Entretien avec Marine Delanoë, créatrice de bijoux contemporains

Le site de vente en ligne de bijoux créateur Notes Précieuses propose désormais les bijoux de Marine Delanoë. Pour Le Magazine, cette jeune créatrice bretonne livre son parcours et ses réflexions sur son métier.
Notes Précieuses : Qu’est-ce qui vous a amené à créer des bijoux ?
Marine Delanoë : J’ai compris très tôt que c’était cela que je voulais faire. J’ai d’abord entrepris une licence d’Histoire de l’Art. Mais étudier l’art sous toutes ses formes, de la préhistoire à nos jours, m’a vite fait comprendre que je préférais “faire” plutôt qu’étudier.
En 2001, je suis partie en Amérique centrale. Partout, le bijou y est présent, réalisé à partir de toutes matières et souvent à partir de graines. Au Mexique, j’ai découvert le travail des rues et rencontré beaucoup d’artisans autodidactes. Revenue en France, j’avais la certitude que je voulais créer des bijoux. J’avais trouvé ma voie.
NP : Vous décidez donc de vous réorienter …
MD : J’entame effectivement un CAP de bijoutier : 2 ans d’études à Ploërmel. Mon enthousiasme est d’autant plus grand que l’école travaille en partenariat avec Tane, une entreprise de bijoux installée au Mexique. Le cursus me convenait parfaitement car essentiellement axé sur la pratique. J’ai pu notamment collaborer avec des créateurs contemporains.
CAP en poche, après un stage – au Mexique ! -, orienté sur le travail du métal, je voulais me mettre tout de suite à mon compte. Mais, à 23 ans, je manquais d’expérience et je me suis inscrite pour un Diplôme des Métiers d’Art (DMA) à Lyon. La formation y est essentiellement pratique et la deuxième année est entièrement consacrée à la création de sa propre ligne de bijoux.
NP : Lyon a été une étape essentielle dans votre cursus ?
MD : Oui, à tous égards. Grâce à mes études bien sûr, mais aussi parce qu’à Lyon, j’ai vraiment “baigné” dans un environnement culturel et artistique très enrichissant pour une créatrice de bijoux : expos, vernissages, rencontres avec d’autres créateurs, stage chez Claire Wolfstirn. Toutes ces expériences ont largement contribué à compléter ma formation technique.
NP : Vous étiez apte alors à voler de vos propres ailes ?
MD : En fait, ma première expérience professionnelle, je l’ai vécue comme salariée, dans un atelier qui fournit les grands noms de la bijouterie. J’y ai perfectionné ma technique d’orfèvre. Mais cela m’a surtout permis de comprendre que je n’étais pas faite pour une production standardisée.
NP : Et c’est le retour en Bretagne …
MD : … Et l’ouverture de mon atelier. C’était en mai 2007, à Pont-Scorff, village d’artisans qui réunit une trentaine de créateurs dans diverses disciplines. L’association Renn’Arts, dont le but est de promouvoir les métiers d’art en partenariat avec la Mairie de Rennes, m’a servi de tremplin pour m’installer.

- Marine Delanoë dans son atelier © Notes Précieuses
NP : Quels sont aujourd’hui vos matériaux de prédilection ?
MD : Seules les matières naturelles m’intéressent. Je n’emploie ni résine ni plastique. J’en ai fait mon image de marque. Mon choix de matériaux est très influencé par ma formation d’orfèvre et ma connaissance des métaux précieux.

Boucles d'oreilles Fleur de peau - Marine Delanoë - Vente en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses
J’inclus exceptionnellement des éléments non naturels dans mes bijoux lorsqu’ils sont insolites ou ont une histoire. J’ai, par exemple, utilisé des cordes de harpe en nylon dans une de mes créations après avoir rencontré un artisan luthier qui m’a fait comprendre sa démarche.
J’utilise aussi du crin de cheval, des fibres de chanvre, de lin, des algues ou des objets déjà élaborés, tels que d’anciennes dentelles bretonnes … qui s’inscrivent dans la culture bretonne.
NP : Et vos sources d’inspiration ?
MD : En fait, chez moi, les formes viennent spontanément et le sens m’apparait après coup. Mais il y a des constantes dans les thèmes que j’aborde : la nature, – surtout le monde végétal – ; l’action du temps sur la matière ; l’empreinte. La cicatrice que le passage du temps imprime de mille et une façons sur la matière et sur les êtres me fascine. Les mêmes sujets reviennent souvent, mais je les exploite différemment au fil des années.

Bague Amazone - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses
Dans mes réalisations, j’aime jouer de l’association des extrêmes : métaux précieux et non précieux, matériaux bruts et raffinés. Je travaille actuellement sur le lin et l’or : l’or rend le lin plus noble mais devient lui même plus modeste au contact du lin.
NP : Votre démarche a-t-elle évolué depuis vos débuts ?
MD : Après deux ans de pratique quotidienne, je sens aujourd’hui que je suis nettement plus à l’aise et que mon style s’affirme. J’ai amélioré ma technique et surtout, j’ai acquis une réelle complicité avec le métal. J’arrive donc mieux à faire passer mon ressenti dans la matière.

Bague Fleur de peau - Marine Delanoë - Boutique en ligne de bijoux de créateurs notesprecieuses.com © Notes Précieuses
NP : Ne souffrez vous pas parfois de la solitude du créateur ?
MD : Non, car le travail est partagé. La phase de création est nécessairement une période de solitude ; sur mon établi, je suis seule face à la matière. Mais à d’autres moments, j’ai une vie sociale intense ; fréquentation des salons, rencontre avec des clients, d’autres créateurs. C’est un bon équilibre.
De plus, étant en recherche permanente, il m’arrive de collaborer avec des collègues d’autres disciplines : verriers, couteliers …
NP : Globalement, que vous apporte votre métier ?
MD : Une vraie satisfaction au plan éthique car je suis en accord avec mes principes. Je peux, en effet, revendiquer une position de créatrice indépendante, libre de faire des pièces uniques et d’aller à contre courant de la société de production de masse pour perpétuer un savoir-faire.
Mon travail, à la fois manuel et cérébral, repose sur un équilibre qui me convient bien J’ai conscience que l’élaboration des formes passe par une réflexion sur moi, sur ma vie intérieure, mais aussi sur les autres.
Le bijou ne sert pas qu’à mettre en valeur celle ou celui qui le porte. Ce n’est pas un objet frivole. Pour moi, c’est avant tout un moyen d’expression authentique, un objet sentimental, porteur de sens. C’est aussi un moyen de communication entre le créateur et “l’acheteur”. Lorsque quelqu’un me dit qu’il est “touché” par mon travail, je sais que j’ai atteint mon but et je suis moi-même en retour très émue.
NP : Etre indépendant, c’est aussi gérer une petite entreprise …
MD : C’est l’aspect administratif du métier qui m’intéresse le moins. Je passe beaucoup de temps à des tâches rébarbatives mais nécessaires comme la gestion, la comptabilité … qui amputent mon temps de création. J’ai un statut d’artisan ; autrement dit je suis soumise aux mêmes contraintes et aux mêmes charges que le plombier ou l’électricien. Il faudrait créer un statut particulier pour les artisans créateurs. Mais la France est très frileuse pour innover dans ce domaine.
Je dois toutefois reconnaître qu’ici, en Bretagne, les créateurs sont pas mal encouragés par la Région, le Conseil Général, le département. De même que des stages de formation sont organisés par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat.
NP : Que pensez-vous de l’évolution actuelle du secteur de la bijouterie ?
MD : En simplifiant, je dirais qu’il y a deux grandes catégories de créateurs de bijoux. Il y a ceux qui s’engagent vraiment dans une recherche créative et produisent artisanalement des bijoux qui ont du sens, pour eux mêmes et ceux qui les achètent. D’autres en revanche produisent pour vendre au plus grand nombre, en surfant sur les modes et les opportunités de production. C’est normal que les clients aient du mal à s’y retrouver parmi toute l’offre disponible et souvent ne comprennent pas les écarts de prix entre la création artisanale et le produit de grande série. Mais celui ou celle qui a une sensibilité artistique sait toujours reconnaître la qualité et le savoir-faire artisanal et l’apprécie à sa juste valeur.
Personnellement, je m’inscris délibérément dans la première catégorie de créateurs, même si j’ai à coeur de rendre plus accessibles en termes de prix certaines de mes pièces.
NP : Globalement, quel enseignement tirez-vous de votre parcours ?
MD : L’expérience mérite d’être vécue, même si ce n’est pas toujours évident. En tous cas, ceux qui démarrent dans le métier doivent “en vouloir” et être super motivés.
- Interview réalisée le 21 août 2009
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