La fonction sociale du bijou en Afrique et Océanie

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Bijoux ethniquesSi le thème de la fonction et du rôle des parures et bijoux est assez peu exploré dans nos civilisations occidentales, une très intéressante exposition au musée Dapper de Paris vient nourrir notre réflexion sur ce point. A partir des exemples africains et océaniens, elle explore quelques aspects majeurs des identités masculines dans ces contrées où les hommes apparaissent rarement sans ornement. Les 150 œuvres présentées – parures et emblèmes – révèlent une réalité qui se situe bien au-delà de la seule valorisation esthétique.

Le bijou ethnique, indicateur d’un statut et d’une fonction

La « mise en beauté » s’accompagne en effet ici de règles précises qui, à la fois confirment l’individu dans son statut et le qualifient par sa fonction politique et/ou religieuse aux yeux du groupe auquel il appartient.

On le sait depuis les récits des explorateurs des mers du sud – Bougainville et Cook en particulier -, certains signes, objets et autres marques corporelles permettent immédiatement d’identifier le chef, le chasseur, l’officiant ou le devin … pour n’évoquer que les statuts les plus prestigieux.

Bijoux ethniques

A gauche : Pectoral en coquillages, graines, canines de porc, fibres et résine provenant de Mélanésie et Papouasie Nouvelle Guinée – Ancienne collection Julius Konietzko, collection particulière Archives Musée Dapper et Hughes Dubois et A droite : Ornement facial en canines de porc, coquillages, graines, fibres et pigments – Ancienne collection Julius Konietzko, collection particulière Archives Musée Dapper et Hughes Dubois

L’homme et les bijoux parure

Les hommes parés sont au centre de relations complexes où se tissent les liens avec leurs semblables, mais aussi avec les ancêtres ou des entités surnaturelles. En général, pendentifs, colliers, bracelets, ou autres vêtements cérémoniels, circonscrivent également le monde masculin.

Ils peuvent, par exemple, être le signe d’une masculinité qui s’affiche au sortir de l’enfance, après des épreuves souvent pénibles. Cela signifie, pour les jeunes hommes, la mise en place d’obligations et d’interdits qu’ils devront parfois respecter leur vie durant.

Collier dent ethnique

A gauche : Collier en dents et fibres – Iles Fidji, Polynésie – Collection particulière © Archives Musée Dapper, Hughes Dubois, A droite : Pendentif en ivoire, collecté entre 1897 et 1910 – Waan, République Démocratique du Congo – Musée Royal de l’Afrique Centrale, Tervuren © Photo Roger Asselberghs, MRAC Tervuren

Des colliers ou bijoux de tête ayant un certain pouvoir

Les parures exposées au musée Dapper sont d’une grande diversité. Pour les créer, Africains et Mélanésiens ont puisé les matériaux dans leur environnement naturel.

Et parce qu’ils sont aussi chasseurs, pêcheurs ou agriculteurs, les hommes se sont souvent appropriés les qualités de tel ou tel animal, considéré comme le totem protecteur du groupe. C’est ainsi que la peau, les griffes, les dents du léopard, du lion, de l’hippopotame ou les défenses de l’éléphant sont utilisées pour les parures en Afrique.

En Océanie, ce sont les attributs du porc, du chien, du cachalot. Le plumage des oiseaux, est aussi fort prisé pour la fabrication d’objets de prestige destinés aux chefs ou aux officiants.

Le corps humain, lui-même, peut fournir les matières – cheveux, poils et dents – pour des ornements d’exception. Il est souvent également sollicité par diverses interventions – coiffures, peintures éphémères, tatouages, scarifications, perforations par des objets de différentes matières – toutes également porteuses de sens.

Les parures peuvent être simples comme en témoignent le « collier dent et fibres » des Iles Fidji ou le « pendentif en ivoire » du Congo, présentés ici. D’autres, telles le pectoral de Mélanésie fait de coquillages, de graines et de canines de porc sont nettement plus foisonnantes. Dans l’ordonnancement d’un autre pectoral de Mélanésie – canines de porc, coquillages et graines, c’est plutôt l’aspect agressif de l’objet qui est privilégié.

  • Exposition L’art d’être un homme – Musée Dapper – 35 bis, rue Paul Valéry – 75116 Paris
  • Du 15 octobre 2009 au 11 juillet 2010

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