécessité d’emporter un bagage funéraire, les témoignages archéologiques sont abondants.

Des trésors royaux

Les tombes de la famille royale et de l’élite, tout comme les temples et palais, ont livré des objets de grande qualité qui attestent la maîtrise des artisans méroïtes dans le travail de la faïence, du verre et des métaux précieux.

Les motifs décoratifs et les techniques sont souvent empruntés aux civilisations voisines ; ce qui ne signifie pas pour autant que le style méroïtique se réduise au simple amalgame d’éléments étrangers.

Des bijoux empruntant des techniques variées

L’orfèvrerie, notamment, offre une synthèse de techniques autochtones, pharaoniques et grecques, comme en témoignent les pièces du fabuleux trésor de la reine Amanishakheto (1ère moitié du 1er siècle après J-C.), découvert au début du XIXème siècle.

La variété des motifs des anneaux, des bagues, des sceaux, des bracelets et des colliers permet de mieux comprendre les ornements royaux que l’on trouve sur les reliefs des temples et les chapelles des pyramides.

Bracelet manchette en or

Bracelet à fermoir de la reine Amanishakheto – Méroé, nécropole Nord, Première moitié du premier siècle après JC © Jürgen Liepe

Le bracelet cloisonné

Les bracelets sont ornés d’un décor en cloisonné qui repose sur la création de petites alvéoles juxtaposées et serties de matières colorée. Ces alvéoles sont en fils plats, dans le respect de la tradition égyptienne.

Les surfaces planes sont animées de touches de couleurs, comme les créations du Moyen et Nouvel Empire, mais s’en distinguent par l’utilisation de l’émail (vert et bleu) en lieu et place des pierres fines et pâtes de verre taillées. Les artisans de Méroé affirment ainsi la prépondérance de la polychromie dans leur production.

Boucles d'oreilles en or

Clou d’oreille décoré d’une déesse mère – Musée National de Khartoum, Soudan, 1974 © Musée du Louvre 2010, photo Christian Décamps

Les boucles d’oreilles pour oreilles percées

Les clous d’oreilles ronds, pour oreilles percées, sont fortement influencés par les modèles grecs fabriqués depuis l’époque archaïque (vers 620-40 avant J.C.). Ils sont formés d’un disque aux parois coniques décoré de représentations inspirées du panthéon pharaonique ou de motifs végétaux stylisés.

La bague pour sceller

Les bagues rappellent les bagues-cachet du Nouvel Empire Egyptien (vers 1550 -1069 avant J.C.). Elles ont un chaton, parfois rond mais le plus souvent ovale, orné d’une scène figurative gravée ou ciselée. Leur monochromie, due à leur fonction de scellement, est une exception dans le répertoire très coloré des bijoux de Méroé.

Jarre

A gauche : Jarre globulaire à décor en terre cuite, exécuté au peigne pivotant. Décor : 10 bovins à cornes conduits par un pasteur – Ouad ben naga, 1ère moitié du 1er siècle après JC © Musée du Louvre, photo Georges Poncet, A droite : 3 fours de potier et de briquetier, quartier industriel de Mouweis © Olivier Cabon, mission archéologique du Louvre au Soudan

Un artisanat développé

Pour l’essentiel, les objets du quotidien sont en argile et en métal. Les potiers ont produit deux types de céramique décorée : l’une faite au tour dans une argile blanche, l’autre montée à la main dans une argile cuite dont la couleur va du brun au noir.

Pure création méroïtique, la céramique blanche est souvent peinte, parfois estampée. Gobelets, bols et coupes sont faits de kaolin ; leurs minces parois sont illustrées de thèmes naturalistes – végétaux, animaux – ou des symboles répétés.

La céramique noire, quant à elle, est produite au Soudan depuis la préhistoire. Les jarres, gobelets, bols, écuelles, modelés ou façonnés au colombin, portent des décors composés de motifs géométriques incisés ou imprimés au peigne qui évoquent l’aspect extérieur des vanneries.

Méroé constituait aussi un foyer majeur d’artisanat du métal qui relève d’une antique tradition africaine.

« Méroé, un empire sur le Nil » fait découvrir au visiteur une civilisation peu connue. L’exposition consacre une importance particulière aux recherches archéologiques menées dans la région par les équipes françaises. Jusqu’à très récemment, le Louvre n’avait aucune tradition archéologique au-delà de la 1ère cataracte du Nil.

  • Exposition Méroé. Un empire sur le Nil – Aile Richelieu, entresol – Musée du Louvre
  • Du 26 mars au 6 septembre 2010

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