Bijoux et Vanités

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Vanité art« Vanité des vanités, tout est vanité » … Au IIIème siècle avant Jésus Christ, les textes de l’Ecclésiaste mettaient en balance l’œuvre dérisoire de l’Homme face à la mort. Ensuite, c’est l’Art qui a pris le relais dans ce rappel à l’humilité. A travers 150 pièces originales, le Musée Maillol met aujourd’hui en perspective les différentes approches de la mort selon les époques et les artistes. En remontant le fil du temps, l’exposition C’est la vie ! Vanités, de Caravage à Damien Hirst nous convie à un véritable parcours initiatique où le bijou tient une place non négligeable.

Les Vanités, symbole de la mort inéductable

Le visiteur commence par découvrir les vanités contemporaines. D’emblée, des œuvres fortes l’interpellent. La sérigraphie du crâne en poussières de diamants de Damien Hirst « For the love of God, Laught » par exemple, voisine avec un crâne en mouches du même auteur « The fear of death (Half Skull) ». À se demander si le chef de file de la YBA Generation, parvient à choisir entre le beau et le réaliste pour représenter la mort.

Une chose en tous cas est certaine, depuis la fin du XXème siècle, la représentation de la mort est foisonnante dans l’art et déborde largement de son champ. Crânes et ossements ont également envahi notre quotidien et s’affichent sur les vêtements et les pochettes de CD …

Les créations morbides ont évolué selon les époques. Les vanités médiévales soulignaient la brièveté de la vie et l’inutilité des biens terrestres ; les vanités actuelles sont plus agressives et évoquent les totalitarismes et l’évolution pernicieuse de la société moderne.

L’exposition « Les Vanités » consacre une large place aux œuvres picturales et met en perspective les approches de la mort selon Le Caravage, Géricault, Cézanne, Braque, Ernst ou Picasso, mais aussi selon Warhol, Uklanski ou Hirst pour ne citer que ceux là.

Bague vanité

Bague en or et émail représentant un crâne traversé par un serpent – Création Codognato – Collection particulière © Andrea Melfi

Les têtes de mort en bijouterie joaillerie

Mais, parce qu’en occident, les bijoux sont eux aussi le reflet des mentalités et des angoisses, ils ont ici une place importante. Du Moyen Age à l’époque contemporaine, les sentiments mortifères se sont aussi largement exprimés par les bagues, colliers et bracelets.

Bague crane

De gauche à droite : Bague « Culte » en or, émail blanc et diamants – Boucles d’oreilles à pendants « Tempus fugit » composées de deux miniatures sur argent représentant des vanitas en or et diamants – Codognato – Collection particulière © Andrea Melfi

Les joailliers Codognato

Pour la première fois sont exposées en France de très nombreuses pièces créés par la dynastie des Codognato. Depuis 1866, ces joaillers vénitiens ont produit, dans la plus grande discrétion, des bijoux chargés de symboles mortuaires. Les pendentifs, colliers et bagues en forme de crânes et d’ossements sont entourés d’or, d’émail, de pierres précieuses.

S’inspirant parfois des peintres du Grand Siècle ou plus récemment de surréalistes tel Magritte, les Codognato ont su fasciner des acheteurs aussi prestigieux que d’Annunzio, Visconti, Onassis, Cocteau, Hemingway, Diaghilev, Manet, Wharol, Jackie Kennedy, Elizabeth Taylor ou Elton John.

Bagues crane

De gauche à droite : Bagues en argent : bague au cercueil ouvert, Bague avec personnage de la mort armé de la faux, bague au crâne fleuri – Suzanne Gulliver pour les Hells Angels – États-Unis, vers 1960 © Jean Alex Brunelle/Galerie Yves Gastou

Les bijoux contemporains

D’autres bijoux, prêtés par le galeriste et collectionneur parisien Yves Gastou, sont davantage liés aux phénomènes sociaux contemporains.

Délaissant les bagues Renaissance, censées rappeler à chacun qu’il va mourir ou les bagues de deuil du XIXème siècle, Yves Gastou s’est concentré sur les bijoux où la mort devient symbole agressif de contestation et d’anarchie.

Bague pierre fine

De gauche à droite : Bague en or et quartz fumé et anneau en or jaune représentant une ronde de squelettes – Marc Gassier, vers 1980 © Jean Alex Brunelle – Galerie Yves Gastou

On peut ainsi redécouvrir les bagues viriles et barbares réalisées par Suzanne Gulliver pour les Hells Angels dans les années 1950. On peut admirer également les créations fantastiques plus récentes du hollandais André Lassen.

On notera encore, pour l’anecdote, que les grands joaillers parisiens ne sont pas totalement absents de l’exposition. Helmut Newton « Shakespeare – Crâne et collier de diamants » a photographié aux rayons X un modèle qui porte un collier de diamants Van Cleef and Arpels.

  • Exposition C’est la vie ! Vanités, de Caravage à Damien Hirst – Fondation Dina Vierny, Musée Maillol – 61, rue de Grenelle – 75007 Paris
  • Du 3 février au 28 juin 2010

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