Travail de la nacre à Méru

30 août 2010

La nacre

Nacre grise © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Comment Méru, petite ville Picarde située à 50 km au nord de Paris, a-t-elle pu être consacrée il y a un siècle “capitale mondiale de la nacre”, matériau venu du bout du monde ? Témoignage vivant de ce qui fut l’activité dominante d’une région durant plusieurs siècles, le Musée de la Nacre et de la Tabletterie apporte la réponse. Il permet de découvrir les produits les plus significatifs des tabletiers et de se familiariser avec les matières premières qui ont servi à les confectionner, au premier rang desquels se trouve la nacre. Installé dans une ancienne boutonnerie, le musée a également reconstitué des ateliers de production.

Musée de la Nacre et de la Tabletterie

A gauche : Vue extérieure du Musée de la Nacre et de la Tabletterie, A droite : Atelier de fabrication des boutons en nacre © Photos : Eric Van Ees Beeck

Broches nacre

Broche en nacre Hoguet © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Le travail de la nacre remonte au XVIIème siècle. Dès cette époque, les paysans s’étaient révélés être d’habiles artisans. Durant les longs mois d’hiver, ils façonnaient à domicile des objets de luxe pour les grossistes parisiens. Rapidement, la tabletterie devint une activité à plein temps. Outre la nacre, ils travaillaient aussi l’ivoire, l’os, l’ébène, la corne et l’écaille. Ils fabriquaient des dominos, des accessoires de toilette, des couverts de table, des bijoux, des boutons … Dans certains domaines – montures d’éventail, dièses de piano, boules de billard, jumelles de théâtre, crosses de revolvers -, une grande partie de la production était exportée : en Europe, en Afrique et en Amérique. La renommée internationale de Méru était acquise.

Artisan boutonnier

Artisan boutonnier © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

Progressivement, les boutons en nacre, qu’ils soient gravés ou teints, qu’ils soient destinés aux manteaux, aux chemises ou aux bottines, ont pris le pas sur les autres productions. Le début du XXème siècle marque aussi le passage de l’artisanat à l’industrie. Dans les années 1910, plus de 10 000 personnes exercent ce métier. Les beaux coquillages nacrés, comme l’huître perlière, le burgau, la goldfish ou le troca, s’ils étaient récoltés en Australie, au Japon ou encore à Tahiti, arrivaient par wagons entiers en gare de Méru. Le titre de “Capitale mondiale” n’était pas usurpé.

Boutons nacre

Boutons nacre © Musée de la Nacre et de la Tabletterie, photo : Eric Van Ees Beeck

La tabletterie a quasiment disparu au milieu du XXème siècle, étouffée par les matières plastiques. Seuls aujourd’hui quelques artisans maintiennent l’emploi de la nacre dans la région, principalement dans la bijouterie. Le Musée entend, lui aussi, préserver le savoir-faire grâce à ses propres spécialistes. Ils produisent à faible échelle des articles traditionnels qui sont vendus sur place. Ils répondent en outre régulièrement à des commandes émanant de professionnels de la bijouterie ou de la Haute-Couture, preuve que le luxe reste une savante synthèse de savoir-faire et de matières naturelles.

  • Musée de la Nacre et de la Tabletterie – 51, rue Roger Salengro – 60110 Méru

Evocation des grands bals Dior au musée de Granville

8 août 2010

Passer ses vacances en Normandie, c’est l’occasion de visiter, à Granville, la maison d’enfance de Christian Dior. La traditionnelle exposition temporaire qui s’y tient chaque été propose en 2010 de découvrir l’univers et les créations de l’illustre couturier à travers l’histoire des bals : du XVIIIème siècle – son siècle favori – à aujourd’hui. Plus de 50 robes de bal, créées par la Maison Dior, sont présentées ainsi que des accessoires et des parfums. Des peintures, des photographies, des films d’archives et des oeuvres littéraires inscrivent l’ensemble dans l’histoire du XXème siècle et l’actualité du XXIème.

Christian Dior

A gauche : Pierre Perrotino et Christian Dior en compagnie de Marie-Louise Bousquet au Bal du palais Labia en 1951, A droite : Christian Dior en Roi des animaux au Bal des Rois et des Reines à Paris en 1949

Son attirance pour les masques et les costumes se manifesta très tôt et incitera Christian Dior, adulte, à participer aux grands bals donnés par la société mondaine. C’est pourquoi leur faste revit cette année au sein de la Villa “Les Rhumbs”, sa maison d’enfance. En 1949, au Bal des Rois et Reines, il apparut déguisé en “Roi des Animaux” arborant un masque de lion réalisé par Pierre Cardin qui était alors son collaborateur. Recréé, ce costume, est présenté aujourd’hui. Au Bal des Artistes de 1956, il revêtit le costume du dandy Barbey d’Aurevilly. Au Bal des Masques et dominos, à Venise, en 1951, il arborait un grand manteau en tissu lamé argenté à larges revers blancs et était entouré de quatre géants, conçus avec Salvador Dali

Collier Christian Dior

A gauche : Colliers et chaussures Christian Dior © Musée Christian Dior, A droite : Robe à danser Arlequin d’eau argentée, collection haute couture Christian Dior par John Galliano, 1998. Bustier corseté à bretelle en collier bijoutée recouvert de losanges réalisés en mousseline de soie et entièrement brodés en pluie de tubes cristal et de fils d’argent, crinoline à panier baleinée et sous-jupe en mouchoirs brodés de losanges dégradés assortis, Dior Héritage

Musée Christian Dior

Musée Christian Dior © Photo : Marc Lerouge, Ville de Granville

Si l’exposition évoque l’imaginaire et les sources d’inspiration de Christian Dior, elle atteste aussi la renaissance de certains grands bals, comme le “Bal des Débutantes”, et les “nouveaux bals” donnés par la Maison Dior. L’ouverture de la boutique Dior Joaillerie, place Vendôme, a notamment permis en 2007 à Victoire de Castellane d’organiser le “Bal de la Fiancée du Vampire” dans les salons du Ritz, en écho au thème de sa collection de joaillerie créée pour Dior en 2002. En outre, sous une forme différente, John Galliano pérennise l’esprit de fête par ses “sorties” en fin de défilé. N’évoquent-elles pas les “entrées” des bals d’antan ? Le costume qu’il porte alors fait écho au thème de sa collection. A l’occasion du soixantième anniversaire de la Maison Dior, pour le défilé Haute Couture intitulé “Bal des Artistes” donné au Château de Versailles en 2007, le créateur s’était inspiré des grands Maîtres – Goya, Velasquez, Rembrandt, Vermeer

Carnet de bal bijou

Carnet de Bal bijou en écaille et ivoire, Second Empire © C. Joannis

Le catalogue de l’exposition “Le grand bal Dior” souligne l’importance sociale du bal qui est devenu au XIXème siècle “un véritable rite d’accouplement sous l’encadrement invisible des règles de la bonne éducation”. Il affirmait le rang social des participants. Pour avoir son nom sur la liste des invités, il fallait appartenir au “monde  élégant” par le titre, les manières et la fortune. Si les accessoires nécessaires à la participation étaient classiques pour les hommes – chapeau claque et monocle -, ils étaient plus sophistiqués et nombreux pour les femmes : le porte bouquet pour protéger les gants, la vinaigrette en cas de malaise, l’éventail et le nécessaire carnet de bal. Oublions le banal carnet à usage unique pour retenir le “carnet de bal bijou“. En forme de mini éventail d’environ 10 cm, il est composé de feuillets d’ivoire et protégé par une couverture ornée de motifs en ivoire sculptés, nacre décorée et écaille incrustée. Il pouvait comporter une chaînette tenant une bague et un petit fourreau pour le crayon. La jeune fille y inscrivait le nom des cavaliers qui avaient retenu une danse. Après le bal, elle effaçait les inscriptions et le réutilisait pour le bal suivant. Entré en usage au milieu du XIXème siècle, cet accessoire personnel et précieux sera utilisé en France jusqu’à la première guerre mondiale.

  • Exposition Le grand bal Dior – Musée Christian Dior, villa les Rhumbs – Rue d’Estouteville – 50400 Granville
  • Du 13 mai au 26 septembre 2010
  • Catalogue de l’exposition – Co-édité par le musée Christian Dior et les éditions  Artlys

Agate, quartz, aigue marine et autres pierres gemmes au musée de minéralogie de l’école des Mines

31 juillet 2010

L’exposition “Notre terre, ce joyau” qui se tient actuellement au Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech présente, pour la première fois à Paris, un ensemble d’une centaine de pièces issues des plus grandes collections privées et publiques européennes. Il s’agit à la fois de pierres brutes, véritables chefs d’œuvre de la nature, et de minéraux mis en valeur par des lapidaires.

Le visiteur peut ainsi découvrir des agates, ferites, quartz alpins, pegmatites … Ces pierres ont été trouvées en l’état, dans leur milieu naturel. Il peut aussi admirer des objets artistiques nés de la main de l’Homme. Le catalogue qui complète l’exposition nous confirme que, déjà, nos ancêtres du néolitique façonnaient des bijoux à partir de minéraux dont ils appréciaient la dureté, l’inaltérabilité, la couleur, la transparence, la brillance … Ils conféraient bien souvent un caractère surnaturel à ces pierres rares, si différentes des cailloux ordinaires. Cette incapacité à admettre une origine naturelle aux pierres précieuses a perduré des millénaires, dans toutes les civilisations et sur tous les continents.

Dom Pedro

"Dom Pedro" Omdas Maritimas Aigue Marine Design: Bernd Munsteiner © Henn GmbH

L’exposition comporte des pierres gemmes taillées et des sculptures sur minéraux précieux présentés par la firme Henn d’Idar-Oberstein en Allemagne. Au premier rang de ces pièces se trouve le Dom Pedro III. C’est une pierre pyramidale d’une hauteur de 36 cm et d’une base carrée de près de 10 cm de côté, pesant le poids exceptionnel de 10 395 carats ! Cette aigue marine, d’une teinte et d’une pureté parfaite, a été sculptée en l’honneur des deux empereurs qui ont créé le Brésil moderne : Dom Pedro I et II. Elle est le fruit d’une complicité entre Axel Henn, qui a découvert le cristal au Brésil à la fin des années 80, et Berndt Munsteiner qui l’a sculpté. C’est la plus belle aigue marine jamais traitée par ce dernier.

Bagues or et émail

A gauche : Bague en or 18 carats et émail, diamants poire tanzanite, tourmaline coussin, poire aquamarine et saphir bleu coussin, A droite : Bagues en or 18 carats et émail, cabochons en rubellite tourmaline et grenat mandarin - Photos : Courtesy of Henn of London Ltd. Londres, Angleterre © Henn of London Ltd -Photographie Dom Pedro : Courtesy of Henn GmbH, Idar-Oberstein, Allemagne © Henn GmbH - Photographies (y compris le Dom Pedro) : Lichtblick Fotodesign - Hiltrud & Jürgen Cullmann Schwollen

MédaillonsPar ailleurs, cinq écrins contiennent des parures en graphite ciselé faisant partie du trophée offert au Conservatoire des Arts et Métiers par Jean-Pierre Alibert (1820-1905), découvreur du graphite et des jades de Sibérie. Ornés de néphrite et de diverses pierres dures, ces camées, broches, boucles d’oreilles, décorations et ornements sont l’œuvre de ciseleurs et monteurs d’une particulière habileté. A l’époque où ces pièces ont été réalisées, à la fin du XIXème siècle, Carl Fabergé avait fait de la “néphrite de Sibérie” l’une des pierres favorites des cours européennes.

Boucles d'oreilles en graphite

Boucles d'oreilles, broches, camées, médaillons en graphite - Collection JP Alibert - Photographies : © Musée des Arts et Métiers

On peut voir aussi des acquisitions récentes d’un grand collectionneur italien, Adalberto Giazotto, montrant des créations actuelles de la “minéralogie artistique” ainsi que des ambres du Musée de la Terre à Varsovie. La collection de minéraux du Musée, l’une des plus importantes au monde, reste bien sûr accessible pendant l’exposition.

  • Exposition Notre terre, ce joyau – Musée de Minéralogie de l’école des MINES ParisTech – 60, boulevard Saint-Michel – 75006 Paris
  • Du 4 mai au 27 août 2010
  • Catalogue Notre terre, ce joyau, à la découverte de la beauté minérale – Editions de l’Analogie

Une exposition pédagogique sur la contrefaçon à la Cité des Sciences et de l’Industrie

22 juillet 2010

Contrefaçon la vrai expo qui parle du fauxAvec “Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux“, la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris nous invite à réfléchir sur un fléau qui pollue aujourd’hui tous les secteurs d’activité : luxe, vêtements, parfums, aliments, médicaments … L’univers du bijou, loin s’en faut, n’est pas épargné. La production des marques prestigieuses est régulièrement contrefaite. Copies et plagiats pénalisent également les créateurs de moindre notoriété. L’exposition pédagogique de la Cité des Sciences et de l’Industrie dévoile non seulement la diversité et l’importance de la contrefaçon dans notre vie quotidienne, mais également ses enjeux géopolitiques, économiques et juridiques. Tout au long de la visite, nous sommes constamment amenés à nous interroger sur ce que les mots veulent dire : création, copie, imitation, plagiat …

La création fait appel à l’intelligence, aux connaissances, à l’intuition … S’appuyant sur les conditions sociales et les moyens techniques de son époque, le créateur fait surgir la nouveauté. Ses œuvres sont souvent reprises, transformées, voire améliorées. Ce n’est pas forcément en mauvaise part. Imiter permet d’apprendre. C’est particulièrement vrai en matière artistique. L’étudiant qui reproduit une toile de maître dans la grande galerie du Louvre ne saurait être assimilé à un faussaire. Pas plus que Picasso lorsqu’il s’inspirait en 1940 du tableau de Delacroix, peint en 1834, “Femmes d’Alger dans leur appartement“. Le passage de témoin de maître à élève a même été officialisé en 1994, avec l’institution des Maîtres d’Art par le Ministère de la Culture. Ils ont mission de transmettre leur savoir faire et leur tour de main à un ou plusieurs élèves. La copie – sous forme de répliques, gravures, photographies … – permet aussi de faire découvrir au plus grand nombre des chefs-d’œuvre qui, sinon, seraient inaccessibles. Les matériaux synthétiques quant à eux rendent abordables, en les imitant, les matières précieuses et les matériaux nobles.

Contrefaçon marque

A gauche : Différentes vues de l'exposition © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

Quand alors y a t-il contrefaçon ? Lorsque le consommateur est abusé et lorsque le producteur est pénalisé, répondent les organisateurs de l’exposition. Faussaires et contrefacteurs s’attaquent à tous les produits connus pour les copier et en tirer profit, au détriment de ceux dont ils ont pillé la technique, le style, les formes, voire la marque. Tout revient en fait à déterminer ce qui est licite et ne l’est pas. Les droits d’auteur sont apparus en France dès le XVIème siècle. La Révolution les favorisera tout en les limitant dans le temps, principalement pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux œuvres littéraires. Au fil des siècles, la nature de la propriété intellectuelle s’est étendue à tous les champs de la création. Aujourd’hui l’acte de créer, de fabriquer un objet, un modèle nouveau, une œuvre inédite est protégé par un droit exclusif qui donne à son titulaire le contrôle de son usage et de son exploitation.

Contrefaçon bijoux

Saisies douanières de contrefaçon de bijoux et de marque © Douane française, photos : Marc Bonodot

Il est parfois difficile de détecter une copie. Les techniques de production des faussaires sont en effet souvent aussi sophistiquées que celles de leurs victimes. L’œil averti d’un expert est nécessaire pour discerner le vrai du faux, qu’il s’agisse d’objets ou d’œuvres d’art. Sur ce dernier point, La National Gallery de Londres présente une exposition passionnante où sont présentées des œuvres qui ont trompé ses propres experts. Seules des techniques avancées – infrarouge, radiographie, microscopie électronique, spectrométrie de masse – ont permis de rétablir la vérité. Ainsi, “Portrait de groupe”, une peinture sur bois achetée en 1923 en tant qu’œuvre du XVe siècle a révélé qu’elle comportait des pigments utilisés seulement à partir du XIXe et un vernis à la gomme-laque pour simuler la patine ! A l’inverse, les mêmes avancées scientifiques ont permis de réhabiliter des œuvres jusqu’alors considérées comme des faux.

Exposition contrefaçon

Vues de l'exposition et saisies douanières de contrefaçons © eppdCSI, photos : Arnaud Robin

“Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux” montre aussi que la copie frauduleuse n’est pas seulement l’affaire des mafias et autres professionnels de l’arnaque. La technologie Internet notamment met la captation des sons, des images et des textes à la portée de chacun. Le plus souvent ici la copie illicite s’effectue sans le moindre sentiment de culpabilité. Des logiciels ont été mis au point pour faciliter la recherche de plagiat de textes littéraires, d’articles de presse, mais aussi de devoirs scolaires et universitaires. Les États tentent d’encadrer le téléchargement illégal, essentiellement pour protéger les industries audiovisuelles.

Il apparait donc clairement que la contrefaçon met en danger l’économie. Aujourd’hui, elle représente environ 10% du commerce mondial, pour un montant se situant entre 200 et 300 milliards de dollars. Sur les 179 millions d’articles contrefaits saisis par les douanes européennes en 2008, DVD, CD et autres cassettes audio et vidéo se taillent la part du lion avec 44 % des prises, suivies par les cigarettes (23%). La part des vêtements et chaussures représente 10 % et celle des Bijoux et Montres moins de 1 %. Il n’est pas certain que ce faible pourcentage traduise pleinement la réalité vécue par les créateurs de bijoux lorsqu’ils retrouvent – trop souvent – leurs formes et leurs modèles chez d’autres créateurs ou marques.

  • Exposition Contrefaçon, la vrai expo qui parle du faux – Cité des Sciences et de l’Industrie – 30, avenue Corentin-Cariou – 75019 Paris – Du 20 avril 2010 au 13 février 2011
  • Exposition Close Examination : Fakes, mistakes, and discoveries – The National Gallery – Trafalgar Square – Londres – WC2N 5DN – Du 13 juin au 12 septembre 2010

Collier serpent, or blanc et pierres précieuses, et exposition au Cannet en hommage à René Lalique

15 juillet 2010

René Lalique

René Lalique © Lalique

A l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique, la ville du Cannet (Alpes Maritimes) rend hommage à ce créateur d’exception dont les thèmes fondateurs se résument aux trois “F” : la Femme, la Flore et la Faune. Une exposition, présentée à l’Espace Bonnard en collaboration avec la maison Lalique, rassemble une collection d’objets de décoration. Si, malheureusement pour les amateurs, aucun bijou n’est présenté au Cannet, le visiteur peut néanmoins appréhender la puissance et la richesse de celui qui bouleversa les traditions esthétiques du 19ème siècle et fut aussi le précurseur du bijou moderne.

Collier Serpent René Lalique

A gauche : Dessin original - René Lalique, 1898-1900, A droite : Collier Serpent, pièce unique réalisée en 2010 à l'occasion du 150ème anniversaire de la naissance de René Lalique © Lalique

Pour honorer René Lalique, dont le dessin a toujours été l’instrument premier de ses créations, la société Lalique édite également un collier, unique et jamais réalisé jusqu’à présent, d’après un dessin original de 1898-1900. Il représente un serpent. Ce choix n’est pas anodin ; le serpent et la symbolique qui s’y attache – vie, séduction et virilité – ont souvent été traités sous de nombreuses déclinaisons : ornement de corsage, flacon, vase et bien sûr bijoux …  René Lalique a réalisé ses “premiers serpents” pour son amie Sarah Bernhardt.

Collier or blanc diamants émeraudes

Collier en or blanc, diamants et émeraudes - Beat Messerer, d'après le dessin original de René Lalique © Lalique

C’est le joaillier et gemmologue Zurichois Beat Messerer qui a réalisé cet hommage, sous forme d’un collier en or blanc ornementé de 812 pierres précieuses pour un poids total de 17,90 carats. Légèrement flexible, grâce à un dispositif d’articulation caché à l’intérieur du serpent, le collier peut épouser le cou. Une attention particulière a été portée au choix des pierres qui le composent, à l’instar du diamant poire D-IF ornant la tête du serpent et des deux émeraudes des yeux. Cette œuvre de haute joaillerie a nécessité plus de 700 heures de travail. Elle sera vendue aux enchères avant le fin de cette année. Son prix estimatif est de 220 000 €.

  • Hommage à René Lalique – Espace Bonnard – Rue des Orangers, jardin du Tivoli – 06115 Le Cannet
  • Du 10 juillet au 22 août 2010

Création contemporaine chez les Adivasi

11 juillet 2010

Pour quelques jours encore, le Musée du Quai Branly à Paris rend hommage à l’Inde. Il s’agit d’un hommage particulier qui ne sacrifie pas ici à l’immanence du sacré dans un pays fortement attaché à ses traditions et à ses croyances. L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” explore la richesse créative de ces peuples isolés qui vivent dans des zones montagneuses ou forestières.

Peu connus en occident, ceux qu’on nomme Adivasi comptent pourtant globalement soixante millions de personnes toutes détentrices de pratiques culturelles originales et subtiles. Les pièces exposées Quai Branly, que viennent éclairer photographies, gravures et documents d’archives, montrent souvent des oeuvres inspirées de la modernité tout en étant respectueuses des traditions.

A gauche : Bhuta © Musée du quai Branly, photo : Antoine Schneck, A droite : Statuette en bronze représentant un éléphant - Bastar, Asie, population Gond © Musée du quai Branly, photo : Thierry Ollivier, Michel Urtado

Le visiteur découvre successivement une dizaine d’univers spécifiques représentatifs de différents peuples Adivasi. Chaque communauté est caractérisée par ses productions artistiques et rituelles : ce sont les imposantes et magnifiques sculptures en bois du culte des bhuta ; les masques en bronze bastar ; les bas-reliefs d’argile des femmes de Chhattisgarh ou encore les peintures rathava … Nous parlerons ici plus particulièrement des oeuvres des Naga, les seules pour lesquelles des bijoux sont exposés. Ces bijoux sont tous dus à des artistes du XXème siècle. On peut admirer un collier pendentif en perles de verre et têtes humaines en laiton, un collier perles de verre et aluminium et une ceinture de femmes en perles de verre, os et coquillages. Les tribus Naga, originaires des montagnes du nord-est de l’Inde, accordent une importance majeure à l’égalité entre hommes – guerriers et protecteurs – et femmes – en charge du foyer et de la nourriture. On retrouve cette distinction dans leurs créations : sculptures guerrières et armures d’une part, textiles et bijoux d’autre part. Malgré la christianisation, leur créativité reste largement inspirée par leur animisme d’origine.

A gauche : Toile en acrylique représentant un aéroplane - Nankusia Shyam - Collection Leka et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya, A droite : Acrylique sur papier représentant un aéroplane en forme d'oiseau - Dileep Shyam - Collection Lekha et Anupam Poddar © Photo Aditya Arya

L’exposition “Autres maîtres de l’Inde” met aussi en avant une dynamique des cultures qui se situe entre tradition et adaptation à la modernité. Après l’indépendance en 1947, les pouvoirs publics indiens ont encouragé l’artisanat dans les campagnes en tant que vecteur de développement de l’emploi et des échanges commerciaux. Cette politique favorisa la naissance d’une iconographie plus contemporaine. Au cours des trente dernières années, de nombreux artistes issus des communautés tribales – essentiellement pardhan gond et bhil – se sont installés en ville. Ils sont aujourd’hui plus de cent cinquante. L’expérience de la vie citadine leur a ouvert de nouveaux horizons. Ils transforment les images de locomotives, automobiles, ou aéroplanes en créatures issues de l’univers mythologique propre à leur communauté ou simplement nées de leur subjectivité. Le visiteur de l’exposition peut ainsi découvrir une série de peintures populaires contemporaines ainsi que les oeuvres de deux artistes mondialement connus : Jivya Soma Mashe (tribu Warli) et Jangarh Singh Shyam (peuple Gond).

A gauche : Pigment sur papier représentant un oiseau imaginaire, A droite : Pigment sur papier représentant un serpent imaginaire - Jangarh Singh Shyam - Autorisation Radfhika et Abhishek Poddar, collection Abhishek et Radhika Poddar © Photo Gireesh GV

  • Exposition Autres maîtres de l’Inde – Musée du quai Branly – 37, quai Branly – 75007 Paris
  • Du 30 mars au 18 juillet 2010

Formation en bijouterie joaillerie au lycée professionnel Jean Guéhenno

2 juillet 2010

Broche créateur

Broche - Fabien Ratane - Pièce d'examen TDMA

Le lycée professionnel Jean Guéhenno de Saint Amand Montrond occupe une place importante dans la formation en bijouterie et joaillerie en France. Yves Denieul, proviseur du Lycée, répond aux questions du Magazine Notes Précieuses.

Notes Précieuses : En quelques mots, pouvez vous présenter la formation bijoutière au Lycée Jean Guéhenno ?

Yves Denieul : C’est le plus grand centre français de formation bijouterie joaillerie. Notre établissement compte 230 élèves dans ce secteur. L’enseignement se prodigue à tous les niveaux : CAP, BMA et DMA. Nous bénéficions également de mentions complémentaires en joaillerie et sertissage.

NP : Comment intègre-t-on le lycée ?

YD : 60 places sont disponibles en première année de CAP bijouterie joaillerie. Les élèves sont sélectionnés sur dossier. Ils viennent de la 3ème , ou se réorientent après une 2nde. Le diplôme s’obtient en deux ans. De nombreux élèves passent ensuite en BMA Art du bijou et du joyau (deux ans d’études également) et certains ensuite en DMA. Les élèves d’autres établissements intègrent directement au niveau BMA à travers la procédure d’orientation post- CAP-BEP. L’entrée en DMA Art du bijou et du joyau, se fait avec la procédure affectation post-bac. Nous avons aussi un CAP en un an de 15 places pour ceux qui ont le baccalauréat avec une sélection sur dossier.

NP : Les élèves qui se lancent dans le métier ont-ils toujours conscience de ses caractéristiques ?

YD : En général, pas vraiment. Au départ, l’enseignement des techniques bijoutières, c’est déconcertant ; il faut beaucoup de persévérance et d’abnégation. Apprendre ici, c’est faire et refaire, car le travail du métal, ce n’est pas facile. Pour les débutants, la période difficile se situe à la fin du 1er et au cours du 2ème trimestre, car on ne se voit pas avancer. Au bout d’un an généralement, on arrive à maîtriser suffisamment les techniques pour obtenir quelque chose. Faire un bijou, c’est avant tout scier, percer, limer … Il faut aussi apprendre à penser en trois dimensions … Mais, ceux qui ont été pugnaces et persévérants sont récompensés lorsqu’ils peuvent réaliser leur première pièce. Pour la plupart, nos étudiants sont enthousiastes.

bague créateur en argent et collier créateur

A gauche : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quels sont les principaux atouts de votre établissement ?

YD : Nous bénéficions d’une bonne image auprès des élèves – qui viennent de toute la France – et d’une bonne renommée auprès des professionnels ; on prend facilement en stage un élève de Guéhenno. Historiquement, nous avons toujours été à la pointe. Le premier BMA ainsi que le premier DMA en établissement public ont été ouvert à J. Guéhenno .

Une volonté d’aller de l’avant avec un parc machine qui évolue sans cesse pour être proche de celui des entreprises. En DMA, nous apportons une bonne pratique machine à nos élèves et en prototypage rapide. C’est apprécié des professionnels. L’établissement a été labellisé lycée des Métiers en 2004.

NP : Le fait d’être situé à Saint-Amand est-il un atout supplémentaire ?

YD : Tout d’abord, étudier à Saint Amand, c’est vivre dans un environnement calme et verdoyant. C’est un point important pour des parents dont les enfants vont vivre loin d’eux. Le lycée est en cours de restructuration. Nous avons un très bon travail de partenariat avec la municipalité de St-Amand. La Mairie accueille toutes nos expositions dans un endroit prestigieux : la Cité de L’Or. De notre côté, nous essayons d’aider la municipalité à développer son Pôle bijou et Métiers du Luxe. En soi, c’est un plus d’avoir un centre de formation à côté d’entreprises des métiers du luxe.

Broche créateur et bague créateur

A gauche : Broche - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Aline Heitz - Pièce d'examen TDMA

NP : C’est important le partenariat avec les entreprises durant la scolarité ?

YD : C’est essentiel. Nos élèves découvrent beaucoup en entreprise sur le plan purement métier mais aussi sur les aspects gestion du temps, respect des contraintes … Nous recevons également des professionnels dans nos classes. Cette année, un sertisseur est venu voir comment “travaillaient nos élèves”. Pour nos élèves, le regard des professionnels ainsi que leurs conseils sont très importants.

NP : Les entreprises de la région doivent être beaucoup sollicitées …

YD : Enormément, mais pas seulement les entreprises locales. Nos élèves partent en stage dans toute la France. Le processus est toujours le même. Durant les premières années de leur scolarité, ils cherchent avant tout un stage près de leur domicile. Puis, au fur et à mesure qu’ils avancent dans leur cursus, ils sont plus motivés, plus exigeants et la recherche est plus ciblée. Ils visent alors plutôt l’entreprise – quelle que soit sa localisation – qui leur apportera le plus dans le domaine qui les intéresse.

Collier et broche

A gauche : Collier et pendentif - Christelle Moreau - Pièces d'examen TDMA, A droite : Broche - Christelle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a t il des échanges européens ?

YD : Saint-Amand Montrond est au centre de l’hexagone, mais nous sommes ouverts sur l’Europe. C’est bien que les jeunes de toutes les nationalités puissent échanger. Cette année, dans le cadre de Léonardo, en 1ère année de BMA, sur une classe de 29 élèves, 4 sont allés en Belgique, 7 en Italie et 2 au Portugal. Pour notre part, nous avons accueilli 4 Belges (pendant 15 jours) et des Italiens. Ces élèves font des stages en entreprise et l’école facilite leur présence sur place et assure le suivi de cette formation. A terme, nous souhaiterions envisager des échanges d’élèves sur une plus longue période, mais ce processus coûte cher et on se heurte à des problèmes de financement.

NP : Vos projets pédagogiques vont également au delà de la réalisation de bijoux …

YD : Oui, Le Mur, organe d’expression des élèves bijoutiers, est un outil pédagogique d’ouverture. Il parle de la vie au lycée, de notre travail, des projets pédagogiques … Les élèves travaillent dans l’univers du bijou. Ils visitent, découvrent d’autres expériences, rapportent des matériaux, rencontrent des “collègues” … ; alors ils prennent des notes, rédigent des articles et les publient. Au départ – il y a maintenant plus de vingt ans -, tout cela s’affichait seulement en interne, d’où le nom du Mur. Aujourd’hui, Le Mur est un véritable magazine, renommé, et complété par un site internet. Des échanges européens ont été initiés à travers ce journal et l’association européenne du PLE “Parlement lycéen Européen des écoles de bijouterie et presse lycéenne”. Un réseau pédagogique et professionnel rassemble des écoles de bijouterie européennes autour de projets communs tels que des expositions itinérantes du type “Quand la pierre brute devient bijou“… Deux enseignants et deux élèves ont représenté le lycée Guéhenno à l’Assemblée Générale du “Parlement” qui s’est tenue fin mai à Namur.

Collier créateur et pendentif

A gauche : Collier - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA

NP : Globalement, quelle est la répartition garçon / fille ?

YD : A tous les niveaux, on constate une tendance forte à la féminisation. Aujourd’hui, tout ce qui est ”artistique” attire plus les filles que les garçons. L’occupation de l’internat est un indice significatif à Saint-Amand Montrond, car nos élèves viennent de toute la France. Il y a dix ans, on dénombrait deux garçons pour une fille ; aujourd’hui, le rapport est inversé. Notons aussi qu’il y a cette année une classe d’une quinzaine d’élèves où l’on ne compte  qu’un seul garçon.

NP : Quels sont actuellement les débouchés dans la filière bijou ?

YD : Sur ce point, comme dans de très nombreux secteurs, la crise économique a pas mal changé la donne. Avant la crise, un tiers de nos élèves diplômés en sertissage partaient travailler en Suisse. Mais cette filière s’est pour l’instant tarie. De façon beaucoup plus générale, on trouve moins facilement de travail aujourd’hui car beaucoup d’ateliers ferment. Ce sont les sous traitants qui souffrent le plus. En revanche, les artisans qui réalisent des bijoux à la demande – autour d’une pierre, par exemple – ou les entreprises à forte capacité créative résistent mieux.

Boucles d oreilles créateur et collier

A gauche : Boucles d oreilles - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Y a-t-il des stratégies de substitution pour vos diplômés ?

YD : Parfois, les élèves prolongent leurs études : ceux qui ont fait du Design continuent leurs études dans des ateliers de création. Par ailleurs, certains utilisent les acquis de leur enseignement – minutie et persévérance – pour s’orienter vers d’autres métiers, notamment l’électronique. Après le CAP, d’autres mettent à profit leurs compétences techniques pour s’orienter vers la vente en bijouterie

NP : Ne sont-ils pas tentés de se mettre à leur compte ?

YD : Quelques uns effectivement deviennent auto-entrepreneurs, surtout après le DMA. Mais, la plupart de nos élèves s’estiment trop jeunes et n’ont pas envie de se lancer. Ils préfèrent généralement continuer à apprendre et mieux connaître le métier. Ils ne sont pas tentés non plus par la reprise de bijouteries, alors qu’elles sont nombreuses à fermer faute de successeur. Il est vrai aussi, qu’en France, on manque de soutien pour s’établir. Les structures aidantes actuelles, du type pépinières, sont insuffisantes. Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le domaine artistique ou du spectacle avec des lieux de création encadres et aidés.

Bague créateur et collier

A gauche : Bague - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Collier et pendentif - Jessica Clemenceau - Pièce d'examen TDMA

NP : Quelles sont les qualités requises pour réussir à la sortie du lycée ?

YD : Toujours beaucoup de soin et de persévérance. Encore de l’écoute et le sens de l’observation pour capter le savoir faire chez les autres. Les métiers d’artisanat en particulier nécessitent de l’opiniâtreté. La formule célèbre de Boileau “vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage” s’applique particulièrement au secteur bijoutier.

NP : Formez vous également des adultes ?

YD : Nous avons pour ambition de dispenser de la formation pour adultes. Nous avons fait nos premières armes dans le sertissage. Pour les années à venir, nous nous orientons vers la formation de trois adultes par an, pas plus. Il ne s’agira pas d’une formation ex-nihilo, mais d’un perfectionnement dans le cadre du DIF (Droit Individuel à la Formation).

Bagues créateur

A gauche : Bague - Cyrielle Moreau - Pièce d'examen TDMA, A droite : Bague - Claudia Guillerme - Pièce d'examen TDMA

NP : Quel regard portez vous sur la bijouterie en France ?

YD : En France, on est un peu traditionaliste : il manque sans doute une catégorie de bijoux entre joaillerie – dont le prix  d’un bijou se monte à quatre chiffres et plus – et la fantaisie tout venant – à deux chiffres. Il manque une tranche de bijoux de qualité – à 3 chiffres – pour qui aime la qualité sans se ruiner. Cette tranche intermédiaire permet de changer plus souvent de bijou, même si l’on n’a pas des revenus très conséquents.

NP : Peut-être êtes vous, vous mêmes, trop classique dans vos formations.

YD : Je ne pense pas. Notre mission première est de préparer les élèves à des examens pour lesquels nous avons des programmes à respecter. Au départ, la formation que nous dispensons est essentiellement celle de joaillier. Après le DMA, certains créateurs mélangent les matériaux. La création ne se réduit pas en effet à un matériau unique, ni obligatoirement très prestigieux. Dans les échanges européens, nos élèves ont appris avec enthousiasme des Italiens que des pierres moins précieuses que celles utilisées en joaillerie traditionnelle, une fois taillées pouvaient avoir de très jolis reflets. Mais, quoiqu’il en soit, nos anciens élèves l’attestent, ce n’est qu’au prix d’une bonne formation qu’on a les coudées franches pour laisser libre court à ses capacités créatrices et pouvoir réaliser ce que l’on aime.

  • Interview réalisée le 19 mai 2010
  • Lycée professionnel Jean Guéhenno – 31 rue des Sables – 18200 Saint Amand Montrond

Bijoux, accessoires et costumes de Divas

25 juin 2010

Le Centre National du Costume de Scène de Moulin (Allier) rend actuellement hommage aux Divas, qu’elles soient chanteuses d’opéras, actrices, meneuses de revue ou stars de la chanson. L’exposition “Vestiaire de Divas” présente une centaine d’effets – vêtements, bijoux et autres accessoires – qui ont contribué à leur aura. Elles sont une trentaine et se nomment entre autres Hortense Schneider, Sarah Bernhardt, Cecile Sorel,  Marie Bell, Maria Callas, Isabelle Adjani ou encore Zizi Jeanmaire, Edith Piaf ou Dalida … En parcourant l’exposition, et à la lecture du somptueux catalogue qui la complète, on entre de plain pied dans la légende de ces grandes dames. On peut aussi mesurer l’évolution du concept même de Diva au fil du temps.

Costume-et-pendants-d'oreilles

A gauche : Coiffure turban avec pendants d’oreilles, garnie de strass et de pierres turquoises. Robe longue style années 1930 avec bustier en tulle brodé de paillettes et de strass et jupe en mousseline - Costume pour le rôle de Lulu, acte I, scène 3, Opéra d'Alban Berg, A droite : Collier de pampilles de pierres irisées bleu foncé, strass et perles or attenant à la robe. Coiffure perruque recouverte de crin noir et ornée de différents bijoux. Robe brochée avec patchwork de lamés, dentelles et galons or, recouvert de tulle noir. Manteau à longue traîne en soie, recouvert de dentelle vieil or et tulle noir - Costume pour le rôle de Clytemnestre d'Elektra, opéra de Richard strauss - Collections CNCS/ONP © Photos : CNCS, Pascal François

Les costumes de scène témoignent des moments magiques qu’ont connus acteurs et spectateurs lors des représentations. A l’aube du XIXe siècle, les Divas - Diva est alors synonyme de cantatriceimposaient leurs choix artistiques : rôles, partenaires, mises en scène, et bien sûr accessoires et costumes. Les bijoux de luxe, les parures, la robe constituent la panoplie de la diva. Les tenues rivalisaient d’éclat : pierres précieuses, perles et paillettes, strass, plumes, somptueux tissus, riches broderies et fourrures. L’émulation était grande, chacune souhaitant faire mieux que sa rivale du moment. Chanteuses et comédiennes ont longtemps été propriétaires de leurs costumes, comme l’exigeaient leurs contrats.

Bijou casque et costume de scène

A gauche : Collier en métal patiné or avec sequins. Turban en soie et lamé or, avec diadème en métal or et sequins. Grande robe tunique en soie avec traîne doublée de lamé or. Etole en mousseline avec paillettes cuivre - Costume porté par Jessy Norman pour le rôle de Didon, Opéra Didon et Enée d'Henry Purcell - Collections CNCS/ONP, A droite : Bijou casque au cimier de plumes pour l'Africaine, Opéra de Meyerbeer, créé à l'Opéra de Paris en 1865 - Collection BNF, BMO © Photos : CNCS, Pascal François

Au théâtre, Sarah Bernhardt (1844 – 1923), plus que toute autre, veillait de près à ses tenues de scène. Elle les dessinait parfois elle même et accordait une grande importance aux bijoux, énormes, somptueux, voyants. Colliers, bagues, broches, fibules et diadèmes, devaient chatoyer sous les feux de la rampe. “La Divine” achetait ses bijoux à René Lalique ou à Georges Fouquet et les faisait dessiner par Mucha. Plus tard, Lucienne Bréval (1870-1935), tragédienne lyrique de l’Opéra de Paris, adorait aussi les bijoux, à la ville comme à la scène. Certains d’entre eux lui furent offerts par Sarah Bernhardt. A chaque création de rôle, elle faisait réaliser les bijoux qu’elle porterait sur son costume : ainsi une double agrafe pour son manteau de la Walkyrie, un trident en diamants, des bracelets de différents styles et tailles. A titre personnel également, nombreuses sont les artistes qui, à l’instar de Mary Garden ou d’Adelina Patti (1843-1919) se voient couvrir de bijoux et de diamants par leurs nombreux admirateurs. “La Patti” n’était-elle pas surnommée “la diva aux millions“?

Bracelet et broche Sarah Bernhardt

A gauche : Bracelet émaillé appartenant à Sarah Bernhardt, A droite : Broche représentant les masques de la Tragédie et de la Comédie avec inscription "A Sarah Bernhardt, la gloire de l’art français, décembre 1896" - René Lalique, 1896 - Collection Comédie-Française © Photos : CNCS, Pascal François

Après la Seconde Guerre Mondiale, le public s’intéressera surtout aux stars d’Hollywood … jusqu’à l’arrivée de Maria Callas (1923-1977) qui dirigera à nouveau les projecteurs vers les cantatrices. Pour Médée, son unique rôle au cinéma en tant qu’actrice, Maria Callas porte un costume pour le rituel impressionnant. Piero Tosi, créateur des costumes (en collaboration avec Umberto Tirelli), se souvient que Pasolini, le réalisateur, voulait des costumes et accessoires des cultures méditerranéennes antiques. Il dut effectuer de nombreuses recherches sur les femmes sardes, marocaines, tunisiennes et sur le bijou traditionnel et ancien. Ce qui donnera cette longue robe, manteau et mantille agrémentés de nombreux colliers archaïques, tribaux, colliers de boules de métal travaillées et diadème.

Bijoux Maria Callas

A gauche : Bijoux imposants, accumulation de colliers de type archaïque ou tribal. Robe et manteau brodés dans un tissu lourd et précieux. Voile et diadème. Poignard et hache, armes archaïques - Collection Palazzo Pitti, Florence © Photo : Mario Tursi, A droite : Collier avec boules de métal travaillées - Collection Jewel House, Rome © Photo CNCS, Pascal François - Bijoux et costume du rituel portés par Maria Callas dans le film Médée de Pier Paolo Pasolini, 1969

Aujourd’hui, nos Divas, quelle que soit leur discipline, interviennent moins directement dans les choix artistiques. Ce sont les costumiers et le metteur en scène qui les habillent, pour respecter l’unité esthétique de la production ; ce qui n’exclut pas que l’artiste manifeste certaines exigences car le costume est son outil de travail, sa “seconde peau”, qui doit lui permettre de donner libre cours à son talent. Si beaucoup d’entre elles,  aimaient les bijoux, le plus souvent parce qu’ils étaient offerts par leurs admirateurs, certaines Divas de la deuxième moitié du XXème siècle ont eu une attitude plus distanciée. Jane Rhodes, par exemple, affirme n’en avoir porté qu’un ou deux dans toute sa carrière, n’étant généralement guidée dans ses choix que par des engouements “affectifs”.

Colliers ethniques

Colliers ethniques - Collection Jewel House, Rome - Bijoux portés par Maria Callas dans le film Médée de Pasolini © Photo CNCS, Pascal François

“Vestiaire de Diva” : une exposition à ne pas manquer, sans oublier le catalogue, pour découvrir ces merveilleux costumes qui constituaient l’univers des Divas. En effet, le Centre National du Costume de Scène n’expose pas de collections permanentes, compte tenu de la fragilité des matériaux. Dépôt de la Bibliothèque nationale, la Comédie-Française et l’Opéra de Paris, il a pour mission la conservation, l’étude et la valorisation d’un ensemble de plus de 9 000 costumes ainsi que de toiles de décors peints.

Bijoux de théâtre

Bijoux de théâtre, bustiers soutiens-gorge pour les spectacles du Palais Garnier - Collections BNF, BMO © Photo : CNCS, Pascal François

Pour compléter cette exposition, le CNCS organise différents stages et ateliers autour du thème de la Diva. Vous pourrez participer le 16 août et le 27 décembre au stage “De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas” animé par Cécile Vallet, créatrice textile. Après croquis et étude préparatoire, vous pourrez exprimer votre créativité en réalisant un accessoire. Les petits ne sont pas oubliés avec l’atelier Bijoux et parures le 9 juillet et 13 août, animé par Bérangère Giraud, créatrice de bijoux. Ils iront à la découverte du bijou à travers les parures présentées et réaliseront eux mêmes un bijou original. Les enfants s’amuseront également avec Cécile Vallet, créatrice textile, à transformer un accessoire du quotidien pour le rendre exceptionnel en suivant l’atelier “C’est Extraordinaire” le 13 juillet et 31 août. Ils pourront aussi créer des coiffes avec différents matériaux à l’atelier “Coiffure et couvre-chefs” le 3 août avec Céline Deloche, costumière.

  • Exposition Vestiaire de Divas, de Maria Callas à Dalida … – Centre National du Costume de Scène – Quartier Villars, Route de Montilly – 0300 Moulins – Du 5 juin au 31 décembre 2010
  • Catalogue Vestiaire de Divas – Sous la direction de Delphine Pinasa – Coéditions CNCS, Gourcuff Gradenigo
  • Stages De la rue à la scène, bijoux et parures de Divas – Le 16 août et 27 décembre 2010, de 10h30 à 17h30 – Dès 16 ans et adultes – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarifs : 20 € (-25 ans), 50 €
  • Ateliers Bijoux et parures – Le 9 juillet et 13 août 2010 – De 10h15 à 12h30 pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h, dès 7 ans, familial – Animation : Bérangère Giraud, créatrice de bijoux – Tarif : 5 €
  • Ateliers Extraordinaire – Le 13 juillet et 31 août 2010 – De 10h15 à 12h15 pour les 4 à 6ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Cécile Vallet, créatrice textile – Tarif : 5 €
  • Ateliers Coiffure et couvre-chefs – Le 3 août 2010 – De 10h15 à 12h15, pour les 4 à 6 ans – De 16h à 18h dès 7 ans, familial – Animation : Céline Deloche, costumière – Tarif : 5 €

Prades célèbre le grenat de Perpignan pour la Journée du Patrimoine de Pays

15 juin 2010

Le 20 juin prochain aura lieu la treizième édition de la Journée du Patrimoine de Pays, Journée des Moulins. Elle aura pour thème “dates et personnages” et permettra de faire prendre conscience au public de la richesse et de la diversité du patrimoine non protégé en France. Le visiteur pourra notamment s’initier à des savoirs faire spécifiques et participer à des démonstrations et à des ateliers encadrés par des professionnels.

Dans le cadre de cette manifestation, la ville de Prades, Pyrénées Orientales, met en valeur son savoir faire dans la bijouterie en grenat de Perpignan et le patrimoine de son territoire rural.

A gauche : Jean-Michel Calvet dans son "musée d'entreprise" A droite : Amandine, jeune recrue de l'atelier Calvet en plein travail © Maison Quès Calvet

La Maison Quès Calvet, la plus ancienne bijouterie artisanale française (200 ans), ouvrira ses portes. Jean-Michel Calvet, artisan bijoutier de la confrérie du Grenat de Perpignan effectuera une démonstration et Laurent Fonquernie, historien et responsable de l’Institut du grenat, animera une conférence.

Il sera également possible de visiter les ateliers de la Manufacture du Grenat, classée Entreprise du patrimoine vivant et d’assister à une conférence sur l’histoire du bijou catalan.

  • 200 ans de bijouterie à Prades : La Maison Quès Calvet – Bijouterie Calvet – 140, avenue Général de Gaulle – 66500 Prades – 20 juin 2010 : Conférences gratuites à 11h et 15h et démonstrations
  • La Manufacture du Grenat – Rond-point du Canigou – 66500 Prades – Visites gratuites les 19 et 20 juin. Le 20 juin : visite à 9h30, 12h, 14h, 18h

Bijoux de tête, coiffes et couronnes : les parures ethniques d’Antoine de Galbert

14 juin 2010

Antoine de Galbert portant une coiffe pende (ancienne collection Arman) - Afrique Centrale, République Démocratique du Congo © Etienne Pottier

Davantage connu pour ses collections d’art contemporain et d’art brut, Antoine de Galbert présente aujourd’hui, pour la première fois, les pièces les plus significatives de sa collection de coiffes ethniques. Parures, chapeaux et autres objets d’usage rituel, social ou utilitaire sont exposés à la Maison Rouge à Paris jusqu’au 26 septembre prochain. Ces “bibis des antipodes” offrent au visiteur la possibilité d’une immersion poétique dans les arcanes du génie humain. Loin d’être de simples colifichets ou accessoires frivoles, les coiffes présentées nous livrent une multitude d’informations concernant celui ou celle qui les portent.

Ici l’Afrique dialogue avec l’Océanie, l’Asie centrale avec le monde sibérien … Le parti pris est d’abandonner une lecture “ethnologique” traditionnelle et de proposer une approche transversale à travers des thématiques universelles. Ainsi, l’exposition se décline en plusieurs chapitres. D’abord, il est bien sûr question du cheveu car la frontière est ténue entre coiffe et coiffure. Dans chaque culture, hommes ou femmes entretiennent une relation forte avec leur chevelure qui peut révéler une position sociale, un prestige politique ou spirituel ou plus simplement l’âge ou le statut matrimonial. Les cheveux sont très souvent aussi associés à la force vitale et à la vigueur sexuelle. L’art de la parure parle aussi de l’humain qui cherche à s’approprier les forces et les vertus du monde animal. Avec ces coiffes hérissées de becs, de griffes et de cornes l’homme rivalise avec la majesté des grands fauves ou l’élégance immatérielle des oiseaux. L’exposition souligne l’ambiguïté du chasseur qui nourrit la communauté tout en versant le sang et celle du guerrier qui protège la communauté en infligeant la mort. Elle montre également combien, chefs et monarques abusent des couronnes et autres tiares pour mieux affirmer leur pouvoir terrestre ou spirituel.

Couronne de tête

A gauche : Couronne de tête Karen (portée avec un turban) en argent, XXème siècle, Asie, Birmanie et Ornement de tête frontal Atoni Tetum en argent et cuivre, fin XIXème siècle, Asie, Indonésie, Ouest Timor © Etienne Pottier, A droite : Luhupa, grande parure de guerrier Naga composée d'une coiffe et d'un ornement en forme de croissant se portant autour du visage en fibres végétales, bois, fourrure, laiton, coton, plumes, graines, coquillages d'eau douce - Asie, Nagaland, Manipur, Arunachal Pradesh, Assam, Myanmar (Birmanie) © Notes Précieuses

Une part importante de l’exposition est consacrée à l’art de se parer au féminin. Les coiffes des femmes oscillent le plus souvent entre talisman et bijou, vêtement et coiffure. Les pièces présentées attestent d’un grand éclectisme dans le choix des matériauxcuir, métal, tissu, perles, pierres, fibres végétales – et dans la forme - diadème, couronnes, bandeaux, tiares, calottes, voiles … Ici, dimension esthétique et prophylactique se conjuguent le plus souvent pour rehausser la beauté de la femme et écarter les mauvais génies, généralement pour assurer une nombreuse descendance au clan. Les coiffes peuvent signaler ces rites de passage – l’entrée en puberté, le mariage, la naissance du premier enfant … – qui ponctuent la vie d’une femme. Elles expriment le prestige et le rang du père ou de l’époux. Mais, au delà des superstitions et des croyances, les coiffes, qu’elles émanent du Proche Orient, d’Asie centrale, d’Asie du Sud-Est ou d’Indonésie sont avant tout d’indéniables instruments de séduction.

Diadème

Diadème Shokila en argent doré (vermeil), corail, turquoise, agate ou cornaline, pierreries - Asie Centrale, Khorezm, Ouzbékistan © Notes Précieuses

La parure en plumes d’oiseaux, signe de virilité et de vaillance au combat, est primordiale pour les Indiens d’Amazonie et les amérindiens. L‘identité, l’appartenance à une tribu ou à un clan se fait par le choix des plumes et la manière de les assembler. C’est aussi un instrument chamanique, le véhicule des esprits et des rêves.

Parures en plumes

De gauche à droite : Okopari Cimier Kayapo en plumes d'ara et bois, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Ornement de tête en plumes et fibres végétales, Océanie, Hautes Terres, Papouasie Nouvelle Guinée - Diadème Kayapo en plumes, osier et laine, Amérique du Sud, Etat de Para, Brésil - Coiffe Kamayura en fibres végétales, coton et plumes, Amérique du Sud, Etat de Xingu, Brésil - Bandeau Jivaro en fibres végétales et plumes de toucan, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Diadème Karaja en plumes, fibres végétales, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Bonnet Kayapo en plumes, structure en osier, Amérique du Sud, Amazonie, Brésil - Couronne Yanomani en roseau, coton, fibres végétales et plumes (dépouilles partielles d'oiseaux), Amérique du Sud, Rio Ocamo, Vénézuela © Marc Domage

En écho à cette exposition, La Maison Rouge présentera une sélection de coiffes ethniques ainsi qu’une oeuvre d’Olivier Babin dans le cadre de Paris et Création. Cette opération organisée par les Galeries Lafayette permet à 8 institutions culturelles parisiennes dont le Centre Pompidou, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Les Arts Décoratifs, le Lieu du Design, Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Palais de Tokyo, le Parc de la Villette, de s’exprimer dans les vitrines du boulevard Haussmann.

  • Exposition Voyage dans ma tête, la collection de coiffes ethniques d’Antoine de Galbert – La Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert – 10, bd de la Bastille – 75012 Paris – Du 12 juin au 26 septembre 2010
  • Paris et Création – Galeries Lafayette – 40, bd Haussmann – 75009 Paris – Du 12 juillet au 5 août 2010 – Inauguration publique le 12 juillet de 20h30 à 22h